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AstraZeneca : moins de thromboses avec le vaccin qu’avec la COVID-19?

Kevin McConway
Professeur émérite de statistique appliquée, Open University
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LA SCIENCE DANS SES MOTS / Une étude de l’Université Oxford est parue la semaine dernière [https://osf.io/a9jdq/] au sujet des très rares cas de thrombose cérébrale qui semblent avoir été causés par le vaccin anti-COVID d’AstraZeneca. Ses résultats sont très rassurants, mais il s’agit d’une «prépublication», donc un article qui n’a pas encore passé à travers les étapes de validation qui mènent à une publication en bonne et due forme dans une revue savante. Voici tout de même ce qu’avait à en dire l’expert britannique Kevin McConway.)

Il s’est écrit et dit énormément de choses récemment au sujet des risques de caillots sanguins liés aux vaccins qui protègent contre la COVID-19. Un point en particulier qui a été souligné à de nombreuses reprises est que les effets indésirables qui inquiètent, soit certains types de caillots survenant en même temps qu’un faible compte de plaquettes sanguines [ndlr : les plaquettes sont la partie du sang responsable de la coagulation], sont très, très rares après la vaccination. Mais jusqu’à quel point exactement sont-ils rares, comparé à la fréquence observée chez les gens qui n’ont pas reçu le vaccin? Cela a été très difficile à établir.

Le problème est qu’il s’agit d’une condition médicale tellement rare qu’il n’existe pas vraiment de bonnes données sur sa prévalence chez les non-vaccinés avant la pandémie. Plusieurs comparaisons de taux d’apparition de caillot ont été faites avec des personnes qui n’ont pas été vaccinées mais qui ont fait quelque chose qui affecte le risque de caillot (comme un long vol en avion), ainsi qu’avec des gens qui ont attrapé la COVID-19, mais en général ces comparaisons ne portaient pas sur la sorte spécifique et très rare de caillot qui préoccupent les autorités sanitaires.

Cette nouvelle recherche vient éclairer tout ça un peu plus, même si ses auteurs admettent qu’ils n’ont pas toutes les réponses, et que d’autres données et analyses sont nécessaires. De même, il faut rappeler que ce nouveau rapport de recherche n’a pas encore été revu par les pairs.

L’article ne considère pas tous les problèmes de coagulation, mais seulement le sous-type particulier qui a été au centre de toutes les inquiétudes autour des vaccins — les «thromboses veineuses cérébrales» (TVC), aussi connues sous le nom de «thromboses des sinus veineux cérébraux». Les auteurs viennent ajouter un morceau du casse-tête qui manquait vraiment, soit le risque de TVC chez les personnes qui ont attrapé la COVID-19 comparé à celui des gens qui ont reçu trois vaccins différents : les deux vaccins à ARN (Pfizer et Moderna) et celui d’Oxford/AstraZeneca. Une limite de l’étude est que la comparaison ne porte toujours pas sur le problème très exact que l’on soupçonne les vaccins de provoquer, soit les TVC survenant en même temps qu’un bas compte de plaquettes, mais cela reste beaucoup plus proche que la plupart des autres comparaisons qu’on a vues jusqu’à maintenant. Et les auteurs ont également examiné une autre sorte de problème de caillot dans une veine de l’abdomen.

Faible risque

Dans l’ensemble, leurs résultats montrent que ces TVC sont très rares — quelques-uns par million de personnes — chez les patients qui ont la COVID-19 et chez les gens qui ont reçu un des vaccins. Mais elles étaient nettement plus rares chez les vaccinés que chez les patients-COVID. Chez les personnes ayant reçu un des vaccins à ARNm (Pfizer ou Moderna), les auteurs ont compté environ 4 cas par millions au cours des deux semaines suivant la vaccination, mais ce taux était presque 10 fois plus élevés chez les gens qui avaient la COVID-19, à 39 par million.

Ça n’est pas assez élevé pour être un motif d’inquiétude majeur pour les patients-COVID, comparé à toutes les autres complications possibles, mais cela indique encore une fois à quel point le risque associé aux vaccins est faible. Précisons que les auteurs ne disent pas que les vaccins n’augmentent pas le risque comparé aux gens qui n’ont pas été vacciné ET qui n’ont pas la COVID-19, mais ils disent que le risque de TVC associé à la COVID est environ 100 fois plus grand que dans la population en général. Je crois que cela remet les choses en perspective.

La prépublication compare également le risque de TVC pour le vaccin d’Oxford/AstraZeneca. Les auteurs ont trouvé que ce risque est seulement un tout petit peu plus élevé que pour les deux vaccins à ARNm, à environ 5 cas par million, mais cela reste très en-dessous des 39 par million chez ceux qui ont la COVID-19.

Enfin, ils avertissent, avec raison, que les comparaisons avec le vaccin d’Oxford/AstraZeneca sont moins certaines parce que la source des données est différentes. (Toutes les autres données viennent de TriNetX Analytics, qui mène ses opérations principalement aux États-Unis, alors que le vaccin Oxford/AZ n’apparaît pas dans cette source.)»

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Ce texte est d'abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Traduite et reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.