Un faible nombre d’enfants vulnérables sont revenus s’asseoir à leur pupitre en classe lors de la réouverture des écoles primaires en mai et juin.
Un faible nombre d’enfants vulnérables sont revenus s’asseoir à leur pupitre en classe lors de la réouverture des écoles primaires en mai et juin.

Baisse de signalements à la DPJ: silence radio à l’école

Qu’il s’agisse d’une enseignante, d’un psychologue, de la direction ou encore d’une éducatrice en service de garde, le personnel des écoles s’avère la plupart du temps d’autres cruciales paires d’yeux pour la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Or, non seulement les écoles primaires québécoises ont été fermées pendant deux mois, mais à leur réouverture en mai et juin, un faible nombre d’enfants vulnérables sont revenus s’asseoir à leur pupitre en classe.

De quoi tracasser bon nombre d’acteurs du milieu, à commencer par la directrice générale du Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO), Nadine Peterson.

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« C’est très inquiétant. J’ai moi-même été directrice d’une école primaire dans un milieu défavorisé et les semaines avant Noël, la semaine de relâche de mars ou encore au congé de Pâques, je paniquais parce que je me disais que ça n’avait pas de saint bon sens que je laisse ces petits-là partir chez eux sans avoir un répit de leur famille. L’école est un répit pour certains enfants, en quittant le nid familial. Quand on a commencé à dire qu’on suspendait l’école, c’est terrible pour ces enfants-là. Il y a des enfants pour qui c’est le silence radio, on n’a pas de nouvelles, on ne sait pas ce qui se passe, les familles ne répondent pas à nos appels. Les jeunes (ne se sont) jamais connectés à des rencontres Zoom », s’attriste-t-elle.

La directrice générale du Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO), Nadine Peterson

Mme Peterson ajoute que dans certains cas au cours des dernières semaines, en raison des communications réduites à zéro, la CSSPO a conseillé à des directions d’établissement de faire des signalements à la DPJ. 

« Il y en a plein (d’écoliers) qu’on espérait revoir. Chaque semaine, les parents avaient jusqu’au lundi midi pour inscrire leur enfant et quand les directions allaient voir la liste, elles constataient qu’ils ne revenaient pas. [...] Ces enfants-là sont carrément isolés. Les petits, c’est souvent en se comparant qu’ils se disent que ce n’est peut-être pas normal ce qu’ils vivent. Mais là, ils sont dans cette normalité-là, alors pour eux, la vie continue, ils continuent à avoir des taloches, à se faire ramasser psychologiquement. C’est le seul modèle qu’ils ont car c’est leur environnement. C’est extrêmement préoccupant et je ne me réjouis pas du tout d’entendre dire qu’il y a moins de signalements », lance-t-elle.

La gestionnaire à la tête de la CSSPO ajoute que le confinement et la période trouble que nous traversons a dû être une très grande source d’anxiété pour les familles vulnérables, qui n’ont peut-être pas eu le réflexe de demander de l’aide, sachant que la situation déjà difficile à gérer pour les « familles équipées, qui ont des salaires, un toit, de la nourriture, un aspect cognitif développé ».

Visiblement très interpellée par le sujet, Nadine Peterson affirme avoir bien hâte que ces enfants puissent revenir « massivement » à l’école, « pour qu’on puisse en prendre soin ».