L’accident est survenu sur la route 117, en octobre 2010.

Signaleur happé: la conductrice non criminellement responsable

Une sexagénaire qui a heurté mortellement un signaleur routier en croyant fuir des templiers germaniques noirs, a été reconnue non criminellement responsable des accusations qui pesaient contre elle, au début du mois, à Maniwaki.

Stéphane Labelle, un signaleur expérimenté originaire de Mont-Laurier, a payé de sa vie la psychose vécue par Diane Roberts, le 19 octobre 2010.

Au volant de son véhicule utilitaire sport, Mme Roberts a voulu doubler les nombreux automobilistes qui attendaient de traverser un chantier de construction sur la route 117, à Moncerf-Lytton, près du parc La Vérendrye.

Diane Roberts a emprunté la voie opposée, et a projeté M. Labelle 27 mètres plus loin. La conductrice affolée a poursuivi sa course, et s’est finalement arrêtée au restaurant Le Classique pour faire le 9-1-1.

D’abord acquittée de délit de fuite mortel, Mme Roberts a dû répondre aux chefs de conduite dangereuse et de négligence criminelle causant la mort.

« La conductrice n’avait pas la capacité d’évaluer le risque », indique le juge Paul Chevalier, dans sa décision.

Le procès a été retardé pour des raisons de santé, tant chez l’accusée que chez un juge et à un avocat au dossier, ces sept dernières années.

Lors du procès, en 2014, l’agent Gabriel Ouimet, de la SQ, a témoigné sur le comportement de l’accusée lors de son arrestation.

Diane Roberts disait être suivie par des templiers depuis la veille de l’accident.

Dans l’ambulance, une demi-heure plus tard, la femme, toujours agitée, continuait de parler de tout, sauf de l’accident.

« Elle ne cessait de m’interrompre pendant que je lui lisais ses droits. Elle devenait tantôt agressive, tantôt calme, et tenait des propos religieux sans liens entre eux », a raconté le policier, à l’époque.

La femme n’aurait pas dormi pendant des jours avant le drame.

Bien qu’elle se souvenait de l’accident, la femme changeait toujours de sujet pour revenir sur les templiers, Jésus, les anges, Dieu, les esprits, et l’astrologie.

Elle a rajouté que son mari était mort « plusieurs fois ». Après vérification des services d’urgence, ce dernier était bien vivant.

Vingt-quatre heures après l’accident, la femme a demandé au personnel de l’hôpital ce qu’elle faisait sur la route 117.

Partie de Poltimore, elle aurait voulu se rendre à Ottawa, mais en empruntant la mauvaise direction, soit vers le nord, et Mont-Laurier.

Des traces de cannabis ont été retrouvées dans l’organisme de la conductrice, qui en aurait consommé la veille du drame.

Le juge Chevalier, qui a pris la relève d’un autre magistrat en plein procès, a finalement déclaré Diane Robert non criminellement responsable au début du mois.

Le magistrat a conclu que Diane Roberts n’avait pas provoqué sa psychose par sa consommation de cannabis.

LA PSYCHOSE DE ROBERTS N'ÉTAIT PAS DUE AU CANNABIS

La consommation de cannabis n’a pas provoqué la psychose de Diane Roberts, a tranché le juge Paul Chevalier, de la Cour du Québec.

Le débat entourant l’origine de sa psychose a été déterminant dans cette affaire.

Le juge rappelle qu’un des critères à retenir repose sur la chronologie des événements. Si la drogue a été consommée pendant la psychose, cette défense d’état mental peut être retenue par la cour.

Si, par contre, la psychose a été provoquée par la prise de drogue elle-même, le tribunal peut bien ne pas retenir cette même défense d’état mental anormal.

L’avocat de la défense, Me Jean Bourget, a fait entendre le psychiatre judiciaire Dominique Bourget, selon lequel Mme Roberts a souffert d’un bref désordre psychotique au moment du drame.

L’experte appelée à la barre par le procureur de la Couronne, Me Denis Trottier, était d’un autre avis.

Selon la psychiatre judiciaire France Proulx, Diane Roberts a présenté des symptômes après l’accident et savait ce qu’elle faisait, appelant entre autres le 9-1-1, après les faits. Selon la Couronne, la psychose a pu être provoquée par la consommation de drogue de l’individu.

Selon le témoin expert de la défense, « il n’est pas impossible, chez l’adulte, de développer une psychose provoquée par la consommation de cannabis, mais c’est très rare ».

L’accusée, qui avait 59 ans au moment de sa psychose, était une consommatrice occasionnelle, selon la défense.

Les chances étaient très minces pour qu’elle développe un état mental semblable après avoir fumé quelques touches, selon le témoin expert de la défense.

L’opinion de la témoin de la Couronne était tout autre, résume le juge Paul Chevalier.

Mme Robert était en psychose, mais seulement après les événements. « Et cet épisode de psychose a été provoqué par la consommation de cannabis », selon le résumé du juge.

Le ministère public a fait valoir que Diane Roberts était en possession d’une petite quantité de haschich, et que son rythme cardiaque était anormalement élevé.

Le juge n’a pas été convaincu par cette preuve, puisqu’il n’a pas été démontré hors de tout doute que la femme avait pris une grande quantité de drogue dans les heures précédant sa conduite automobile.