Coronavirus chinois : une décision étonnante de l’OMS

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de ne pas déclarer l’éclosion d’un nouveau coronavirus en Chine une «Urgence de santé publique de portée internationale» (USPPI) en surprendra plus d’un. Le nombre de cas rapportés et de décès double à tous les deux ou trois jours, et des patients ont été rapportés dans plusieurs autres pays d’Asie ainsi qu’au Moyen Orient et aux États-Unis.

Une USPPI est déclarée à la suite d’un événement exceptionnel qui constitue un risque de santé publique pour d’autres pays, quand une maladie se transmet d’un pays à l’autre. Une telle déclaration accroît le niveau de soutien international, accélère les efforts diplomatique et de sécurité, et dirige plus de ressources financières vers les équipes de première ligne dans la région touchée. Mais cela vient avec des effets négatifs, si bien qu’une déclaration sans fondement freinerait inutilement le commerce et le tourisme, en plus de sous-entendre qu’un pays n’a pas été capable d’endiguer la maladie tout seul. Cependant, compte tenu de la réaction de la Chine, qui a placé 18 millions de personnes en quarantaine dans trois grandes villes, cela ne semble pas pertinent, ici.

Jusqu’à maintenant, nous avons eu cinq de ces grandes urgences de santé publique déclarées par l’OMS : la pandémie de H1N1 en 2009 (aussi appelée grippe porcine), une déclaration de 2014 suivant la résurgence d’une souche sauvage du virus de la polio, l’épidémie de fièvre Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, l’urgence Zika de 2015-2016 et, après beaucoup de délibérations, l’éclosion d’Ebola au Kivu en 2018-2019.

Dans ce cas-ci, l’OMS considère que même sans la déclaration d’une USPPI, il y a déjà une réponse internationale coordonnée à cette épidémie de coronavirus. Et bien qu’un nouveau coronavirus humain est indéniablement en train de se répandre rapidement en Chine, la contagion dans d’autres pays est, pour l’instant, bien moins dramatique. Nous ne savons pas encore précisément à quel point le virus est contagieux, c’est-à-dire combien de nouveaux cas une personne atteinte peut causer. Le taux de mortalité, qui tourne autour de 3 à 4 % à l’heure actuelle, est moindre que celui du SRAS (près de 10 %) ou de la fièvre Ebola (environ 50 %). L’OMS devra garder l’œil sur les développements futurs avant de déclarer une urgence.

La dernière mesure prise par les autorités chinoises de placer près de 20 millions de personnes en quarantaine dans trois grandes villes illustre leur détermination à faire tout ce qu’ils peuvent pour reprendre le contrôle sur la contagion. Cependant, il n’est pas certain s’il est réellement possible d’isoler autant de gens, ni si cela peut vraiment aider à endiguer l’épidémie à ce stade-ci. Au Royaume-Uni et dans d’autres pays, les passagers aériens en provenance directe de Wuhan [ndlr : qui est l’épicentre de l’épidémie] doivent passer un examen de santé et sont informés de ce qu’ils doivent faire s’ils se sentent malades.

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Ce texte est d'abord paru sur le site du Science Media Centre de Grande-Bretagne. Reproduit avec permission.

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