Société

L’insolite mariage du yoga et de la bière

Ils sont une cinquantaine de yogis concentrés, sur leur tapis, à l’intérieur du pavillon Aberdeen, irradié de soleil. Il est tout juste 11h du matin, ce samedi.

Au programme, les positions de base du yoga, mais avec cette particularité bien spéciale: une instructrice souriante, un verre de bière à la main, effectue une flexion du corps, tout en vantant la couleur et l’arôme d’une bière brune: « sentez ce doux parfum », dit-elle à ses élèves, en parlant de la bière, « il tient du chocolat et du café. »

Puis elle invite ses disciples à prendre une gorgée de bière et à la savourer.

Voilà donc tout le principe du programme Yoga on Tap, une des activités de l’entreprise de la yogi Ashley Kokelj d’Ottawa qui pilote aussi les activités Bike to Beer et Run to Beer. 

Le directeur général du Brewfest d’hiver d’Ottawa, Michael O’Farrell, s’associe depuis trois ans à l’école de yoga d’Ashley Kokelj pour offrir aux visiteurs cette expérience insolite, qui existe cependant ailleurs dans le monde. Des programmes Yoga on Tap ont aussi pignon sur rue à Vancouver, Miami et dans le Missouri, entre autres. 

« Le yoga implique de la détente et la découverte de nouvelles sensations, un peu comme la bière [...] La bière, comme la dégustation de vin et le yoga, c’est très épicurien. Les sensations ressenties quand tu bois une bière sont semblables à celles du yoga. C’est un concept cool, c’est le mélange de deux choses très tendance de nos jours », explique le jeune promoteur Michael O’Farrell, qui est aussi derrière les deux Festibières de Gatineau et celui de Toronto.

Durant deux jours, vendredi et samedi, le Brewfest d’Ottawa aura donc accueilli entre 7000 et 8000 personnes à qui on aura offert  un choix de 157 différentes bières de microbrasseries locales.

À la fin de l’expérience, on aura ingurgité entre 12 000 et 16 000 litres de bière issue de 44 différentes microbrasseries.

Le profil type de la clientèle? Elle est majoritairement âgée de 25 à 45 ans, autant composée de femmes que d’hommes, et elle vient s’y balader en couple ou entre amis. 

Autre étonnante observation: 50% de la clientèle du Festibière de Gatineau arrive d’Ottawa, tandis qu’à peine 5% de la clientèle du Brewfest d’Ottawa est québécoise. 

Il s’agissait de la quatrième édition du Brewfest d’Ottawa, mais une toute première expérience au pavillon Aberdeen du parc Lansdowne, plus vaste que le site des trois premières éditions, soit l’édifice de l’horticulture. 

Actualités

Un coroner rappelle les risques liés au covoiturage

MONTRÉAL — Un coroner rappelle que les véhicules privés utilisés pour le covoiturage ne sont pas inspectés régulièrement, contrairement aux autobus, aux taxis et aux voitures en autopartage.

Le Dr Jean Brochu a tenu à faire cette mise au point dans son rapport sur la mort de Katy Torres Davila, de Gatineau.

Politique

Le partage des revenus du cannabis bientôt réglé

L’Union des municipalités Québec (UMQ) est confiante de s’entendre avec le gouvernement sur le partage des revenus du cannabis d’ici le dévoilement du budget du Québec, en mars.

Comme ce budget devrait être le tout premier qui contient une colonne des dépenses et des revenus sur le thème du cannabis, les municipalités estiment qu’elles doivent être assurées d’obtenir leur part du gâteau d’ici là.

«On est confiants. Il n’y a pas d’impasse avec le gouvernement», a soutenu Alexandre Cusson, président de l’UMQ et maire de Drummondville. M. Cusson avait réclamé une entente avant le 28 février, question de donner le temps aux villes de se préparer, mais il se dit aujourd’hui prêt à attendre quelques semaines de plus. 

«Ce qu’on veut, c’est toujours le tiers des revenus de la taxe sur le cannabis et une formule de partage des revenus qui ressemble à la taxe sur l’essence. Ce qui est important pour nous, c’est de ne pas créer une nouvelle couche de bureaucratie», explique M. Cusson. 

Le gouvernement du Québec ne garantit pas de son côté que la question du partage des revenus avec les municipalités sera réglée avant le prochain budget ou avant l’adoption finale du projet de loi. Alexandra Régis, attachée de presse de la ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois, assure toutefois que «des discussions sont en cours avec les partenaires municipaux». «À ce moment-ci, il serait prématuré de statuer sur des pourcentages.»

