À Gatineau, le propriétaire de la boutique Multizone, Pierre Cabral, parle de ses jeux comme un libraire parle de ses livres.

Se prendre au jeu... de société

Ils se déroulent sur un tableau, un calepin de notes, avec quelques dés ou grâce à des cartes bien spéciales. Pour quelques dizaines de dollars, ils servent à l'infini, procurant plaisir et bon temps entre amis ou en famille, à très faible coût. Alors qu'une soirée au cinéma en famille peut coûter de 40 à 50 $, un jeu de société, au même prix, peut divertir pendant des années. Les univers de ces jeux sont aussi vastes que leur industrie, et aussi nombreux que leurs créateurs, dont certains résident en Outaouais. Regard sur le monde des esprits ludiques et des jeux de société.
«Je t'attaque à force 7 en militaire. J'ai un loup Tueur avec Furtivité. Ton dragon ne peut pas se défendre.»
Du chinois, pour ceux qui ne jouent pas au jeu de cartes tiré de la célèbre série médiévale et fantastique de HBO, Le Trône de fer (Game of Thrones). Pour d'autres, jouer à des titres grand public, comme Colons de Catane, Les Aventuriers du rail ou Carcassonne, sont des façons de se défaire d'une journée grise et d'entrer dans un autre monde, avec des amis ou les enfants.
Nous n'en sommes plus à cette époque où seuls le Monopoly et le Clue réunissaient la famille autour d'une table, d'un verre de cola et de quelques croustilles. En 2014, l'industrie du jeu de société rejoint autant les joueurs du dimanche désirant ne pas s'attarder plus d'une heure devant une planche, que les mordus, ces geeks prêts à se coucher au petit matin pour décider du destin de la Terre du Milieu.
LeDroit a rencontré des passionnés, la semaine dernière.
À Gatineau, le propriétaire de la boutique Multizone, Pierre Cabral, parle de ses jeux comme un libraire parle de ses livres. Les auteurs, les maisons d'édition, les styles et les tendances de l'industrie sont aussi importants en littérature que dans ce monde d'esprits ludiques qui brassent des dés, déplacent des créatures maléfiques et construisent des mondes miniatures.
«Ce qui gagne en popularité, observe l'homme d'affaires, ce sont les jeux coopératifs. Tous les joueurs font équipe contre le jeu. Tout le monde gagne ou tout le monde perd. C'est plutôt bon pour les mauvais perdants!»
Prolonger le plaisir
Au moment où M. Cabral énumère les nombreux blogues et les forums spécialisés, une cliente se présente pour se procurer une extension du jeu Colons de Catane.
«Elle a acheté le jeu de base avant les Fêtes. Je crois que la famille est devenue accro!» Ces extensions sont de plus en plus en vogue dans l'industrie. Ces extensions sont de nouvelles règles, de cartes spéciales ou de nouveaux tableaux enrichissant le jeu de base.
Les jeux encourageant la négociation prennent du galon, au profit des autres nécessitant une bonne dose de chance, constate M. Cabral.
Le Québec prend sa place
Plus de 300 nouveaux jeux sont distribués chaque année au Québec. Les créateurs locaux font leur marque humblement, mais savent mieux se faire remarquer qu'il y a 10 ans.
L'industrie québécoise sait tirer son épingle du jeu, mais nous n'en sommes pas aux grandes compagnies d'édition comme Fantasy Flight ou Days of Wonder.
Derrière le Mutlizone, boulevard Gréber, Robert Gratton et Jean Latreille jouent une partie amicale. Cette boutique, comme celle des Frères d'armes, sur le boulevard St-Raymond, offre un espace pour faire l'essai de nouveaux tableaux, de démos en magasins, ou simplement se réunir entre amateurs. Gatineau et Ottawa ont bel et bien des communautés de joueurs.
«C'est une passion, dit M. Latreille. Je suis déjà parti de Gatineau pour me rendre à Montréal, parce que les cartes que je désirais n'étaient pas disponibles à Gatineau, le jour même. J'ai fait la route et j'ai pris les commandes des autres joueurs.» Lorsque ce n'est pas derrière la boutique, les joueurs se réunissent chez eux. «On décide d'une journée, et nous jouons de 18h à minuit.» M. Latreille a lui aussi fait des affaires dans le monde du jeu de société. «Pendant deux ans, dit-il. Et j'aurai pu vivre seulement qu'en vendant les cartes de jeu Magic (un jeu de cartes de renommée mondiale) et le jeu de cartes Star Wars».
Pour Robert Gratton, le jeu de société est une façon de «décoller» le nez des enfants à leurs portables ou à leurs tablettes électroniques. «Pendant les Fêtes, personne ne se parlait, tous rivés à leurs téléphones. Chez nous, je fais jouer mes enfants de 5 et 7 ans. On se parle, et, eux, apprennent à terminer ce qu'ils font, à atteindre leur but dans le jeu.»
Les deux adeptes ont dressé une courte liste des jeux ayant attiré leur attention en 2013: Flashpoint, King of Tokyo, le jeu de cartes Star Wars, X-Wing, Seigneurs des anneaux (jeu de table), Zombicide, Roll n' Bump, Tzolkin et Net Runner.