Science

La méthode scientifique oubliée dans les médias

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous, scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s, lançons un cri d’alerte sur le traitement de l’information scientifique dans les médias, ainsi que sur la place qui lui est réservée dans les débats de société. À l’heure où la défiance envers les médias et les institutions atteint des sommets, nous appelons à une profonde remise en question de toute la chaîne de l’information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s.

Dans une démocratie, les journalistes portent une lourde responsabilité, puisque de la liberté dont ils et elles disposent, ainsi que de la qualité de l’information livrée, dépend la qualité du débat public et des choix qui en découlent. La méthode scientifique, de son côté, permet de produire des connaissances fiables pouvant servir de base de réflexion pour les politiques publiques portant sur des questions complexes telles que l’alimentation, la santé publique ou l’écologie. Il apparaît alors évident que scientifiques et journalistes doivent travailler main dans la main : les premier·e·s ne devant pas s’isoler médiatiquement par crainte de voir leurs travaux déformés, les second·e·s ne pouvant se permettre de travestir ni le travail des premier·e·s, ni les faits.

C’est sur ce dernier point que nous alertons les acteurs et actrices des médias. Nous assistons aujourd’hui à un dévoiement grandissant du travail des scientifiques. Leurs résultats ne sont bien souvent mis en avant que s’ils confortent des opinions préexistantes. Dans le cas contraire, certain·e·s iront sous-entendre leur rémunération par un lobby malveillant. Soyons clair·e·s : l’état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions. Il existe en effet des consensus scientifiques sur des sujets aussi divers que :

● La santé :

- La balance bénéfice/risque des principaux vaccins est sans appel en faveur de la vaccination.

- Il n’existe aucune preuve de l’efficacité propre des produits homéopathiques.

● L’agriculture :

- Aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent improbable qu'il présente un risque cancérigène pour l’homme.

- Le fait qu'un organisme soit génétiquement modifié (OGM) ne présente pas en soi de risque pour la santé.

● Le changement climatique

- Le changement climatique est réel et d’origine principalement humaine.

- L’énergie nucléaire est une technologie à faible émission de CO2 et peut contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Ce ne sont pas de simples opinions. Ce sont les conclusions issues de la littérature scientifique et soutenues par des institutions scientifiques fiables, comme l’OMS, l’Académie Européenne des Sciences, l’Académie Nationale de Médecine, l’Académie d’Agriculture, ou encore le GIEC.

Bien entendu, la science n’a pas réponse à tout. Il existe des questions qui n’ont pas conduit à un consensus clair, voire qui restent sans réponse. Il est alors tout à fait légitime pour un média de présenter et d’expliquer le débat qui a lieu. Si un consensus existe, le ou la journaliste doit être capable de l’identifier, de chercher à le comprendre et à en rendre compte. Il n'est pas souhaitable de donner autant de poids à un fait scientifique dûment établi qu’à sa négation. Il serait par exemple impensable qu’après 15 minutes d’un sujet sur la station spatiale internationale, l’on donne 15 minutes d’antenne à un·e adepte de la Terre plate.

Nous comprenons que des « marchand·e·s de doute », y compris certain·e·s scientifiques, aient tenté et tentent encore de détourner le public du consensus. Cependant, les journalistes se trompent de cible s’ils et elles croient que les scientifiques sont leurs ennemi·e·s. Ces dernier·e·s risqueraient de s’éloigner plus encore des journalistes. Enfin, nous soulignons la différence entre les échelles de temps scientifique et médiatique. La surinterprétation de résultats préliminaires et petites avancées sitôt contredits ou nuancés brouille le message adressé au public. S'il est légitime de chercher à informer dans les délais les plus brefs, cette réactivité peut s'avérer contre-productive, en particulier sans les clés de compréhension de l’actualité scientifique.

Il est urgent que la place de l’information scientifique dans nos médias et dans le débat public soit revue, pour éviter de creuser le fossé entre scientifiques et journalistes. Réfléchissons ensemble à la façon de rendre à la science la place qu’elle mérite. Pour un débat public apaisé et rationnel, pour le bien de notre vie politique, pour nos concitoyen·ne·s. «La science n’a pas de patrie», nous dit Louis Pasteur. Nous ajoutons qu’elle ne saurait avoir de parti-pris idéologique.

Science

Planter des arbres: une solution, mais pas la solution

Il y aurait suffisamment d'espace sur Terre pour planter 900 millions d'hectares d'arbres, l'équivalent de la superficie des États-Unis. Un projet pharaonique qui serait sûrement d'une grande aide pour lutter contre le réchauffement — mais qui ne serait pas «la meilleure» des solutions à notre disposition, comme les chercheurs, dans un élan d'enthousiasme, l'ont proclamé.

À la base, leur travail, paru jeudi dans la revue Science, est presque un exercice mathématique : combien d'arbres supplémentaires notre planète pourrait-elle soutenir. Le total théorique de 900 millions d'hectares s'ajouterait donc aux actuels 2,8 milliards d'hectares, si on restaurait à peu près toutes les forêts perdues des derniers siècles, sans grignoter sur les terres agricoles ou les villes. Ces forêts supplémentaires, lit-on sous la plume des chercheurs de l'Université ETH de Zurich, en Suisse, pourraient absorber 205 gigatonnes de CO2, un chiffre qui a enflammé l'imagination

Le chiffre n'a pas été contesté par les critiques, ce sont ses implications qui l'ont été — «la meilleure des solutions». Tout d'abord, note le climatologue Zeke Hausfather, une importante partie de ces gigatonnes serait de toutes façons absorbée par les sols, avec ou sans arbres, et par les océans. La reforestation est une stratégie essentielle, renchérit l’Australien Pep Canadell, directeur du Carbon Global Project, mais elle est une partie de la solution, pas «la» solution. S'il y a «une» solution prioritaire, calcule le Norvégien Glen Peters, c'est la réduction des émissions de CO2.

Et c’est sans compter le fait que même si on se mettait demain à planter tous ces arbres, il leur faudrait des décennies pour arriver à maturité…

Science

Poêles antiadhésives: faut-il se méfier de l’APFO?

Une poêle antiadhésive écorchée fait-elle grimper les risques de cancer? Devrait-on rechercher la mention «sans acide perfluorooctanoïque (APFO)» quand vient le temps de la remplacer? Le Détecteur de rumeurs et Extenso mettent ces deux questions sur le gril.

Le principal suspect

La fabrication du revêtement antiadhésif des poêles en Téflon requérait jadis, entre autres, de l’acide perfluorooctanoïque (APFO). Cet acide a été reconnu par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) comme étant un cancérigène probable chez le rat. Cela n’a jamais été démontré chez l’humain.

Toutefois, dès 2006, l’Agence américaine de protection de l’environnement avait identifié cette substance comme étant dangereuse pour l’environnement et avait demandé aux compagnies qui utilisent de l’APFO de réduire l’utilisation de cette substance d’ici 2010 et de cesser complètement de l’utiliser en 2015.

Le Canada a implanté en 2010 la même politique, imposant un délai de cinq ans pour l’interdiction de «la fabrication, l'utilisation, la vente, la mise en vente, l'importation et l'exportation de l’APFO» dans tous les produits. La multinationale DuPont, propriétaire de la marque Téflon et son plus grand fabricant, en a cessé l’utilisation dans la fabrication de ses ustensiles de cuisine en 2013.

Des poêles sans APFO

Depuis le 31 décembre 2015, il est donc interdit de vendre des ustensiles de cuisine en Téflon qui contiennent de l’APFO, partout en Amérique du Nord. Nul besoin donc de rechercher la mention «sans APFO» qu’on retrouve sur les emballages de nombreuses marques.

Bien sûr, si votre poêle antiadhésive date d’avant l’application de cette réglementation, il est possible qu’elle en contienne toujours. Et encore ! Il faut savoir que les poêles en céramique n’ont jamais contenu d’APFO.

Science

Les «aimants» à moustiques

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il y a longtemps que je me pose cette question : pourquoi certaines personnes se font piquer sans cesse par des maringouins et d'autres pas du tout, ou presque ? Il suffit que je sorte quelques minutes dans mon jardin et, déjà, j’ai quelques piqûres, alors que mon conjoint, lui, les maringouins lui tournent autour mais ne le piquent jamais. Nous avons fait une petite recherche sur le sujet mais n’avons pas trouvé grand-chose de concret», demande Sophie Lemarier, de Gatineau.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les moustiques ne se nourrissent pas de sang, en général. Leur appareil buccal est plutôt fait pour aspirer la sève des plantes et le nectar des fleurs. Oui oui, comme les jolis papillons, les sympathiques abeilles, les pucerons mignons et tant d’autres espèces dont les noms ne sont jamais maudits avec autant de régularité et de hargne.