En décembre dernier, Ottawa a consenti à verser 75 % des taxes perçues sur la marijuana aux provinces. Reste maintenant à Québec à évaluer la lourdeur de ses responsabilités vis-à-vis celles des municipalités à ce chapitre. 

Phase accélérée

À l’Assemblée nationale, le projet de loi qui donnera naissance à la Société québécoise du cannabis (SQC) entre dans une phase accélérée. Son principe devrait être adopté mardi et il sera ensuite étudié article par article. «On est dans une optique où on veut l’adopter rapidement», soutient Mme Régis. 

La ministre Charlebois a maintes fois demandé à ses collègues de l’opposition de mettre de côté la partisanerie dans ce dossier et espère obtenir leur collaboration pour faire avancer les choses au cours des prochaines semaines. Selon Mme Régis, «il est possible que la ministre dépose des amendements» à son projet de loi initial, sans spécifier lesquels. 

C’est que le temps presse pour le gouvernement du Québec. Le cannabis doit être légalisé par le gouvernement fédéral dans moins de cinq mois. 

La SAQ s’active

La Société des alcools du Québec (SAQ) commence de son côté à s’activer en vue de préparer la naissance de la SQC, qui sera l’une de ses filiales. 

Le recrutement et la formation du personnel qui travaillera dans l’une des 15 succursales prévues lors de la première année d’existence de la SQC ne sont pas encore amorcés, mais la SAQ planche sur un plan de déploiement des points de vente. 

«Le travail est bien amorcé, mais il n’est pas complété», soutient Linda Bouchard, agente d’information pour la SAQ. Mme Bouchard ne veut toutefois pas donner davantage de détails, car la SAQ attend l’adoption finale du projet de loi pour aller de l’avant. «Les prises de décision doivent se faire à la lumière de certaines balises qui restent encore à être déterminées.»

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Actualités

Interdiction de la publicité de cigarettes électroniques réclamée

OTTAWA — La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, songe à interdire la publicité des cigarettes électroniques dans l'espace public comme le demandent des organismes anti-tabac.

«On doit avoir des restrictions assez claires, a-t-elle soutenu à sa sortie de la Chambre des communes, lundi. On veut s'assurer que ces produits n'attireront aucunement nos jeunes.»

Elle se démarque de sa prédécesseure, Jane Philpott, qui avait invoqué la Charte canadienne des droits et libertés lors d'un témoignage devant un comité du Sénat en avril.

Mme Philpott avait alors expliqué que les preuves sur la nocivité des produits de vapotage n'étaient pas suffisamment solides pour que le gouvernement puisse limiter le droit des entreprises d'en faire la promotion.

Mme Petitpas Taylor témoignera à son tour mercredi, devant un comité parlementaire cette fois, pour discuter du projet de loi S-5 qui vise à encadrer la cigarette électronique. Celle-ci est toujours illégale même si elle est déjà en vente libre au Canada depuis une dizaine d'années.

Les parlementaires veulent légiférer sur sa fabrication, sa vente, son étiquetage et sa promotion.

Plus tôt dans la journée, des organismes de lutte contre le tabagisme ont dénoncé l'incohérence du gouvernement fédéral en la matière devant le comité permanent de la santé de la Chambre des communes où le projet de loi S-5 est à l'étude.

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, l'Association canadienne de santé publique et Médecins pour un Canada sans fumée veulent interdire la publicité des vapoteuses dans la sphère publique qui pourrait «créer une nouvelle génération de fumeurs».

«Ce n'est pas un projet de loi qui est équilibré», a affirmé la porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Flory Doucas, en conférence de presse.

«Dans les faits, on n'a pas mis les mesures nécessaires pour contrôler le marketing de ces produits-là, a souligné Mme Doucas. On va permettre des publicités à la télé, à la radio, sur des abribus — tous azimuts — pour des cigarettes électroniques qui contiennent de la nicotine.»

C'est cet ingrédient qui crée une dépendance. Selon ces organismes, des publicités vantant les cigarettes électroniques pourraient inciter les non-fumeurs, particulièrement les jeunes, à commencer à fumer. Ils craignent qu'une fois accros à la nicotine, ces nouveaux fumeurs se tournent vers la cigarette traditionnelle.

