Jean-François Cliche

La COVID-19 survit bien dans l’eau (mais on ne l'attrapera pas en nageant)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Est-ce que le virus de la COVID-19 peut survivre dans l’eau non chlorée comme celle des lacs ? Son enveloppe «graisseuse» le fait-il flotter en surface pour lui permettre ensuite d’infecter les personnes qui profitent d’une bonne baignade ?», demande Paule Boisseau, de Québec. De son côté, Marie Morneau, elle aussi de Québec, aimerait savoir : «Quand les piscines vont rouvrir, privées comme publiques, est-ce que le fait qu’on y mette du chlore assurera la sécurité des baigneurs contre la COVID-19 ?»


De manière générale, oui, la «famille» des coronavirus (qui inclut la COVID-19, mais bien d’autres aussi, dont quatre virus bénins qui donnent le rhume) survit bien dans l’eau douce, du moment qu’elle n’est pas trop polluée. Une étude parue en 2009 dans la revue savante Food and Environmental Virology a trouvé qu’il faut environ 10 jours pour que 99,9 % des coronavirus soient éliminés dans l’eau du robinet à 23 °C, et plus de 100 jours lorsque l’eau est maintenue à 4 °C. D’autres travaux du même genre parus la même année dans Water Research ont pour leur part conclu que, dans l’eau d’un lac, il faut de 10 à 15 jours avant que 99 % des coronavirus ne meurent dans l’eau d’un lac.

Maintenant, est-ce que cela signifie que la baignade en lac ou dans les piscines publiques — si celles-ci finissent pas réouvrir — sera dangereuse ? Essentiellement, non, parce que «le virus est tellement dilué dans ces conditions-là que les risques sont infinitésimaux», répond le chercheur de l’Institut Armand-Frappier (INRS) et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot.

Comme les autres coronavirus humains, la COVID-19 se transmet très principalement par les gouttelettes que les malades expulsent quand ils toussent, éternuent ou autre. Quand une gouttelette arrive sur la main de quelqu’un ou sur une surface solide, elle reste entièrement en place avec tous les virus qu’elle contient. Mais quand elle tombe dans l’eau, c’est une autre histoire : la gouttelette étant elle-même presque entièrement composée d’eau, elle va se mélanger à celle de la piscine ou du lac, et les virus qu’elle contient vont alors se disperser au lieu de rester tous concentrés au même endroit. Alors si un baigneur passe par là, la quantité de virus qu’il risque d’avaler a toutes les chances d’être infime, insuffisante pour provoquer la maladie.

En outre, les lacs sont de grandes étendues d’eau fréquentées par relativement peu de gens, ce qui réduit encore plus les risques. Les piscines, elles, sont bien sûr plus densément occupées, mais leur eau est chlorée et les microbes y meurent rapidement.

Cela ne signifie pas que toute contamination est impossible dans l’eau chlorée. On connaît des virus qui ont la capacité de se transmettre dans les piscines publiques, surtout lorsque l’eau n’est pas convenablement traitée. Mais en général, ce ne sont pas les coronavirus qui le font.  L’an dernier, l’International Journal of Environmental Research and Public Health a publié une revue de toutes les éclosions virales associées à des piscines publiques et documentées dans la littérature médicale depuis les années 1950. Aucune n’impliquait de coronavirus. Il s’agissait surtout de virus qui se propagent principalement par la voie oro-fécal, comme les entérovirus et les norovirus (sources très fréquentes de gastroentérites) et l’hépatite A. Seule exception : les adénovirus, qui peuvent eux aussi provoquer des gastros mais également des infections respiratoires. Cependant, les adénovirus sont connus pour être très résistants hors du corps humain, ce qui n’est pas (du tout) le cas des coronavirus.

Bref, dans les piscines publiques, c’est beaucoup plus la proximité des baigneurs entre eux (tant dans l’eau qu’à l’extérieur, dans les vestiaires, dans la file d’attente pour le plongeon, etc.) que la présence du virus dans l’eau qui peut être problématique.

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