La différence, c’est que chez le maringouin, la femelle a besoin d’une diète riche en protéines pour fabriquer ses œufs, et c’est dans ce but qu’elle suce le sang des autres animaux. Ce ne sont pas tous les moustiques qui «s’intéressent» aux humains, remarquez bien, mais sur les 52 espèces présentes au Québec, une trentaine nous piquent, selon le site de la Société d’entomologie du Québec [http://bit.ly/2JINXUy]. Alors on peut dire qu’on fait «notre grosse part», mettons…

C’est par une série d’indices que les moustiques femelles trouvent leur chemin jusqu’à nous, d’après la SEQ et un (excellent) résumé paru récemment sur le site de l’Office for Science and Society (OSS) de l’Université McGill [http://bit.ly/2xKZPA0]. Les mouvements et la forme du corps en feraient partie, de même que la traînée de gaz carbonique (CO2) que nous laissons derrière nous en respirant. La peau et la sueur contiennent également des composés, notamment des acides lactiques, qui attirent les moustiques — lesquels sont aussi sensibles à la chaleur de notre corps. C’est par les antennes que la femelle perçoit ces odeurs.

(Précisons ici que les antennes des moustiques mâles ne sont pas équipées pour détecter nos odeurs, mais plutôt pour entendre les battements d’ailes des femelles et capter leurs phéromones, en vue de l’accouplement.)

Mais cela ne répond pas vraiment à la question de Mme Lemarier : tout le monde exhale du CO2, tout le monde sue (encore que pas tous également, mais bon), tout le monde émet de la chaleur. Alors pourquoi certaines personnes seraient plus «tentantes» pour les maringouins ?

Ça n’est pas encore compris de manière précise et complète. Il faut dire que la «recette» de l’odeur humaine est faite de plus de 300 composés différents, ce qui ne simplifie rien. Mais la génétique semble être impliquée. Dans une étude récente [http://bit.ly/2XHwJfi], des chercheurs ont conçu une cage à moustiques menant à un tunnel en «Y». Au bout de chacune des deux branches du «Y» se trouvait un endroit où un humain pouvait glisser la main (protégée par un moustiquaire), et une quarantaine de paires de jumeaux ont accepté de se prêter au jeu. Pendant qu’un jumeau se plaçait la main dans une branche du «Y», l’autre faisait pareil dans l’autre branche, afin de voir si les moustiques allaient préférer l’un ou l’autre.

Résultats : les jumeaux identiques (qui ont exactement les mêmes gènes) attiraient les piqueurs de manière assez égale alors que pour les jumeaux fraternels (qui ne sont pas plus «pareils» que des frères et sœurs), les moustiques montraient souvent une préférence claire et constante pour un des deux. L’étude a conclu qu’environ 67 % de la différence était génétique.

L’article ne dit pas quels gènes sont impliqués, cependant, ni par quels mécanismes ils peuvent attirer les moustiques, à part en influençant notre odeur corporelle. Mais dans un commentaire à son sujet [http://bit.ly/2xJvEcr], le chercheur britannique Tim Spector, qui n’avait pas participé à cette étude, propose deux mécanismes possibles. D’abord, il confirme que des recherches (dont les siennes) ont montré que la génétique a un effet sur nos odeurs — en tout cas, celle de nos aisselles. Il est donc bien possible que certaines personnes possèdent des variantes de gènes qui rendent leurs senteurs plus ou moins attirantes pour les maringouins.

Et ensuite, d’autres gènes ont une influence sur la flore bactérienne qui vit sur notre peau et qui «sont aussi responsables d’une bonne partie de nos odeurs. Même en se lavant les mains, nous ne sommes pas capables de nous en débarrasser», écrit M. Spector. Ce qui fait donc une deuxième manière dont les gènes peuvent nous transformer en aimants à moustiques (ou en repoussoirs, pour les chanceux).

Mentionnons une dernière chose, pour finir : non seulement y a-t-il plusieurs facteurs humains qui sont impliqués, mais ce que nous appelons «moustiques» recouvre en fait des dizaines d’espèces différentes (juste au Québec, parce qu’il y en a 3000 dans le monde) qui ne sont pas toutes attirées exactement par les mêmes choses, même si certaines se recoupent. Certaines ignorent complètement les humains, et parmi la trentaine qui nous piquent, toutes n’ont pas les mêmes comportements et préférences. Comme l’écrit Ada McVean, de l’OSS, certaines espèces de moustiques sont plus actives le soir, d’autres pendant le jour, d’autres en début de saison, d’autres quelques semaines plus tard, etc. Et, ajoute M. Spector, il y en a qui sont plus attirées par l’odeur de nos mains et de nos pieds, et il y en a qui préfèrent d’autres parties de notre corps.

Bref, cela ajoute une couche de complexité supplémentaire à l’histoire : selon le moment de la journée ou de l’été, et selon les espèces de moustiques présentes, les «aimants» ne seront pas forcément toujours les mêmes.

Science

D’où vient l’habitude de pointer du doigt?

Quand vous montrez quelque chose du doigt, est-ce que votre index pointe directement vers l’objet en question ? Il y a de bonnes chances que non, que votre index pointe à côté de la «cible», et ce n’est pas simplement parce que vous manquez de «visou». Ce serait plutôt parce que vous avez pris cette habitude en tentant de toucher des objets quand vous étiez bébé, et non en voulant montrer leur position, d’après une étude parue mercredi dans revue savante Science Advances.

«Dans toutes les cultures humaines qui ont été étudiées, les nourrissons commencent à montrer du doigt vers l’âge de 9 à 14 mois, typiquement. (...Et pourtant) nous ne savons presque rien des origines de ce comportement», écrivent les trois auteurs de l’article, dirigés par la chercheuse en psychologie Cathal O’Madagain, de l’Institut Max Planck, en Allemagne.

Par le passé, des scientifiques ont suggéré plusieurs hypothèses : par exemple, cela pouvait simplement découler du fait que les enfants voient leurs parents montrer des choses du doigt et les imitent. Mais s’il ne s’agissait que d’imitation, soulignent M. O’Madagain et ses collègues, de grandes différences entre les cultures auraient forcément fini par apparaître. Or ce n’est pas le cas : toutes les cultures pointent à peu près à l’identique.

D’autres ont avancé que cela pouvait provenir de l’habitude qu’ont les bébés d’étirer le bras pour attraper quelque chose. Mais les différences entre prendre et pointer — main ouverte dans un cas et fermée (hormis l’index) dans l’autre, intention d’informer absente dans un cas et présente dans l’autre, etc. — sont trop importantes pour que l’un mène à l’autre, estiment les auteurs de l’étude de Science Advances.

Habitude de toucher

Eux croient plutôt que ce comportement vient de l’habitude de toucher, souvent avec l’index, qu’ont les bébés. Pour le savoir, ils ont fait trois expériences. Dans l’une d’elle, 55 personnes d’âges différents (18 mois, 3 ans, 6 ans et adultes) ont été filmées en train de pointer une série d’objets à 1,5 mètre d’elles. En analysant ensuite la direction que montrait l’index sur des images arrêtées, le trio d’auteurs a réalisé qu’elle n’était pas particulièrement juste : même chez les adultes, elle s’écartait typiquement de 10 à 20 degrés de la «cible». C’était plutôt l’axe entre l’œil et le bout de l’index qui pointait le plus précisément vers l’objet, ne s’en écartant que de 1 à 10 degrés.

C’est là, selon M. O’Madagain et ses collègues, un indice montrant clairement que c’est le fait de toucher qui mène à pointer.

Les auteurs ont fait deux autres expériences (l’une sur l’angle du poignet selon l’emplacement d’une cible à pointer sur une boîte, et l’autre sur l’interprétation d’image montrant une personne qui pouvait être en train de montrer ou sur le point de toucher des objets), qui ont corroboré l’hypothèse du toucher.

Le passage du toucher au pointage viendrait de la «ritualisation» du geste, un peu comme l’habitude de lever les mains chez les enfants humains et primates.

«Un nourrisson va commencer par lever ses mains pour tenter de grimper, littéralement, à sa mère. Le voyant faire, la mère va le prendre au lieu de le laisser grimper tout seul. L’enfant finit par réaliser qu’il n’a qu’à lever les bras pour que sa mère le prenne, et le comportement de lever les mains est acquis», écrivent-ils. Le même genre de «ritualisation» pourrait expliquer que le toucher mène au pointage.