Cibler les fumeurs

Ils proposent que la publicité des produits de vapotage soit limitée aux fumeurs qui peuvent les utiliser comme outil pour écraser. C'est cet effet bénéfique qui les avait d'abord poussés à appuyer le projet de loi.

Ils sont prêts à retirer cet appui si le gouvernement rejette l'amendement qu'ils proposent. Ils demandent que les mêmes règles publicitaires pour les produits du tabac s'appliquent pour les cigarettes électroniques et que, par conséquent, les annonces qui les associeraient à un certain style de vie soient interdites.

Imperial Tobacco, qui domine le marché du vapotage aux États-Unis et en Angleterre, considère ces organismes anti-tabac comme des «groupes anti-industrie» plutôt que «prosanté». Le fabricant de cigarettes attend impatiemment que le projet de loi S-5 soit adopté pour percer le marché du vapotage au Canada.

«Il y a beaucoup de consommateurs qui fument aujourd'hui qui ne choisiront pas une alternative moins nocive comme les produits de vapotage», a soutenu en entrevue le directeur des affaires corporatives d'Imperial Tobacco, Éric Gagnon, en entrevue.

«Et nous on pense que c'est important d'avoir de la communication auprès de ces consommateurs-là pour les inciter à se procurer des produits moins nocifs», a-t-il ajouté.

L'entreprise, qui avait témoigné en avril devant un comité du Sénat, n'a pas été invitée à se faire entendre à nouveau en comité parlementaire.

Société

ISQ: la proportion de personnes vivant seules a doublé en 35 ans

Alors que la plupart des partis politiques à Québec veulent proposer des mesures pour soutenir les familles, en cette année électorale, la proportion des personnes vivant seules ne cesse d’augmenter.

En fait, elle a doublé en 35 ans, passant de 8,4 pour cent en 1981 à 17,2 pour cent en 2016, révèle mardi l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Ce sont ainsi 1,2 million de personnes de 15 ans et plus qui vivaient seules, au Québec, en 2016.

«C’est une proportion qui aurait plus que doublé en 35 ans environ. D’ailleurs, c’est un des changements les plus importants, en termes de situation domestique, dans la deuxième moitié du 20e siècle. C’est un phénomène quand même très important», a commenté au cours d’une entrevue, mardi, Anne Binette Charbonneau, démographe à l’ISQ.

Bien que ce phénomène ne soit pas propre au Québec, la démographe souligne que «dans l’ensemble du Canada, le Québec est la province où la part de personnes vivant seules est la plus élevée».

Elle cite quelques facteurs qui expliquent ce phénomène, comme le vieillissement global de la population, l’augmentation de l’instabilité conjugale et «la mise en union cohabitante» qui survient plus tardivement.

«Cela s’explique par divers changements de comportements et de normes sociales ayant eu lieu dans le domaine de la famille», ajoute-t-elle dans son étude.

Hommes-femmes

Ce sont les femmes qui vivent plus souvent seules que les hommes. En 2016, on dénombrait ainsi 613 900 femmes vivant seules comparativement à 561 300 hommes vivant seuls.

Mais avec l’âge, leur proportion augmente. Chez les personnes de 85 ans et plus, on compte trois femmes vivant seules pour un homme.

Chez les plus jeunes, cependant, ce sont surtout les hommes qui vivent seuls. Ils représentent environ 60 pour cent de l’ensemble des personnes vivant seules entre 25 et 49 ans.

La démographe note aussi que comme les hommes et les femmes vivent plus longtemps qu’avant, et en meilleure santé, cela retarde l’entrée dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ou une résidence privée pour personnes âgées - ce qui fait aussi augmenter le nombre de personnes qui vivent seules. Ce phénomène est aussi favorisé par les programmes de maintien à domicile, a-t-elle ajouté.

Politique

Ex-ministres fédéraux dans l’industrie du cannabis: réactions divergentes à Québec

Les ministres québécois Lucie Charlebois et Jean-Marc Fournier ne voient pas du même oeil le fait que plusieurs ex-ministres libéraux fédéraux aient des intérêts financiers dans l’industrie naissante du cannabis.

«Vous verrez pas mon nom là et je vous dirais que ces gens-là ont à faire un examen de conscience», a soutenu mercredi Mme Charlebois, ministre déléguée à la Santé publique et responsable du projet de loi sur le cannabis au Québec. 

