91 % des noyades d’enfants surviennent alors qu’il y avait absence de supervision ou une supervision distraite.

Des drames quasi tous évitables

Quand on analyse strictement les statistiques, on constate qu’à force de taper sur le même clou année après année, la prévention de la noyade porte ses fruits, pense le directeur général de la Société de sauvetage, Raynald Hawkins. Mais reste que « la majorité pour ne pas dire la totalité » de ces drames sont évitables, dit-il.

« Une seule noyade, c’est toujours une de trop », lance d’emblée le spécialiste, qui soutient malgré tout que beaucoup de chemin a été parcouru au cours des dernières décennies.

Il rappelle qu’au cours des années 80, environ 200 noyades par an survenaient au Québec, un chiffre qui avoisine maintenant la soixantaine.

« La tendance est à la baisse et ça se poursuit. Et en plus, il y a 30 ans, il n’y avait pas 300 000 propriétaires de piscines résidentielles, 1,2 million de plaisanciers, autant de lieux de baignade, etc. », lance M. Hawkins.

Le « problème des piscines » étant réglé, dit-il, c’est désormais dans les rivières que le plus grand nombre de personnes se noient au Québec. Ailleurs au pays, c’est dans les lacs.

« De plus en plus, on aménage des sentiers près des cours d’eau, alors les gens les fréquentent et l’eau a un côté captivant. Or, même si la rivière peut paraître calme à la surface, ce n’est pas toujours le cas en dessous. C’est trompe-l’œil », affirme-t-il.

Les trois groupes cibles les plus à risque, selon M. Hawkins, sont les hommes en général, particulièrement les 35-54 ans, qui se disent à l’abri des accidents et que jamais rien ne leur est arrivé ; les 20 à 34 ans, qui font souvent preuve de témérité et ne portent pas leur veste de flottaison ; ainsi que les aînés.

« C’est l’un des phénomènes qu’on observe maintenant. Plus souvent qu’autrement, les gens de 65 ans et plus qui se noient étaient seuls. Ils voulaient aller se rafraîchir mais ont eu une défaillance et malheureusement se retrouvent sans aide. En fait, tous âges confondus, 60 % des victimes étaient seules au moment du drame. Pour ne pas répéter une certaine publicité, à deux c’est mieux », explique-t-il.

L’ennemi : la distraction
Autre statistique frappante de la Société de sauvetage : 91 % des noyades d’enfants surviennent alors qu’il y avait absence de supervision ou une supervision distraite.

« On connaît bien le principe du conducteur désigné, alors il devrait y avoir le principe du surveillant désigné. En Ontario, ils ont même créé un geste physique pour ça et il y a une personne qui a un carton autour du cou. Ne prenez jamais pour acquis que quelqu’un d’autre s’en charge. Il suffit de 20 secondes pour qu’un jeune enfant se noie, et c’est souvent de façon silencieuse. L’idée, aussi, c’est de créer le moins de distractions possible. Que ce soit le téléphone qui sonne, la serviette oubliée à l’intérieur de la maison, la limonade qu’on voulait préparer. Mieux vaut dire aux enfants de sortir de l’eau pour une pause de 15 minutes », soutient M. Hawkins.

Dans notre société, les réflexes de sécurité liés à la baignade devraient être aussi « naturellement implantés » dans notre tête que ceux liés à la route.

« Est-ce que vous laisseriez votre enfant sans surveillance dans la rue ? Ou encore traverserait-il la rue sans vous tenir la main ? La réponse est non ? Alors c’est la même chose dans l’eau », conclut-il.