David Saint-Jacques s’est dit ravi de pouvoir voir et câliner ses enfants. Il a maintenant hâte de marcher dans les rues de Montréal et de s’asseoir autour d’un feu au chalet.

David Saint-Jacques se remet bien de son voyage dans l’espace

HOUSTON — L’astronaute québécois David Saint-Jacques dit qu’il s’adapte bien à son retour sur la Terre après une mission de plus de six mois dans l’espace.

Vendredi, en conférence de presse depuis le Centre spatial Lyndon B. Johnson à Houston, M. Saint-Jacques a déclaré aux journalistes qu’il ne ressentait aucune douleur mais qu’il avait eu de gros problèmes d’équilibre et de nausées après avoir touché le sol au Kazakhstan, tard lundi. Son état s’est toutefois constamment amélioré au cours des quatre jours qui ont suivi, a-t-il dit.

«À chaque battement de coeur, ça va mieux, si on veut, a-t-il confié. Je n’ai pas vraiment de douleur — il y a des gens qui ont beaucoup de douleurs, moi c’est correct. Moi, c’est surtout un problème d’équilibre. Je me sentais incapable de me tenir debout. Maintenant ça va bien», a-t-il assuré.

«Sinon, les nausées, c’est fini [...] Je me sens un peu la tête légère, si on veut. Ça, encore une fois, ça s’améliore chaque jour, donc le retour sur Terre se fait bien. Donc : oui, la gravité est redevenue mon amie.»

Record canadien

David Saint-Jacques, âgé de 49 ans, ingénieur, astrophysicien et médecin de famille, a établi un record canadien pour le vol spatial le plus long, à 204 jours. Parmi les faits saillants de son expédition, il a participé à une sortie dans l’espace de six heures et demie et il est devenu le premier astronaute canadien à utiliser le bras robotique «Canadarm2» pour «attraper en orbite» une capsule cargo lancée par le transporteur SpaceX.

L’astronaute québécois sera maintenant surveillé de près par des spécialistes, afin de l’aider à retrouver son tonus musculaire, sa condition cardiovasculaire et son endurance physique. Il subira aussi une batterie de tests afin de mesurer la réaction du corps humain aux vols spatiaux, une pratique courante chez les astronautes de retour sur Terre.

«Comme un bébé»

Pour l’heure, il fait attention, demeure prudent et prend les choses lentement, a-t-il dit : il passe du temps dans la piscine, où il retrouve les «joies» de l’apesanteur, et il préfère le bain à la douche — question d’équilibre.

«Mes enfants rient de moi un peu parce qu’ils pensent que je suis comme un bébé un peu, là, qui a besoin de prendre la main pour marcher, qui a besoin de se faire aider pour tout, qui est un petit peu distrait, a-t-il raconté vendredi. Donc, mes grands garçons me comparent à leur petite soeur.»

Séjour exceptionnel

Et malgré plus de six mois de sa vie passés dans l’espace, ce séjour exceptionnel lui semble encore flou, quelques jours à peine après avoir quitté sa petite maison orbitale. «C’est comme si les six mois que j’ai passés en orbite, c’était un rêve», dit-il.

«J’ai de la misère à les intégrer dans ma vie. C’est comme si ma vie avant la mission et ma vie après, c’est un continuum, et puis c’est comme si je me réveillais d’un rêve. C’est étrange : je n’arrive pas à le mettre, à l’intégrer dans ma réalité. Je pense que ça va me prendre des mois, peut-être même des années, avant de digérer l’expérience.»

Là-haut, dans l’espace, il a profité de plusieurs occasions, dans un horaire extrêmement chargé, pour observer la Terre sous tous ses angles — sur une orbite certainement complète, au final.

«Cela ne vous fait pas sentir petit, mais au contraire, vous vous sentez faire partie de quelque chose de grand, qui est le pouvoir de l’esprit humain d’élargir notre monde, d’élargir notre perspective», a estimé M. Saint-Jacques. «Ce fut un moment fort.»

Balade et feu de camp

L’astronaute a déclaré que le fait de retrouver sa femme et de serrer ses enfants dans ses bras lui avait procuré le plus grand plaisir à son retour à Houston. 

Après des mois passés dans un espace confiné, il a maintenant hâte de se balader le soir dans une rue animée de Montréal, mais aussi de s’asseoir tranquillement autour d’un feu de camp au chalet.

David Saint-Jacques devrait revenir à l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, le mois prochain.