Elle réagissait aux révélations récentes du bureau d’enquête de Québecor, selon lesquelles plusieurs ex-ministres du Parti libéral du Canada sont liés d’une façon ou d’une autre à l’industrie du cannabis. 

La ministre soutient qu’elle et ses collègues du Québec ne peuvent être liés à cette industrie, étant donné leur code d’éthique. «Je crois que nous, on a déjà pris des dispositions au Québec. Il va falloir faire pareil ailleurs», a-t-elle lancé, en faisant référence au gouvernement fédéral. 

Chasse aux sorcières

Interrogé quelques minutes plus tard, le leader parlementaire libéral Jean-Marc Fournier n’était pas du même avis. Le fait que d’anciens libéraux fédéraux brassent des affaires dans l’industrie de la marijuana, «ça ne m’indispose pas», a-t-il réagi. 

Selon lui, il ne faut pas prêter de mauvaises intentions à ces personnes ou au gouvernement en place. «Faut pas s’imaginer que le processus est fait pour ces 4 ou 5 personnes-là […] Honnêtement, là on est dans une chasse aux sorcières pour des intentions qui n’ont aucun fondement.»

Politique

Islamophobie: le 29 janvier devrait être une journée nationale, dit un comité

OTTAWA — Le débat sur l'islamophobie peut reprendre. Un comité parlementaire a recommandé jeudi au gouvernement fédéral de décréter le 29 janvier «Journée nationale de commémoration et d'activités concernant l'islamophobie et toute autre forme de discrimination religieuse».

Il s'agit de la 30e et ultime recommandation d'un volumineux rapport — non unanime — publié jeudi par le comité permanent du Patrimoine canadien, qui avait reçu le mandat de se pencher sur la question après l'adoption en Chambre de la controversée motion M-103, en avril dernier.

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, avait laissé entendre lundi que le gouvernement libéral attendait de prendre connaissance du rapport de ce comité avant de prendre une décision concernant la demande de décréter une journée nationale contre l'islamophobie.

À l'entrée de la période des questions, jeudi, elle a dit avoir besoin de davantage de temps pour étudier les recommandations du comité — même si celle sur laquelle on la questionnait, la 30e, tient en une phrase.

«Il y a toujours un processus; je dois m'assurer d'avoir la position du gouvernement, et j'aurai l'occasion d'annoncer la position du gouvernement», a expliqué Mme Joly, sans préciser quand le verdict pourrait tomber.

La députée qui avait déposé la motion M-103, Iqra Khalid, ainsi que la ministre Maryam Monsef, toutes deux de confession musulmane, n'ont pas non plus voulu se prononcer sur la recommandation, jeudi.

Leur collègue Omar Alghabra, en revanche, n'a pas hésité à partager son avis. «Je pense que c'est une bonne idée. Nous ne devrions pas avoir peur de nommer les défis auxquels nous sommes confrontés», a-t-il dit à La Presse canadienne.

Le Conseil national des musulmans canadiens avait écrit à Justin Trudeau en décembre dernier pour lui demander de décréter le 29 janvier, anniversaire de l'attentat à la mosquée de Québec, «Journée nationale de commémoration et d'action contre l'islamophobie».

Le premier ministre a indiqué que la réflexion libérale se poursuivait. «On est en train de travailler avec la communauté, avec tous les différents partis pour s'assurer que ça soit fait de la bonne façon», a-t-il fait valoir mardi dernier en marge d'une annonce au parlement.

La veille, dans le discours qu'il avait livré à Québec lors de la cérémonie de commémoration de l'attaque, Justin Trudeau avait mis beaucoup d'accent sur le fait que l'islamophobie existait dans la société canadienne.

La recommandation du comité permanent du Patrimoine canadien risque de relancer le débat sur le terme «islamophobie» sur la colline du Parlement à Ottawa. Les conservateurs et les bloquistes ne sont pas à l'aise avec le terme et s'étaient opposés à la motion M-103.

Au Québec aussi, l'idée de créer une journée nationale contre l'islamophobie divise — des partis représentés à l'Assemblée nationale, seule la petite formation de gauche Québec solidaire souscrit à l'idée.

Le premier ministre Philippe Couillard a signalé qu'il estimait plus judicieux de souligner l'«engagement contre le phénomène du racisme et de la discrimination plutôt que de singulariser une de ses manifestations».

Dissidence conservatrice

Les élus conservateurs, minoritaires au comité, signent un rapport dissident où ils évoquent cinq aspects de la motion qui posent problème, dont «l'allégation non fondée "d'un climat de haine et de peur qui s'installe dans la population"» et la définition du terme islamophobie.