Science

Les mouettes australiennes porteuses de «superbactéries» humaines

SYDNEY - Les mouettes argentées australiennes sont porteuses de «superbactéries» résistantes aux antibiotiques qui pourraient éventuellement provoquer des infections graves chez les êtres humains, a-t-on appris mercredi auprès d’une équipe de chercheurs.

La publication de cette étude menée par une équipe dirigée par des scientifiques de l’Université Murdoch de Perth intervient au moment où l’Organisation mondiale de la santé sonne l’alarme sur les bactéries que les médicaments modernes ne parviennent plus à vaincre.

Environ 20% des mouettes argentées australiennes seraient infectées par des bactéries ultrarésistantes comme le E. Coli, selon cette étude publiée cette semaine dans le Journal of Antimicrobial Chemotherapy.

Les chercheurs avancent que les oiseaux ont été infectés en entrant en contact avec des excréments humains, vraisemblablement par le biais des eaux d’égout ou de couches pour bébés abandonnées dans les décharges.

L’étude a porté sur 550 échantillons prélevés sur des mouettes argentées dans toute l’Australie et testés pour diverses bactéries.

«Ce que nous avons trouvé, et ce que nous ne nous attendions pas  à trouver, ce sont ces hauts niveaux de E. Coli résistants, c’était très inhabituel», a déclaré à l’AFP Mark O’Dea, de l’Université Murdoch.

«Un grand nombre de ces bactéries étaient en fait des clones humains, des bactéries humaines, les mouettes avaient été contaminées d’une manière ou d’une autre par les humains, ce n’était pas directement des bactéries de mouettes».

Les bactéries E. Coli peuvent provoquer des infections urinaires, des méningites ou des septicémies.

L’OMS a averti que le monde allait manquer d’antibiotiques efficaces et l’an dernier, l’agence spécialisée de l’ONU a demandé aux États et aux grands groupes pharmaceutiques de créer une nouvelle génération de médicaments capables de lutter contre ces «superbactéries».

Mark O’Dea a expliqué que le risque de voir les mouettes infecter les humains était «plutôt minime», mais qu’il existait néanmoins. Certaines des bactéries détectées chez les oiseaux étaient résistantes «à des antibiotiques plutôt importants», a-t-il dit.

Santé

Est-ce que le sexe ralentit la maladie de Parkinson?

MONTRÉAL — Une vie sexuelle active est associée à une incapacité moins importante, à une meilleure qualité de vie et à une progression de la maladie plus lente chez les hommes qui présentent les premiers symptômes de la maladie de Parkinson, selon une nouvelle étude.

L’étude portait sur 355 sujets (228 hommes et 117 femmes) souffrant de la maladie de Parkinson. Parmi les hommes qui étaient actifs sexuellement, les chercheurs ont constaté des taux plus faibles d’apathie, de dépression et de problèmes de mémoire ou d’attention, ainsi qu’une fatigue moins importante.

Aucune association du genre n’a été mesurée chez les femmes, possiblement parce que l’étude comptait moins de participantes que de participants.

Des chercheurs européens affirment dans le European Journal of Neurology qu’il s’agit de la «première étude prospective longitudinale» à constater une telle association. Ils estiment que cela devrait inciter les spécialistes à interroger périodiquement leurs patients au sujet de leur vie sexuelle.

Une preuve?

«On pourrait se dire voilà, c’est une “preuve” que si on [promeut] les activités sexuelles régulières on va diminuer la maladie de Parkinson, mais ce n’est pas ça que l’étude démontre, a commenté le professeur Louis-Éric Trudeau, du département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal. Ce qu’on peut en tirer pour l’instant, c’est que parmi les patients qui ont une forme de maladie de Parkinson moins forte, qui ont des symptômes moins importants, ces gens-là ont globalement une activité sexuelle plus régulière, donc ce sont des gens qui ont un meilleur état de santé.»

D’autant plus, rappelle-t-il, que les participants à cette étude qui avaient une activité sexuelle plus régulière avaient également un niveau de médicamentation pour la maladie de Parkinson plus bas, «ce qui nous indique aussi qu’ils sont dans un état de maladie moins sévère».

Il faudrait donc voir le tout par l’autre bout de la lunette : les sujets ne doivent pas nécessairement leur meilleure santé à leur activité sexuelle; ils doivent possiblement leur activité sexuelle à leur meilleure santé.

À moins que...

«On ne peut pas exclure que ces gens-là depuis le début ce sont des gens qui ont une activité sexuelle plus régulière et que ça les a protégés dès le début, et là finalement ils ont une maladie de Parkinson qui est moins sévère, a rappelé M. Trudeau. Ça aussi c’est possible techniquement, mais cette étude ne permet pas de le dire.»

Une telle possibilité s’insérerait bien dans la littérature générale qui montre qu’une activité physique régulière aide à minimiser les symptômes de la maladie de Parkinson; et dans l’activité physique, on peut inclure l’activité sexuelle, poursuit-il.

«Mais évidemment, ce qui a été démontré dans l’amélioration des symptômes de la maladie de Parkinson, ça prend une activité physique très vigoureuse et qu’on fait très régulièrement pour des durées quand même substantielles, a-t-il conclu. Un petit dix ou quinze minutes ici et là, ce n’est pas suffisant.»

Science

Les vraies vertus de l’huile d’olive

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Vantée depuis l’Antiquité pour ses vertus médicinales, ingrédient star du régime méditerranéen, l’huile d’olive s’invite régulièrement dans la rubrique santé des médias grand public. Cependant, si un certain consensus semble régner quant à ses bienfaits, l’huile d’olive est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Ce qui explique qu’elle a aussi élu domicile dans les colonnes des journaux scientifiques les plus pointus. En effet, aujourd’hui encore, les chercheurs bataillent pour décortiquer, à l’échelle moléculaire, les mécanismes d’action qui permettraient de valider ses vertus.

En ce début d’été, faisons le point sur ce que sait la science des qualités de l’huile d’olive vierge extra.

Une masse grasse importante

Contrairement aux huiles raffinées, dont l’extraction fait appel à des solvants, l’huile d’olive vierge extra est obtenue à partir d’olives fraîches, en ayant uniquement recours à des procédés mécaniques : pressage, décantation, filtration… En ce sens, c’est un pur jus de fruits. Que contient-elle exactement ?

En tout premier lieu, on y trouve des triglycérides. Constitués d’une molécule de glycérol associée à trois molécules d’acides gras, ces constituants sont une composante majeure de toutes les matières grasses alimentaires, huiles comme graisses. Il s’agit d’une réserve d’énergie très importante pour l’organisme. Dans l’huile d’olive, les triglycérides sont accompagnés de quelques diglycérides, monoglycérides, acides gras libres et phospholipides (constituants importants des parois des cellules animales et végétales).

L’huile d’olive vierge extra est notamment riche en acides gras monoinsaturés (l’acide oléique en tête, représentant entre 55 et 80 % des acides gras totaux) et, dans une moindre mesure, en acides gras polyinsaturés(acide linoléique principalement) et acides gras saturés (acide palmitique, acide stéarique…).

Cette masse grasse est très largement majoritaire dans l’huile d’olive. Celle-ci contient cependant également d’autres molécules qui, bien que présentes en proportion réduite, n’en ont pas moins un effet majeur sur ses propriétés.

Goût, couleur, stabilité, vertus

Parmi les composés minoritaires mais essentiels aux qualités de l’huile d’olive vierge extra figurent notamment des phénols simples et leurs dérivés polyphénoliques (des assemblages de phénols) aux noms et aux structures chimiques compliqués, comme l’oleuropéine, le ligstroside, ou le 3,4-DHPEA-EA, ainsi que de nombreux autres composés aux désignations tout aussi exotiques) : pinorésinol, acide férulique, acide syringique, lutéoline… L’huile d’olive contient également des stérols, des triterpènes, des pigments tels que carotènes et chlorophylles, des tocophérols (vitamine E), et divers composés aromatiques dont les propriétés restent à décrypter.

Plusieurs facteurs influent sur la teneur de ces molécules dans l’huile d’olive vierge extra : variété des oliviers, nature du sol, type de climat, année de production, mode de culture, maturité à la récolte, conditions de stockage, etc.

Pris ensemble, ces composés ne représentent qu’un à deux % de la masse totale de l’huile d’olive, mais celle-ci leur doit beaucoup. D’eux dépendent en effet son goût (amertume), son arôme (fruité vert, mûr, noir), les sensations trigéminales (véhiculées par le nerf trijumeau) qu’elle provoque (astringence, ardence), sa couleur, et sa stabilité face à l’oxydation… En outre, ces molécules sont aussi responsables de ses vertus en termes de santé !

Science

Le mystère de la banquise antarctique

Des décennies de croissance de la banquise antarctique ont été effacées en trois ans : de 2014 à 2017, la couche de glace qui repose sur l’océan antarctique a perdu environ deux millions de kilomètres carrés, sans qu’on comprenne pourquoi.

