Un projet d’exposition photo par Julie Gavillet (au centre) mettra en vedette la famille de Lazare Ekane-Moké et de Clémence Pélagie-Kponingbo (à gauche) et la famille québécoise de Pétrina Niagu (deuxième à droite).

Une photographe granbyenne accueille une famille africaine

La vie d’une famille africaine arrivée il y a un mois à Granby fera l’objet d’une exposition photo. La photographe Julie Gavillet a été jumelée par SERY avec la famille québécoise de Petrina Niagu et celle de Lazare Ekane-Moké et de Clémence Pélagie-Kponingbo. Après avoir fui leur pays d’origine et passé 13 ans au Niger, ces derniers tentent maintenant de refaire leur vie à Granby.

Le 20 juin est la journée mondiale des réfugiés et, pour la souligner, Mme Gavillet annonce que son projet sera exposé à pareille date l’an prochain.

« Je voulais faire un suivi du parcours d’une famille réfugiée qui arrive ici et sur sa relation avec sa famille jumelle québécoise. »

L’intégration et l’adaptation de cette famille seront au cœur de son reportage photo. Elle assure qu’aucune photo ne sera mise en scène ou aucune action ne sera refaite au bénéfice de la photo. Chacune sera accompagnée d’une légende pour compléter les informations véhiculées par l’image.

« Quand on suit des gens pendant juste un mois, on n’a pas une idée assez complète de ce qu’est l’adaptation à une région après douze ans au Niger comme réfugié », croit-elle.

En étant présente pendant un an, à raison de quelques heures par semaine, elle souhaite créer un lien de confiance qui lui permettra de transmettre les vraies émotions vécues à travers son objectif de caméra.

Un des buts recherchés par Mme Gavillet est de faire connaître le visage « ville d’accueil » de Granby. « On en entend peu parler. On ne sait pas que cette ville-là fait partie des 14 villes qui répondent aux critères du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. »

Granby est en effet l’une des 14 villes d’accueil des personnes réfugiées prises en charge par l’État au Québec, aux côtés de Montréal, Québec, Laval, Longueuil-Brossard, Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe, Drummondville, Victoriaville, Joliette, Gatineau, Sherbrooke, Saint-Jérôme et Rimouski.

Elle souhaite également mettre la lumière sur les nouveaux arrivants, démystifier leur réalité et contribuer à l’ouverture d’esprit de la population.

Sortir de l’isolement

En 1993, Lazare Ekane-Moké a quitté le Congo pour fuir les violences dont il était victime. Sa première destination a été le Cameroun où, au début des années 2000, il a rencontré Clémence Pélagie-Kponingbo. Cette dernière avait quitté la Centrafrique après que son premier époux et père de sa fille Ornella ait été tué. Ensemble, ils ont mis au monde Dorcas, aujourd’hui âgée de 17 ans.

Ils ont quitté le Cameroun pour se rendre au Niger en 2005. Treize ans plus tard, leur demande de réfugiés était acceptée au Canada, en début d’année.

« Le pays nous a bien accueillis, remarque Mme Pélagie-Kponingbo. On remercie le Bon Dieu. Le Canada est un pays de droits. On nous traite comme tous les autres Canadiens. On peut reconstruire notre vie qu’on a perdue avant. »

Le jumelage leur permet de sortir de leur isolement. « C’est un projet très bien, souligne Ornella. Au début, on ne sortait pas. Il n’y avait que l’école et la maison. On ne connaissait personne. Avec ça, ça nous fait du bien. »

Depuis un mois, Mme Niagu, Roumaine d’origine, son mari et leur fille ainsi que Julie Gavillet sont jumelés avec cette famille d’artistes — ils fabriquent des poupées — pour les aider à s’adapter à leur nouvelle vie. « Je suis passée par là, confie Mme Niagu à propos de son départ de son pays pour s’installer ici. J’adore le projet de jumelage. Ça aide énormément et on peut partager nos vécus. »

Ornella et sa mère suivent des cours en francisation, même si leur français est déjà excellent. Ils apprennent quelques particularités de l’accent québécois, disent-elles. Dorcas termine ses premiers mois à l’école secondaire Haute-Ville, le père de famille aura droit à des cours particuliers grâce à un bénévole de SERY, tandis que Marie-Madeleine, la fille d’Ornella âgée d’un an et demi, s’épanouit dans son nouvel environnement.

Le lieu de l’exposition de photographies sera à confirmer dans un an puisque la salle n’est pas encore réservée.