Le CIPTO a organisé une vigile mardi soir dans le stationnement du centre Robert-Guertin pour honorer la mémoire des 20 personnes qui sont décédées par surdoses l’année dernière.

Crise des opioïdes: le CIPTO dénonce les mesures «archaïques» du fédéral

En Outaouais, une vingtaine de personnes décèdent chaque année d’une surdose d’opioïdes. Et les organismes sur le terrain craignent l’arrivée des produits contrefaits.

« La vague de produits contrefaits est partie de l’ouest et est maintenant en Ontario. On pense qu’elle va traverser au Québec aussi », déplore Yves Séguin, directeur général du Centre d’Intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais. À l’occasion de la troisième édition de la Journée nationale d’action contre les surdoses, l’organisme de Gatineau s’est joint à une vingtaine de villes canadiennes afin de sensibiliser la population sur cette crise de santé publique.

« À l’échelle canadienne, c’est une journée de revendications. Ici en Outaouais, il fallait aussi sensibiliser. On n’est pas en Colombie-Britannique, où il y a beaucoup plus de surdoses. C’est plus méconnu ici », explique M. Séguin.

Au Canada, de 2016 à 2018, ce sont plus de 10 000 décès qui sont survenus en lien avec les surdoses d’opioïdes. 

Différence avec Ottawa

La situation en Outaouais est bien différente de celle de sa ville voisine. Les surdoses d’opioïdes provoquent près de 400 hospitalisations par année à Ottawa. Un nombre beaucoup plus élevé qu’en sol québécois.

Yves Séguin explique que « le nombre de consommateurs d’opioïdes est beaucoup plus grand du côté de l’Ontario que de ce côté-ci, mais la grande différence c’est le type de consommation. De plus en plus, les gens délaissent le crack et se tournent vers d’autres types de consommation. »

Il souligne que la crise des opioïdes ne touche pas uniquement les personnes marginalisées. Les institutions en santé sont aussi partiellement responsables de ce problème social. 

Plusieurs patients développent une dépendance aux médicaments prescrits par leur médecin. « Il n’y a pas de suivi qui se fait. On aimerait que les médecins prennent en charge les patients qui ont développé une dépendance sous ordonnance au lieu de refiler le cas à quelqu’un d’autre. »

Il poursuit en précisant qu’« à Ottawa, on connaît des médecins qui acceptent des patients la journée même, tandis qu’en Outaouais, ça peut prendre quelques semaines avant d’obtenir un rendez-vous, s’il y a de la place. Ce qu’on souhaite, c’est que la personne qui lève sa main pour demander de l’aide puisse tout de suite commencer des traitements sans nécessairement passer par un médecin. »

Le CIPTO a aussi profité de cette journée d’action pour exiger la mise en place de solutions par les pouvoirs publics pour diminuer le nombre de décès par surdoses. 

Parmi ces recommandations, on retrouve notamment l’accroissement de l’accessibilité aux programmes de traitements, un meilleur financement pour les travailleurs de rues et les pairs aidants, favoriser un plus grand accès à la naloxone et même la décriminalisation et la régulation de l’ensemble des drogues. « On pense que cette loi archaïque là, qui a plus de cent ans au Canada, c’est une des principales raisons de la crise de santé publique qu’on vit en ce moment. »

M. Séguin donne d’ailleurs l’exemple du Portugal, qui a décriminalisé les drogues en 2001. « Le Portugal est encore un pays stable. La décriminalisation a baissé le taux de criminalité, le taux de VIH et surtout, le nombre de surdoses a également baissé. »