Sur la photo, on retrouve, à l’arrière, Louise Mageau et Diane Lagacé et à l’avant, Suzie Mageau, Lorraine Marinier et Nathalie Mageau

Le miracle de la-Salette

C’est littéralement un « miracle » que vivent depuis un mois Lorraine Marinier, une mère septuagénaire de Notre-Dame-de-la-Salette à mobilité réduite, et ses deux filles handicapées, Nathalie, 47 ans, et Suzie, 51 ans, dont la résidence familiale est en train de subir d’importants travaux de rénovation et d’agrandissement. Un entrepreneur de L’Ange-Gardien a décidé de mettre à niveau la maison à ses frais. Bref récit d’une histoire de générosité comme il en existe trop peu de nos jours.

Suzie et Nathalie Mageau sont atteintes de diplégie spastique congénitale, une forme de paralysie cérébrale présente depuis la naissance qui engendre une raideur musculaire, particulièrement au niveau des jambes. Cette condition se traduit essentiellement par une discordance des mouvements des membres. Les personnes atteintes de ce syndrome ont notamment une grande difficulté à marcher. « Notre mobilité est vraiment réduite », note Suzie.

Ayant toujours habité sous le même toit que leur mère, les deux sœurs arrivaient à fonctionner convenablement au quotidien par le passé. C’était jusqu’à ce qu’elles doivent troquer les béquilles canadiennes pour le fauteuil roulant. Avec l’âge, la condition de santé des deux femmes s’est détériorée. Depuis environ deux ans, Nathalie et Suzie sont clouées à leur fauteuil roulant la majorité du temps.

Le hic, c’est que la maison familiale qu’elles habitent depuis 1979 est loin d’être adaptée pour les personnes à mobilité réduite. Le simple fait pour l’une ou l’autre de se rendre à la cuisine est presque devenu impossible, en raison du manque d’espace des lieux. Les plus petites tâches du quotidien sont devenues des obstacles.

La résidence de Louise Mageau, Diane Lagacé, Suzie Mageau, Lorraine Marinier et Nathalie Mageau est en train de se transformer complètement.

« Quand je me lève le matin, ma mère doit me faire à déjeuner parce que je ne peux pas me rendre à la cuisine. C’est la même chose pour tous les repas », précise Nathalie.

L’accès à la salle de bain et aux chambres n’est également pas une activité de tout repos puisque les cadrages de portes ne sont pas suffisamment larges.

Les deux femmes doivent donc faire preuve d’une gymnastique éreintante pour franchir ces pièces de la résidence.

Elles ont chuté plus d’une fois et subi de multiples fractures depuis deux ans à tenter de faire le saut de leur fauteuil à leurs béquilles pour se rendre à leur lit ou à la toilette.

Lorraine Marinier a toujours eu soin de ses filles, mais depuis quelques années, son état de santé s’est détérioré. La dame qui vient de souffler ses 78 bougies est aux prises avec d’importants problèmes à la moelle épinière qui affecte son dos. Elle peine à marcher. « Ça devient de plus en plus difficile pour notre mère de répondre à nos besoins », lance Nathalie.

L’année dernière, leur grande sœur Louise a monté un dossier béton auprès de la Société d’habitation du Québec pour obtenir de financement afin d’adapter la petite maison située dans le cœur du village de Notre-Dame-de-la-Salette.

La requête n’a pas obtenu l’aval de l’organisme gouvernemental. « Dans la province de Québec, je ne connais pas aucune famille, qui dans la même maison, a trois personnes handicapées. Ce n’est pas juste une jambe cassée, c’est permanent. J’ai de la misère à comprendre qu’on ne puisse pas obtenir d’aide financière », peste Louise Mageau.

Une bonne étoile

Ce printemps, une bonne étoile s’est cependant frayé un chemin vers cette famille « tissée serrée ». Diane Lagacé, copropriétaire de l’entreprise Les Fondations André Constant et très bonne amie de la famille, a eu vent des démarches échouées auprès de la SHQ.

Avec son conjoint entrepreneur, Mme Lagacé s’est lancée il y a quelques mois dans un marathon de coups de téléphone afin d’aider les trois Salettoises.

Le projet de Mme Lagacé était clair : agrandir à coût presque nul la résidence des Marinier-Mageau et y ajouter une salle de bain et une cuisine adaptées pour personnes à mobilité réduite, de même qu’une buanderie. Constructeurs, fournisseurs de matériel, électricien, plombier, couvreurs, elle a convaincu un peu plus d’une vingtaine d’entrepreneurs et amis de l’Outaouais d’embarquer dans l’aventure.

Un projet de rénovation qui friserait les 150 000 $ en temps normal et qui est réalisé presque complètement de façon bénévole par le groupe. Si certains matériaux sont achetés, ceux-ci le sont au prix du gros. Les premiers coups de marteau ont débuté le 18 juin dernier. Le souhait est que les travaux seront terminés pour novembre.

« Juste le sourire de Lorry, de Suzie et de Nathalie, c’est ça mon bonheur. On ne fait pas ça pour recevoir des fleurs ou pour être des vedettes. On fait ça parce qu’on les adore et parce qu’on veut faire du bien. On le fait pour aider des gens qui en ont vraiment besoin. Ce n’est pas un luxe d’avoir un espace de vie convenable, c’est une nécessité », souligne la femme d’affaires qui compte bien faire une grande fête pour remercier les donateurs et contributeurs du projet lorsque tout sera terminé à l’automne.

Pour Mme Marinier, ce geste d’altruisme est tout simplement un « miracle de la vie », dit-elle.

« C’est grâce à eux si on peut encore être dans notre maison. S’ils n’étaient pas là, on n’aurait pas pu continuer à vivre ici. On aurait fini par être placés. Je ne pourrais pas me séparer de mes deux filles. Ce serait de m’enterrer tout de suite », affirme Lorraine Marinier, avec le trémolo dans la voix.

Pour ceux qui voudraient offrir un coup de pouce aux promoteurs du projet, que ce soit par le biais de temps de main d’œuvre ou de dons en argent, toute aide supplémentaire est encore bienvenue, rappelle en terminant Louise Mageau.

Les gens intéressés peuvent écrire aux adresses courriel suivantes : diane.lag@icloud.com ou louise.mageau@gmail.com.