Line Beauchesne est professeure en criminologie à l’Université d’Ottawa.

La Ligue des droits et libertés veut une police plus humaine

Une série de critiques sur la police québécoise vient d’être publiée par la Ligue des droits et libertés (LDL). Sa dernière revue, consacrée aux corps de police de la province, pose une grande question. La police au Québec est-elle intouchable?

Pour Line Beauchesne, professeure en criminologie de l’Université d’Ottawa, les forces policières ont au moins besoin d’être réformées, pour ne pas dire retouchées.

Mme Beauchesne, ainsi que d’autres intervenants et des citoyens qui ont eu des expériences plus ou moins concluantes avec les policiers, se sont exprimés sur la question, lors du lancement de la revue de la LDL, la semaine dernière, au Troquet, dans le Vieux-Hull.

La professeure a déjà étudié la question de la paramilitarisation de la police, de sa structure, de plus en plus semblable à l’armée.

«Pourtant, dit-elle, les corps policiers du Québec se sont dotés de services de police communautaires. Finalement, on s’est rendu compte que cette police communautaire relevait plus des relations publiques.»

Son opinion fait partie des dizaines d’autres, reliées dans la revue publiée en décembre dernier. On peut y lire Bill Clennett ou encore Francis Grenier, un manifestant du Printemps érable de 2012 qui a perdu un œil, après avoir reçu un projectile des escouades policières, à Montréal.

Pour la professeure Beauchesne, l’image paramilitaire prend le dessus sur la nécessaire formation d’une police, qui se dit pourtant de plus en plus communautaire.

«On voit un policier qui arrive dans le communautaire, et la semaine suivante, ça peut être un autre. Alors, les intervenants du milieu doivent recommencer à neuf, avec un nouvel agent. J’en ai souvent parlé à des directeurs de police. Il y a trop de roulement. En réalité, en milieu policier, si tu es là, à patrouiller, c’est que tu n’as pas eu de promotion. Donc, cela n’aide pas ceux qui veulent rester patrouilleurs de devenir un intervenant qui connaît son quartier. Pour “monter”, dans la police, pour avoir une promotion, il faut avoir fait plusieurs choses. La rotation (de personnel), finalement, vient à nuire à la police communautaire», observe-t-elle.

La formation des policiers doit aussi être revue, selon l’universitaire. «Combien de personnes ont échoué aux tests physiques pour entrer dans la police, mais qui seraient d’excellents intervenants, d’excellents policiers communautaires ? Les tests sont faits pour des jeunes de 20, 30 ans. Le politique doit modifier les formations des policiers. Il leur faut connaître les réalités raciales, autochtones, les nouvelles réalités en matière d’agression sexuelle, mieux connaître les clientèles.»