Le gouvernement du Québec a désigné le centre-ville d’Arvida, au Saguenay, comme site patrimonial.

Le centre-ville d’Arvida désigné site patrimonial

Le centre-ville de l’ancienne ville industrielle d’Arvida, au Saguenay, a été désigné comme site patrimonial par le gouvernement du Québec.

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, en a fait l’annonce dimanche à la bibliothèque d’Arvida en compagnie notamment des représentants de la Ville de Saguenay qui militaient depuis longtemps pour obtenir cette reconnaissance.

Cette ville planifiée réalisée dans les années 1920, d’une envergure impressionnante pour l’époque, est dotée d’une architecture et d’un urbanisme distinctifs. L’ancienne ville d’Arvida avait été fusionnée à Jonquière en 1975 et est maintenant un secteur de la grande ville de Saguenay.

C’est le président de l’Aluminum Company of America (Alcoa), Arthur Vining Davis, qui avait développé le secteur pour accueillir les employés de l’usine d’aluminium Alcoa, devenue plus tard Alcan. Le nom Arvida provient d’ailleurs des deux premières lettres du nom de son concepteur : AR-VI-DA.

Lucie K. Morisset, professeure au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM et auteure de « Arvida Cité industrielle », souligne que la richesse du secteur Arvida repose d’abord sur la façon dont il a été conçu.

« Sur 25 ans, on a construit plus de 2000 maisons de 125 modèles différents, a mentionné Mme Morisset en entrevue. On l’a fait avec des moyens technologiques tout à fait novateurs pour l’époque, ce qui a permis par exemple, pour le premier quartier de cette ville d’Arvida, de construire 270 maisons en 135 jours. Ça, c’est une maison aux cinq heures. »

Une riche histoire

Mais Arvida était bien plus qu’un projet d’urbanisme et d’habitation, c’était un projet de société, ajoute-t-elle. La ville a été bâtie pour accueillir les patrons, et tous les travailleurs « quelle que soit leur classe sociale, quelle que soit leur place dans l’entreprise et quelle que soit leur race. »

« C’est une ville désagrégée, qui est basée sur l’égalité des personnes », a-t-elle résumé.

Arvida a aussi une valeur historique parce qu’elle abrite une usine d’aluminium qui a joué un grand rôle dans l’histoire du monde.

« C’est là qu’on a eu de 1943 jusqu’à 1975, la plus grosse usine d’aluminium du monde. C’est là qu’on a produit les deux tiers de l’aluminium qui a été utilisé par l’effort de guerre par les Alliés pendant la Deuxième Guerre mondiale », a indiqué Mme Morisset.

Josée Bergeron, directrice du Centre d’histoire Arvida, un musée virtuel, a affirmé en entrevue qu’elle avait pour objectif d’ouvrir un vrai centre d’interprétation à Arvida « à court ou moyen terme ».

« C’est la prochaine étape. Évidemment, un site patrimonial égal des gens qui vont venir pour l’observer et le visiter. Ça fait déjà quelques années qu’on y travaille, mais là, c’est de plus en plus concret », a-t-elle indiqué en entrevue.

Une longue marche vers la reconnaissance

Cette reconnaissance de Québec était longue revendication de la ville de Jonquière, à l’époque, et de la ville de Saguenay maintenant. « Ça fait très longtemps, c’était un moment qui était attendu », a indiqué Mme Bergeron.

En 2010, le Comité pour la reconnaissance patrimoniale d’Arvida (CORPA) avait d’ailleurs été mis en place dans la ville à cette fin.

L’ancien gouvernement libéral avait déjà entamé des démarches pour désigner Arvida comme site patrimonial en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

En novembre 2016, l’ancien ministre Luc Fortin avait annoncé qu’il recommanderait au gouvernement d’entamer le processus. Le 22 juin 2017, il avait signé la recommandation.

De son côté, le gouvernement fédéral avait déclaré Arvida comme Lieu historique national en 2012.

La Ville de Saguenay espérait également que le quartier soit reconnu dans le patrimoine mondial de l’UNESCO, mais il n’avait pas été choisi dans la liste de propositions du gouvernement fédéral en 2017.

Le secteur d’Arvida est le premier endroit au Saguenay à obtenir une telle reconnaissance. Elle permettra à la ville de mieux protéger le secteur, avec notamment du financement supplémentaire.

Dimanche, la Ville de Saguenay et le ministère de la Culture ont annoncé l’investissement de 200 000 $ par année pendant trois ans pour aider les propriétaires à effectuer des restaurations sur le site patrimonial.

Il existe 12 autres sites patrimoniaux au Québec, dont Percé, l’île d’Orléans et le mont Royal.