L'Hôpital de Gatineau
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Sit-in à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau: «C'est l'enfer», dénonce le syndicat

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Rien ne va plus à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau. Confrontées à un important engorgement dans l'aire des civières et à un manque de personnel, des infirmières ont effectué un sit-in pendant près de deux heures, mercredi en fin d'après-midi.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay, a expliqué qu'il manquait déjà trois infirmières pour le quart de travail de jour à l'urgence de l'hôpital du boulevard de La Vérendrye. Quand l'équipe de soir est venue pour prendre la relève, il manquait encore trois infirmières. Il a alors été demandé à trois membres de l'équipe de jour – dont certaines qui avaient travaillé 16 heures la veille et avaient «vécu une journée bordélique» – de rester sur place. «Ce fut la goutte qui a fait débordé le vase», lance M. Guay. De 15h50 jusqu'à environ 17h30, l'équipe de jour a dû continuer, leurs collègues de soir refusant de prendre la relève sans avoir du renfort.

Pendant la journée, cinq infirmières n'avaient pas pu prendre de pause ou de temps pour manger. Il y avait une quarantaine de patients sur les civières, alors qu'il n'y a en théorie que 28 civières fonctionnelles. «Certains patients attendaient un lit sur les étages depuis 150 heures, indique M. Guay. C'est plus de six jours.»

Une infirmière d'expérience ayant travaillé pendant le quart de jour de mercredi a raconté au président de son syndicat que ses collègues et elles «avaient l'air de poules pas de tête».

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay.

M. Guay a indiqué qu'il a fallu de multiples demandes - et l'appel d'un média - pour que des cadres soient appelés en renfort «sur le plancher», ce qui a finalement permis de mettre fin au sit-in.

Alors que les équipes des urgences urbaines avaient connu un certain répit au début de la pandémie lorsque les patients étaient peu nombreux à s'y présenter, le directeur des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, a confirmé mercredi que l'achalandage est revenu à un niveau «comme avant, en pré-COVID».


« Il va falloir un coup de barre et lâcher les paroles en l'air. Depuis que le monde a recommencé à consulter dans les urgences, c'est l'enfer. »
Patrick Guay, président du SPSO

Le SPSO craint que si la situation perdure, plusieurs de ses membres choisiront d'aller travailler en Ontario ou quitteront carrément la profession.

«Il va falloir un coup de barre et lâcher les paroles en l'air, s'insurge Patrick Guay. Depuis que le monde a recommencé à consulter dans les urgences, c'est l'enfer. J'ai l'impression que c'est le jour de la marmotte chaque jour.»

En matinée jeudi, le SPSO a été informé que «les ambulances seraient détournées» de l'urgence de l'Hôpital de Gatineau. Cette information n'a pas encore été confirmée par le CISSSO.

À 9h, on y comptait 45 patients sur civière, ce qui représente un taux d'occupation de 161%. Du lot, dix se trouvaient sur une civière depuis plus de 48 heures.

Le CISSSO a indiqué par courriel avoir «peine à combler les quarts de travail à l'urgence de Gatineau», tandis que l'achalandage est élevé qu'il y a «beaucoup de cas en santé mentale».

Le CISSSO note que l'engorgement à l'urgence est aussi causé par le fait qu'il y a «beaucoup» de patients en attente d'une place en soins de longue durée sur les unités de soins.

À 9h jeudi, on y comptait 45 patients sur civière à l'urgence de Gatineau, ce qui représente un taux d'occupation de 161%. Du lot, dix se trouvaient sur une civière depuis plus de 48 heures.

Le CISSSO a donc procédé au détournement temporaire des ambulances vers l'Hôpital de Hull. «Nous déployons des ressources supplémentaires en termes de personnel, une réorganisation du travail est effectuée pour mieux répondre aux besoins [et] nous avons mis en place une unité de débordement», a ajouté l'organisation, qui s'efforce aussi d'augmenter la réorientation des cas non urgents vers d'autres ressources.

Patrick Guay appréhendait pour sa part déjà les prochains quarts de travail, jeudi matin, car les horaires sont encore parsemés de trous, faute de personnel.