L’école secondaire Val-Mauricie a fait parvenir une lettre aux parents de ses élèves pour les prévenir de l’existence de ce compte Instagram.

Instagram: des jeunes incités à commettre des actes de strangulation et d’automutilation

Shawinigan — Instagram a affiché son côté le plus sombre par l’entremise d’un compte qui, selon des informations obtenues par Le Nouvelliste, encourageait les jeunes à se filmer en train de commettre notamment des actes de strangulation ou d’automutilation ou bien à se jeter d’un ou devant un véhicule en marche. Ce compte privé, qui a disparu des médias sociaux jeudi matin, comptait quelque 1200 abonnés, dont la majorité serait des adolescents du Centre-de-la-Mauricie.

«Plusieurs jeunes se sont inscrits et ils se donnent des défis. C’est clair que ce sont des défis qui peuvent mettre en danger leur santé. On est en train de travailler en collaboration avec la Sûreté du Québec et le CIUSSS pour mettre en place des mesures préventives», explique Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie.

Ce sont des jeunes de Shawinigan qui auraient créé ce compte. La Sûreté du Québec a été saisie de l’affaire. «La Sûreté du Québec est au fait de l’existence d’un groupe qui s’affiche sur les réseaux sociaux où des adolescents compromettent leur sécurité et/ou sont encouragés à commettre des actions considérées téméraires», explique la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Un dossier a été ouvert par le poste de la Sûreté du Québec de Shawinigan et une enquête est en cours, ajoute-t-elle. «S’il est déterminé que des infractions criminelles ont été commises, le dossier sera soumis au DPCP.»

De plus, la policière PIMS (Programme d’intervention en milieu scolaire) va poursuivre sa prévention dans les écoles. Elle va aussi rencontrer les jeunes impliqués. «Il est important de mettre en garde le public contre les effets potentiellement nocifs qu’un tel jeu ainsi que le fait d’encourager des comportements dangereux pourraient avoir chez nos jeunes», souligne la sergente Cossette.

Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie.

Après avoir été avisé de la situation, le milieu scolaire est passé à l’offensive. Par exemple, l’école secondaire Val-Mauricie a fait parvenir une lettre aux parents de ses élèves pour les prévenir de l’existence de ce compte Instagram, mercredi. Des élèves liés ou abonnés au compte ont aussi été rencontrés.

«Une lettre a été envoyée aux parents et il y a des interventions individuelles qui sont faites auprès des jeunes dont on a eu vent qu’ils sont concernés. Lorsqu’on a des élèves de ciblés, on intervient directement auprès d’eux et de leurs parents, mais quand ce n’est pas de façon ciblée, il y a des interventions de masse comme la lettre qui a été envoyée. Toutes les écoles sont avisées de la situation et des interventions qui ont été faites. Notre but, c’est de faire le plus de prévention possible», mentionne M. Lemaire.

Ce dernier précise que le compte et les défis n’ont pas de lien avec les écoles, mais que le milieu scolaire se devait d’intervenir. «Ce sont des défis qui sont très dangereux. Nécessairement, on a un devoir de citoyen d’intervenir lorsqu’on est au courant. Ça n’a rien à voir avec les écoles, mais ce sont des jeunes qui viennent dans nos écoles. On n’a pas le choix d’aller en prévention et d’intervenir. Même si ça se passe à 17 heures, on doit avertir les parents et informer les gens.»

Même si ce compte a été fermé, M. Lemaire ne se berce pas d’illusions: le phénomène ne va pas disparaître pour autant. «On est très conscient qu’il y en a peut-être un autre qui va pousser aussi vite. Mais pour nous, ce qui est important, c’est de sécuriser nos jeunes. On sait que parfois il y a des jeunes qui sont influençables, et que pour être la vedette de l’école ou du village, ils vont essayer des affaires qui n’ont pas de bon sens», mentionne M. Lemaire. «Ce sont des idées absurdes. Quand on parle des médias sociaux, il n’y a pas juste du bon là-dedans. Là, on voit les côtés néfastes des médias sociaux», ajoute-t-il.

Même si le compte est fermé, la prévention ne va pas cesser pour autant. «On est en train de regarder avec nos partenaires comment on peut intervenir. Déjà dans nos écoles, il y a de la sensibilisation sur tout ce qui est cyberintimidation.»

Ce n’est pas d’hier que les gens se lancent des défis par l’entremise des médias sociaux. Dernièrement, il y a eu le Bird Box Challenge qui consistait à imiter des personnages de ce film diffusé sur Netflix, soit d’accomplir différentes tâches les yeux bandés. Sans oublier le «Momo challenge» qui incitait aussi les internautes à commettre des actes dangereux.