Le comportement de cette banquise a de toutes façons toujours été très différent de celui de sa cousine de l’autre océan glacial, l’Arctique. La surface qu’elle recouvre présentait, avec des hauts et des bas, davantage de croissance que de décroissance depuis les années 1980. Ce qui rend le rétrécissement depuis 2014 des plus impressionnants.

Il ne faut pas confondre ce phénomène avec ce qui est observé sur le continent : celui-ci fond effectivement, ses glaciers descendant lentement vers l’océan.

Le phénomène océanique, lui, a été tantôt expliqué par le trou dans la couche d'ozone, les courants atmosphériques ou la température de l’eau sous la surface. Aucune de ces explications ne rallie une majorité de scientifiques. Mais reste que toute comparaison entre l’Arctique — qui n’est rien d’autre qu’un vaste océan — et l’Antarctique — qui est un vaste continent entouré par un océan — atteint vite ses limites.

Les chiffres 2014-2017 font partie d’une étude parue lundi dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. La chercheure principale, Claire Parkinson, de l’Institut Goddard, a précisé en entrevue que si 2018 montrait une légère croissance de la banquise, 2019 montre à nouveau une décroissance.

Science

Quand vieillesse rime avec fatigue...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi le corps finit-il par avoir moins d’énergie quand on vieillit? Pourtant, nous mangeons pratiquement autant qu’avant et nous dépensons moins puisque nous avons moins d’activités, mais nous nous sentons quand même plus fatigués!», demande Denis Tremblay, de Chicoutimi.

En 1990, des chercheurs israéliens ont commencé à suivre environ 1000 personnes âgées nées en 1920-21, puis les ont rencontrées de nouveau après 6-8 ans et 12-15 ans. Au départ, à 70 ans, 29% d’entre elles rapportaient de la fatigue; à 78 ans, cette proportion était passée à 53 %; et autour de 85 ans, c’était plus des deux tiers, à 68 % [http://bit.ly/328LxHo].

Bien entendu, cela n'a rien de très étonnant, dit Pierrette Gaudreau, chercheuse au département de médecine de l’Université de Montréal et co-directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement. «Il y a plusieurs raisons à ça, dit-elle. Le vieillissement, on pourrait résumer ça par l'usure graduelle des cellules, des tissus et des organes. Dans un monde idéal, on voudrait que tout vieillisse à la même vitesse de manière à ce qu’on reste très bien pendant longtemps et qu’on n’ait pas plusieurs années d’incapacité avant de décéder. Mais ce n'est pas ce qui se passe dans la réalité.»

Parmi les facteurs — autres que la maladie ou un âge vraiment très avancé, s’entend — qui peuvent causer de la fatigue chez des personnes âgées par ailleurs en assez bonne santé, il y a une réduction de la «puissance hormonale», illustre Mme Gaudreau. «À partir de 30 ou 35 ans, on perd environ la moitié de cette puissance à chaque décennie, si bien que les “pics“ de sécrétion hormonale à 80 ans sont tout petits par rapport à quand on a 30 ans».

C’est le cas, notamment, pour la production de l’«hormone de croissance», dont le corps a évidemment besoin pour se développer pendant l’enfance, mais que nous continuons à sécréter pendant tout le reste de la vie parce que l’organisme s’en sert pour «l’entretien», si l’on veut (remplacer les vieilles cellules et les vieux tissus, maintenir le corps en bon état de marche, etc.). Il s’agit d’une hormone dite «anabolisante», qui favorise la prolifération et la différenciation des cellules ainsi que la fabrication de muscles, et qui réduit l’adiposité. Avec l’âge, on en fabrique de moins en moins, ce qui explique en partie pourquoi on perd des muscles et gagne des graisses en vieillissant, et «c’est sûr que ça va avoir un effet sur la force et sur la fatigue, même si ça n’explique pas tout», dit Mme Gaudreau.

Une autre cause possible de la fatigue qui vient avec l’âge est la réduction de la production des hormones thyroïdiennes. «Ce sont des hormones très importantes qui régulent le métabolisme de base [ndlr : grosso modo, la puissance à laquelle le corps «carbure»]. Chez certaines personnes qui en sécrètent trop, c’est comme si elles étaient en phase manie, elles sont très actives. À l’inverse, quand on n’en sécrète pas assez, ce sont d’autres symptômes qui vont apparaître, comme la fatigue, la perte d’appétit, etc. Des fois, dans le bureau du gériatre ou du médecin de famille, ces symptômes-là peuvent être confondus avec la déprime», explique Mme Gaudreau.

Dans tous les cas, tient-elle à souligner, «on parle ici de gens qui seraient autour de 60 ou 65 ans. Parce que c’est sûr que si on parle de quelqu’un qui a 90 ans, on n’est pas du tout dans le même genre de clientèle. À ce moment-là, c’est vraiment l’usure générale de l’organisme qui fait qu’on a moins de capacité, moins d’endurance».

Et il y a d’autres facteurs, bien sûr, que les hormones — et même d’autres facteurs que la vieillesse elle-même — qui peuvent causer de la fatigue. Par exemple, tant l’étude israélienne qu’une autre étude du même type, menée aux États-Unis et publiée en 2008 dans le Journal of Gerontology [http://bit.ly/2RWOK88], ont trouvé que la solitude est associée à la fatigue chez les personnes âgées, que les femmes rapportent plus de fatigue que les hommes, que ceux qui font plus d’activité physique se disent moins fatigués, etc.

Les deux études, notons-le, ont également trouvé que la fatigue vient aussi avec un risque de mortalité plus élevé. Dans l’article américain, par exemple, la mortalité était de 31 % après six ans chez les «fatigués», contre 22 % chez les autres.

Cela peut paraître un peu décourageant, évidemment, mais Mme Gaudreau souligne qu’il y a aussi un bon côté à tout ceci : cette fatigue n’est pas entièrement une fatalité, on peut la réduire ou la retarder pour la peine avec un bon programme d’exercice physique.

«Si on fait un exercice régulier et systématique, dit-elle, on peut revenir à état un peu plus jeune, d’un point de vue hormonal. Ça ne fait pas de miracle et il faut s’y mettre sérieusement pour y parvenir, mais des études ont montré qu’avec un programme d’exercice bien contrôlé, disons trois sessions entraînement d’une heure par semaine, on avait des bonnes réponses.

«Par exemple, illustre-t-elle, dans des recherches récentes que j’ai faites avec une collègue de l’UQAM, Dre Mylène Aubertin-Leheudre, on a soumis des personnes âgées avec embonpoint ou obésité à un régime d’exercice physique de haute intensité, mais de courte durée — parce que pour des gens qui ne sont pas habitués à faire de l’exercice, c’est plus motivant d’en faire pour de courtes périodes à la fois. Alors on a regardé les marqueurs de la fonction somatotrope [ndlr : la production d’hormone de croissance, grosso modo], et on a mesuré une augmentation pour un bon nombre de participants.»

Ces régimes d’entraînement ne sont pas nécessairement indiqués pour toutes les personnes âgées — cela dépend de l'état de santé de chacune. Il vaut mieux en parler à son médecin avant de s’y mettre.

Insolite

De la Norvège au Canada, une renarde polaire parcourt l’Arctique en moins de 80 jours

OSLO - Quelque 3500 km parcourus à travers la banquise en seulement 76 jours: une renarde polaire a réalisé entre la Norvège et le Canada un exploit de marathonien encore jamais été observé par la communauté scientifique, surprise par l’endurance de l’animal.

Son périple montre l’importance vitale de la banquise pour les migrations de la faune arctique, et la menace que représente le réchauffement pour la pérennité de cet équilibre.

Arnaud Tarroux, l’un des chercheurs à l’origine de l’étude publiée par l’Institut polaire norvégien, prévient: «moins de glace 1/8... 3/8 voudra dire moins de possibilités d’entreprendre ce type de migrations».

La renarde, équipée en juillet 2017 d’un émetteur satellite, a quitté l’île de Spitzberg, dans le Svalbard - un archipel norvégien situé à un peu plus d’un millier de kilomètres du pôle Nord - le 26 mars 2018.

Le 10 juin 2018, soit 76 jours après son départ de Norvège, elle a atteint l’île d’Ellesmere, au Nunavut, l’une des communautés les plus septentrionales du Canada, après avoir parcouru 3506 km.

«Cette espèce est encore plus endurante et plus rapide que ce que l’on avait déjà observé par le passé», a indiqué mercredi Arnaud Tarroux.

