Le 20 août, un affrontement entre des groupes d’extrême droite, dont La Meute, et des militants antifascistes avait conduit à plusieurs heurts et arrestations.

L'extrême droite en opération séduction

À l’origine en lutte contre l’islam radical, les groupes québécois d’extrême droite doivent élargir leur champ de revendications afin de recruter davantage de sympathisants, estime une professeure en science politique de l’Université Laval.

Un millier de militants associés à la droite identitaire, dont La Meute, est attendu samedi, dans la capitale pour une manifestation, mais ce nombre «a atteint un certain plafond», croit Aurélie Campana, de la Chaire de recherche sur les conflits et le terrorisme. D’où la stratégie visant à enfourcher de nouveaux chevaux de bataille afin de séduire un plus vaste éventail d’adhérents potentiels.

«Ils ont élargi leur discours et comptent manifester [samedi] contre la burqa, le niqab, la consultation sur le racisme systémique et le gouvernement Couillard», explique Mme Campana, qui étudie les mouvements d’extrême droite au pays depuis quatre ans.

«Ces groupes ont toujours existé au Canada, mais on n’en parlait pas. Maintenant c’est dans l’air du temps. On en parle différemment», poursuit la professeure, qui prend comme exemple les partis d’extrême- droite qui «jouent le jeu de la démocratie» en occupant une place de plus en plus grande sur la scène politique européenne, que ce soit en Allemagne, en France, en Autriche et en Hongrie.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a également permis de «légitimiser un certain langage dans le débat public», dans la foulée de la volonté du président américain de mettre en place dans les derniers mois des décrets anti-immigration contre certains pays du Moyen-Orient.

Décomplexés

«Il est clair que les groupes d’extrême- droite sont de plus en plus décomplexés. Jusque là, ils tenaient des activités pour leurs membres. Depuis un an, ils sont plus visibles dans l’espace public et organisent des manifestations de plus grande ampleur» grâce à de nouvelles stratégies de communication.

Un discours «plus policé» leur permet d’occuper un terrain défendu jusqu’à maintenant par les partis politiques traditionnels. «Ils ont de plus en plus tendance à imposer des thèmes qu’on raccorde généralement à l’extrême droite, comme la place de la religion dans l’espace public», explique l’universitaire.

Le discours de La Meute, de Storm Alliance et des Soldats d’Odin trouverait davantage écho à l’extérieur de Montréal, particulièrement à Québec et au Saguenay Lac-Saint-Jean, en raison d’une «crispation» à l’égard de l’afflux d’immigrants aux frontières ces derniers mois.

«Québec est en train de connaître une plus grande diversification. La peur monte et cette peur est alimentée par tout ce qu’on trouve sur Internet.»

Quant à la présence annoncée samedi de contre-manifestants d’extrême gauche, Mme Campana se garde un devoir de réserve, son champ d’expertise se limitant au pôle opposé. «L’ennemi héréditaire de l’extrême gauche est l’extrême droite. La montée des extrêmes est toujours préoccupante.»

Appel au calme de Coiteux

Par ailleurs, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, appelle les manifestants attendus samedi à faire connaître leurs revendications «dans la paix et le respect des lois», alors qu’au même moment, les membres du Parti libéral du Québec tiendront un rassemblement au Centre des congrès .

Interrogé jeudi, dans le quartier Limoilou, à l’occasion d’une annonce de financement à des organismes communautaires, M. Coiteux a indiqué qu’«un congrès de parti est une activité démocratique» et que les manifestants ont également le droit de se faire entendre, mais «dans le respect des autres, de la propriété, des gens et de la tranquillité publique».

Selon le ministre, la police de la Ville de Québec «se prépare [néanmoins] à toute éventualité» et que si «des gestes de nature illégale sont commis — et on espère qu’il n’y en aura aucun — ce sera aux forces policières à intervenir».

Le 20 août, un affrontement entre des groupes d’extrême droite et des militants antifascistes avait conduit à plusieurs heurts et arrestations.