Le côté obscur de l'écran

La deuxième édition de la Grande Semaine des tout-petits battra son plein au Québec, du 19 au 25 novembre, avec comme objectif avoué de sensibiliser la population à faire de la petite enfance une priorité, tout en mettant en lumière les défis reliés à l’univers des 0 à 5 ans. Dans ce contexte, Le Droit propose aujourd’hui un bref regard sur un phénomène qui prend de l’ampleur dans les chaumières de la vaste majorité des pays développés: l’exposition des jeunes enfants aux médias numériques et les conséquences sur la santé et le développement qui sont rattachées à cette omniprésence de l’écran dans nos vies familiales.

Quel parent propriétaire d’un appareil numérique, qu’on parle d’un téléphone intelligent ou d’une tablette électronique, n’a jamais laissé son bambin jouer avec le gadget en question afin de distraire ce dernier qui se fait quelque peu bruyant au restaurant? Le téléviseur, cette boîte à images qui meuble le salon de la plupart des Canadiens, peut aussi être à l’occasion un «gardien» de prédilection lorsque maman et papa en ont plein les bras à la maison.

L’exposition aux médias numériques chez les plus jeunes est sous la loupe de chercheurs depuis déjà plusieurs années. Dans un rapport publié en juin dernier émanant du recensement de nombreuses études faites au fil des ans sur le sujet, la Société canadienne de pédiatrie (SCP) met de l’avant quatre grandes recommandations destinées aux parents et autres personnes ayant à charge des enfants en bas âge. 

D’abord, le document de principes préconise de limiter le temps d’écran chez les 0 à 5 ans. Essentiellement, les enfants âgés de deux ans et moins ne devraient pas utiliser d’écrans numériques, alors que le temps d’écran devrait être limité à une heure par jour pour les petits âgés de 2 à 5 ans, soulignent les spécialistes qui signent les conclusions de la SCP. 

Ensuite, l’association propose d’atténuer les risques associés aux écrans en accordant la priorité à des émissions éducatives et interactives adaptées à l’âge de l’enfant. L’adulte doit aussi être présent et engagé lorsque les enfants sont devant un écran et peut par exemple regarder le contenu avec eux.

Finalement, la SCP recommande d’être attentif à l’utilisation de tous les écrans à la maison et de donner l’exemple d’habitudes positives.

Mettre la culpabilité au rencart

Pour Joanne Lehrer, professeure régulière en éducation préscolaire à l’Université du Québec en Outaouais, ces recommandations de la SCP tombent sous le sens. Cette dernière a participé à la réflexion entourant la diffusion des résultats émanant de la recension des écrits dans le cadre d’un projet piloté par la Direction régionale de la santé publique de Montréal, en 2014. Ledit projet visait à élaborer un guide pour une saine utilisation des écrans chez les tout-petits. Des universitaires de l’Équipe de recherche Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ont participé aux travaux. Les grandes lignes dressées dans le guide en question sont à peu près les mêmes que les conclusions auxquelles arrivent la SCP.

Un bémol s’impose cependant, estime Mme Lehrer. Les recommandations en question ne doivent pas servir de règles absolues. «Il ne faut surtout pas culpabiliser les parents», lance Mme Lehrer.

C’est une véritable réflexion de société qui s’impose face au phénomène de la prédominance de l’écran, lequel est possiblement le reflet d’une place non suffisamment importante accordée à la petite enfance dans la vie de tous les jours, avance la professeure. «On parle de l’obésité et du fait que les enfants sont en mode sédentaire, mais qu’est-ce qui nous mène à mettre nos enfants devant des écrans de plus en plus? On doit s’attarder comme société à la place qui est faite aux jeunes enfants dans les lieux publics. Quand on sort au restaurant, on voit souvent des enfants qui jouent sur la tablette. Le parent qui donne la tablette le fait généralement parce qu’il se sent jugé quand son enfant parle fort ou qu’il court dans le restaurant. Si on mettait davantage nos efforts sur convaincre les parents et le public que nos petits sont bienvenus dans tous les lieux publics, peut-être que les parents ressentiraient moins de pression», affirme-t-elle.

La clé pour le bon développement chez les 0-5 ans demeure de miser sur un éventail varié d’activités, ajoute Mme Lehrer.