Ils y accusent les libéraux d'avoir «perverti la motion afin de politiser une question à laquelle des millions de Canadiens attachent de l'importance», ce qui a eu «pour effet de semer la discorde et d'accroître la menace pour les Canadiens».

Les conservateurs proposent, dans leur liste de recommandations, de désigner le 29 janvier comme une journée de commémoration, mais avec un libellé différent : «Journée nationale de la solidarité avec les victimes d'actes d'intolérance et de violence antireligieuses».

Les médias pointés du doigt

Certains des témoins qui ont défilé devant le comité ont abordé le rôle des médias dans la lutte à l'islamophobie.

«Certains étaient d'avis que les reportages sensationnalistes sur certains groupes, en particulier les musulmans, peuvent déformer la réalité et encourager la haine», est-il écrit dans le rapport déposé jeudi matin en Chambre.

Ayesha Chaudry, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en religion, loi et justice sociale de l'Université de la Colombie-Britannique, a suggéré que les médias «contribuent à perpétuer et à entretenir les opinions selon lesquelles les musulmans sont violents».

La professeure a ainsi «proposé d'offrir aux médias des séances de formation de sorte que les reporteurs [sic] puissent comprendre comment ils en viennent à contribuer à des discours qui véhiculent des idées arrêtées sur la violence inhérente à l'islam», lit-on dans le rapport.

Autres recommandations du comité

  • Après consultation de la société civile, des organisations citoyennes et des groupes interconfessionnels, actualiser et rétablir le Plan d'action canadien contre le racisme précédent et en élargir la portée afin de l'étendre à la discrimination religieuse;
  • Créer une base de données nationale pour y consigner les données sur les crimes et les actes haineux en vue de les analyser;
  • Augmenter le financement du multiculturalisme destiné à enrayer le racisme et la discrimination religieuse systémiques et à promouvoir une plus grande compréhension interculturelle et une plus grande sensibilisation à celle-ci;
  • Assumer un leadership fort pour condamner activement le racisme et la discrimination religieuse systémiques incluant l'islamophobie;
  • Offrir des subventions aux experts universitaires canadiens pour appuyer la création de projets de recherche sur le racisme et la discrimination religieuse systémiques, qui pourraient servir à orienter les politiques publiques;
  • Accroître le financement alloué aux forces de l'ordre et aux organismes responsables de la sécurité pour enquêter sur les propos haineux dans Internet et appliquer les lois en vigueur.

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Société

Commémoration de l'attentat de Québec: un deuil qui touche tout le monde

QUÉBEC — Les Québécois ont tous perdu des frères et sœurs lors de l’attentat dans la grande mosquée de Québec, survenu il y a près d’un an. Voilà le message qu’ont lancé les proches des victimes, ainsi que les représentants de différentes communautés à l’occasion d’un rassemblement multiconfessionnel, dimanche soir.

Au troisième jour des commémorations de l’attentat de Québec, quelques centaines de personnes se sont réunies dans le Pavillon de la jeunesse, en basse-ville de Québec, pour entendre parler les proches des six victimes québécoises de confession musulmane qui sont tombées sous les balles d’un tireur, le 29 janvier 2017.

Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti ont perdu la vie lors de l’attentat.

Les gens qui se sont succédé au lutrin ont affirmé aux Québécois qu’il s’agissait d’un deuil qui touche tout le monde, et pas seulement les citoyens de confession musulmane.

Megda Belkacemi, la fille du défunt professeur d’université Khaled Belkacemi, a insisté pour dire qu’il fallait bâtir des ponts entre les communautés pour qu’aucun autre drame ne survienne au Québec et au Canada, mentionnant entre autres les attentats au Métropolis de Montréal, et ceux à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa.

Des représentants des communautés musulmane, juive, anglicane et des Premières Nations étaient d’ailleurs à l’événement et ont lancé un message d’unité.

« Notre Terre, elle appartient à tous également. Nous exigeons que tout le monde soit traité de façon égale, de façon digne », a déclaré Konrad Sioui, le grand chef de la Première Nation huronne-wendat.

Un autre rassemblement pour commémorer l’attentat à la mosquée a eu lieu à Montréal, dimanche après-midi.

La mairesse de la métropole, Valérie Plante, était présente avec d’autres élus municipaux à l’événement, lors duquel une minute de silence a été observée en l’honneur des victimes.

