L’Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux en Mauricie et au Centre-du-Québec souhaite que le gouvernement donne un mandat large à la commission chargée de se pencher sur les pratiques à la Direction de la protection de la jeunesse.

DPJ: le syndicat veut aller aux sources du mal

TROIS-RIVIÈRES — Avec les centaines de dossiers en attente de traitement et une hausse de plus de 10 % des signalements à la DPJ dans la dernière année en Mauricie et au Centre-du-Québec, Sylvie Godin, représentante de l’Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux en Mauricie et au Centre-du-Québec (APTS MCQ), craint que les solutions envisagées pour remédier aux difficultés actuelles, illustrées de façon dramatique par le drame de Granby, ne soient que cosmétiques.

Alors que le gouvernement Legault met en place une commission chargée de revoir les pratiques de la Direction de la protection de la jeunesse, l’APTS MCQ lance un appel à un élargissement du mandat qui semble se dessiner. Si Sylvie Godin salue la volonté du gouvernement de vouloir s’attaquer à la situation, elle plaide pour une discussion qui s’attaquerait aux causes de ce qu’elle qualifie de crise. Pour elle, l’augmentation des signalements s’explique par les mesures d’austérité des dernières années. «La DPJ c’est la salle d’urgence des services sociaux, c’est un recours ultime, il faut s’occuper des causes en amont», déclare la représentante de l’APTS MCQ.

Dans l’immédiat, bien que des mesures de titularisation de postes aient été annoncées par le gouvernement, ce qui aura pour effet de stabiliser les mouvements de personnel, concède Mme Godin, aucune ressource additionnelle ne sera ajoutée, déplore-t-elle. «Ça ne donne pas plus de bras sur le terrain», se désole-t-elle.

Les coupes qui ont été faites dans les mesures préventives et les interventions de premières lignes, dans la foulée de l’adoption de politiques d’austérité, ont eu pour effet de surtaxer le personnel, selon Sylvie Godin. Les absences pour maladie et pour épuisement professionnel se multiplient et ce sont les soins à la population qui s’en trouvent affectés, soutient-elle.

Par ailleurs, le gouvernement a aussi annoncé son intention d’ajouter des ressources afin d’accélérer le processus d’évaluation pour faire diminuer le nombre de dossiers en attente de traitement. Or, souligne Mme Godin, si le signalement est retenu un suivi doit être enclenché. «On va faire diminuer les listes d’attente de façon fictive parce que l’on va avoir fait l’évaluation, mais les prises en charge ne pourront pas être effectuées, faute de ressources additionnelles», fait-elle valoir.

Le point de vue de la DPJ

Du côté de la DPJ Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, on dit partager les préoccupations de l’APTS MCQ pour davantage de considérations pour la trajectoire de la jeunesse. Son directeur, Robert Levasseur, explique qu’il ne peut pas s’avancer sur le contenu du mandat qui sera confié à la commission chargée de se pencher sur les pratiques de la DPJ. Or, maintient-il, celle-ci ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion profonde sur la façon dont on conçoit les mesures pour enrayer la maltraitance envers les jeunes.

«On va faire diminuer les listes d’attente de façon fictive parce que l’on va avoir fait l’évaluation, mais les prises en charge ne pourront pas être effectuées, faute de ressources additionnelles», constate Sylvie Godin.

«À cause de la situation des dernières semaines à Granby, c’est sûr que l’on met le focus sur le voyant lumineux des soins critiques qu’est la DPJ, cependant, rapidement, cette commission-là va déborder sur les services en trajectoire au niveau de la jeunesse. Il faut revoir le parcours d’un jeune à travers ses premiers pas, c’est pour ça que le Dr Carmant [ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux] s’est engagé à développer un programme qui s’appelle “Agir tôt”», plaide Robert Levasseur.

Là où le directeur diverge des constats de l’APTS CMQ, c’est dans le regard qu’il pose sur les mesures mises de l’avant par le gouvernement pour traiter de la situation dans l’immédiat. Pour lui, la titularisation des postes, une démarche que l’on entend conduire en collaboration avec le syndicat, vise à améliorer les conditions de travail des professionnels du réseau. Cela a un effet direct sur l’attractivité, selon lui, une donnée incontournable dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, souligne-t-il.

À terme, là où les besoins se font sentir, des ressources additionnelles pourraient être ajoutées, maintient le directeur. Par ailleurs, rappelle-t-il, aucune formation en travail social de niveau universitaire n’est dispensée dans la Mauricie ou au Centre-du-Québec, ce qui représente un défi de plus en terme de recrutement.

D’autre part, les ressources supplémentaires en évaluation, annoncées dans la foulée du drame de la fillette décédée à Granby, constituent une mesure qui permettra de faire cheminer les dossiers, assure Robert Levasseur. Il indique que près de 200 dossiers sont en attente d’évaluation en ce moment en Mauricie-et-Centre-du-Québec. Or, précise-t-il, tous ceux-ci ne débouchent pas nécessairement sur une prise en charge par la DPJ une fois l’évaluation faite. De nombreux dossiers trouvent ainsi leur dénouement dans la réorientation vers des services d’accompagnement qui ne relèvent pas de la protection à proprement parler, explique le directeur.

L’intérêt d’investir dans les ressources périphériques à la DPJ est en ce sens une façon de s’assurer que celle-ci ne devient justement pas une plaque tournante des services à la jeunesse, renchérit Robert Levasseur.

Quant aux jeunes dont on aura évalué qu’ils doivent bénéficier de mesures de protection, le directeur affirme que son équipe travaille à chercher des solutions pour pallier les manques d’effectifs. Toutefois, il tient à mettre au clair que tout signalement engendre un suivi minimal et que toute situation jugée urgente fait l’objet d’une intervention immédiate.

«L’intérêt premier c’est de répondre à des jeunes, et ces jeunes-là ont des noms», soutient Robert Levasseur, directeur de la DPJ pour la Mauricie-et-Centre-du-Québec.

«L’intérêt premier c’est de répondre à des jeunes, et ces jeunes-là ont des noms. Trouver rapidement à permettre à ces jeunes de grandir dans la dignité, c’est important. La volonté du gouvernement d’investir ce n’est pas pour faire du cosmétique, c’est pour s’adresser à un problème criant et à la trajectoire de la jeunesse au Québec», conclut M. Levasseur.