«Il faut utiliser son gros bon sens avec son enfant et être attentif à lui. S’il démontre des comportements qui donnent l’impression qu’il est accroc à l’écran, c’est autre chose qu’un enfant qui passe un peu de temps devant la tablette et qui va ensuite aller jouer avec ses LEGOS ou va demander de pouvoir lire un livre. C’est l’équilibre et la diversité des activités qu’il faut viser pour stimuler toutes les sphères de développement de l’enfant.»

LE LIVRE PAPIER AVANT LE NUMÉRIQUE

Devrait-on prioriser le bon vieux livre papier plutôt que la tablette chez les enfants d’âge préscolaire, quand vient le temps de la lecture? L’Association des optométristes du Québec (AOQ) est claire sur cette question.

«Pour les enfants d’âge préscolaire, le livre papier est à privilégier, car il permet de renforcer les interactions avec l’adulte. De plus, manipuler un vrai livre est plus bénéfique que la lecture d’un livre numérique sur le plan des expériences sensorielles. Pour la santé visuelle, surtout avant le coucher, les optométristes recommandent d’opter pour le livre papier», indique l’AOQ, sur son site Web.

LA MYOPIE ET L'EXTÉRIEUR

L’Association des optométristes du Québec (AOQ) soutient que les enfants âgés de moins de deux ans ne devraient pas être exposés à des écrans.

«Le temps d’écran pour les enfants de deux à cinq ans ne devrait pas excéder une heure par jour et idéalement, il faut éviter d’exposer les enfants de moins de deux ans aux écrans. Chez les tout-petits, une trop grande exposition aux écrans pourrait créer une dépendance et accroître la probabilité de surutilisation plus tard», fait valoir l’organisation. Les optométristes invitent également les familles à adopter des jeux qui incitent l’enfant à bouger, idéalement à l’extérieur de la maison.

«Car le fait de jouer dehors permet de réduire la progression de la myopie de 30 à 40%, surtout chez les jeunes d’âge primaire. Selon plusieurs études, les enfants qui jouent dehors de 40 à 90 minutes par jour sont aussi moins myopes en général que les enfants du même âge qui passent plus de temps à l’intérieur», conclut l’AOQ.

IDÉLLO, UN COFFRE À OUTILS BIEN GARNI

Le Groupe Média TFO propose IDÉLLO, une vaste plateforme numérique pédagogique francophone conçue pour répondre aux besoins des parents et élèves, mais aussi des enseignants et des éducateurs.

On retrouve sur IDÉLLO plus de 11 000 ressources éducatives, que ce soit des vidéos, des jeux, des sites Web, des applications ou encore des fiches pédagogiques. Français, mathématiques, histoire, musique et plus encore, IDÉLLO ratisse large et les ressources de la plateforme sont certifiées en français et sélectionnées par des pédagogues et experts dans le domaine, si bien que la navigation est sans risque, assure TFO, qui a lancé ce portail en 2016.

LA GRANDE SEMAINE DES TOUT-PETITS EN OUTAOUAIS

En Outaouais, plusieurs rendez-vous seront au programme dans le cadre de la Grande Semaine des tout-petits. Naissance-Renaissance Outaouais tiendra notamment des activités gratuites dans ses locaux du 115, boulevard Sacré-Coeur, dans le secteur Hull, du 21 au 24 novembre. Voici une liste des autres événements familiaux à ne pas manquer la semaine prochaine. La programmation complète est disponible au www.grandesemaine.com

• Grande marche des tout-petits à Maniwaki (19 novembre)

• Marche soulignant la Journée internationale des droits de l’enfant, au parc Lafontaine, dans le Vieux-Hull (20 novembre)

• Atelier de jeux pour les 0 à 5 ans à la Maison de la famille L’Étincelle de La Pêche (20 novembre)

• Atelier de simulation pour les 0 à 9 mois au CLSC de Masham, à La Pêche (20 novembre)

• Événement La Chanson en fête au CPE Le Bonjour, situé au 33, rue de la Baie, à Gatineau (20 et 24 novembre)

• Activité de yoga (en anglais), au Cégep Heritage College, à Gatineau (23 novembre)

• Fête pour les tout-petits et leur famille au Chalet du Parc Thibault, à Val-des-Monts (24 novembre)

• Peinture d’une fresque murale à la Bilbiothèque de Val-Des-Bois et Bowman (25 novembre)