Recours aux banques alimentaires: deux extrêmes à Ottawa

Près d’une personne sur six a eu recours à une banque alimentaire en 2018 dans la circonscription d’Ottawa-Vanier, ce qui en fait de loin l’endroit où une telle aide a été la plus sollicitée à travers la province, selon une nouvelle étude publiée mercredi par Feed Ontario.

Un peu plus de 16 500 personnes ont cogné à la porte de la Banque alimentaire d’Ottawa l’an dernier dans cette circonscription, soit 15 % de la population. Du nombre, plus du tiers des bénéficiaires de cette aide (37 %) étaient des enfants. Au total, on a enregistré plus de 80 000 visites à la banque alimentaire de la part de gens d’Ottawa-Vanier. 

Dans ce triste palmarès, Ottawa-Vanier est suivie par les circonscriptions d’Hamilton-Centre (12 %) et de Thunder Bay Atikokan (11 %). 

« C’est très préoccupant de constater que la circonscription où le taux de recours à une banque alimentaire par habitant est le plus élevé soit située dans une ville aussi riche qu’Ottawa. Le rapport souligne le besoin urgent de solutions concrètes à long terme qui auront un impact notable sur les causes profondes de la pauvreté », de dire le directeur général de la Banque alimentaire d’Ottawa, Michael Maidment.

L’organisme vient en aide à environ 37 500 personnes par mois. 

Deux autres circonscriptions de la région de la capitale fédérale font cependant partie du top-10 des endroits où les gens ont eu recours aux services d’une banque alimentaire, soit Ottawa-Sud (5e rang, 9 %) et Ottawa-Ouest-Nepean (9e rang, 8 %). Dans ces deux circonscriptions, respectivement 10 500 et 8500 personnes ont eu besoin d’une telle aide à au moins une reprise en 2018. 

La circonscription provinciale d’Ottawa-Centre est non loin derrière avec une proportion de 7 % de la population ayant eu besoin d’un coup de pouce pour regarnir son réfrigérateur et son garde-manger. 

La circonscription d’Orléans s’en tire beaucoup mieux alors que 3 % des habitants (environ 3300 personnes) ont sollicité de l’aide alimentaire à au moins une occasion en 2018. Du nombre, 45 % étaient des enfants. 

Réalités bien différentes

Deux extrêmes se côtoient sur le territoire ottavien, car à l’autre bout du spectre, moins de 1 % des gens de la circonscription de Carleton, dans l’ouest de la ville, ont visité une banque alimentaire, soit 452 personnes. Dans Kanata-Carleton, on parle d’une proportion de 2 % de la population, tout comme pour Glengarry-Prescott-Russell, dans l’Est ontarien. 

Le rapport réalisé pour le compte de Feed Ontario, anciennement connue comme l’Association des banques alimentaires de l’Ontario, révèle que quelque 508 000 personnes ont eu recours à une banque alimentaire l’an dernier en sol ontarien, pour un total de 3 034 000 visites. Il s’agit d’une hausse de 3 %. 

« En Ontario, une personne visite une banque alimentaire toutes les 10 secondes », signale Amanda King, directrice générale par intérim de Feed Ontario. 

« Ce qui m’inquiète, c’est que ça risque d’empirer »

Ces statistiques ne surprennent pas la députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, qui craint que les politiques du gouvernement Ford ne fassent qu’aggraver la situation. 

« On le voit tous les jours dans mon bureau. Il y a des gens qui ont des problèmes de logement, d’accès à la justice, d’accès aux services liés à la pauvreté, etc. Ces chiffres-là ne m’étonnent pas. Évidemment, on espère toujours que les efforts déployés par le passé vont avoir des effets positifs, mais je suis très inquiète. Déjà, certaines coupes du gouvernement se font sentir. Ce qui m’inquiète pour l’avenir, c’est que la situation risque d’empirer. On a par exemple réduit de 50 % le budget de la stratégie pour la réduction de la pauvreté, ce n’est pas bon signe », dit-elle.

L’élue cite aussi en exemple l’abolition d’un programme d’accès aux sports pour jeunes défavorisés qui était offert au Centre des services communautaires Vanier.

« C’est un très bon rapport. Il est important de ne pas oublier que ce qui se passe dans les banques alimentaires est un bon indicateur de nos devoirs pour contrer la pauvreté. Je passe ma vie à écrire des lettres alors je vais citer ces données-là. Ça va permettre de cibler les investissements et de mesurer nos progrès ou nos manques de progrès », conclut-elle.