Valérie Labelle, intervenante à la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées
Valérie Labelle, intervenante à la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées

«Ça prend plus de portes ouvertes» dans les maisons d'hébergement

Mario Boulianne
Mario Boulianne
Le Droit
Le manque de logements disponibles en Outaouais accentue la pression sur les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence. L’accès au logement pour les femmes qui décident de quitter un conjoint violent est devenu un enjeu de taille.

« Les inondations, la tornade et maintenant la pandémie sont toutes des situations qui ont provoqué une crise du logement dans la région, et qui se répercute sur les options disponibles pour les femmes qui ont pris la décision de quitter un conjoint violent, explique Annick Brazeau, directrice générale de la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées, à Buckingham. Chez nous, plusieurs demandes d’hébergement sont refusées par manque de place. Avec la pénurie de logements abordables, la situation est devenue critique.»

Des femmes et leurs enfants qui ne peuvent obtenir une place en hébergement temporaire cherchent alors dans leur réseau, ce qui n’est pas toujours possible puisque certaines n’ont pas de famille dans la région ou n’ont plus de contacts avec leurs proches.

« Dormir dans leur véhicule, se payer une chambre d’hôtel si elles en ont les moyens, ou demeurer avec le conjoint violent. Voilà les options qui leur sont offertes puisque, actuellement, nous n’avons pas de solutions à offrir, se désole Annick Brazeau. Nos maisons d’hébergement sont pleines presque toute l’année. Nous hébergeons souvent plus de personnes que le nombre de places disponibles. Parfois, nous allons même jusqu’à installer des matelas dans les salles de jeux ou offrir le sofa à des femmes et des enfants qui sont dans l’urgence. Mais avec les mesures de distanciation qui nous sont maintenant imposées depuis le début de la pandémie, ces solutions d’urgence ne peuvent être mises en œuvre. »

Entre 2014 et 2019, le nombre de femmes qui ont été refusées aux portes des maisons d’hébergement en Outaouais a presque triplé, passant de 1022 à 3005. Deux facteurs entraient en ligne de compte dans le refus d’hébergement, soit le manque de place ou des problématiques autres que la violence conjugale.

En plus des demandes d’hébergement sans cesse croissantes, ces maisons connaissent aussi une augmentation des services externes.

La cuisinière à la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées, Mary-Helen Sabourin

« Quand une femme prend finalement la décision de quitter un conjoint violent, les délais pour obtenir un logement dans un office d’habitation municipal ou une coop d’habitation sont très longs, insiste Mme Brazeau. Et dans plusieurs cas, ces femmes ont des ressources financières tellement faibles qu’elles ne peuvent tout simplement pas se payer un logement adéquat pour elles et pour leurs enfants. »

Le même scénario est vécu dans les secteurs ruraux de l’Outaouais, où la disponibilité des logements est aussi un enjeu.

« En contexte rural, la rareté des emplois et des logements de même que les limites du transport en commun provoquent un exode des femmes vers les villes, ajoute Mme Brazeau. Cette situation conduit à un engorgement des services offerts en ville. »

Même si la situation est extrêmement sensible, Mme Brazeau et ses collègues insistent pour dire aux femmes qui sont dans le besoin de communiquer avec elles afin d’évaluer diverses options.

Des solutions

« Il y a de nombreuses solutions à privilégier afin de pallier au manque de place, poursuit Mme Brazeau. Selon nous, on doit ouvrir au moins une autre maison, mais en attendant, nous avons des solutions à court et moyen termes à proposer. »

Parmi celles-ci, on demande au CISSSO de défrayer les coûts de transport permettant aux femmes d’aller dans les maisons du secteur rural comme Maniwaki ou Pontiac.

Sara Lafleur (droite), coordonnatrice des services et Annick Brazeau (gauche), directrice générale à la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées

On pense aussi à payer des chambres d’hôtel pour les femmes et les enfants en attentes de places en maisons d’hébergement.

Un modèle semblable est offert par la Ville d’Ottawa pour les femmes ontariennes en collaboration avec les maisons d’hébergement qui offrent les services et les repas. Le personnel de ces hôtels assure la sécurité des femmes et leurs enfants.

Enfin, à plus long terme, on demande l’ajout de deux nouvelles maisons d’hébergement, principalement pour les secteurs de Hull et de Gatineau, ce qui représenterait 30 nouveaux lits.

Pour l’instant, un projet a été officiellement présenté au CISSSO, soit celui de la Maison d’Ingrid, à Gatineau, nommée ainsi en hommage à Ingrid Falaise et son engagement envers les femmes victimes de violence.

Pour avoir accès à plusieurs ressources:

Page Facebook

SOS violence conjugale: 1 800-363-9010