«Elle concerne une jeune femelle, âgée de moins d’un an, donc relativement inexpérimentée, partant littéralement à la découverte du monde en réussissant à survivre à une traversée de l’Arctique dès sa première tentative», a-t-il précisé à l’AFP.

Elle a notamment parcouru 1512 km jusqu’au Groenland en seulement 21 jours.

«Il s’agit de la première observation qui montre en détail qu’un renard polaire a migré entre différents continents et écosystèmes de l’Arctique, et constitue l’une des plus longues migrations jamais enregistrées pour un renard polaire en si peu de temps», souligne l’institut polaire norvégien dans un article.

Le canidé, parfaitement adapté aux milieux polaires arides, s’est déplacé à un rythme moyen quotidien de 46,3 km - avec un pic de 155 km enregistré au Groenland.

En ce qui concerne le choix du Canada plutôt que de la Russie par exemple, «il est fort possible qu’il s’agisse simplement d’une série de coïncidences qui l’auraient amenée à se retrouver dans une zone du Haut-Arctique canadien à la bonne période pour y trouver suffisamment de ressources et pouvoir s’y établir», explique M. Tannoux.

Depuis son arrivée en terres canadiennes, on ne sait pas ce qu’est devenu l’animal: le système de localisation a cessé de fonctionner en février 2019.

Science

Le ciel du mois de juillet 2019: la lune à l'honneur

De l’Amérique du Nord, et plus particulièrement du Québec, la Lune ne sera pas plus spectaculaire qu’à l’ordinaire ce mois-ci — les éclipses solaire et lunaire de juillet ne seront pas visibles de nos régions. Et pourtant, on parlera beaucoup de notre compagne céleste au cours des prochaines semaines…

En effet, le dimanche 20 juillet 1969 à 16 h 17, heure de l’Est, le module lunaire Apollo 11 se posait à la surface de notre satellite. Quelques heures plus tard, à 22 h 56, Neil Armstrong marchait sur le sol lunaire, devenant le premier être humain à y mettre le pied.

Cet été marque donc le 50e anniversaire de la mission Apollo 11 et pour l’occasion, la Lune se fera jolie tout le mois. Cela commence dès le matin du 1er juillet, 30 minutes avant le lever du Soleil, alors qu’un mince croissant lunaire accompagnera Vénus au ras de l’horizon est-nord-est. Puis le 3 juillet, 30 minutes après le coucher du Soleil, le mince croissant formera un triangle avec Mercure et Mars, très bas à l’horizon ouest-nord-ouest.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet, la Lune gibbeuse croissante reposera quelques degrés à gauche de Jupiter, au-dessus de l’horizon sud : elle nous donnera l’impression de suivre la planète géante toute la nuit. La nuit suivante, la Lune brillera entre Jupiter et Saturne, avec la Voie lactée en arrière plan. Puis, dans la nuit du 15 au 16 juillet, elle sera presque collée à la droite de Saturne; à l’aube, au sud-ouest, elle s’approchera à moins d’un degré sous la planète gazeuse.

Le soir du 20 juillet, anniversaire de la première marche sur la Lune, celle-ci sera gibbeuse décroissante et bien visible à partir de 23 h 30. Les conditions d’éclairage seront bonnes pour observer les fameuses « mers lunaires ». Ces vastes plaines de basalte sont facilement reconnaissables : ce sont les grandes étendues grises et sombres qui couvrent environ le tiers de la face visible de la Lune. La mer de la Tranquillité, où se trouve le site d’alunissage d’Apollo 11, sera bien visible à l’œil nu et aux jumelles, près du terminateur (la démarcation entre le jour et la nuit).

Mais n’espérez pas apercevoir le module lunaire ! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il est impossible de le distinguer avec un télescope, aussi gros soit-il. Et c’est encore plus vrai pour le drapeau américain : ces objets sont tout simplement trop petits pour être vus depuis la Terre. En fait, ce n’est qu’au cours des dernières années que des sondes en orbite lunaire ont réussi à photographier les sites d’alunissage des missions Apollo !

Les planètes de juillet

Mercure et Mars seront difficilement observables dans le ciel du soir au tout début du mois. Les deux planètes ne sont alors visibles qu’au ras de l’horizon ouest-nord-ouest peu après le coucher du Soleil et elles disparaissent dans l’éclat du crépuscule dans les jours qui suivent. Dans le ciel du matin, Vénus aussi ne sera visible que très difficilement, bas à l’horizon est-nord-est, environ 30 minutes avant le lever du jour. L’éclatante Étoile du matin se rapproche elle aussi de plus en plus du Soleil, et on la perd de vue à son tour après la mi-juillet.

Les véritables vedettes planétaires de juillet sont donc les géantes gazeuses Jupiter et Saturne. Jupiter est visible dès la tombée de la nuit jusque vers 2 h 30 du matin, mais elle se couche de plus en plus tôt jour après jour. De son côté, Saturne est à l’opposition le 9 juillet, directement à l’opposé du Soleil dans le ciel : elle apparaît au sud-est au crépuscule et sera présente toute la nuit, jusqu’à ce qu’elle disparaisse au sud-ouest à l’aube. C’est toutefois au milieu de la nuit, lorsqu’elle culmine en direction sud, que les conditions sont les meilleures pour observer ses fameux anneaux au télescope.

Bonnes observations !

Camille Janson-Marcheterre est communicatrice scientifique au Planétarium Rio Tinto Alcan.

L’aspect de la Lune le soir du 20 juillet 2019, 50 ans jours pour jour après la marche historique de Neil Armstrong sur le sol de la mer de la Tranquillité. (Illustration : Planétarium Rio Tinto Alcan; image simulée de la Lune : NASA Scientific Visualization Studio)

Au Planétarium de Montréal : Un seul billet pour voir tous les films présentés le jour de votre visite au Planétarium Rio Tinto Alcan. Consultez l’horaire sur notre portail Web à espacepourlavie.ca.

Science

David Saint-Jacques se remet bien de son voyage dans l’espace

HOUSTON — L’astronaute québécois David Saint-Jacques dit qu’il s’adapte bien à son retour sur la Terre après une mission de plus de six mois dans l’espace.

Vendredi, en conférence de presse depuis le Centre spatial Lyndon B. Johnson à Houston, M. Saint-Jacques a déclaré aux journalistes qu’il ne ressentait aucune douleur mais qu’il avait eu de gros problèmes d’équilibre et de nausées après avoir touché le sol au Kazakhstan, tard lundi. Son état s’est toutefois constamment amélioré au cours des quatre jours qui ont suivi, a-t-il dit.

«À chaque battement de coeur, ça va mieux, si on veut, a-t-il confié. Je n’ai pas vraiment de douleur — il y a des gens qui ont beaucoup de douleurs, moi c’est correct. Moi, c’est surtout un problème d’équilibre. Je me sentais incapable de me tenir debout. Maintenant ça va bien», a-t-il assuré.

«Sinon, les nausées, c’est fini [...] Je me sens un peu la tête légère, si on veut. Ça, encore une fois, ça s’améliore chaque jour, donc le retour sur Terre se fait bien. Donc : oui, la gravité est redevenue mon amie.»

Record canadien

David Saint-Jacques, âgé de 49 ans, ingénieur, astrophysicien et médecin de famille, a établi un record canadien pour le vol spatial le plus long, à 204 jours. Parmi les faits saillants de son expédition, il a participé à une sortie dans l’espace de six heures et demie et il est devenu le premier astronaute canadien à utiliser le bras robotique «Canadarm2» pour «attraper en orbite» une capsule cargo lancée par le transporteur SpaceX.

L’astronaute québécois sera maintenant surveillé de près par des spécialistes, afin de l’aider à retrouver son tonus musculaire, sa condition cardiovasculaire et son endurance physique. Il subira aussi une batterie de tests afin de mesurer la réaction du corps humain aux vols spatiaux, une pratique courante chez les astronautes de retour sur Terre.

«Comme un bébé»

Pour l’heure, il fait attention, demeure prudent et prend les choses lentement, a-t-il dit : il passe du temps dans la piscine, où il retrouve les «joies» de l’apesanteur, et il préfère le bain à la douche — question d’équilibre.

«Mes enfants rient de moi un peu parce qu’ils pensent que je suis comme un bébé un peu, là, qui a besoin de prendre la main pour marcher, qui a besoin de se faire aider pour tout, qui est un petit peu distrait, a-t-il raconté vendredi. Donc, mes grands garçons me comparent à leur petite soeur.»

Séjour exceptionnel

Et malgré plus de six mois de sa vie passés dans l’espace, ce séjour exceptionnel lui semble encore flou, quelques jours à peine après avoir quitté sa petite maison orbitale. «C’est comme si les six mois que j’ai passés en orbite, c’était un rêve», dit-il.

