La directrice générale du Centre d’appui aux communautés immigrantes, Anait Aleksanian

Des nouveaux arrivants nigérians ont fui la violence dans leur pays

MONTRÉAL - Demandeur du statut de réfugié, Eric a fui le sud du Nigeria pour échapper à la menace de groupes armés.

Il raconte que des bergers provenant du nord menacent les fermiers installés dans le sud, et parfois, les assassinent.

«Les bergers se rendent dans les villages et tuent le plus de civils qu’ils peuvent. On ne sait pas qui les parraine et le gouvernement ne fait rien à ce sujet», soutient-il.

Âgé de 35 ans, Eric est l’un des 7612 individus qui ont franchi la frontière canado-américaine de façon irrégulière au cours des quatre premiers mois de l’année. Pas moins de 96 pour cent d’entre eux sont entrés au Québec, en empruntant pour la plupart d’entre eux le chemin Roxham, en Montérégie.

En 2017, des milliers d’Haïtiens avaient fui les États-Unis pour venir s’installer à Montréal. Cette année, ce sont des Nigérians qui sont les plus nombreux à venir aux Québec, selon les autorités et des organisations humanitaires.

Le nombre croissant de demandeurs du statut de réfugié provenant du Nigeria - qui parlent en grande majorité l’anglais - contribue à faire de l’immigration l’un des enjeux importants de la prochaine campagne électorale au Québec.

Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) soutiennent que le gouvernement libéral a échoué à intégrer ces immigrants en ne s’assurant pas, entre autres choses, qu’ils apprennent le français.

La CAQ souhaite diminuer le nombre d’immigrants pour le faire passer de 50 000 à 40 000 par année. Le PQ a réclamé une révision complète des politiques migratoires de la province.

Les partis d’opposition déplorent le haut taux de chômage parmi les immigrants. Ils citent souvent des données indiquant que seulement le tiers des arrivants s’inscrivent aux cours gratuits de français. Et un tiers d’entre eux abandonnent en chemin ou ne se présentent tout simplement pas.

Anait Aleksanian, la directrice générale du Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI), où sont offerts des cours de français, dit que le problème ne naît pas d’un manque de ressources. «Ce n’est jamais arrivé que nous avons dit au gouvernement: j’ai des personnes qui veulent apprendre le français et j’ai des inscriptions, et que le ministère nous dise: «non, on ne peut pas financer le cours».»

Les immigrants peuvent suivre ces cours le matin, le soir, le week-end et même sur le lieu de travail, énumère Mme Aleksanian.

«Quand ils ne demandent pas (de s’inscrire) dans le cours de français, c’est le travail de nos intervenants de les sensibiliser, (de leur dire) si vous voulez vous intégrer, vous devez d’abord et avant tout vous inscrire à un cours de français», souligne-t-elle.

Le premier ministre Philippe Couillard mentionne s’être fait dire que la majorité des récents demandeurs d’asile qui sont entrés de façon irrégulière au Québec ne voulaient pas rester dans la province et préféreraient déménager dans une région plus anglophone.

«Le gouvernement fédéral doit aider ces gens à déménager là où ils veulent s’installer, a-t-il fait valoir. Il doit aussi accélérer le traitement des demandes de statut de réfugié.»

Ce n’est pas le cas d’Eric, qui est venu au Québec avec sa femme et deux enfants. Il dit vouloir travailler à Montréal dès qu’il aura maîtrisé le français.

Il devait être entendu par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada le 1er juin, mais, comme une majorité de demandeurs, son cas a été «reporté indéfiniment». Il pourrait devoir rester au pays pendant plusieurs années avant d’être fixé sur son sort.

Assis à côté de lui, il y a David, un Nigérian âgé de 74 ans, qui attend depuis huit ans une décision. Il aimerait bien faire venir sa femme et six enfants au Canada.

«Dans mon cas, j’ai dit à la Commission de ne pas tenir compte de mon âge, a dit celui qui était un inspecteur des taxis dans l’État d’Imo. Je suis encore fort. Je peux encore travailler. Je n’aime pas qu’on me donne quelque chose. Nous sommes des gens studieux, nous sommes des travaillants. Nous aimons vivre de nous-mêmes.»

Les deux hommes perçoivent de l’aide gouvernementale, mais sont visiblement mal à l’aise de l’admettre.

Eric, un ancien banquier, vient de l’État d’Edo. Il a obtenu une maîtrise en Grande-Bretagne.

«Le Nigeria est un pays où l’environnement est très hostile, signale-t-il. Quiconque y réussit, réussira partout ailleurs. C’est la nature du pays. Nous sommes très déterminés.»

Les Nigérians du Sud sont très ambitieux, renchérit David.

«Nous aimons bien nous débattre. Nous avons l’éducation. Nous voulons que la vie de nos enfants soit meilleure que la nôtre. On n’aime pas mendier.»