Des manifestants étaient rassemblés devant les bureaux du ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, lundi pour presser Québec de modifier les règles du programme AccèsLogis Québec.

AccèsLogis Québec: manifestation devant les bureaux de Lacombe

Des intervenants du milieu communautaire en Outaouais pressent le gouvernement provincial de modifier les règles du programme AccèsLogis Québec afin d’accorder une prolongation de deux ans pour les logements de transition destinés aux personnes démunies et fragilisées.

Une quinzaine de manifestants ont débarqué devant le bureau du ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, lundi matin, dans le secteur Buckingham, afin de tenter de convaincre ce dernier d’intervenir auprès de sa collègue Andrée Laforest, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation.

L’organisme Logemen’occupe déplore que les logements de transition ne soient accessibles que pour une période maximale de cinq ans. En Outaouais, plusieurs projets d’hébergement de transition de type « cinq ans maximum » ont été mis sur pied par l’entremise d’organismes communautaires afin d’éviter que les ménages à risque d’itinérance ne se retrouvent à la rue. Mimosa du quartier, la Soupe populaire de Hull, Mon Chez Nous et les Œuvres Isidore Ostiguy chapeautent tous des projets du genre, ce qui représente une quarantaine d’unités, selon Logemen’occupe.

Au printemps dernier, ces organismes ont demandé à la Société d’habitation du Québec une prolongation de deux ans de la durée du séjour, avec les mêmes conditions d’hébergement à coût modique. Cette demande avait également été formulée par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, au mois de mai, lors d’une rencontre avec la ministre Laforest. Québec n’a toujours pas rendu de réponse dans le dossier, dénonce Logemen’occupe.

« On traite ça comme si c’était une maladie. On te donne cinq ans pour soigner ta maladie et dans cinq ans, tu devrais être guéri et être en mesure de fonctionner dans la société. C’est avoir une fausse lecture de la problématique de l’itinérance. Ça demeure des personnes vulnérables, fragilisées et à faible revenu. De croire que ces personnes-là vont pouvoir se trouver un logement abordable et convenable, surtout avec une crise du logement où il y a une pénurie extrême de logements abordables, c’est une vue de l’esprit », a déclaré le coordonnateur de Logemen’occupe, François Roy, lors de la manifestation.

« [...] On veut rencontrer le ministre pour dire “‘nous voulons une prolongation de deux ans pour assurer une sécurité à ces gens-là, mais donnez-nous aussi une garantie que dans deux ans il va y avoir une passerelle pour que ces gens puissent transférer vers du logement permanent », a ajouté M. Roy.

Des locataires qui pourraient se retrouver sans toit dès le printemps prochain si aucune solution n’est trouvée à court terme étaient présents au rassemblement, lundi matin. Louis-Karl St-Denis Richard bénéficie d’un logement de transition offert par l’organisme Mon Chez Nous depuis quatre ans. Il dit être envahi par le stress à cause de l’incertitude entourant la situation actuelle.

« J’arrive à ma dernière année. Le gouvernement nous dit “‘on vous donne cinq ans pour régler vos problèmes et après vous pourrez aller dans un logement normal avec un job”’. L’affaire, c’est que les personnes à risque d’itinérance, c’est parfois parce qu’elles sont malades. Moi, j’ai le syndrome de Gilles de la Tourette. Je prends de la médication qui me rend trop fatigué et inapte à pouvoir travailler. Le fait de devoir retourner dans un logement normal bientôt, je n’ai pas d’argent pour me payer ça », dit-il.

Aux prises avec des problèmes de santé, Christiane Clairmont a perdu son emploi en 2014 à la suite des compressions effectuées par l’ancien gouvernement Harper dans la fonction publique. Elle craint de se retrouver à la rue au printemps prochain si aucune extension n’est accordée au programme d’hébergement de transition. « J’ai 1063 $ pour survivre chaque mois. Avec le coût de la vie et un loyer régulier, ça ne se fait pas. Avec un loyer abordable, t’arrives de justesse. Ça prend de l’aide supplémentaire pour la nourriture pour t’assurer d’avoir au moins un repas sûr par jour », confie-t-elle.

Mathieu Lacombe à l’extérieur de la région

M. Lacombe se trouvait aux îles de la Madeleine pour y faire une annonce, lundi matin. Son attaché politique, Jean-Charles Pichereau, a répondu au Droit par le biais de lignes écrites. « Nous savons que le programme AccèsLogis Québec a des défaillances importantes. La révision de ce programme aurait dû être faite depuis longtemps. L’ancien gouvernement s’est traîné les pieds dans ce dossier. Le 8 juillet dernier, ma collègue ministre des Affaires municipales et de l’habitation, madame Andrée Laforest a commencé à apporter des modifications importantes aux normes du programme AccèsLogis Québec. Pensons par exemple à la mise à jour des coûts maximums admissibles, ce qui n’avait pas été fait depuis 10 ans. Notre gouvernement passe à l’action pour moderniser le programme AccèsLogis Québec, afin de débloquer les unités prises dans le backlog sous les libéraux. À terme, nous allons faire passer le nombre d’unités AccèsLogis Québec de 40 703 à 56 174 unités. Nous sommes au travail. »