Se lancer des défis pour retrouver un équilibre

C’est en tentant d’alléger son quotidien de mère de famille que Manon R. Guérin, auteure de Flirtez-vous avec le burn-out parental?, s’est aperçue que beaucoup de distractions meublaient ses journées. Elles prenaient très souvent la forme d’un écran, quel qu’il soit. Cette résidente de Saguenay s’est plongée dans l’univers numérique avec Flirtez-vous avec la cyberdépendance?

« Sitôt que les enfants étaient couchés, c’était un rendez-vous avec Netflix. J’avais abandonné tout ce qui me faisait plaisir : aller marcher dans la nature, lire un bon livre... Je voulais comprendre pourquoi je manquais de temps. »

Après avoir vu en rafale la série Mensonge, elle a fait le décompte des heures passées avec le comédien Éric Bruneau : la vingtaine d’heures aurait pu être investie ailleurs.

La mère de deux enfants de six et sept ans s’inquiétait aussi de l’image qu’elle allait leur donner, elle qui passait beaucoup de temps sur les écrans.

« Je suis allée à la recherche de plusieurs intervenants pour comprendre et accompagner les enfants », souligne-t-elle.

Des témoignages de spécialistes, également, qui incitent aussi les plus grands à la réflexion.

Lorsqu’elle fait remarquer à Joël Monzée, directeur-fondateur de l’Institut du développement de l’enfant et de la famille, qu’on peut avoir peur de déconnecter parce qu’on souhaite être disponible pour le travail ou les proches, il souligne qu’il y a « des moments durant lesquels nous devons décrocher pour garantir une santé mentale optimale ».

« Les cimetières sont remplis de personnes irremplaçables. Il y a des moments où il faut être capable de se retirer des activités usuelles et prendre un peu de recul pour prendre soin de soi (et de notre famille, de notre partenaire de vie, de nos amitiés) », commente-t-il.

Il ajoute du même coup que l’usage des réseaux sociaux renforce beaucoup le narcissisme « de certaines personnes qui auront l’impression de se sentir plus importantes » ou que cela fera naître de fausses urgences, comme un ami ou un collègue qui veut une réponse rapide.

Manon R. Guérin énumère aussi une liste de défis à relever pour s’éloigner de nos écrans. Des trucs que l’on sait que l’on devrait faire... mais que l’on peut avoir de la difficulté à appliquer. « On a de la difficulté à les appliquer, mais il faut le faire pour comprendre comment on peut être gagnant. Il faut se lancer des défis pour s’aider à passer à l’action! »

Pendant la période estivale, elle se met en mode fermeture d’écran dès 20 heures.

« C’est comme une promesse de moi à moi », dit-elle en soulignant qu’elle aime notamment passer du temps à lire. Dans la liste qu’elle a dressée, elle suggère notamment de se forcer à tout éteindre pendant les longs week-ends ou d’enlever les notifications de son téléphone ou de sa tablette... et même d’embrasser son conjoint chaque fois qu’on pense à aller voir ses textos.

Avec ses enfants, elle a aussi instauré les dimanches sans écran, où elle et sa famille troquent la télé et la tablette pour des jeux de société ou du dessin, par exemple. « Comme les enfants passent à l’organisation de cette journée, ils ont vraiment du plaisir. »

Sa réflexion l’a aussi poussée à changer d’autres habitudes : « Avant, la tablette traînait un peu partout dans la maison, maintenant elle est dans un tiroir », énumère-t-elle.

Chose certaine, la question mérite réflexion. « Je pense que c’est le bon moment pour réfléchir à cette question-là. On est les premiers à gérer les ados et l’abondance d’écrans. »