Selon la coordonnatrice du CRIO, Janick Allyson, la Ville de Gatineau et aux prises avec plusieurs types d’itinérance qui demeurent invisibles aux yeux de la population.

Un portrait «imprécis» de l’itinérance

Les résultats de l’exercice de dénombrement des personnes en situation d’itinérance, déposé par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec lundi, ne seraient pas nécessairement représentatifs de la situation en Outaouais.

Le Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO) questionne l’exhaustivité de l’enquête soulignant que « les chiffres recensés ne sont qu’un portrait de la situation à un moment précis ».

« Il est important de faire un exercice comme celui-là, c’est bien d’avoir des données concrètes sur cet enjeu, mais il ne faut pas que les gens ne retiennent que les chiffres », souligne la coordonnatrice du CRIO, Janick Allyson, en entrevue avec Le Droit.

Mme Allyson explique que le rescencement a dénombré 157 personnes vivant en situation d’itinérance en Outaouais en date du 24 mars 2018. Il y a cependant 532 personnes différentes qui ont eu recours aux services du refuge d’urgence pour l’année 2018. Il est donc « primordial de relativiser le chiffre obtenu dans l’exercice, car c’est un polaroïd imprécis ».

Le CRIO affirme qu’il y a de nombreuses failles méthodologiques dans l’enquête. Mme Allyson soutient que ces résultats ne reflètent pas les milieux ruraux. « Plus on s’éloigne des grands centres urbains, moins les chiffres sont précis parce que l’enquête ne tient compte que de l’itinérance visible. Les résultats ne sont pas représentatifs du portrait de l’itinérance en Outaouais parce qu’ils ne mentionnent pas l’itinérance cachée, qui occupe une très grande place dans notre région. »

Selon Mme Allyson, plusieurs facteurs démographiques expliquent cette itinérance invisible. « Il y a des jeunes, des femmes et des membres de la communauté allosexuelle qui vivent leur itinérance de façon plus cachée. Cela fait en sorte qu’il y a une différence entre la situation réelle et la situation illustrée par les chiffres. »

Mme Allyson ajoute que la Ville de Gatineau et aux prises avec plusieurs types d’itinérance qui demeurent invisibles aux yeux de la population. « Il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup d’itinérance familiale à Gatineau. Évidemment, on ne verra pas une famille entière mendier sur le coin de la rue, mais ces familles survivent en passant d’un logement à l’autre ou en faisant du couchsurfing. Gatineau a aussi un problème d’itinérance de passage. Plusieurs itinérants partent d’ailleurs au Canada et s’arrêtent quelque temps à Gatineau que ce soit en allant vers Ottawa ou Vancouver. »

Le CRIO est d’avis qu’il est impossible de quantifier l’itinérance cachée, mais souligne que des efforts doivent être effectués pour aller au-delà des données présentées par le ministère afin de dresser un portrait plus complet de la situation en Outaouais.