«J’ai de la misère à les intégrer dans ma vie. C’est comme si ma vie avant la mission et ma vie après, c’est un continuum, et puis c’est comme si je me réveillais d’un rêve. C’est étrange : je n’arrive pas à le mettre, à l’intégrer dans ma réalité. Je pense que ça va me prendre des mois, peut-être même des années, avant de digérer l’expérience.»

Là-haut, dans l’espace, il a profité de plusieurs occasions, dans un horaire extrêmement chargé, pour observer la Terre sous tous ses angles — sur une orbite certainement complète, au final.

«Cela ne vous fait pas sentir petit, mais au contraire, vous vous sentez faire partie de quelque chose de grand, qui est le pouvoir de l’esprit humain d’élargir notre monde, d’élargir notre perspective», a estimé M. Saint-Jacques. «Ce fut un moment fort.»

Balade et feu de camp

L’astronaute a déclaré que le fait de retrouver sa femme et de serrer ses enfants dans ses bras lui avait procuré le plus grand plaisir à son retour à Houston. 

Après des mois passés dans un espace confiné, il a maintenant hâte de se balader le soir dans une rue animée de Montréal, mais aussi de s’asseoir tranquillement autour d’un feu de camp au chalet.

David Saint-Jacques devrait revenir à l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, le mois prochain.

Science

Alzheimer : il faut repenser le combat

LA SCIENCE DANS SES MOTS / L’Alzheimer est la forme de démence la plus répandue. Et malgré tous les efforts, aucun traitement n'a encore été trouvé. Pour y arriver, les chercheurs devront mieux comprendre la maladie et repenser leur approche en matière de développement de traitements.

L'idée de voir un être cher décliner et perdre ses souvenirs les plus importants peut être dévastatrice. C’est toutefois une réalité pour un nombre croissant de Canadiens. Un groupe d'experts sur la santé de la population, convoqué en 2015 par la Société Alzheimer du Canada, estime que près d’un million de Canadiens en seront atteints en 2031.

C’est ce qui motive le financement massif des essais cliniques, à la recherche d’un moyen de stopper la maladie. Malgré tous ces efforts, aucun nouveau traitement n’a été approuvé depuis plus de quinze ans.

Je suis étudiant de première année au doctorat en en psychologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) dans le laboratoire de Marc-André Bédard. J'utilise l'imagerie nucléaire pour mieux comprendre les changements dans la transmission de l'acétylcholine chez les personnes en début de maladie d'Alzheimer.

Les principaux médicaments prescrits contre l'Alzheimer ont un mode d’action fondé sur la dégénérescence de neurones responsables de transmettre l’acétylcholine, un neurotransmetteur, à travers le cerveau.

Les neurones qui le transmettent se trouvent dans le noyau basal de Meynert, un petit noyau situé à l’avant du cerveau. La mort de ces neurones serait à l’origine des troubles d’attention et de mémoire retrouvés dans la maladie d'Alzheimer. Ces médicaments aident à compenser pour la perte de ces neurones en augmentant la transmission d’acétylcholine, mais ils n’ont que peu d'impact sur l’évolution de la maladie.

Une hypothèse critiquée

Actuellement, la recherche de traitements pouvant ralentir ou arrêter l’évolution de la maladie d'Alzheimer est principalement basée sur l’hypothèse de la «cascade amyloïde». D’après cette hypothèse, la maladie débute lorsque le corps ne nettoie pas la protéine amyloïde correctement. Cela provoque son agrégation en plaques microscopiques dans le cerveau.

Science

Séparer le fait de l’opinion : le cas de la maladie chronique de Lyme

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Alors que la maladie de Lyme se traite par des antibiotiques pendant deux à quatre semaines, un petit groupe de gens proclame l’existence d’une forme chronique de cette maladie et, en France en 2016 puis au Québec ce mois-ci, cette idée a fait parler d’elle dans les médias. Le Détecteur de rumeurs ne tentera pas de donner toutes les réponses dans les prochains paragraphes. Il va plutôt proposer des outils au lecteur qui se sent perdu face à un argumentaire scientifique : comment faire un premier tri parmi des arguments contraires ?

Quel que soit le sujet en science — maladie, exoplanètes, fonte des glaces, innovation technologique, etc. — la base pour valider une affirmation, c’est la publication d’une recherche. Une fois qu’elle est publiée, d’autres experts peuvent la lire, en analyser les données, pointer les forces et les faiblesses — et lancer d’autres recherches qui confirmeront ou infirmeront la première.

En comparaison, une opinion, même si elle provient d’un éminent scientifique, n’aura jamais la même valeur. Surtout si elle a en face d’elle, non pas une seule recherche, mais cinq recherches, 10, 50, qui arrivent toutes aux mêmes conclusions. Séparer les faits des opinions peut donc, pour les Détecteurs de rumeurs en herbe, s’avérer un exercice utile pour faire un premier tri dans des informations qui semblent contradictoires.

L’hypothèse

La maladie de Lyme est causée par une bactérie de la famille Borrelia, transmise par une tique, appelée aussi, en Amérique, « tique du chevreuil ». Un traitement aux antibiotiques de deux à quatre semaines est le plus souvent recommandé.

Or, s’il devait s’avérer exact qu’il existe une forme de la maladie de Lyme qui est chronique, cela voudrait donc dire que le traitement de deux à quatre semaines n’est pas parvenu à éradiquer la bactérie Borrelia. Une poignée de médecins et de lobbyistes qui défendent cette théorie proposent pour cette raison un traitement prolongé aux antibiotiques d’au moins six mois, voire des années.

Les faits

1) Une méta-analyse, c’est-à-dire une étude passant en revue une série d’études, est parue en 2009 dans la revue de la Société américaine de microbiologie. Les études que ses auteurs ont passées en revue portaient sur des animaux traités aux antibiotiques pendant la durée normalement prescrite. Aucune trace de la bactérie n’a pu ensuite être trouvée, que ce soit par des tests d’ADN, par des échantillons de sang cultivés en éprouvettes, par des transplantations de tissus sur des animaux sains, ou par d’autres méthodes.

2) Des études animales isolées ont obtenu, il est vrai, des résultats mitigés, trouvant parfois des traces de la bactérie dans les tissus prélevés après le traitement aux antibiotiques, mais sans qu’on puisse établir si ces bactéries étaient toujours vivantes avant le prélèvement. Et comme le soulignait une de ces études en 2017, il est difficile d’en tirer des conclusions vu «les variations dans les méthodologies, les méthodes de détection et les limitations des modèles» : trop petits groupes de singes rhésus ou extrapolations vers l’humain plus hasardeuses quand il s’agit d’études sur des souris.

3) Une autre méta-analyse, ciblant cette fois les humains, était parue en 2007 dans la revue Neurology. Les 37 études retenues s’intéressaient à un ensemble de symptômes neurologiques (méningite, encéphalopathie, etc.) dont certains sont regroupés sous l’étiquette «syndrome post-traitement de la maladie de Lyme». Ces symptômes affectent une minorité de patients qui ont été traités pour la maladie de Lyme, le problème étant qu’après le traitement aux antibiotiques, plus aucune trace de la bactérie n’a été trouvée chez eux. Les chercheurs ne nient pas l’existence de ces symptômes : mais la cause, concluent-ils, ne peut pas être la bactérie.

4) Plusieurs des études précédemment mentionnées n’ont pas seulement conclu qu’un traitement de six mois ou plus aux antibiotiques était inutile, elles ont ajouté qu’il comportait des risques — dont la prolifération, chez le patient, d’autres bactéries qui développent progressivement une résistance aux antibiotiques — et pouvait entraîner des effets secondaires.

5) Par ailleurs, d’autres données scientifiques viennent enfoncer le clou lorsqu’on introduit un placebo. En 2008, est parue par exemple une revue de quatre études ayant en commun d’avoir été réalisées avec deux groupes et un placebo — c’est-à-dire que la moitié des participants diagnostiqués comme souffrant de «maladie chronique de Lyme» ont reçu un antibiotique et l’autre moitié, un faux médicament. Aucune différence n’a été notée entre les deux groupes — dans certains cas, jusqu’à 40 % des patients qui avaient reçu le faux médicament avaient déclaré se sentir mieux.

