Éric Arago en compagnie de son fils aîné Philippe, aujourd’hui âgé de 18 ans.

Prévenir des noyades comme celle de son fils

La vie d’Éric Arago, un père de famille de Plantagenet, dans l’Est ontarien, a basculé le 25 juin 2009. Ce jour-là, son fils Simon s’est noyé lors d’une sortie scolaire qui devait être tout sauf tragique.

Malgré le deuil, l’homme s’est tant bien que mal relevé les manches et a opté pour la sensibilisation «pour survivre à tout cela et que la mort de son fils serve à quelque chose».

Cette date reste gravée dans la mémoire de l’enseignant en éducation physique, qui, ironie du sort dit-il, se spécialise en activités de plein air et apprend à ses élèves les notions de sécurité reliées à la baignade.

«C’était la fin de l’année scolaire. Le hasard a voulu que moi-même à ce moment-là je sois aussi en sortie de plein air, en Mauricie. J’ai dû tout quitter et je me suis tapé quatre heures de route jusqu’à Montréal. À ce moment-là, bien des choses se passaient dans ma tête, quand j’y repense j’étais dans un drôle d’état d’esprit. […] Les 24 heures passées à l’hôpital, de voir ton enfant branché à plein de machines, ç’a été les pires de ma vie. La seule chose qui m’a tenue en vie, c’est de savoir que j’avais un autre fils [Philippe, 9 ans à l’époque]», raconte-t-il.

Simon Arago-Rosa est décédé lors d’une sortie scolaire en 2009.

Simon est décédé à l’âge six ans, il devait bientôt souffler sept bougies sur son gâteau. Il se baignait au moment du drame avec un ami au centre d’un petit lac artificiel. Il a été retrouvé sous l’eau opaque plusieurs minutes après avoir éprouvé des difficultés. Dans les jours qui ont suivi, en état de choc, Éric Arago affirme qu’une «étincelle s’est produite» après avoir été en contact avec une équipe extraordinaire à l’hôpital.

«La première fois que je me suis retrouvé seul, je me suis dit qu’il fallait trouver une solution pour survivre. Il fallait que je réussisse à demeurer fonctionnel, sachant que je suis en contact quotidien avec des jeunes au travail. Je trouvais ça atroce. Il fallait que je fasse vivre Simon autrement, que sa mort puisse servir à quelque chose. Ça a été un signe révélateur pour moi, alors j’ai décroché le téléphone le lendemain et j’ai appelé la Société de sauvetage», explique-t-il.

L’homme s’est dès lors impliqué activement avec l’organisme de prévention de la noyade. Dans la foulée, on a entre autres créé le Fonds Simon-Arago-Rosa, qui vise à soutenir le programme d’encadrement sécuritaire des groupes d’enfants en milieu aquatique.

«Simon aurait 16 ans aujourd’hui et grâce à cela ça me permet de dire qu’il est encore vivant, d’une autre façon», s’exclame son papa.

Noyade Outaouais 
  
 Etienne Ranger 
 Le Droit

Émotif quand il aborde le sujet, il soutient qu’on ne fait jamais le deuil d’un enfant, on apprend plutôt à «vivre avec».

«Il le faut le prendre comme un gros boulet sur le cœur. Le boulet ne changera jamais de poids, mais si tu te prends en main, tu deviens plus fort et tu auras donc plus de facilité à le transporter. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de journées plus difficiles, mais l’objectif est d’être heureux. Et il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide, je m’en suis rendu compte. Dans mon cheminement, on m’a souvent dit qu’il ne faut pas garder un éléphant dans le salon», affirme M. Arago.

Alors que le bilan des noyades s’améliore mais que la bataille est loin d’être gagnée, il rappelle que tout passe par l’éducation et la sensibilisation. Bref, on ne répétera jamais assez les messages de prévention.

«On doit reconnaître le risque à son état embryonnaire, il ne faut pas attendre de l’avoir en pleine face. C’est ce que je m’efforce d’apprendre aux jeunes. Je leur répète que la confiance peut devenir leur pire ennemi. Et quand je me sers de mon exemple personnel pour les éduquer, on entendrait une mouche voler dans la classe. […] La coroner, dans le dossier de Simon, disait qu’un accident n’arrive jamais seul, c’est une convergence d’événements. Parfois, il ne suffit que d’enlever un élément dans la chaîne et un accident est évité», de dire M. Arago.