Des milliers de personnes ont pris part aux manifestations devant le parlement, jeudi. Parmi eux, des députés et sénateurs conservateurs ont fait part de leur conviction anti-avortement. La foule a été évaluée à 10 000 manifestants dans le centre-ville d’Ottawa.

L’avortement fait des vagues au parlement

Le cri du conservateur pour qui l’avortement « n’est pas un droit » a continué à faire des vagues, jeudi. Alors que des conservateurs rabrouaient Ted Falk en cherchant à minimiser la portée des voix antiavortement au caucus, les libéraux faisaient leurs choux gras de l’affaire.

Après avoir initialement refusé de commenter le cri de son collègue, la veille, disant ne pas l’avoir entendu, le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, Alain Rayes, l’a qualifié de « malheureux ».

« Ce qui a été dit par le député, pour moi, est inacceptable à l’intérieur de la Chambre des communes », a-t-il affirmé à La Presse canadienne, tenant néanmoins à spécifier que chacun a droit à son opinion.

Mais sur le fond, Alain Rayes est en désaccord complet avec son collègue. « C’est un droit, oui, tout à fait ! Moi, je suis en faveur à 100 pour cent, pour le libre choix des femmes », a insisté l’élu de Richmond-Arthabaska.

D’autres députés québécois, dont Gérard Deltell et Sylvie Boucher, ont abondé dans le même sens et condamné les propos de Ted Falk. Le Manitobain a causé une commotion pendant la période des questions, mercredi, en hurlant que le droit à l’avortement n’en est pas un.

Il a poussé ce haut cri alors que le premier ministre Justin Trudeau venait de terminer une réponse, en disant que son gouvernement défendrait toujours le droit des femmes à l’avortement. Et jeudi, les libéraux étaient prêts à le clamer sur une multitude de plateformes.

On a d’abord eu droit à une déclaration de députée libérale à ce sujet avant la période des questions. Puis, lorsque la séance s’est mise en branle, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a répondu à des questions de l’opposition en revenant sur l’incident.

À peu près au même moment, le Parti libéral du Canada envoyait aux abonnés de sa liste de distribution un courriel de financement en utilisant le cri de Ted Falk comme « dernier exemple en date » qui montre « que les conservateurs ne soutiennent pas les droits des femmes ».

Au Parti conservateur, on a refusé de dire si Ted Falk avait été réprimandé ou s’il s’exposait à une sanction disciplinaire quelconque, jeudi. Le bureau du whip de l’opposition officielle, Mark Strahl, a transféré le dossier au bureau du chef, Andrew Scheer.

Là, le porte-parole Jake Enwright a affirmé : « Si vous me demandez si le député sera sanctionné pour avoir chahuté, la réponse est non ». Il n’a pas voulu se prononcer sur la teneur des propos criés en Chambre.

L’intervention de l’élu du Manitoba a provoqué un brouhaha et nombre d’appels à l’ordre du président de la Chambre.

Puis, Justin Trudeau y a mis son grain de sel. « Oui ! C’est un droit d’une femme de pouvoir choisir ce qui se passe avec son corps. Et nous allons toujours défendre ce droit malgré ce que les conservateurs pensent et disent », a lancé M. Trudeau.

En reprenant ainsi la balle au bond, le premier ministre a « jeté de l’huile sur le feu », a accusé Alain Rayes. « Quand Justin Trudeau a fait une scène hier (mercredi) et qu’il a politisé un geste qui était malheureux », a-t-il laissé tomber au lendemain de l’événement.

« C’est malheureux ce qui s’est passé hier, mais de penser qu’il y a juste dans le Parti conservateur qu’il y a des gens qui sont contre l’avortement, c’est hypocrite », a-t-il lâché.

L’incident aux Communes survenait à la veille du rassemblement annuel des militants antiavortement.

Les groupes qui réclament l’interdiction de l’avortement ont convergé sur la colline du Parlement, jeudi.

L’événement réunit, bon an mal an, plusieurs membres de la députation conservatrice. Le rassemblement de cette année n’a pas fait exception ; au total, on dénombrait neuf députés et deux sénateurs du Parti conservateur du Canada.