Pourquoi les étudiants internationaux viennent-ils étudier au Québec

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La nouvelle réglementation relative à l’accès des étudiants internationaux au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Des étudiants concernés et des représentants du milieu universitaire s’affrontent avec des responsables politiques (...). Nous voulons apporter quelques éclaircissements sur les motifs qui amènent les étudiants internationaux à venir étudier au Québec et de leurs projets d’avenir, une fois les études terminées, en faisant appel à une recherche effectuée en 2017 auprès d’une trentaine d’étudiants internationaux de maîtrise et doctorat de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Les motifs des étudiants de plusieurs pays pour partir et étudier au Québec découlent de stratégies personnelles mises en place afin de réaliser des projets professionnels souvent grâce à des situations favorables liées à l’environnement familial. Ces motifs sont soutenus par l’existence de «structures d’opportunité» qui peuvent être positives, comme les bourses d’études offertes dans le pays d’accueil, ou négatives quand il s’agit d’absence de perspective professionnelle dans le pays d’origine. Trois séries de motifs se trouvent à la source du départ vers les universités québécoises, soit : a) les motifs stratégiques, b) les motifs «expérientiels» et c) les motifs liés à un projet d’émigration au Canada.

Les motifs stratégiques

La grande majorité, soit deux tiers de nos répondants, invoque des motifs stratégiques, d’ordre instrumental pour justifier le départ pour faire des études au Québec. Ces motifs ont trait au projet de formation et à la carrière, et sont souvent en rapport avec un plan de perfectionnement et de réussite professionnelle. L’absence d’opportunités dans le pays d’origine des étudiants ou la logistique inadéquate pour faire de la recherche de même que le désir d’«apprendre différemment», se retrouvent également parmi ces motifs stratégiques.

Pour d’autres, apprendre et perfectionner l’anglais constitue une motivation stratégique importante, présente principalement parmi les étudiants d’origine française, mais également parmi certains Latino-Américains. Les expériences linguistiques font partie des motivations pour étudier à l’étranger mais elles sont toujours en connexion avec d’autres motifs liés à une expérience générale de vie à l’étranger. Sur ce plan, la langue d’enseignement joue un rôle important dans le choix des étudiants. Pour les francophones qui s’orientent vers des programmes où ils peuvent apprendre l’anglais, le Québec est une destination de choix; pour les autres, c’est la possibilité d’apprendre autant l’anglais que le français.

Découvrir une autre façon de faire de la science, approfondir son champ de spécialisation, ou vivre un autre type de relation pédagogique avec les professeurs sont d’autres motifs invoqués par les étudiants internationaux. Pour ces étudiants, le Québec, apparaît comme un lieu «entre-les-deux» où un type de « science à l’américaine » et les méthodes européennes d’apprentissage et de recherche se combinent de manière à enrichir leurs cursus pédagogiques. Le type de relation avec le directeur, moins hiérarchisé et plus direct est fortement apprécié. Le manque d’opportunités et les limites du système d’éducation dans le pays d’origine se retrouvent également parmi les motifs invoqués.

Les motifs «expérientiels»

Les motifs stratégiques présentés sont imbriqués à des motifs d’ordre «expérientiel» liés à l’idée de «vivre des expériences» significatives comme découvrir d’autres pays, appréhender la diversité culturelle à l’étranger ou se découvrir eux-mêmes en vue d’être plus autonomes dans leur vie. Derrière ces motifs, l’enjeu des études ou de la carrière, sans être mis de l’avant, est toutefois présent. Le séjour pour les études à l’étranger apparaît aussi comme un moyen d’élargir l’horizon des expériences qui, sur le plan de leur employabilité future, donnera un signal positif d’initiative et de mobilité. Ces motifs peuvent aussi se combiner  à une forme de distinction et de réussite sociale.

Enfin, certains étudiants ont mis en place leur projet d’études à l’étranger pour entamer un processus d’immigration au Canada. Ce processus a été élaboré en tenant compte d’un projet de vie plus large qui inclut les exigences de la sphère professionnelle et des contraintes sociales diverses. Les études apparaissent ainsi comme le premier pas vers l’obtention rapide de la résidence permanente canadienne principalement à travers le Programme de l’expérience québécoise. Cette série de motifs est favorisée d’une part par le système canadien de sélection des immigrants qui priorise les personnes les plus qualifiées et, d’autre part, par la demande d’étudiants des universités québécoises, qui recrutent de plus en plus à l’international.

