Vitamine C : pendant ce temps, en Ontario...

BLOGUE / On va reparler un peu d’injections massives de vitamine C (IMVC), si vous le voulez bien. Juste un peu... Je me doute que cela me vaudra une nouvelle fournée d’insultes, mais bon, j’ai fini par obtenir réponse à certaines de mes questions, et je crois qu’il y a là-dedans des éléments d’information dont l’intérêt public est manifeste. Alors on plonge…

Le 30 janvier, j’ai écrit un billet à propos d’une pétition demandant la mise sur pied d’un «registre» qui autoriserait les médecins à prescrire des doses massives de vitamine C à leurs patients cancéreux (afin de réduire les effets secondaires souvent très lourds de la chimiothérapie), le remboursement de ces injections par le régime public et l’utilisation du «registre» pour documenter les effets des IMVC. Essentiellement, je répétais dans ce texte ce que les meilleures autorités médicales disent : les études sont pour l’instant contradictoires, certaines montrent de possibles bénéfices mais d’autres suggèrent des interactions néfastes potentielles avec les traitements de chimio, alors il est trop tôt pour demander d’intégrer ça aux pratiques médicales «officielles».

La réaction des supporteurs de la pétition sur ma page Facebook fut très émotive, sinon franchement agressive dans certains cas. C’est une émotivité qui peut se comprendre, remarquez, puisqu’il y a parmi eux des patients qui sont littéralement écrasés tant par la maladie que par leurs traitements, et qui sont en train de se battre pour leur vie — sans compter les proches de combattants/survivants du cancer, qui ne l'ont pas facile eux non plus. Alors passons par-dessus et croisons les doigts pour eux.

L’un des arguments les plus fréquemment évoqués en faveur de la pétition peut se résumer comme ceci : ces injections massives sont déjà disponibles en Ontario, alors pourquoi ne ferait-on pas la même chose ici ? L’instigatrice de la pétition, Nathalie Prud’homme — pour laquelle je réitère mon admiration, car peu de gens sont capables de se battre la fois contre un cancer et pour une cause —, a elle-même dû pendant un certain temps se rendre régulièrement dans la province voisine pour recevoir des IMVC qui, elle en est convaincue, lui faisaient et lui font toujours le plus grand bien. (Je répète ici que je ne remets aucunement en question son témoignage.) Alors effectivement, à lire tous ces topos et articles de presse qui disent que c'est «déjà accessible en Ontario», la question se pose : pourquoi pas au Québec ?

J’ai décidé de m’en informer directement auprès du ministère ontarien de la santé. Voici l’intégrale des questions et des réponses, suivies des captures d'écran. Je vous laisse en faire ce que vous voulez...

Q1. Est-ce que le Ministère de la Santé de l’Ontario considère officiellement que les injections massives de vitamine C sont une manière efficace de gérer les effets secondaires de la chimio ?

R : Les décisions sur le traitement du cancer s’appuient sur une approche fondée sur les preuves scientifiques, afin de s’assurer que tous les Ontariens reçoivent des traitements qui sont sécuritaires, efficaces et respectant les plus hauts critères de qualité.

Bien que certains travaux montrent que de fortes doses de vitamine C intraveineuse peuvent réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, il manque de preuves robustes pour en faire une option régulière de traitement. Les bienfaits des injections massives de vitamine C, que ce soit pour augmenter l’efficacité de la chimiothérapie ou pour réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, continuent d’être étudiés.

Présentement, les injections de fortes doses de vitamine C ne sont pas approuvées par Santé Canada pour le traitement du cancer ou pour prévenir ou réduire les effets secondaires de la chimiothérapie.

Q2. Est-ce que les IMVC font partie des soins réguliers d’oncologie [en Ontario]; ou sont-elles «disponibles» dans certaines cliniques de santé naturelle simplement parce que cet usage n’est pas réglementé ?

R : Les hôpitaux et les centres d’oncologie sont financés uniquement pour prodiguer des protocoles de chimiothérapie qui s’appuient sur des preuves.

Présentement, les injections de fortes doses de vitamine C, combinées à de la chimiothérapie, n’est pas un protocole s’appuyant sur des preuves.

Q3. Quand un patient qui réside en Ontario désire en recevoir, est-ce que ces injections sont remboursées par le régime public, ou est-ce que le patient doit les payer avec son propre argent ?

R : Les injections de fortes doses de vitamine C ne sont pas financées par le public.

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