Lise Payette

Lise Payette (1931-2018): une grande pionnière en quatre temps

La journaliste, animatrice, ministre et auteure de téléromans à succès Lise Payette s’est éteinte mercredi à l’âge de 87 ans. Femme de convictions, elle a su tout au long de sa vie utiliser ses talents de communicatrice pour faire avancer les causes auxquelles elle croyait, notamment l’égalité des femmes et la souveraineté du Québec. Parcours en quatre temps d’une femme d’exception.
  • Journaliste et animatrice

Lise Payette entame sa carrière de journaliste à la radio à Trois-Rivières, en 1954, puis à Rouyn-Noranda. Mariée au journaliste de Radio-Canada André Payette depuis 1951, elle part avec lui pour Paris dix ans plus tard. À l’époque, elle est mère de trois jeunes enfants, mais continue à collaborer à plusieurs journaux et magazines (Châtelaine, Le Nouveau Journal), et anime une émission à la radio de Radio-Canada, Interdit aux hommes. De retour au pays, elle devient vite une vedette de la radio avec Place aux femmes, en compagnie de Guy Provost, de 1966 à 1972. Avec l’arrivée des années 1970, elle devient une véritable star de la télé avec son talk-show Appelez-­moi Lise, qui, de 1972 à 1975, fracasse des records d’écoute, même si l’émission est diffusée à 23h. Maîtrisant l’équilibre subtil entre les entrevues d’émotions et le divertissement, Lise Payette aime les coups d’éclat, surtout s’ils font vibrer sa fibre féministe, comme le fait d’organiser le concours du plus bel homme du Canada ou de remplacer le gardien de but lors d’un exercice du club de hockey Canadien. Lise Payette revient au journalisme en novembre 2007, alors qu’elle tient une chronique hebdomadaire au Devoir. Une sélection de ces chroniques avait été publiée en 2012 : Le Mal du pays.

  • Femme politique

Avec les années, l’appel de l’engagement politique se fait sentir de plus en plus chez Lise Payette. Un jour de 1976, elle téléphone à René Lévesque, chef du Parti québécois. «Est-ce que je peux vous être utile?» lui demanda-t-elle. Le 15 novembre 1976, elle est élue députée de Dorion, puis accède au conseil des ministres — où elle sera la seule femme autour de la table. Elle n’accomplira qu’un seul mandat, de 1976 à 1981, mais qui fut bien rempli. D’abord ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, elle revoit et élargit la protection du consommateur. Ministre d’État à la Condition féminine, elle rédige une première politique globale, Pour les Québécoises : égalité et indépendance, elle étend l’accès aux garderies, supervise une réforme du droit de la famille et finance les centres d’aide aux femmes victimes de violence, notamment. C’est aussi grâce à elle que les enfants peuvent aujourd’hui, depuis 1981, porter le nom de famille de leurs deux parents. Mais son passage en politique sera surtout marqué par une réforme majeure et controversée : celle de l’assurance automobile, qui élimine la notion de responsabilité lors d’un accident. Elle fera en outre remplacer sur les plaques d’immatriculation «La Belle Province» par «Je me souviens», en 1978.

Le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau et Lise Payette à l'émission «Appelez-moi Lise», en avril 1973
  • Polémiste

Le référendum de mai 1980 est un épisode fort difficile de la carrière politique de Lise Payette. Bien involontairement, elle met en péril la campagne du «Oui» en comparant publiquement l’épouse du chef du Parti libéral, Claude Ryan, à l’«Yvette» d’un manuel scolaire, une petite fille soumise. La maladresse est aussitôt récupérée par le camp du «Non», qui organise un grand rassemblement fédéraliste au Forum de Montréal, auquel participent 15 000 personnes — en majorité des femmes. Certains observateurs, à l’époque, n’ont pas hésité à prétendre que l’«incident des Yvette» avait été le moment crucial de la campagne référendaire et une cause directe de la défaite des souverainistes 60-40 — une analyse que Mme Payette n’a jamais partagée, tout en admettant avoir commis une maladresse. En février 2016, dans l’une de ses chroniques sur le «scandale Claude Jutra», Lise Payette suscite à nouveau la controverse en semblant témoigner plus de compassion pour son ami d’enfance que pour les présumées victimes, et faire un amalgame entre pédophilie et homosexualité. Elle avait dû rectifier le tir la semaine suivante, après avoir subi des attaques très dures, notamment sur les médias sociaux. Cette collaboration avec Le Devoir a pris fin deux mois plus tard.

  • Scénariste et auteure

Durant les décennies 1980 et 1990, Lise Payette se consacre principalement à l’écriture. Elle fonde sa maison de production, Point de mire, et crée plusieurs téléromans : le triptyque La Bonne Aventure, Des dames de cœur et Un signe de feu (1982-1991), puis Marilyn, Les Machos et Les Super-Mamies (2001-2003). Certains de ces téléromans, aux traits sociaux et féministes, ont capté l’attention d’un large public — le personnage de Jean-Paul Belleau est devenu dans l’imaginaire populaire l’archétype du mari infidèle. «Au cœur de toutes ces séries se trouvent la réalité des femmes québécoises et leur recherche de l’égalité entre elles et les hommes. Lise Payette poursuit ainsi, par le téléroman, cet important travail amorcé près d’une vingtaine d’années plus tôt à la radio», a dit sa famille par voie de communiqué. Au milieu de tout ça, en 1989, elle signe un documentaire controversé, Disparaître, qui trace un sombre portrait de l’avenir du Québec francophone, compte tenu du faible taux de natalité. Elle se met également à la tâche de porter son regard vers le passé et de partager ses souvenirs en publiant plusieurs livres, dont Le pouvoir? Connais pas!, en 1982, et une autobiographie en trois volumes intitulée Des femmes d’honneur (1997-1999).

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