Il n’est pas encore possible, donc, de savoir si c’est par manque d’intérêt, par souci environnemental ou encore à cause de l’offre de plus en plus abondante de véhicules en autopartage ou même par manque de moyens financiers, par exemple, que les jeunes délaissent la voiture.

Baisse d’intérêt pour l’automobile chez les jeunes

MONTRÉAL — Les jeunes ne sont plus aussi empressés de conduire qu’ils ne l’étaient il n’y a pas si longtemps.

En présentant le bilan routier 2018 de la Société de l’assurance-automobile du Québec (SAAQ), jeudi, la présidente et chef de la direction, Nathalie Tremblay, a dit constater pour la première fois une tendance en ce sens.

«C’est vraiment la première année où on commence à voir des jeunes qui sont en âge de détenir leur permis de conduire et qui ne vont pas le chercher. On commence à voir nos jeunes délaisser ce qui, pour nous, était cher à nos yeux: à 16 ans on courait aux portes pour aller chercher notre permis de conduire. On commence à voir les jeunes se distancer un peu des permis de conduire», a-t-elle confié en entrevue avec La Presse canadienne.

La SAAQ ne détient toutefois pas de données pour analyser la tendance pour l’instant, le phénomène étant nouveau et inattendu: «On est en train d’essayer de comprendre ça, parce que ça vient juste de commencer. [...] Mes équipes sont en train de fouiller ça parce que ça commence à apparaître.»

Il n’est pas encore possible, donc, de savoir si c’est par manque d’intérêt, par souci environnemental ou encore à cause de l’offre de plus en plus abondante de véhicules en autopartage ou même par manque de moyens financiers, par exemple.

Baisse marquée des décès en 45 ans

Le bilan routier, quant à lui, est généralement positif. Les 359 décès sur la route l’an dernier représentent une légère baisse par rapport à 2017, mais se situent dans la fourchette de 320 à 390 décès qui se maintient depuis 2013.

Ces données doivent cependant être vues sur le long terme pour bien saisir les résultats remarquables atteints en termes de prévention routière: en 1973, le Québec avait atteint un déplorable sommet avec 2209 décès sur la route. Or, il n’y avait que 2,26 millions de voitures en circulation et près de 2,44 millions de titulaires de permis.

En 2018, les 359 décès représentent donc une baisse de 84 pour cent, soit six fois moins qu’en 1973, alors que le nombre de titulaires de permis (5,47 millions) a plus que doublé et que le nombre de véhicules immatriculés a triplé pour atteindre 6,6 millions.

«Nous sommes effectivement sur un plateau, mais il faut le voir en relation avec l’augmentation du nombre de véhicules en circulation et du nombre de conducteurs qui ne cessent d’augmenter», fait valoir Mme Tremblay.

Le cas de la Suède

Elle reconnaît que des gains aussi importants que ceux enregistrés au cours des 45 dernières années ne sont plus possibles, mais «il y a encore place à l’amélioration», précise-t-elle, rappelant que chaque mort, chaque blessé en est un de trop: «Ce sont des humaines derrière des chiffres».

Elle note ainsi que le taux de mortalité automobile au Québec est de 4,3 décès par 100 000 habitants, mais qu’il est de 4,1 en Ontario, 3,6 aux Pays-Bas, 2,8 en Grande-Bretagne et, en Suède, de 2,5 décès par 100 000 habitants.

«En Suède, la plupart des routes sont séparées par un muret, que ce soit une autoroute ou une route secondaire, et ce, même pour les vélos, qui sont séparés des véhicules par des murets. Donc, le face-à-face et le transfert d’une voie à l’autre en contresens ne sont pas possibles. La limite de vitesse, aussi, est de 90 kilomètres à l’heure en Suède, alors que nous, on est à 100, avec une zone de tolérance des policiers», souligne-t-elle en guise d’exemple de mesures pouvant avoir un effet sur le nombre de décès sur la route.

Jeunes et vieux: constance et variations ponctuelles

Elle espère voir une amélioration chez les jeunes, dont le nombre de victimes a connu une baisse considérable de 35 % en 2018, mais cette baisse témoigne plutôt d’une mauvaise année chez les jeunes conducteurs l’année précédente, en 2017. De manière générale, le nombre de décès chez les jeunes est plutôt constant depuis quelques années et ceux-ci demeurent surreprésentés proportionnellement.

Ses espoirs d’amélioration de ce côté reposent en grande partie sur la modification du code de la sécurité routière qui a imposé un couvre-feu de minuit à 5h et interdit aux apprentis-conducteurs d’avoir des passagers, comme l’a fait l’Ontario il y a quelques années.

«Les modifications au code de sécurité routière sont encore jeunes; elles n’ont été adoptées qu’en juin et, donc, on n’en a pas encore les effets dans le bilan routier.»

À l’opposé, on note une légère augmentation du nombre de décès chez les personnes âgées, mais celle-ci fait suite à une amélioration en 2017. Comme chez les jeunes, les données se maintiennent sur la période couvrant les cinq années précédentes.

La SAAQ n’entretient d’ailleurs pas tellement de craintes face au vieillissement de la population, qui place nécessairement plus de conducteurs de plus en plus âgés sur les routes.

«Les personnes âgées peuvent garder leur permis de conduire plus longtemps, mais elles sont sous-représentées dans les accidents. L’expérience de conduite est là et, souvent chez les gens âgés, on remarque qu’ils adoptent intuitivement des comportements plus sécuritaires. Ils font plus attention, ils vont moins vite alors que les deux grandes causes d’accident sont justement la distraction et la vitesse», note Mme Tremblay.

Alcool au volant: amélioration sur plusieurs fronts

Par ailleurs, la proportion de conducteurs décédés dont on a mesuré le taux d’alcoolémie et qui présentaient un taux supérieur à la limite permise demeure constante, autour de 30 %, mais là aussi, la SAAQ note une forte amélioration dans une tout autre mesure: les interceptions pour conduite avec les facultés affaiblies montrent une chute importante de la récidive.

«Nous sommes passés d’un taux de récidive de 32 % à un taux de récidive aujourd’hui de 16 %; 83 % des infractions, ce sont des premières condamnations. On n’est pas dans le phénomène de récidive.»

Nathalie Tremblay se réjouit par ailleurs du succès des nombreuses campagnes de sensibilisation, surtout auprès des jeunes.

«Le consensus social à l’égard de l’alcool au volant est extrêmement élevé. Et nos jeunes ont des réflexes de conducteur désigné, des réflexes de prendre un autre moyen lorsqu’ils consomment. Je crois qu’on a fait des pas de géant de ce côté.»

Cannabis: des appréhensions

Toujours en matière de facultés affaiblies, la SAAQ fait valoir qu’il est trop tôt pour mesurer les effets de la légalisation du cannabis, celle-ci étant survenue en octobre 2018.

Bien que la Société ait accentué la sensibilisation au sujet de la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis depuis 2012, «parmi les conducteurs décédés qui ont été testés cette année, 25,5 % avaient une présence de drogue dans le sang et la principale drogue détectée est le cannabis», avertit Mme Tremblay.

«Ma crainte, c’est que la légalisation vienne banaliser l’effet du cannabis au volant et, pour nous, la sensibilisation est loin d’être terminée.»

Sa mission, à court terme, est donc de «faire prendre conscience aux gens et leur donner le même niveau de sensibilisation pour le cannabis que l’on a pour l’alcool. Ce n’est pas parce que le cannabis est légal que c’est sans risque sur les facultés affaiblies», conclut-elle.