Recherche de postes avantageux et nouvelles expériences

Sur le plan des perspectives d’avenir, le discours des étudiants internationaux fait état d’une hétérogénéité de projets une fois leur programme d’étude terminé. Les facteurs influençant ces projets sont aussi fort hétérogènes; certains sont liés à de stratégies personnelles, qui mettent de l’avant les chances de faire carrière au niveau international ou au Québec et au Canada; d’autres ont rapport avec les besoins de retourner dans le pays d’origine. Sur le plan des projets post-études, nous avons identifié trois groupes d’étudiants.

Le premier groupe est formé d’étudiants « flottants » avec des projets incertains qui restent à l’affût des opportunités et qui visent une carrière à l’international. Ce groupe est le plus nombreux dans l’ensemble de notre échantillon. Les motifs invoqués en faveur de l’international sont liés principalement à l’incertitude de trouver un emploi dans leur domaine de formation, incertitude présente tant au Canada que dans leur pays d’origine, ce qui crée un vide dans la capacité de localisation d’un emploi satisfaisant. Ces étudiants se montrent fort sensibles à l’état général des segments de marché du travail dans divers pays, notamment dans des secteurs professionnels liés aux filières d’études qu’ils ont suivies. Ils s’attendent à obtenir un emploi avec un statut élevé, indépendamment de sa localisation dans un pays ou dans un autre, ce qui leur permettra de voyager à travers le monde.

Le deuxième groupe est composé d’étudiants qui comptent rester au Québec ou dans une autre province canadienne, que ce soit pour y trouver un emploi ou pour poursuivre leurs études, ces motifs n’étant d’ailleurs pas mutuellement exclusifs. La qualité de la vie expérimentée, notamment à Montréal, n’est généralement pas étrangère aux projets envisagés. L’ouverture face à la diversité de cette ville est fortement mise de l’avant. Il ne s’agit certes pas toujours de projets d’émigration fermes, mais cela reste à « l’ordre du jour » dans la manière dont ils envisagent la suite des choses. Les étudiants de ce groupe comptent appliquer pour la résidence permanente dans le but de trouver un travail, leur situation familiale appelant parfois une stabilisation professionnelle.

Enfin, le troisième groupe comprend des étudiants qui comptent retourner dans leur pays d’origine après les études au Québec. C’est le groupe le moins représenté dans notre échantillon. Ces étudiants invoquent des motifs liés à l’engagement moral envers leur pays, les liens familiaux ou des probabilités d’être mieux appréciés dans leur carrière, une fois retournés chez eux. Certains se disent intéressés par d’autres mobilités de courte durée mais tout en souhaitant, à terme, revenir dans leur pays d’origine afin de valoriser leur formation au Canada et d’être utiles dans les divers secteurs professionnels de leur pays. Dans la majorité des cas, le projet de retour est envisagé sur le long terme.

D’autres facteurs influençant le plan de carrière des étudiants internationaux apparaissent dans leur discours de manière transversale, pouvant faire en sorte qu’ils passent d’un groupe à l’autre: la puissance des liens familiaux et la question de pouvoir trouver un partenaire, le sentiment d’appartenance à leur société d’origine qui peut surgir plus fortement à un moment donné, les barrières de communication culturelle et linguistique, les restrictions de travail après les études, des facteurs conjecturaux comme une récession économique, l’environnement de recherche pour ceux qui prévoient faire une carrière académique. Le système des relations personnelles semble aussi avoir un rôle important dans la prise de décision concernant leur carrière et leur projet de rester au Québec.

Devant l’afflux d’étudiants internationaux et d’immigrants temporaires qui arrivent chaque année au Canada et qui sont aujourd’hui plus nombreux que les immigrants qui s’inscrivent dans la filière de la résidence permanente, il est important de garder une perspective ouverte de l’immigration et de prendre en compte les effets positifs de la main-d’œuvre qualifiée sur le marché du travail, indépendamment du domaine de formation de cette main-d’œuvre.  Les immigrés diplômés des universités québécoises sont des individus dynamiques, entreprenants qui contribuent fortement au processus d’innovation économique. Leur présence rend le marché du travail plus fluide et efficace et, dans un contexte de concurrence internationale pour attirer les individus les plus performants dans tous les domaines d’activité, le Québec a tout intérêt à favoriser leur rétention.

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«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.