Réchauffement : pourquoi il faut s’attendre à une mortalité plus élevée

LA SCIENCE DANS SES MOTS / On a estimé à plus de 70 000 les décès supplémentaires attribuables à la chaleur en Europe, de juin à septembre 2003, soit pendant 122 jours, par rapport aux périodes correspondantes des années précédentes. De ces 122 jours, 95 ont présenté un excès de mortalité. L’Italie et la France sont deux des pays qui ont été particulièrement touchés, avec 20 089 et 19 490 décès additionnels, respectivement. Les 65 ans et plus comptaient pour une part importante de ces décès ; en fait, plus ces aînés étaient âgés et plus la part des décès augmentait.

À la suite de cet été meurtrier de 2003, une équipe de chercheurs a estimé la part de la surmortalité totale imputable à six vagues de chaleur survenues en France métropolitaine de 1975 à 2003. Ces canicules comptaient de 3 à 11 jours chauds consécutifs, avec des températures moyennes maximales et minimales variant respectivement de 30,8 à 36 °C, et de 17,7 à 20 °C. Pour chacune de ces canicules, un excès significatif de mortalité a été observé, soit d’environ 3000 décès en 1975, 5100 en 1976, 1500 en 1983, 1600 en 1990, 1300 en 2001 et 13 700 en 2003 (la plus longue et la plus chaude).

De même, plus de 4 % de ces décès supplémentaires avaient comme cause initiale (ou principale) la déshydratation, l’hyperthermie ou le coup de chaleur (sauf en 1975, où c’était 2 %, avec 21 % en 2003 (d’autres causes de décès ont aussi contribué à la surmortalité). En ajoutant les causes associées (ou secondaires), ces pourcentages étaient de 6 % avant 2003 et de 44 % en 2003. Enfin, la surmortalité croissait avec l’âge, mais à partir de 55 ans.

Ainsi, les personnes âgées constituent un groupe à risque à la chaleur, notamment en raison des changements physiologiques associés au vieillissement. Le seuil d’âge à partir duquel on les considère à risque dépend toutefois des caractéristiques de la population étudiée (p. ex., niveau socioéconomique). Certains types de travailleurs constituent un autre groupe de personnes à risque de décès par épuisement à la chaleur ou par coup de chaleur, lorsqu’il fait très chaud durant l’été.

Le risque de blessures est aussi important chez les travailleurs. En fait, il semble qu’une température ambiante élevée puisse modifier leurs habiletés et leurs capacités lors de l’exécution de tâches physiques (diminution de la concentration, des performances psychomotrices, etc.), ce qui peut entraîner des conséquences négatives sur leur sécurité et leur productivité. De plus, en ambiance chaude, le coup de chaleur peut survenir brusquement lors de l’exécution d’un travail physique, en l’absence de mesures de refroidissement immédiates et énergiques, surtout si le travailleur n’est pas encore acclimaté, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de ses premières journées d’exposition à la chaleur, s’il revient de vacances ou d’un congé de maladie, s’il est nouvellement embauché, ou si c’est le début d’une canicule.

En fait, de façon générale, si la température du corps monte au-dessus de 38 °C (épuisement hyperthermique ou par la chaleur), les fonctions cognitives et physiques sont altérées ; au-dessus de 40,6 °C (coup de chaleur), les risques de dommages aux organes, de perte de conscience et de décès sont nettement augmentés. Ensuite, tout dépend de l’âge ou du type de travail exercé, notamment. Des mécanismes biologiques, dont la thermorégulation, sont à la base du risque accru de conséquences sanitaires à la chaleur.

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Ce texte est un extrait de l’ouvrage «Changements climatiques et santé. Prévenir, soigner, d’adapter», co-écrit par Diane Bélanger, Pierre Gosselin, Ray Bustinza et Céline Campagna, qui vient de paraître aux Presses de l’Université Laval. Reproduit avec permission.

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