Claire Cormier-Gagnon
Claire Cormier-Gagnon

Maison Mathieu-Froment-Savoie: «je lui ai donné la permission de partir»

«C’était une femme très forte et elle aura été lucide jusqu’à la dernière minute. Elle aimait la vie et j’ai eu le temps de lui dire que je l’aimais. C’est une grande perte pour nous».

Même si elle savait que sa soeur Claire en était à ses derniers moments de vie à la Maison Mathieu-Froment-Savoie, Suzanne Cormier ne cache pas que l’annonce de son décès dans la nuit de mardi à mercredi et le deuil qui s’entame sont «pénibles» à encaisser.

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De doux moments avec sa maman

Elle a pleuré quelques instants lorsque Le Droit l’a appelée jeudi. Le destin a voulu que sa soeur de 93 ans, admise à cet endroit après qu’un cancer des intestins s’est propagé au cerveau, rende son dernier souffle quelques heures après l’entrevue, avant la publication de l’article.

«Quand j’y suis allée dimanche, elle ne pouvait pas parler, mais je l’ai cajolée et embrassée. Je lui ai donné la permission de partir. Elle m’avait déjà dit: si tu savais à quel point que je veux m’en aller. Mais bon, ce n’est pas nous qui décidons de ça. [...] Vous savez, nous étions orphelins de parents, alors c’est Claire qui nous a quasiment éduqués. Pour moi, c’était une mère, une soeur, une confidente, une amie. Je me devais d’être là jusqu’à la fin», affirme celle qui fait partie des Soeurs du Sacré-Coeur de Jésus, à Casselman.

Malgré le resserrement des règles en raison de la pandémie de COVID-19, la femme native du secteur Hull, qui a déjà accompagné au cours de sa vie des personnes jusqu’à la mort dans des hôpitaux et en résidence, confie d’emblée être tombée sous le charme de la maison où sa soeur a rendu l’âme après un séjour de 28 jours. Claire Cormier-Gagnon était également paralysée du côté gauche à la suite d’un accident vasculaire cérébral.

«L’accueil y était chaleureux, ce n’est pas possible. La première fois que j’y suis entrée, franchement, je me sentais dans un milieu quasiment sacré, c’est drôle à dire. Il y a la musique douce et réconfortante, personne ne parle à haute voix. C’est un gros contraste avec les gros hôpitaux. Et c’est très sécuritaire. J’ai surtout senti et perçu dès le départ que les bénévoles, accompagnateurs et employés étaient tous des gens compréhensifs, bienveillants et d’une délicatesse incroyable. À la fois pour les patients et pour la famille, qui sait qu’un jour ou l’autre elle fera le deuil d’êtres très chers. Ma soeur, quand on lui avait annoncé qu’elle était admise, elle avait dit: je m’en vais dans la maison du Bon Dieu», raconte-t-elle.


« Quand j’y suis allée dimanche, elle ne pouvait pas parler, mais je l’ai cajolée et embrassée. Je lui ai donné la permission de partir. »
Suzanne Cormier

En ces temps exceptionnels, du lavage de mains au port du masque en passant par le questionnaire à remplir à chaque visite, la dame soutient s’être toujours sentie en sécurité entre les murs de cette maison de soins palliatifs.

«C’est certain que ça faisait mal de ne pas pouvoir autant de contacts par le toucher que l’on aurait souhaité. Mais c’était très bien malgré tout. Chaque fois que j’y allais, elle avait une couverture neuve, un oreiller neuf. Finir sa vie dans de telles conditions, c’est merveilleux. Elle le méritait», conclut-elle.