Josée Paquette et sa mère, Claire Boileau.
Josée Paquette et sa mère, Claire Boileau.

Maison Mathieu-Froment-Savoie: de doux moments avec sa maman 

C’était le 11 mars, lors des premiers balbutiements de la crise de la COVID-19 au Québec. Ce jour-là, la mère de Josée Paquette, Claire, a reçu un diagnostic de cancer du col de l’utérus. La dame de 91 ans, qui souffre aussi d’insuffisance cardiaque et de démence, a du même coup eu un pronostic de trois mois de vie.

Puis, le 6 mai, elle a obtenu une place à la Maison Mathieu-Froment-Savoie.

«C’est difficile de savoir à quel stade elle est rendue, car elle n’a pas voulu pousser les tests plus loin, elle a refusé la chimiothérapie. Mais ma mère est hypothéquée pas mal. Elle n’est pas au courant de tout ce qu’elle a et même si on lui disait, elle ne s’en souviendrait pas. En plus, c’est quelqu’un d’extrêmement anxieux alors on a choisi, avec les médecins, de ne pas lui en parler», raconte sa fille, qui fait la route de 90 minutes qui sépare Lac-Cayamant et Gatineau chaque fois qu’elle rend visite à sa maman. 

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«Je lui ai donné la permission de partir»

Mme Paquette souhaitait ce qu’il y a de mieux pour le dernier chapitre qui s’amorce pour sa mère. Sa maman, elle la connaît sur le bout des doigts, ayant vécu avec elle comme proche aidant durant cinq années. Rapidement, ses inquiétudes se sont estompées, réalisant que «tout le bien qu’elle avait entendu» au sujet de cette maison de soins palliatifs se confirmait dès le jour 1. 

«Je l’ai chouchouté pendant cinq ans, alors je sais ce qu’elle aime, ce qu’elle n’aime pas, ses goûts. Sur place, j’ai vite constaté que chaque personne est aussi importante l’une que l’autre. Tout le monde se fait traiter aux petits oiseaux. De toute sa vie, je n’avais jamais vu ma mère avec du vernis à ongles, et là, elle en a eu. On lui donne aussi des bains avec des huiles essentielles. Il y a un préposé, Mathieu, qu’elle aime beaucoup. Elle l’appelle son chum, en riant. On lui met aussi un peu de fard à joues. Ce sont tous de petits gestes qui font toute une différence pour elle, mais également pour moi. C’est rassurant, car on s’inquiète toujours un peu. Ma mère, c’est maintenant un peu comme mon enfant, c’est la roue qui tourne. Sauf que je peux dormir sur mes deux oreilles», confie-t-elle.


« Ce n’est jamais facile, mais j’aurais difficilement pu imaginer mieux. Qu’elle puisse profiter des derniers jours de sa vie dans une atmosphère aussi humaine, ça fait toute la différence. »
Josée Paquette

Mme Paquette avoue que le séjour de sa mère dans un établissement de soins palliatifs en temps de pandémie, avec toutes les règles qui s’y rattachent, n’est pas des plus évidents. Mais on s’y habitue vite, croit-elle.

«C’est correct, ils font ce qu’ils doivent faire, on n’a pas le choix. J’ai une distanciation à respecter avec elle, mais je me dis qu’au moins je peux passer du temps en sa compagnie, je la vois de mes propres yeux, je peux lui toucher la main. Car lorsqu’elle était en résidence et qu’elle n’était pas considérée en fin de vie, je n’ai pas pu la voir pendant deux mois. Je peux maintenant la sortir à l’extérieur en fauteuil roulant. Elle doit porter le masque et trouve ça drôle, parce qu’elle dit que ce n’est pas l’Halloween», raconte-t-elle.

Claire Boileau a été transférée lundi dans une chambre de la toute nouvelle aile de la Maison.

Avouant avoir été ébranlée par les milliers de décès d’aînés au cours des quatre derniers mois et déplorant qu’on ait dû en arriver là pour réaliser les piètres conditions dans certains CHSLD, sa fille entrevoit les prochaines semaines avec une part de sérénité.

«Ce n’est jamais facile, mais j’aurais difficilement pu imaginer mieux. Qu’elle puisse profiter des derniers jours de sa vie dans une atmosphère aussi humaine, ça fait toute la différence. [...] On mérite tous de finir notre vie dans la dignité», termine Mme Paquette.