Annick Daigneault et Martine Asselin sont les créatrices de la première application québécoise de réalité virtuelle qui propose d’expérimenter le monde selon le point de vue sensoriel d’une personne autiste.

À travers les yeux d’un enfant autiste

Et si on pouvait voir la vie, ne serait-ce que quelques minutes, dans les yeux d’une personne autiste? Peut-être pourrions-nous mieux comprendre comment elle perçoit l’environnement autour d’elle.

Martine Asselin et Annick Daigneault, toutes deux artistes en arts médiatiques, ont créé la première application québécoise de réalité virtuelle qui propose d’expérimenter le monde selon le point de vue sensoriel d’une personne autiste. 

Pendant un moment, le casque plonge les spectateurs dans les perceptions d’un enfant autiste de 5 ans. 

«L’hypersensibilité, l’interprétation de l’environnement autour de soi... On veut que les gens aient une impression de ce que c’est, laisser une trace expérientielle et sensorielle», indique Mme Daigneault 

Elle et sa collègue sont toutes deux mamans d’un enfant autiste. Elles se sont rencontrées en 2015 grâce à l’inclusion de leurs garçons dans un milieu scolaire régulier. De cette rencontre est née l’intention de réaliser un projet en lien avec l’inclusion et l’autisme.

«Si on avait une baguette magique, qu’est-ce qu’on aimerait le plus faire? C’est de vivre dans la tête d’un enfant autiste pour 24h. C’est important pour nous que nos enfants puissent avoir une place dans la société, et on se disait que si on met les gens à leur place, il y a un début d’empathie qui se crée», explique Mme Asselin. 

Les deux femmes se sont alors lancées dans une démarche de recherche d’informations. Elles ont lu sur le sujet, elles ont rencontré de nombreux intervenants, elles ont échangé avec des personnes autistes et ont recueilli un bon nombre de témoignages. Avec tous ces ingrédients, elles ont créé le personnage de Mathys, acteur principal de leur œuvre appelée Les pieds en haut : Mathys. Elles précisent que Mathys est unique, il est un personnage fictif qui possède certaines caractéristiques. 

«Le défi est dans la rencontre, on ne sait pas comment être ensemble. Il faut fonctionner ensemble et se respecter dans nos différences. Et le moyen de bien se comprendre, c’est de poser des questions. On veut ouvrir un dialogue», exprime Mme Daigneault.

Réactions des spectateurs

Plus tôt en mai, l’application de réalité virtuelle a été lancée à Montréal. Les femmes ont présenté le projet aux élèves de l’école de leurs fils, Rose-des-Vents, une école primaire alternative située dans Rosemont.

«Le lendemain, mon fils m’a dit qu’il y a plusieurs personnes qui sont venues lui poser des questions. Tout le monde se sent plus à l’aise d’en parler, de se dire différent et d’assumer cette différence-là», soulève Mme Asselin. 

L’œuvre a aussi attiré l’attention de plusieurs adultes, en relation avec des enfants autistes ou pas, qui ont de la difficulté à comprendre la réalité des personnes vivant avec ce trouble.

«Les réactions sont plaisantes, ils ne pensent pas que c’est comme ça, vivre avec de l’autisme. Il y a une ouverture qui se crée», ajoute-t-elle.

Les deux artistes présenteront Les pieds en haut : Mathys pour la première fois à Québec le lundi 27 mai, à l’école publique Sans-Frontière. En septembre prochain, Annick et Martine souhaitent poursuivre leur tournée dans les écoles et réaliser plusieurs ateliers auprès des enfants comme des adultes. Elles sont ouvertes à toutes propositions de différents milieux qui souhaiteraient vivre l’expérience.

Encore plus

L’univers de Mathys est le premier volet d’une série d’applications.

«On est en train d’en développer d’autres pour faire expérimenter d’autres caractéristiques de l’autisme, on est loin d’avoir fait le tour. On veut que les gens puissent expérimenter ça dans la peau d’une personne autiste dans diverses étapes de sa vie. Vivre avec l’autisme étant enfant, c’est différent que quand on est adulte », indique Mme Asselin. 

Elle et sa collègue sont présentement en campagne de sociofinancement (haricot.ca/project/lespiedsenhaut) afin de réaliser la prochaine phase de production des casques de réalité virtuelle présentant leur réalisation. 

«L’objectif n’est pas de parler pour les personnes autistes, mais de parler avec eux. Elles sont impliquées dans toutes les étapes de notre processus de création», termine Mme Daigneault.