Dans son discours, Mme Plante a souligné la nécessité pour les élus de toute allégeance politique de travailler à rendre Montréal plus inclusive.

D’autres rassemblements sont prévus à Montréal lundi – le jour exact de l’anniversaire.

Pendant ce temps, à Québec, les citoyens seront invités à apporter des fleurs et des chandelles pour une cérémonie qui aura lieu à l’extérieur, près de la mosquée.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déjà annoncé qu’il participerait cet événement. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, sera aussi présent.

Des rassemblements sont prévus partout au Canada pour cet anniversaire, dont à Halifax, Ottawa, Toronto, Calgary et Vancouver.

Société

La communauté musulmane du Québec veut favoriser les rapprochements

MONTRÉAL — Dans la foulée de l’attentat à la mosquée de Québec qui a fait six morts, les musulmans vivant au Québec ont pris le taureau par les cornes pour empêcher que la violence ne frappe à nouveau: ils ont voulu favoriser le rapprochement entre les communautés en multipliant notamment des journées portes ouvertes de leurs mosquées.

L’une d’entre elles a eu lieu samedi à la Grande Mosquée de Québec, là où s’est produite la fusillade, l’une des activités des commémorations marquant l’année qui s’est écoulée depuis le drame.

Il ne s’agissait pas d’une première : la Grande Mosquée de Québec en organisait depuis quelques années, mais elle a pris une signification toute particulière samedi.

Et le Centre culturel islamique de Québec, auquel est reliée la mosquée, s’implique de d’autres façons dans la communauté, notamment en venant en aide aux sans-abri de la ville. Il accueille aussi depuis de nombreuses années des visites de groupes d’étudiants.

Puis, en février dernier, 14 mosquées de Montréal ont ouvert grandes leurs portes au public. De 2400 à 3000 personnes, selon les organisateurs, sont venues s’informer, rencontrer des gens, poser des questions et assister aux prières.

D’autres mosquées dans d’autres villes ont emboîté le pas : à Gatineau en mars 2017, puis en mai à Shawinigan et à Sherbrooke. La Ville de Châteauguay a tenu en août la première édition du Festival Bon Voisinage.

Selon Rachid Boudjarane, le responsable des relations publiques pour la Fédération des Canadiens musulmans, un organisme communautaire basé à Laval, ce genre d’activités n’a que du bon.

« Tout le monde cherche des pistes pour se rapprocher de la société d’accueil, pour se faire comprendre et échanger, a-t-il commenté en entrevue. Les musulmans, on cherche des solutions. On se demande pourquoi c’est arrivé? Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? »

« Il faut expliquer qu’on est comme tout le monde. On est des êtres humains. Avec des convictions religieuses, oui, mais on est des Québécois et des Canadiens », a-t-il expliqué, espérant que de telles journées continueront d’être organisées en 2018.

En 2017, ceux qui se sont rendus aux journées portes ouvertes se trouvaient dans deux catégories, dit-il : les curieux, qui veulent apprendre et poser des questions, et ceux qui connaissaient déjà la communauté, mais qui ont été touchés par l’attentat et ses victimes. Mais l’homme n’est pas naïf : il sait que ceux qui bénéficieraient le plus de ce rapprochement ne se pointeront pas aux journées portes ouvertes. Il juge toutefois qu’il ne s’agit que d’une petite frange de la population.

« C’est à nous (nous étant tous les citoyens du Québec) de s’ouvrir aux autres et de combattre cette haine qui est ancrée un petit peu dans le coeur de certains. »

Mais il aimerait que les politiciens en fassent plus pour rapprocher les différentes communautés qui se côtoient au jour le jour au Québec. Si l’attentat meurtrier a généré de bons mots de la part des politiciens, et qu’ils se sont rapprochés de la communauté musulmane, il trouve que ce n’est « pas assez ».

« Il faut faire beaucoup plus de sensibilisation. Dire qu’on est tous des citoyens », a insisté M. Boudjarane, qui vit au Québec depuis 38 ans.

Il croit par contre que beaucoup de politiciens cherchent à faire des gains sur le dos de la communauté musulmane — des gains positifs et d’autres négatifs. Il déplore cette attitude qu’il qualifie d’« électoraliste », comme ce fut le cas, dit-il, avec le débat sur l’identité et la Charte des valeurs.

