Patrick Dumais a entrepris une bataille avec Air Canada afin de recevoir des services en français.

Services en français: un Cantléen veut des règles plus sévères pour Air Canada [VIDÉO]

Disant se battre d’abord et avant tout pour le principe, un homme de Cantley digère mal qu’Air Canada lui ait offert un dédommagement de 200 $ pour ne pas avoir été en mesure de lui offrir un service en français sur un vol faisant la liaison entre San Diego et Vancouver.

Le 23 novembre dernier, Patrick Dumais était à bord du vol 8629 d’Air Canada lorsqu’il a filmé avec son téléphone une scène où il demande à l’agent de bord s’il peut obtenir de l’eau pétillante. Interrogé à savoir s’il parle français, ce dernier a répondu par la négative, indiquant qu’il parle l’anglais, l’espagnol et le mandarin. Ne comprenant pas la demande du passager, il lui propose divers choix de breuvages, tels que de l’eau, du café et du thé.

Affirmant que personne parmi les membres de l’équipage ne s’exprime dans la langue de Molière, il suggère alors à l’homme de l’Outaouais de lui montrer des photos des options de rafraîchissements. Il ajoute aussi que le transporteur n’est pas tenu d’offrir un service en français sur ce vol reliant la côte ouest des États-Unis et le Canada.

À son retour au pays, se sentant brimé dans ses droits, M. Dumais a déposé une plainte auprès du transporteur, qui lui a offert une compensation financière. Il a également porté plainte au Commissariat aux langues officielles, qui a ouvert une enquête. De l’avis du citoyen, la Loi sur les langues officielles n’a pas assez de mordant.

« Ils m’ont (Air Canada) offert 200 $, mais j’ai refusé, car j’exige plutôt des garanties qu’ils vont faire quelque chose. C’est décevant. Je voyage souvent pour le travail et je trouve que c’est inacceptable de la part d’une compagnie canadienne. À mon avis, tout ce qui est de juridiction fédérale devrait toujours être soumis à la Loi. J’aurais compris s’il s’agissait d’un vol avec une compagnie comme United Airlines, mais là, c’est Air Canada. Je m’attends à ce qu’on puisse me parler en français », lance-t-il.

Patrick Dumais ajoute que d’offrir une compensation monétaire est une solution « clé en main » et « trop facile » pour une entreprise comme Air Canada, disant qu’on lui a déjà répondu la même chose dans le passé après une plainte sur un autre sujet.

« Sur ces vols-là, il faudrait qu’au moins une personne puisse parler français. Je suis parfois obligé de baisser mes standards, car à certains moments, ils veulent aller chercher qui parle français, sauf qu’ils sont obligés de terminer de servir toute l’allée avant de revenir. Ça demeure inacceptable, mais à un moment donné on choisit nos batailles », dit-il.

Sans vouloir commenter l’expérience spécifique de ce passager, Air Canada a répondu au Droit par courriel que « l’obligation de donner des services dans les deux langues officielles s’applique sur les trajets à demande importante, ce qui n’inclut pas la liaison entre ces deux villes ».

« Air Canada prend ses responsabilités linguistiques très au sérieux et nos agents de bord bilingues sont assignés en priorité sur les trajets à demande importante », a-t-on ajouté.

Au Commissariat aux langues officielles (CLO), on n’a pas souhaité commenter le cas particulier, prétextant qu’une enquête est en cours.

On a cependant rappelé qu’Air Canada est assujettie à la Loi sur les langues officielles et qu’elle doit également « veiller à ce que ses filiales respectent la partie IV de la Loi sur les langues officielles en ce qui concerne les services aériens, y compris les services connexes ».

La porte-parole du CLO, Andréanne Laporte, précise également que « la réglementation en matière de santé et de sécurité publique oblige tous les transporteurs, incluant Air Canada, à communiquer avec le public et à lui fournir les services relatifs à la santé et à la sécurité en français et en anglais.

Le Commissariat indique que les services doivent être offerts dans les deux langues officielles à bord des vols où il y a une demande importante et à bord de tous les vols dont les trajets sont désignés bilingues. Un trajet est bilingue, précise-t-on, dans trois situations, soit «lorsque la tête de ligne, une escale ou le terminus est situé dans la région de la capitale nationale, la région métropolitaine de recensement de Montréal ou la ville de Moncton ; lorsque la tête de ligne et le terminus sont situés dans une même province dont la communauté de langue officielle en situation minoritaire représente au moins 5 % de la population (les provinces de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick sont donc désignées bilingues) ; ou encore lorsqu’il relie deux régions bilingues».

D’autre part, les services au sol doivent être offerts dans les deux langues officielles aux aéroports qui reçoivent au moins un million de passagers par année ou si la demande de services dans la langue de la communauté de langue officielle en situation minoritaire y est d’au moins 5 %, ajoute-t-on.

Au total, 13 aéroports du pays accueillent plus d’un million de passagers par année, dont ceux d’Halifax, de Québec, de Montréal, d’Ottawa, de Toronto, de Calgary et de Vancouver.