6) Enfin, même parmi les défenseurs d’une maladie chronique de Lyme, il n’y a pas consensus sur la façon de la diagnostiquer. Une analyse parue en 2007 dans le New  England Journal of Medicine, notait que la définition est «imprécise» et que le diagnostic «n’est souvent basé» que sur la subjectivité du médecin «plutôt que sur des critères cliniques bien définis». Autrement dit, le diagnostic reposera plus souvent sur les symptômes que sur des analyses de laboratoire qui permettraient de prouver — ou non — la présence de la bactérie. Or, ces symptômes peuvent être de nature neurologique, comme ceux mentionnés plus haut, ou très vagues : fatigue, douleurs, troubles du sommeil…

Les opinions

1) Si ce n’est pas une bactérie qui est derrière les troubles neurologiques que chercheurs et cliniciens appellent «syndrome post-traitement de la maladie de Lyme», quelles pourraient être les autres causes ? Au fil des années, des études ont défendu entre autres la possibilité d’inflammations causées par des «antigènes résiduels» de bactéries mortes, des restes de tissus endommagés par les bactéries, ou une réaction excessive du système immunitaire à un cas de «mimétisme» — c’est-à-dire lorsqu’il confond un «ami» avec un «ennemi». Aucune de ces hypothèses ne rallie une majorité.

2) Des défenseurs de l’idée d’une maladie chronique de Lyme ont formé dans certains pays des associations qui font du lobby auprès de leurs gouvernements respectifs afin qu’il reconnaisse l’existence de cette maladie.

3) Dans l’État de New York, un tel lobby a convaincu les législateurs d’adopter, en 2014, une loi ayant pour but d’empêcher le Bureau de l’État sur la conduite médicale d’enquêter sur un médecin qui aurait recommandé un traitement sur la maladie de Lyme «et autres maladies causées par des tiques» qui ne serait pas «universellement accepté». Cela n’a toutefois pas empêché le Bureau, en 2017, de suspendre pour trois ans, pour «négligence» et «incompétence», le psychiatre Bernard Raxlen, qui s’est auto-proclamé expert en «maladie chronique de Lyme».

4) La journaliste Isabelle Hachey citait la semaine dernière dans La Presse Alex Carignan, microbiologiste-infectiologue et chercheur à l’Université de Sherbrooke qui, à la suite d’entrevues critiquant cette hypothèse, aurait été insulté, menacé, harcelé dans un parc. «J’en suis même venu à craindre pour ma famille», écrit-il à la journaliste.

5) Une théorie complotiste fréquemment avancée est celle que la maladie chronique — voire l’ensemble de la maladie de Lyme — serait causée par des tiques mutantes échappées d’un laboratoire militaire secret de l’État de New York. Le laboratoire n’est pas si secret (Plum Island Animal Disease Center of New York) mais l’origine de cette rumeur est un livre publié en 2004 par un nommé Michael C. Carroll (Lab 257), qui a admis n’avoir aucune preuve de ce qu’il avait avancé.

Science

«Fausses boulettes» : pas si bonnes que ça pour la santé

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai lu votre article sur l’impact environnemental moindre des «fausses boulettes» Beyond Meat, comparé à la viande de bœuf. Mais je me demande : qu’en est-il de la liste d’ingrédients de ces boulettes ? Sont-elles vraiment meilleures pour la santé que des boulettes de viande ?», demande Simon Ouellet, de Québec.

J’ai bien dû recevoir cette question 10 fois, sinon 15, à la suite de ma chronique «Vérification faite» du 13 juin, dont la conclusion était que les boulettes végétales de Beyond Meat et Impossible Burger sont effectivement plus «vertes» que la viande de bœuf, même quand le bétail est élevé localement. Cela s’explique par le fait que la plus grosse partie (et de loin) de l’empreinte environnementale de l’agriculture survient à la ferme, pas pendant le transport

Maintenant, puisque cette liste d’ingrédients suscite tant de curiosité, venons-y. Ces boulettes, lit-on sur l’emballage, sont principalement faites d’«isolats de protéines de pois» et d’huiles végétales. Précisons que les premiers sont des extraits de pois, comme leur nom l’indique, que l’on trouve notamment dans certains suppléments de protéines en poudre. Chaque boulette de 113 grammes (4 onces) de Beyond Meat contient 250 calories (kcal), ce qui est comparable à une quantité équivalente de bœuf haché maigre (260 kcal), mais sensiblement plus que le bœuf haché extra-maigre (198 kcal), d’après la base de données nutritionnelles du ministère américain de l’agriculture.

Il n’y a toutefois pas que le contenu énergétique qui fait (ou défait) la qualité d’un aliment. «Dans les études épidémiologiques sur la viande rouge, ce qui ressort, c’est surtout le risque accru de maladies cardiovasculaires, dit Simone Lemieux, chercheuse en nutrition à l’Université Laval. Bon, ces études-là ne font pas toutes la différence entre le maigre et l’extra-maigre, et elle combinent souvent la charcuterie avec le reste, mais c’est vraiment ça qui ressort pour la viande rouge, parce que la volaille et le poisson ne sont pas associés aux maladies cardiovasculaires. (…) Et c’est surtout à cause des gras saturés.» (Précisons que la viande rouge est également associée à un risque accru pour certains cancers, mais c’est un surplus de risque bien moindre que celui pour la santé cardiovasculaire, loin s’en faut.)

En général, poursuit Mme Lemieux, les aliments à base de protéines végétales ne contiennent pas de gras saturés, mais les «fausses boulettes» dérogent à cette «règle» : on en trouve environ 6 g par portion de 113 g, ce qui les place encore une fois entre le bœuf haché maigre (7,3 g) et l’extra-maigre (4,4 g). «Alors on voit que de ce point de vue, le gain n’est pas très grand avec les boulettes de Beyond Meat», commente la nutritionniste.

Les «fausses boulettes» sont en outre assez salées : «on parle de 390 milligrammes de sodium par boulette, ce qui est quand même une quantité appréciable», dit Mme Lemieux. La même quantité de bœuf haché en contient environ 75 mg seulement. L’écart est donc considérable, et pas à l’avantage des «fausses boulettes».

Cela dit, cependant, la «viande végétale» n’a pas que des inconvénients. Ainsi, chaque boulette Beyond Meat recèle 25 % de la dose quotidienne recommandée en fer, ce qui fait 3,5 mg. Si étonnant que cela puisse paraître puisque la viande rouge a la réputation (méritée) d’être une bonne source de fer, c’est plus que la même quantité de bœuf haché (2,5 mg). Mais il faut dire ici que «le fer provenant de la viande est mieux absorbé par l’organisme que le fer provenant de sources végétales, précise Mme Lemieux. Malgré cela et selon quelques petits calculs, il reste tout de même un léger avantage du côté du fer pour Beyond Meat.»

Autre avantage (et un plus substantiel) : les fibres. Ainsi, note la chercheuse, la portion de 113g de Beyond Meat contient 2 g de fibres alimentaires ; cela ne représente qu’environ 8 % des besoins quotidiens d’un adulte, mais c’est tout de même clairement mieux que la viande, dans laquelle on n’en trouve aucune.

De plus, le reproche que l’on fait souvent aux protéines d’origine végétale, soit de ne pas donner tous les acides aminés (les protéines sont des molécules faites comme des «chaînes», dont les maillons sont des acides aminés) dont le corps humain a besoin alors que la viande le fait, n’est essentiellement vrai qu’en théorie, dit Mme Lemieux. En pratique, «pour les adultes, c’est de manger des aliments variés qui est vraiment important. Si on mange la boulette végétale avec du pain, par exemple, on va chercher d’autres acides aminés. Alors c’est vrai qu’il n’y a pas tous les acides aminé essentiels là-dedans, contrairement au steak haché, mais n’importe qui qui mangerait le moindrement varié le reste de la journée va aller chercher ce dont il a besoin».

Au total, cependant, si bonnes qu’elles soient pour l’environnement, les boulettes végétales «n’ont pas beaucoup d’avantages pour la santé quand on regarde nutriment par nutriment, surtout si on compare au bœuf extra-maigre», conclut Mme Lemieux. Notons que son avis rejoint celui d’autres nutritionnistes [http://bit.ly/2NnwohW].

Un dernier mot, pour terminer, au sujet d’un aspect de Beyond Meat qui a été soulevé par plusieurs lecteurs : le fait qu’il s’agit d’un de ces fameux aliments «ultratransformés». Il y a bien eu des travaux récents qui ont suggéré un lien entre ce type d’aliments et une mortalité accrue. Mais ces études, bien qu’elles aient été menées par des gens sérieux, ont généralement été accueillies avec une certaine suspicion par la communauté scientifique, parce que le concept d’«aliment ultratransformé» est flou et parce que leur consommation semble souvent venir avec de mauvaises habitudes de vie, comme la cigarette. Alors il n’est pas clair du tout, du moins pas pour l’instant, que ces «aliments ultratransformés» soient nocifs.

Science

Beyond Meat: les boulettes diaboliques...