À titre d’exemple, il rappelle et déplore que certains d’entre eux aient commenté la situation rapportée selon laquelle des femmes avaient été exclues d’un chantier de construction à la demande d’une mosquée voisine, sans d’abord s’assurer que ce soit vrai.

« Ça a jeté une ombre négative sur la communauté.

«On ne veut pas tout le temps qu’on parle de nous», lance-t-il, expliquant qu’il ne veut pas que les gens disent : «mais il n’y a que ces maudits musulmans qui sont là».

À cet égard, les politiciens ont une responsabilité citoyenne, juge-t-il.

«On veut que les politiciens nous considèrent comme des citoyens à part entière. (...) Que ce qui touche un musulman, ça touche un citoyen québécois.»

Société

Tisser des liens entre les villes et leurs vétérans

Il y aurait près de 700 000 vétérans au Canada, dont 90 000 au Québec. Nombre d’entre eux ont, depuis, coupé tout lien avec les Forces armées et plusieurs semblent aussi être déconnectés de leur communauté et même de leur propre famille élargie.

Les nombreux déménagements qu’ils subissent dans le cadre de leurs missions ou de leurs fonctions pourraient expliquer, en partie, cette marginalisation. 

En témoignent également les quelque 150 vétérans vivant en situation d’itinérance dans la région d’Ottawa ; probablement plus à Montréal, soutient le major à la retraite Dave Blackburn, docteur en sociologie de la santé et professeur à l’Université du Québec en Outaouais en travail social. 

Le chercheur déplore cette déconnexion des vétérans avec leur milieu et apprécierait fort que les autres niveaux de gouvernement – le provincial et le municipal notamment – offrent eux aussi des ressources aux militaires à la retraite qui vivent sur leur territoire. Un réflexe qu’ils n’ont pas nécessairement parce que la problématique militaire est considérée comme une affaire strictement fédérale.

« Ce qu’on voudrait c’est que les municipalités s’intéressent de plus en plus aux questions concernant les anciens combattants ; que ça ne soit pas strictement une compétence fédérale, avec le ministère des Anciens Combattants qui tente de gérer toutes les questions, mais les gère à moitié », explique au Droit Dave Blackburn, également responsable de l’Équipe de recherche et d’intervention en santé mentale des anciens combattants et leur famille (ÉRISM-AC/F) ; un groupe d’intervention qui vient de voir le jour en novembre dernier. 

M. Blackburn cite également, indigné, de nouvelles données indiquant que le nombre de vétérans qui attendent une réponse à leur demande de prestations d’invalidité a monté en flèche au cours de l’année 2017, avec des milliers de dossiers d’ex-militaires en suspens. Anciens Combattants Canada indiquait d’ailleurs récemment qu’environ 29 000 dossiers étaient en attente, à la fin du mois de novembre 2017 – une augmentation de près de 50 % par rapport au mois de mars. Pour le militaire à la retraite, tout mettre dans la cour déjà débordée du fédéral n’est pas la solution. 

M.Blackburn suggère notamment une structure semblable à celles des municipalités amies des aînés, cette coalition de villes qui ont su adapter leurs politiques, leurs services et leurs structures aux citoyens âgés. Pourquoi ne pas offrir une mécanique municipale semblable pour les vétérans ?

De façon plus prosaïque, M. Blackburn réclame que tous les vétérans aient accès au stationnement gratuit, en tout temps, dans les municipalités québécoises ; un privilège automatique qui serait consenti aux véhicules portant une plaque ornée d’un coquelicot.

À cet effet, M. Blackburn et son groupe d’intervention ont fait parvenir, la semaine dernière, aux maires des 34 plus grosses municipalités du Québec, une lettre réclamant ce privilège spécial. Cela exclut les villes qui consentent déjà à leurs vétérans cette faveur soit : Saint-Jérôme, Granby, Louiseville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sainte-Anne-de-Bellevue, Sherbrooke, Cowansville et Victoriaville.

« Au-delà du simple geste de reconnaissance, le stationnement gratuit pour les anciens combattants se veut une action d’intégration sociale des vétérans au sein des communautés. Cette action des municipalités peut faire une différence fondamentale pour bon nombre d’anciens combattants qui ont une situation financière précaire, qui vivent une situation d’isolement social ou encore pour les aider dans leur transition de la vie militaire à la vie civile » expliquait récemment M. Blackburn, dans un article publié sur un site web d’informations militaires. Selon lui, Gatineau, qui abrite plusieurs vétérans, pourrait donner l’exemple.