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Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

Les enfants vont-ils «manquer» de microbes à cause de la distanciation ?

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SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Quel sera l’impact de la distanciation sociale sur le système immunitaire des tout-petits, qui n’auront pas été exposés à de multiples virus durant la pandémie ? J’ai souvent entendu dire que le système immunitaire des enfants se construit grâce à cette exposition, alors je suis curieuse», demande Cécile Landry, de Cantley.

En 1989, l’épidémiologiste anglais David Strachan décrivit un étrange phénomène dans un article du British Medical Journal : dans la cohorte de quelque 11 400 enfants qu’il étudiait, plus les enfants avaient de grands frères et de grandes sœurs, moins ils semblaient affectés par la «fièvre des foins» et l’eczéma. Ceux qui avaient été élevés sans enfants plus vieux qu’eux à la maison étaient 10 % à faire des rhinites allergiques (le «rhume des foins»), contre seulement 2,6 % chez ceux qui avaient quatre grands frères/sœurs ou plus — l’écart était de 6,1 contre 2,8 % pour l’eczéma.

Or comme les allergies étaient déjà clairement en hausse au tournant des années 1990, et comme elles sont des sortes de «dérèglements» du système immunitaire, M. Strachan proposa une théorie : le système immunitaire des enfants aurait besoin d’être exposé à des microbes pour bien se développer. La présence de grands frères et grandes sœurs exposerait les bambins à plus de pathogènes (les enfants n’étant pas très propres en général), ce qui serait bénéfique pour le système immunitaire du «petit dernier». La taille déclinante des familles, de même que les standards d’hygiène personnelle plus élevés de nos jours, pourraient donc expliquer la hausse des allergies, supputait M. Strachan. La célèbre «hypothèse de l’hygiène» était née.

De très nombreux travaux sur ce thème ont suivi. Par exemple, des chercheurs ont fait naître et ont élevé des souris dans des environnements parfaitement aseptisés, ce qui a clairement mené à des dérèglements immunitaires chez les animaux — allergies, maladies auto-immunes, etc. L’idée générale d’un «besoin» d’être exposé à des microbes en bas âge est maintenant largement acceptée dans la communauté scientifique.

Mais est-ce à dire que nous vivons dans des sociétés «trop propres» ? Peut-on en conclure que les confinements, masques et cie vont empêcher le système immunitaire des jeunes enfants de se développer comme il faut ? Ici, c’est beaucoup moins évident.

Il se trouve des experts qui s’en inquiètent. Dans une lettre ouverte envoyée au New York Times en novembre dernier, les professeurs d’immunologie Donna Farber et de pédiatrie Thomas Connor, tous deux de l’Université Columbia, avertissaient que «nous sommes en train d’altérer la fréquence, la variété et le degré des expositions [aux microbes] qui sont cruciaux pour le développement de la mémoire immunitaire».

Cependant, d’autres experts n’envisagent pas d’effets notables, du moins pas directement, sur notre système immunitaire, que ce soit celui des enfants ou celui des adultes. Car il faut dire que l’hypothèse de l’hygiène a changé pour la peine depuis sa première formulation.

Ainsi, il est assez rapidement apparu que ce n’est pas le fait d’être exposé à des pathogènes (des microbes qui nous rendent malades) pendant la petite enfance qui importe, mais plutôt à une foule de microorganismes différents (virus, bactéries, protozoaires, vers microscopiques, etc.). À cause de cela, certains chercheurs ont imaginé ce qu’on appelle maintenant l’«hypothèse des vieux amis» : ce serait de l’exposition aux mêmes microbes (vivant dans le sol, les poussières, la nature) que ceux avec lesquels nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ont évolué dont les jeunes enfants auraient besoin. Et comme l’environnement moderne diffère beaucoup de celui des hommes des cavernes, ces «vieux amis» seraient donc moins présents dans nos vie, ce qui expliquerait pourquoi l’asthme et les allergies sont plus fréquents de nos jours.

Mais quoi qu’il en soit, du point de vue des mesures sanitaires, cette théorie (si elle est vraie) semble plutôt rassurante : si ce sont ces vieux microbes vivant dans la nature qui font la différence, alors les contacts sociaux réduits qu’ont vécu nos enfants au cours des 15 derniers mois ne devraient pas, en principe, nuire à leur système immunitaire. En outre, il semble qu’une bonne partie des expositions «significatives» survient très tôt dans la vie, notamment lors de l’accouchement (quand il ne se fait pas par césarienne), et bien des études ont montré que les microbes tués par les produits nettoyants sont rapidement remplacés par d’autres, qui arrivent notamment avec la poussière, lisait-on dans une revue de littérature parue en 2016 dans Perspective in Public Health, et qui appelait à «abandonner» l’hypothèse de l’hygiène.

D’ailleurs, le meilleur point de comparaison dont on dispose pour éclairer cette question, soit les études ayant comparé les enfants qui vont à la garderie à ceux qui passent leur petite enfance (0-4 ans) à la maison, ne donne pas grand-raison de s’inquiéter lui non plus. Car si certains de ces travaux ont conclu que le fait d’aller à la garderie, donc d’avoir plus de contacts avec d’autres enfants et de s’exposer davantage à divers pathogènes que si le bambin reste à la maison, semble protéger contre l’asthme et les allergies, d’autres n’ont pas trouvé d’effet et d’autres encore ont même observé plus d’allergies chez les enfants allant à la garderie.

Une méta-analyse (qui reprend les données de plusieurs études sur une même question) parue en 2018 n’a pas trouvé d’effet clair de la fréquentation des garderies. Alors il ne semble pas qu’avoir des contacts sociaux moins fréquents ou soutenus nuise au développement du système immunitaire.

Rien de tout cela, s’il faut le spécifier, ne prouve hors de tout doute que la distanciation sociale n’aura pas d’effet sur le système immunitaire des enfants. Peut-être se rendra-t-on compte dans quelques années qu’elle a causé un surplus d’allergies et d’asthme, ce qui donnera raison aux deux chercheurs qui ont écrit dans le New York Times, allez savoir. Mais pour l’heure, les données dont on dispose donnent de bonnes raisons d’espérer que ce ne sera pas le cas.

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«Comment se fait-il qu’on ne parle pas du tout des gens qui ont contracté le coronavirus et qui ont été vacciné (une dose) ? Si ces personnes n’ont pas de deuxième rendez-vous pour le vaccin, comment pourront-ils se procurer le «passeport vaccinal» qui donnera accès à diverses activités ?», demande Nathalie Lalonde.

Toutes ces informations (le nombre de doses reçues et une éventuelle infection naturelle, pour ceux que ça concerne) sont consignées au Registre de vaccination du Québec, m’assure-t-on au Ministère de la santé. Mais pour l’instant, rien n’est fait avec ces infos parce que le «passeport vaccinal» n’est pas encore activé, il n’est pas encore requis pour quoi que ce soit. Il le sera, indique le MSSS, quand un grand nombre de gens seront adéquatement immunisés. Et à ce moment-là, les gens qui ont fait la COVID et qui ont reçu une dose de vaccin seront «officiellement» considérés comme pleinement vaccinés.

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