Raymonde Deveault est à l'origine de l'exposition sur le quartier disparu McConnell-Laramée.

La disparition d'un quartier sous les projecteurs

Le Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais (RPGO) a frappé un coup de circuit avec l’exposition sur le quartier disparu McConnell-Laramée, pour son Salon du patrimoine 2019.

L’événement se déroulait samedi aux Galeries de Hull et a attiré une importante foule de curieux. Ceux-ci voulaient en apprendre davantage sur les nombreuses expropriations réalisées au début des années 70, dans le but de construire une autoroute urbaine entre Hull et Aylmer, un projet réalisé plus de 30 ans plus tard avec l’inauguration du boulevard des Allumettières en 2007.

Résident du quartier défiguré depuis sa naissance, le conseiller de Manoir-des-Trembles—Val-Tétreau, Jocelyn Blondin, était des visiteurs aux Galeries de Hull. Il avait à peine 10 ans au moment des expropriations, mais il se souvient très bien de voir des visages connus partir comme Roger Renaud, le propriétaire d’une petite épicerie, et Ray Laurin, le barbier du coin.

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«On a perdu des amis qui venaient à l’école avec nous. On trouvait ça triste de voir leurs maisons démolies», raconte M. Blondin. 

Ce sentiment de tristesse a été amplifié par l’absence de développement après les nombreuses démolitions, ajoute l’élu municipal. «On s’est ramassé pendant plusieurs années un dépotoir ambulant à deux rues de chez nous. Les gens venaient domper de la terre, de la roche et des matériaux de construction», se souvient Jocelyn Blondin.

Histoire humaine

Le directeur général du RPGO, Louis-Antoine Blanchette se réjouissait de la popularité du Salon, samedi. Selon lui, le fait d’avoir misé sur une histoire humaine a contribué à ce que le public se sente concerné et se déplace pour assister à l’événement.

M. Blanchette reconnaît toutefois qu’il doit une fière chandelle à une ex-résidente du quartier McConnell-Laramée, Raymonde Deveault, qui a approché le RPGO pour exposer les photos familiales, ainsi que des images obtenues du ministère des Transports après de longs efforts.

«Quelqu’un me disait ce matin qu’il vient de Montréal et, qu’à son arrivée, il se demandait ce qui avait bien pu se passer dans ce secteur-là. On n’en parlait pas. C’est exactement pourquoi je m’étais dit qu’il faut absolument qu’on fasse connaître cette histoire», explique Mme Deveault.

Cette dernière se réjouissait de voir l’intérêt pour cette histoire et espère qu’en racontant la douleur infligée aux résidents du quartier, on évitera de répéter cette histoire.

Des expropriations d’une aussi grande envergure sont devenues plutôt rares au Québec et, s’il n’en tient qu’à Jocelyn Blondin, ça demeurera le cas à Gatineau.

«On peut parfois se permettre de démolir deux ou trois maisons pour de l’insalubrité ou parce que la valeur est moindre, mais pas un quartier comme ça», lance M. Blondin.

De son côté, le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost, souligne que les associations communautaires de quartier sont mieux préparées aujourd’hui pour contrer de telles décisions gouvernementales.

«Aujourd’hui, les citoyens sont beaucoup plus conscients de leurs pouvoirs, mais aussi, les mentalités ont changé. On organise des consultations et on informe le public. À l’époque, c’était tout le contraire, tout se faisait en cachette. On disait même aux gens de ne pas dire à leur voisin le montant offert pour leur maison, on faisait tout pour les isoler.»