Des quelques 6900 signalements à la DPJ en Outaouais en 2019-2020, plus du tiers (38%) ont été retenus.
Des quelques 6900 signalements à la DPJ en Outaouais en 2019-2020, plus du tiers (38%) ont été retenus.

Signalements en baisse à la DPJ de l'Outaouais: des enfants «qui peuvent souffrir en silence»

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Alors que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l'Outaouais a enregistré une hausse de 5,3% de signalements en 2019-2020, le bilan risque d'être tout autre pour l'année en cours, le confinement ayant provoqué une importante chute dans le nombre de signalements, ce qui se traduit par des enfants «qui peuvent souffrir en silence».

En Outaouais, la DPJ a reçu près de 6900 signalements en 2019-2020, une hausse de 5,3% par rapport à l'année précédente. Cela représente une moyenne de 19 signalements par jour.

De tous les signalements retenus, les deux tiers concernaient des situations réelles ou à risque d'abus physique ou de négligence.

Le bilan régional de la DPJ rendu public mercredi dresse le portrait de l'année ayant pris fin le 31 mars dernier, alors que la pandémie n'en était qu'à ses débuts au Québec.

Mais «depuis que la pandémie a frappé le Québec, on observe une diminution importante des signalements», a fait savoir la directrice régionale de la DPJ, Colette Nadeau.

Pour le mois d'avril, les signalements ont chuté de 33% dans la région. La baisse a atteint 44% le mois suivant.

Pour les trois premiers mois de l'année (avril à juin), les données provinciales montrent une diminution du nombre de signalements de l'ordre de 20,5% pour tout le Québec et de 27,5% pour l'Outaouais.

La directrice de la DPJ en Outaouais, Colette Nadeau, lors d'un point de presse virtuel mercredi.

«C'est inquiétant», reconnaît Mme Nadeau, en soulignant que «la protection des enfants, c'est une responsabilité qui incombe à tout le monde». En contexte de pandémie, tous ceux qui côtoient des enfants sont donc invités à «être encore plus vigilants».

«Quand les enfants sont confinés, c'est sûr qu'on n'a pas nécessairement accès à tous les enfants et il y en a qui peuvent souffrir en silence et que personne ne va le savoir», a déploré la directrice régionale de la DPJ.

La baisse observée dans les signalements s'est traduite par la disparition de la liste d'attente régionale, au printemps et à l'été. Cela a notamment permis à des intervenants de l'Outaouais d'aller prêter main-forte à d'autres régions.

Les signalements ont repris un rythme plus normal en Outaouais au cours des dernières semaines, même si une baisse de 16% est observée par rapport à la même période l'an dernier. Mais déjà, la DPJ régionale «a une liste d'attente actuellement de 54 situations d'enfants, ce qui n'avait pas été vu depuis le début de la pandémie», a indiqué Mme Nadeau.

Pendant ce temps, le manque d'intervenants recommence à se faire sentir. Le manque de main-d'oeuvre est de l'ordre de 10 à 15%, que ce soit parce que des postes sont vacants ou parce que des remplaçants n'ont pu être trouvés pour des travailleurs absents.

La DPJ a reçu des sommes pour accroître le nombre d'intervenants prêts à répondre aux signalements, mais la pénurie est toujours bien présente. «Si on avait tout le monde, on serait vraiment en mesure de très bien répondre aux besoins sans créer de liste d'attente et sans surcharger les intervenants», a mentionné Colette Nadeau.