Le gouvernement fédéral veut bannir le plastique à usage unique en 2021

OTTAWA — Le gouvernement fédéral compte interdire les articles en plastique à usage unique dès l'an prochain, a annoncé le ministre de l'Environnement et du Changement climatique, jeudi, dans la foulée de la publication d'un rapport gouvernemental concluant que la pollution par le plastique est devenue un problème environnemental majeur à l'échelle mondiale.

«On se dirige vers une interdiction des plastiques à usage unique qui sont néfastes. On l'interdira en 2021», a lancé Jonathan Wilkinson.

En juin, le premier ministre Justin Trudeau avait fait part de l'intention de son gouvernement d'éliminer des objets de plastique à usage unique tels les sacs d'épicerie, les couvercles pour le café, les pailles et les bouteilles. Il avait affirmé que le gouvernement mènerait des recherches pour déterminer le meilleur plan d'action, fondé sur des preuves scientifiques en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement.

L'ébauche d'évaluation scientifique de la pollution plastique a été rendue publique jeudi. La population pourra la consulter et la commenter jusqu'au 1er avril.

Selon cette ébauche, il a été estimé qu'au Canada, «une proportion de 1 % des déchets plastiques pénètre dans l'environnement, ce qui représentait une pollution plastique de 29 000 tonnes en 2016». Ce total équivaut à 2,3 milliards de bouteilles d'eau qui polluent les plages, les parcs, les cours d'eau. On retrouve même des particules de plastiques dans l'air.

Une grande partie de ces déchets sont visibles: ce sont les «macroplastiques» dont la taille est supérieure à 5 mm. Mais une part importante demeure invisible à l'oeil nu: il s'agit des «microplastiques» ou «microfibres» comme celles rejetées au cours du lavage de vêtements ou les microbilles rejetées dans les eaux usées. À l'échelle mondiale, «les autres sources terrestres de microplastiques sont les cosmétiques et produits de soins personnels, les textiles synthétiques et vêtements et le transport terrestre», notamment lié à l'usure des pneus.

Les oiseaux et les tortues

Les auteurs de l'ébauche écrivent que les données prouvent que les macroplastiques peuvent causer des dommages physiques aux animaux et nuire à leur habitat. On a retrouvé du plastique dans l'estomac d'oiseaux morts. L'ébauche rapporte de nombreux cas de baleines échouées dont l'estomac contenait des filets, des fils de pêche et des articles en plastique, comme des sacs. On cite aussi le cas d'une tortue émaciée flottant au large d'une plage floridienne. «Après le retrait de 74 corps étrangers (y compris des ballons en latex, de la ficelle, de la corde de nylon et des plastiques souples et durs) au moyen de lavements, la santé, l'appétit et le comportement de la tortue se sont améliorés», affirment les auteurs.

Les auteurs recommandent de plus amples études afin de vérifier si la pollution par les microplastiques a des effets néfastes sur les humains. Le gouvernement a mis de côté 2,2 millions $ pour financer des recherches sur les microplastiques.

Le ministre Wilkinson a déclaré que les données sur les macroplatisque sont assez concluantes pour aller de l'avant avec une interdiction.

«Les produits, c'est les choses comme les sacs et les pailles. Mais il y a les autres, probablement les (ustensiles). Mais nous avons plus de travail à faire pour compléter la liste», a-t-il déclaré en français lors d'un point de presse dans le foyer de la Chambre des communes.

La liste devrait être rendue publique au cours des prochains mois, a indiqué le ministre.

M. Wilkinson a mentionné qu'une période de répit sera accordée aux entreprises dépendantes de ces produits pour qu'elles puissent s'adapter à la nouvelle réalité, mais il demeure ferme sur un point: le gouvernement ne patientera pas pendant des années. «La population canadienne veut qu'on agisse rapidement. S'il y a une période de transition, celle-ci ne sera pas très longue.»

Lors du sommet des pays du G7 tenu en 2018 dans la région de Charlevoix, le Canada et quatre autres grandes économies ont signé une charte dans laquelle ils s'engagent, d'ici 2040, à ce que tout le plastique produit dans leur pays soit réutilisé, recyclé ou brûlé pour produire de l'énergie. Les États-Unis et le Japon se sont abstenus de la signer.