Déversement de médicament homéopathique photographié sur le vif...

Les fameuses «preuves» d'efficacité de l'homéopathie...

BLOGUE / Les défenseurs de l'homéopathie chantent toujours le même refrain, et la nouvelle «Coalition pour l'homéopathie au Québec», parrainée et lancée hier par l'ex-ministre Thomas Mulcair, n'y fait pas exception. On commence par concéder que le fonctionnement de l'homéopathie est «mal compris», mais on enchaîne tout de suite en assurant que son efficacité, elle, est scientifiquement prouvée. Or le problème est que tout, là-dedans, est faux.

C'est La Presse qui a sorti cette histoire de Coalition ce matin — et après toutes les fois où j'ai vu des journalistes répéter sans critique le discours des homéopathes sous prétexte qu'ils ont «droit de parole eux aussi», je crois qu'il faut saluer le travail de ma collègue, qui est allée chercher la version de sources crédibles et solides pour contredire ce non-sens.

Je suis toujours un peu étonné d'entendre les homéopathes et leurs partisans dire que le fonctionnement de leurs produits est encore nébuleux. Ce soi-disant «mécanisme» est pourtant clairement énoncé depuis les débuts de l'homéopathie au XVIIIe siècle : toute maladie peut être guérie par une toxine produisant les mêmes symptômes, si on la dilue à l'extrême (voire jusqu'à absence complète). Tout ce beau monde «découvre» de nouveaux «traitements» homéopathiques chaque année en mettant cela en pratique, alors le «mécanisme» semble assez bien maîtrisé en ce qui les concerne, merci.

Mais le problème n'est justement pas que le principe de fonctionnement est incompris, c'est qu'il n'a ni queue ni tête, qu'il n'a aucun fondement scientifique le moindrement plausible, qu'il ne tient tout simplement pas debout. Et conséquemment, quand on examine les «preuves» d'efficacité de l'homéopathie comme du monde, on se rend vite compte qu'elles n'existent pas.

Pour citer l'excellent blogue Science-Based Medicine, il y a un pattern qui revient très souvent dans les études sur les médecines dites alternatives en général, et il est systématique dans le cas particulier de l'homéopathie. Les premières «études» au sujet d'un traitement suggèrent qu'il est efficace, mais elles sont habituellement de très faible qualité — il s'agit souvent de quelques cas rapportés, de projets-pilote qui vise à «tester» le protocole de recherche et non à produire des résultats scientifiques, etc. Viennent ensuite des travaux plus solides (encore que de qualité variable), et l'efficacité du traitement apparaît alors pas mal plus incertaine. Et en bout de ligne, quand la recherche atteint éventuellement des niveaux de qualité vraiment élevés (les essais cliniques les mieux faits et les méta-analyses), alors l'effet du soi-disant traitement disparaît complètement.

La plus belle illustration de cette règle est sans doute cette méta-analyse (étude qui consiste à agréger les données de plusieurs études sur une même question) parue en 2017 dans Systematic Reviews. L'exercice consistait à recenser tous les essais cliniques sur l'homéopathie répondant à certains critères minimaux de qualité, peu importe ce que le traitement était supposé guérir (il y a des outils, en statistique, qui permettent de comparer la taille des effets sans égard à la maladie traitée). Les auteurs ont trouvé 75 de ces essais cliniques dont l'ensemble suggérait que l'homéopathie avait bel et bien une efficacité au-delà du placebo, mais quand ils tenaient compte de la qualité variable de ces études, alors l'effet s'estompait. Pas moins de 49 de ces travaux avaient des caractéristiques qui laissaient soupçonner un «fort risque de biais» en faveur de l'homéopathie, et 23 venaient avec un «risque de biais incertain». Seulement trois de ces essais cliniques ont produit des «données fiables», lit-on dans l'article, et ceux-là n'ont trouvé aucun signe d'efficacité.

Ce n'est pas compliqué, c'est toujours le même principe pour tous les maux sur lesquels on a testé l'homéopathie et ça fait des décennies que ça dure. Tenez, voici ce qu'a par exemple trouvé une revue de la littérature scientifique au sujet de l'effet des granules de sucre sur le trouble du déficit de l'attention :

Les seules études de bonne qualité n'ont trouvé aucun bienfait. Et quiconque se donnera la peine de lire ces résumés de méta-analyses par la Santé britannique et la Collaboration Cochrane (organisation scientifique qui se spécialise justement dans les méta-analyses) constatera que les mêmes conclusions reviennent continuellement. Ça. Ne. Marche. Pas.

Ça ne marche pas pour le TDAH. Ni pour la grippe. Ni pour les symptômes de ménopause. Et que sais-je encore.

En fait, que l'on mesure l'(in)efficacité de l'homéopathie maladie par maladie ou que l'on «ramasse» tout ensemble, la seule manière de conclure que ça fonctionne est de se fier aux études les moins solides, ce qui en dit long sur la nature de la bête. Espérons que M. Mulcair s'en rendra compte avant d'entacher davantage une carrière d'avocat et d'homme politique par ailleurs brillante.

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