Basé à Vancouver, Nouvelles communautaires/Community Digest compte quatre éditions: une pour l’Ontario, une autre pour l’Alberta et deux en Colombie-Britannique.

Un journal bilingue vole du contenu et siphonne des fonds publics

TORONTO — Un discret groupe médiatique encaisse depuis plus d’une décennie des revenus publicitaires en publiant des journaux bilingues remplis d’articles volés à d’autres. Les gouvernements leur ont, à un moment ou à un autre, acheté de la publicité ou accordé de généreuses subventions.

Basé à Vancouver, Nouvelles communautaires/Community Digest compte quatre éditions: une pour l’Ontario, une autre pour l’Alberta et deux en Colombie-Britannique, chacune publiée à 25 000 copies, distribuées au moins deux fois par mois, selon le site du journal.

Malgré son apparence artisanale, le journal imprimé en format 8,5 par 11, a obtenu près de 2 millions de dollars en fonds publics, en seulement quelques années.

Des articles volés

Depuis plus de dix ans, le bimensuel prend, sans autorisation, du contenu des autres médias pour remplir ses pages, a pu constater ONFR+ dans le cadre d’une enquête, qui l’a amené à interroger plus d’une vingtaine d’intervenants et à analyser et vérifier des éditions du journal publiées au cours des deux dernières décennies.

Des textes de médias francophones et anglophones ont été copiés dans leur intégralité, au fil des ans. Certains sont signés du nom de leur véritable auteur, d’autres portent une signature fictive. «Étienne Boulle» et «Michel Lahmi» semblent ainsi des plumes prolifiques. Dans les faits, les textes qui accompagnent ces signatures ont été volés.

L’Agence France-Presse, La Presse Canadienne, l’Express de Toronto et le Métropolitain/Le Régional ont tous confirmé n’avoir jamais autorisé l’utilisation de leurs articles, qui sont pourtant publiés dans ce journal. Radio-Canada, dont les textes se retrouvent abondamment dans les éditions récentes, n’a pas non plus d’entente avec Nouvelles communautaires.

«C’est du vol qualifié», a tempêté François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express, en apprenant la nouvelle. Même son de cloche au Métropolitain. «C’est une arnaque. S’ils prennent nos textes, c’est fait sans notre autorisation», lance Denis Poirier, propriétaire du groupe Altomédia, qui publie Le Métropolitain.

Ici, un texte de Radio-Canada datant de 2018 a été repris dans l’édition de février 2019 de Nouvelles communautaires.

À en croire ce qui est écrit dans Nouvelles communautaires, le journal compterait des correspondants en Afrique de l’Est, au Royaume-Uni, en Floride et à Los Angeles. En tout, une vingtaine de personnes travailleraient pour la publication, selon les informations qui se trouvent dans ses pages. Pourtant, selon d’anciens collaborateurs qui se sont confiés à ONFR+, le local du journal est minuscule et ne ressemblant en rien à une salle de rédaction conventionnelle. Il est situé dans une petite boutique de matériels de bureau et d’impression, rue Dobson, à Vancouver.

Selon quatre anciens collaborateurs, qui souhaitent conserver l’anonymat, le journal ne compterait en fait qu’un seul employé chargé du contenu des différentes éditions. Par le passé, pendant de très courtes périodes, de jeunes contractuels francophones, recrutés sur Craigslist,ont néanmoins réalisé quelques articles originaux.

Un de ces anciens employés, qui a travaillé au journal au tournant des années 2000, confirme que le plagiat était pratique courante. «J’avais un gros souci sur la qualité de l’information. Il y avait des copies d’articles d’autres médias dans Nouvelles communautaires. J’ai fait part au propriétaire de mes préoccupations. Il m’a dit qu’on était juste un petit journal communautaire», rapporte-t-il. «Je n’ai pas aimé la qualité du journal et j’ai quitté après quelques mois», précise-t-il.

De généreuses contributions gouvernementales

Les gouvernements cherchent des médias dans lesquels diffuser leurs messages, afin de rejoindre les citoyens. Nouvelles communautaires est devenu un média de prédilection du fédéral, entre 2004 et 2013. Certaines éditions comptent quatre ou même cinq publicités gouvernementales à cette époque. Pendant ces neuf ans, le journal a obtenu 1,5 million de dollars en publicité d’Ottawa. 2009-2010 a été l’année fiscale la plus lucrative avec près de 400 000 $ d’achat publicitaire du gouvernement du Canada.

Le gouvernement de l’Ontario n’est pas en reste. La province ne dispose par de données antérieures à 2016. Elle confirme cependant qu’en 2016-2017, elle a injecté 62 672 $ en publicité, puis 57 248 $ l’année suivante dans Nouvelles communautaires. En raison de l’élection en Ontario, l’an dernier, la province a gelé ses dépenses publicitaires, ce qui explique un montant réduit pour la dernière année (14 579 $). «Nous annonçons dans des journaux multiculturels comme Community Digest/Nouvelles Communautaires», insiste Harry Malhi, porte-parole du ministère des Services gouvernementaux et des Services aux consommateurs.

Pour lire l'article dans son intégralité, rendez-vous sur le site de #ONfr.