La Dre Anne Marie Bureau accompagnée de la chanteuse Stéphanie St-Jean et de deux autres jeunes convives.

Un 1000e enfant en janvier

Le Centre de pédiatrie sociale de Gatineau (CPSG) et ses 200 bénévoles ont envahi plus de 40 sites de la ville, ce week-end, pour recueillir les dons de la communauté dans le cadre de sa guignolée annuelle.

Près de 144 000$ avaient été amassés l’an dernier et les besoins sont toujours plus criants, d’année en année, confirme la Dre Anne Marie Bureau, la directrice clinique des deux bureaux du CPSG.

« C’est toujours étonnant pour moi de constater qu’à Gatineau, une communauté riche, on accepte, on tolère qu’il y ait des enfants qui ne mangent pas à leur faim, qui vivent dans des milieux tellement insalubres, qui ne dorment pas bien la nuit, qui ne développent pas bien leur cerveau et développent des problèmes de santé à long terme. »

Au Québec, près de 150 000 enfants ne mangent pas à leur faim et la malnutrition est la bougie d’allumage de toute une gamme de problèmes physiques et psychiques qui plomberont la vie de milliers d’enfants, même devenus adultes. 

Un enfant pauvre sur trois connaîtra des insuccès à l’école, contre un sur cinq chez les enfants favorisés. Un enfant pauvre possède en général un vocabulaire de moins de 600 mots à 3 ans; nettement moins que les jeunes issus de familles aisées. D’emblée, ces enfants partent avec un retard qu’ils ne rattraperont que très difficilement. Ainsi, explique la Dre Bureau, les premières années au primaire détermineront les décrochages qui se produiront plus tard à l’adolescence.

Pour la Dre Bureau, « il faut massivement s’impliquer dans les milieux où il y a de la pauvreté ».

Une marraine bien particulière

La porte-parole de la 9e édition de la guignolée a elle aussi connu son lot de difficultés durant sa jeunesse. Il s’agit de la chanteuse Stéphanie St-Jean, native de Gatineau et grande gagnante de la quatrième édition de La Voix, l’an dernier. N’ayant jamais caché ses problèmes psychiatriques passés et notamment le trouble de la personnalité limite dont elle souffrait, Stéphanie se sent interpellée par la cause. « Je veux faire sentir à ces enfants-là qu’ils sont beaux, qu’ils sont grands, qu’ils sont forts. [...] Ces enfants-là ont juste besoin de voir la vie en rose. Moi, je suis bien bonne là-dedans parce que je suis une enfant comme eux autres. »

L’interprète est actuellement en pleine préparation d’un nouvel album (son deuxième), d’un nouveau spectacle et d’une tournée prochaine.

Un millième visiteur

La Dre Anne Marie Bureau rêve du jour où ses services ne seront plus requis.

« J’aimerais ça un jour qu’on puisse fermer nos portes, que les familles nous disent : savez-vous, la Dre Bureau, on n’en a plus besoin. » 

Mais ça n’arrivera pas parce que les besoins sont trop criants, ici dans l’Outaouais. 

Les deux sites du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau ont accueilli jusqu’à maintenant près de 950 enfants en détresse; on atteindra le seuil psychologique du 1000e petit visiteur quelque part en janvier. Un anniversaire qui cache une tragédie...

« Les enfants nous appartiennent collectivement et quand il y en a un que l’on échappe, c’est notre faute à tous », conclut la Dre Bureau.