La directrice de la protection de la jeunesse pour l’Outaouais, Michelyne Gagné

Une liste d'attente de 115 enfants à la DPJ de l'Outaouais

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Outaouais compte en ce moment 115 cas d’enfants sur sa liste d’attente, de sorte que les interventions peuvent prendre de deux à six semaines à commencer, au lieu du délai maximal prescrit de quatre jours.

La directrice de la protection de la jeunesse pour l’Outaouais, Michelyne Gagné, a fait savoir mercredi que la « rareté de la main-d’œuvre » actuelle et à venir représente un défi pour ses équipes d’intervenants, à qui elle ne veut pas imposer une surcharge de travail.

Sur une structure de 269 postes en protection de la jeunesse dans la région, 15 sont actuellement inoccupés, soit pour des absences, soit parce qu’ils sont vacants.

En conjuguant la hausse globale du nombre de signalements observée ces dernières années dans la région et la plus grande complexité des cas à traiter, « on aurait besoin de plus de postes pour faire en sorte que les enfants soient vus rapidement », estime Mme Gagné.

Résultat : depuis « environ deux ans », il y a une liste d’attente pour les interventions de la DPJ dans la région. « En ce moment, j’ai 115 enfants qui sont en liste d’attente », a indiqué Mme Gagné. Les interventions commencent donc parfois de deux à quatre semaines après un signalement alors que le « délai maximal » habituel est de quatre jours.

« Toutefois, je vous rassure sur une chose : toutes les situations qui sont urgentes et prioritaires sont traitées la journée même ou dans les 24 à 48 heures, a-t-elle précisé. Les situations qui sont sur une liste d’attente, souvent, ce sont des situations où les enfants signalés ont un filet de sécurité temporaire ». Les personnes déclarantes sont aussi contactées chaque semaine pour s’assurer que la situation ne l’enfant ne s’est pas détériorée, a-t-elle ajouté.

Il n’en demeure pas moins que « ce n’est pas acceptable d’avoir une liste d’attente pour des enfants qui sont en situation de protection », croit Mme Gagné, d’où le besoin d’avoir « plus de personnes » pour répondre aux besoins.

Bilan régional

Le bilan de la DPJ rendu public mercredi révèle notamment que le nombre de signalements retenus pour cause de mauvais traitement psychologique a grimpé de 40 % en Outaouais l’an dernier.

Il y a eu 343 signalements de mauvais traitement psychologique retenus en Outaouais en 2017-2018, une hausse marquée de 40 % par rapport aux 245 cas de l’année précédente. Cette augmentation s’explique par une plus grande sensibilisation de la population, soutient Mme Gagné, mais aussi par le nombre élevé de séparations engendrant des conflits de garde entre les parents.

Globalement, la DPJ de l’Outaouais a traité 6100 signalements l’an dernier, soit une soixantaine de moins qu’en 2016-2017. Le nombre de signalements retenus s’est établi à 2567 pour 2017-2018, soit un peu plus que les 2508 cas retenus l’année précédente.

La problématique la plus fréquente de signalement dans la région demeure la négligence ou le risque de négligence. La DPJ de l’Outaouais a retenu 977 signalements liés à cette problématique en 2017-2018, ce qui représente près de 38 % de l’ensemble des cas retenus.

Hommage à ceux et celles qui aident les jeunes

En Outaouais comme ailleurs au Québec, la Direction de la protection de la jeunesse a voulu profiter de la diffusion de son bilan annuel pour souligner le travail accompli par les intervenants qui œuvrent auprès des jeunes et des familles.

« C’est important pour nous de rendre hommage aux intervenants de la protection de la jeunesse, parce qu’encore aujourd’hui, il y a trop peu de gens qui connaissent le travail, concrètement, que font les intervenants, a souligné mercredi la directrice de la protection de la jeunesse pour l’Outaouais, Michelyne Gagné. C’est un travail qui est essentiel dans notre société. »

Mme Gagné a aussi souligné que les intervenants sont « les premiers témoins de la détresse des gens, des situations de violence, des séquelles des abus sur les enfants et les parents avec qui ils travaillent », un travail qui est donc « très exigeant au niveau émotionnel ».

La travailleuse sociale Nadine Cadieux et sa collègue psychoéducatrice Cathy Cimon ont d’ailleurs témoigné, mercredi, qu’il est « difficile » de « travailler au quotidien avec la souffrance humaine », tout en soulignant qu’il s’agit d’un travail « très valorisant ».

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a pour sa part réagi au bilan de la DPJ en reconnaissant que les intervenants ont à cœur la cause des enfants, tout en réclamant de meilleures conditions de travail « car la réalité est très difficile sur le terrain » pour les salariés œuvrant dans les centres jeunesse, a fait valoir la responsable nationale du syndicat pour l’Outaouais, Andrée Poirier.

Cette dernière affirme qu’un exode touche « tout particulièrement les jeunes recrues » et déplore que cela engendre « des effets déplorables sur les jeunes et leurs familles, exposés à des retards de plus en plus importants dans l’évaluation des signalements ».