Le chercheur de l’UQO, Dave Blackburn, aimerait que Gatineau donne l’exemple et aide les vétérans à sortir de leur isolement.

Tisser des liens entre les villes et leurs vétérans

Il y aurait près de 700 000 vétérans au Canada, dont 90 000 au Québec. Nombre d’entre eux ont, depuis, coupé tout lien avec les Forces armées et plusieurs semblent aussi être déconnectés de leur communauté et même de leur propre famille élargie.

Les nombreux déménagements qu’ils subissent dans le cadre de leurs missions ou de leurs fonctions pourraient expliquer, en partie, cette marginalisation. 

En témoignent également les quelque 150 vétérans vivant en situation d’itinérance dans la région d’Ottawa ; probablement plus à Montréal, soutient le major à la retraite Dave Blackburn, docteur en sociologie de la santé et professeur à l’Université du Québec en Outaouais en travail social. 

Le chercheur déplore cette déconnexion des vétérans avec leur milieu et apprécierait fort que les autres niveaux de gouvernement – le provincial et le municipal notamment – offrent eux aussi des ressources aux militaires à la retraite qui vivent sur leur territoire. Un réflexe qu’ils n’ont pas nécessairement parce que la problématique militaire est considérée comme une affaire strictement fédérale.

« Ce qu’on voudrait c’est que les municipalités s’intéressent de plus en plus aux questions concernant les anciens combattants ; que ça ne soit pas strictement une compétence fédérale, avec le ministère des Anciens Combattants qui tente de gérer toutes les questions, mais les gère à moitié », explique au Droit Dave Blackburn, également responsable de l’Équipe de recherche et d’intervention en santé mentale des anciens combattants et leur famille (ÉRISM-AC/F) ; un groupe d’intervention qui vient de voir le jour en novembre dernier. 

M. Blackburn cite également, indigné, de nouvelles données indiquant que le nombre de vétérans qui attendent une réponse à leur demande de prestations d’invalidité a monté en flèche au cours de l’année 2017, avec des milliers de dossiers d’ex-militaires en suspens. Anciens Combattants Canada indiquait d’ailleurs récemment qu’environ 29 000 dossiers étaient en attente, à la fin du mois de novembre 2017 – une augmentation de près de 50 % par rapport au mois de mars. Pour le militaire à la retraite, tout mettre dans la cour déjà débordée du fédéral n’est pas la solution. 

M.Blackburn suggère notamment une structure semblable à celles des municipalités amies des aînés, cette coalition de villes qui ont su adapter leurs politiques, leurs services et leurs structures aux citoyens âgés. Pourquoi ne pas offrir une mécanique municipale semblable pour les vétérans ?

De façon plus prosaïque, M. Blackburn réclame que tous les vétérans aient accès au stationnement gratuit, en tout temps, dans les municipalités québécoises ; un privilège automatique qui serait consenti aux véhicules portant une plaque ornée d’un coquelicot.

À cet effet, M. Blackburn et son groupe d’intervention ont fait parvenir, la semaine dernière, aux maires des 34 plus grosses municipalités du Québec, une lettre réclamant ce privilège spécial. Cela exclut les villes qui consentent déjà à leurs vétérans cette faveur soit : Saint-Jérôme, Granby, Louiseville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sainte-Anne-de-Bellevue, Sherbrooke, Cowansville et Victoriaville.

« Au-delà du simple geste de reconnaissance, le stationnement gratuit pour les anciens combattants se veut une action d’intégration sociale des vétérans au sein des communautés. Cette action des municipalités peut faire une différence fondamentale pour bon nombre d’anciens combattants qui ont une situation financière précaire, qui vivent une situation d’isolement social ou encore pour les aider dans leur transition de la vie militaire à la vie civile » expliquait récemment M. Blackburn, dans un article publié sur un site web d’informations militaires. Selon lui, Gatineau, qui abrite plusieurs vétérans, pourrait donner l’exemple.