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Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

Pourquoi ne voit-on jamais d’oiseaux manger les vers sur le trottoir ?

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SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Lors de ma marche quotidienne, sous une fine pluie, je suis toujours étonné de voir des centaines de vers bien propres ramper sur la chaussée… et tout aussi étonné de ne pas voir plein d’oiseaux profiter de ce «buffet gratuit». Pourquoi les oiseaux dédaignent-ils les vers sur le trottoir ?», demande Benoît Buteau, de Montmagny.

Il y a effectivement quelque chose d’un peu troublant dans tout ça parce que même un ornithologue professionnel et aguerri comme Jean-Sébastien Guénette, directeur général de Québec Oiseaux, admet ne jamais avoir vu d’oiseau se nourrir des vers qui jonchent le trottoir après une averse. Mais d’un autre côté, ajoute-t-il du même souffle, «je ne vois pas pourquoi ils ne le feraient pas parce que c’est effectivement de la nourriture très facile à obtenir».

Après un certain temps passé hors de terre, propose-t-il, «j’imagine que les vers séchés ou écrasés deviennent moins intéressants pour les oiseaux, mais je n’ai jamais vu d’étude sur cette question-là en particulier». On peut aussi penser que la météo pluvieuse qui fait sortir les vers de terre y soit pour quelque chose puisque les oiseaux comme le merle restent généralement à l’abri de la pluie.

Chercheurs en ornithologie à l’Université Laval, Gilles Gauthier et André Desrochers ne se souviennent pas eux non plus avoir jamais vu d’étude sur ce sujet précis. Comme M. Guénette, ils ne peuvent qu’émettre des hypothèses.

«Il est possible que les oiseaux n’aient pas le réflexe de chasser sur le trottoir simplement parce que ce n’est pas l’habitat naturel où ils vont chercheur leurs proies, qui est davantage les champs ou les pelouses, suggère M. Gauthier. Une autre explication est que les vers sur le trottoir sont une nourriture de moins bonne qualité parce que dans cet environnement les vers vont se déshydrater très rapidement.»

On peut également imaginer «que lorsque les vers se retrouvent sur le trottoir, c’est parce qu’il y a une «éclosion» massive de ces organismes, de sorte que les oiseaux ont l’embarras du choix sur les pelouses et autres lieux plus habituels de quête de nourriture (biais de détection)», avance pour sa part M. Desrochers.

Coulicou à bec noir s'attaquant à une tente de chenilles.

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«Durant une marche en forêt, j’ai vu des gros nids de chenilles en grappe dans les arbres et je me suis demandé pourquoi les oiseaux ne les avaient pas dévorées. Elles semblaient pourtant des proies faciles, presque un buffet à volonté !», questionne Benoît Lantier, de Québec.

Il existe cinq espèces de papillons au Québec, tous «de nuit», dont les chenilles font des «tentes» — on les appelle «chenilles à tente» — où elles s’abritent en groupes pendant la nuit, et sortent se nourrir des feuilles durant le jour. À la vue de ces tentes en apparence intactes, il est tentant de croire que ces chenilles n’ont pas ou peu de prédateurs, mais c’est une fausses impression.

«Les merles en mangent, le carouge et le cardinal sont aussi de bons consommateurs de chenilles. En fait, il y a environ une soixantaine d’espèces d’oiseaux qui s’en nourrissent. (…) Mais l’espèce spécialiste, c’est plus le coulicou à bec noir», indique M. Guénette.

Dans un article passant en revue les prédateurs et les parasites des chenilles à tente, des chercheurs de l’Université du Minnesota ont noté que la plupart des oiseaux ne mangent que les petites chenilles et semblent délaisser les plus grosses, dont les poils et les épines sont très indigestes. Mais les coulicous, eux, sont capables d’accumuler ces poils dans leur estomac et de les recracher en petites boulettes, ce qui leur permet de se nourrir de chenilles de toutes les tailles.

En fait, les coulicous sont à ce point spécialisés qu’ils semblent carrément suivre les éclosions de ces chenilles d’année en année, pour s’établir là où elles abondent. «Je me souviens qu’il y a eu une grosse éclosions de livrée d’Amérique [une des chenilles à tente du Québec] en Abitibi il y a une couple d’années, relate M. Guénette. En arrivant là-bas, j’avais demandé aux gens pourquoi les arbres n’avaient toujours pas de feuilles alors qu’on était en juin, et c’était parce qu’il y avait tellement de chenilles qu’elles avaient défolié tous les arbres. Et j’ai aussi pu observer et entendre beaucoup, beaucoup de coulicous, qui est pourtant un oiseau habituellement très discret. Je n’en avais jamais vu autant.»

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