BLOGUE / Ce serait presque un euphémisme de dire que j'ai reçu beaucoup de réactions à ma chronique sur les «fausses boulettes», parue la semaine dernière. J'aurais dû m'y attendre, remarquez : tout ce qui touche à notre quotidien et notre mode de vie suscite ce genre de réactions. Plusieurs m'ont accusé de vouloir tuer l'agriculture locale (rien de moins), d'être le pantin de «Big Ag», de négliger plusieurs aspects importants de l'histoire et de passer à côté de la «vraie solution» que serait la «gestion holistique» des pâturages. Alors revenons-y un peu, parce qu'il y a des choses utiles à faire ressortir là-dedans.

Pour récapituler, dans le texte en question, je répondais à un lecteur qui voulait savoir s'il est vrai que les «fausses boulettes» faites de matière végétale comme celles de Beyond Meat et Impossible Burger, que l'on trouve maintenant dans pas mal toutes les épiceries, sont vraiment plus «écolos» qu'un bœuf qui serait produit localement. Et la réponse est oui, car même si les boulettes végé sont importées et faites de produits qui ont voyagé pas mal pour être transformés en usine, il reste que le plus clair des gaz à effet de serre (GES) et des autres impacts environnementaux de l'agriculture survient à la ferme, pas lors du transport.

Si l'on tient compte du fait que les animaux ne transforment qu'une petite partie de leur nourriture en viande, alors la production de chaque kilo de viande occupe forcément plus d'espace et mobilise plus de ressources que son équivalent végétal. C'est d'ailleurs particulièrement vrai des bovins, qui sont parmi les moins efficaces à transformer leur nourriture en viande et dont le système digestif produit de grandes quantités de méthane, un GES 30 fois plus puissant que le CO2.

Nombre de lecteurs doutent manifestement de cette conclusion. Alors voici les principaux arguments qui m'ont été signalés, on pourra en discuter.

L'approche «régénérative» ou «holistique»

Vous dire à quel point l'adjectif holistique suscite immédiatement ma méfiance, à cause de son omniprésence dans les milieux de la «santé naturelle» et des médecines dites «alternatives»... Mais bon, c'est quand même le point qui m'a été le plus fréquemment soumis au sujet de ma chronique sur les fausses boulettes.

Essentiellement, cet argument dit que si l'on fait des rotations agressives de pâturage de manière à ce que les bovins n'aient jamais le temps de tout brouter avant qu'on les change d'enclos, alors on permet au sol d'accumuler du carbone (qui est capté par les herbages). Non seulement cette approche réduirait les émissions de GES, mais on me signale que cela transformerait carrément la production bovine en puits de carbone : le sol de ces pâturages emprisonnerait tellement de carbone, me disent les partisans de cette agriculture «holistique», que l'effet net serait de diminuer l'effet de serre au lieu d'y contribuer.

Ce n'est pas une mince affirmation, ça, messieurs dames... Plusieurs m'ont cité ce rapport à l'appui. L'ennui, c'est qu'il a été rédigé par une firme de consultants à la commande de l'entreprise White Oak Pasture, qui est... un producteur de bœuf «holistique». Le conflit d'intérêts est patent, et je n'ai rien vu qui permette de croire que des mesures (revue par les pairs, ou du moins par des relecteurs externes) ont été prises pour neutraliser les biais qui en découleraient.

Il existe tout de même certains travaux dûment publiés dans la littérature scientifique qui concluent que cette approche peut plus que compenser le méthane émis par les bœufs — cette étude-ci, par exemple, arrive des émissions négatives de –6,65 kg de CO2 par kilo de carcasse. Mais tout indique qu'il s'agit de conclusions qui vont à l'encontre de la très grande majorité des recherches sur le sujet, donc c'est à prendre avec un très gros grain de sel. J'ai trouvé d'autres sources, très solides, qui doutent fortement qu'il soit possible que la production bovine puisse devenir un puits de carbone (même si elle a d'autres avantages environnementaux), ou du moins que ce genre de résultats soit généralisables ou soutenables à long terme.

En outre, même si on accepte malgré tout la prémisse que l'approche régénérative compense bel et bien tous les GES de la production bovine, cela ne resterait rien de plus qu'un compromis, un «trade-off», comme on dit en anglais. Faire se promener le bétail dans plusieurs enclos pour permettre au couvert végétal de se régénérer implique en effet d'occuper plus d'espace par kilogramme de viande produite, donc d'empiéter davantage sur des superficies qui seraient autrement laissés à l'état naturel. Or ce n'est pas un détail anodin : la perte d'habitats est un des principaux facteurs d'extinction des espèces. Cette réduction des GES, si elle est réelle, viendrait donc avec un coût considérable.

(Remarquez que cela ferait certainement l'affaire de certaines espèces d'oiseaux champêtres qui ont beaucoup souffert de la quasi disparition des «pâturages d'antan» depuis quelques décennies, mais la règle générale demeure qu'il vaut mieux produire notre nourriture sur un aussi petit espace que possible.)

Science

David Saint-Jacques de retour sur Terre [PHOTOS]

L’astronaute David Saint-Jacques a eu droit à une Fête nationale bien différente des autres Québécois cette année. Après avoir passé 204 jours à bord de la Station spatiale internationale, il est rentré sur Terre dans une capsule Soyouz, à 22h47 (heure de l’Est) lundi soir.

À l’Agence spatiale canadienne à Longueuil, une salle bondée d’employés et de membres de la famille de David Saint-Jacques a chaudement applaudi l’atterrissage réussi.

Les astronautes Robert Thirsk et Jeremy Hansen ont animé la soirée en décrivant chacune des étapes du voyage de retour de l’équipage formé de David Saint-Jacques, l’astronaute américaine Anne McClain et le cosmonaute russe Oleg Kononenko.

Le trio a amorcé son voyage de retour à 19h24 (heure de l’Est). La capsule s’est posée comme prévu au sud de la ville de Zhezkazgan, en plein cœur du Kazakhstan.

Des équipes de récupération déployées sur place ont accueilli l’équipage. Des médecins ont notamment examiné les trois voyageurs pour s’assurer de leur bon état de santé.

Oleg Kononenko est sorti le premier de la capsule, à 23h04, suivi par Anne McClain à 23h08 et David Saint-Jacques à 23h12.

Le vol de retour comporte évidemment des risques, notamment au moment de la rentrée dans l’atmosphère terrestre. Heureusement, l’opération s’est déroulée sans problème.

L’astronaute Robert Thirsk, qui a déjà vécu un atterrissage dans une capsule Soyouz, décrit le détachement de la station comme une opération délicate.

«La mise à feu de l’engin et l’orientation de la capsule lors de la mise à feu sont critiques, alors l’équipage devait certainement se concentrer sur la procédure», mentionne-t-il.

Un autre moment crucial s’est produit sur le coup de 21h50, alors que la capsule a remis les gaz pour décrocher de l’orbite terrestre et amorcer sa chute vers la surface de la Terre.

Selon son expérience, la descente s’avère ensuite une rude épreuve physique.

«En descendant, la force de gravité est forte. C’est comme s’il y avait quatre personnes assises sur votre poitrine. C’est difficile d’inspirer, mais il faut se concentrer pour s’assurer de bien respirer pour ne pas se trouver mal», explique l’astronaute canadien.

«Quand le parachute s’ouvre, il y a un grand mouvement de pendule, de gauche à droite, et l’atterrissage est un écrasement comme un accident de voiture», poursuit-il.

Malgré la violence du choc, il y aurait bien peu de risques de blessures, d’après Bob Thirsk, puisque les sièges sont conçus pour protéger l’équipage.

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Science

Encore du méthane détecté sur Mars, mais la Nasa ne sait pas d’où il vient

WASHINGTON — La Nasa a annoncé que son rover Curiosity avait de nouveau détecté sur Mars du méthane, un gaz qui peut être émis par des microbes mais aussi par des interactions entre roches et eau.

Le mini-laboratoire chimique embarqué à bord de Curiosity, baptisé SAM, a trouvé une concentration de méthane de 21 parties par milliard d’unités en volume, a annoncé l’agence spatiale dimanche dans un communiqué, évoquant un «résultat surprenant».

«Avec les mesures actuelles, nous n’avons aucun moyen de dire si le méthane est d’origine biologique ou géologique, ou ancienne ou moderne», a déclaré Paul Mahaffy, responsable scientifique de la Nasa pour cet équipement scientifique.

La question du méthane passionne les scientifiques spatiaux car sa présence peut indiquer un signe de vie.

Curiosity, qui roule sur Mars depuis 2012, en a déjà détecté plusieurs fois. La sonde européenne Mars Express, en orbite martienne depuis 2003, fut la première à le faire. Mais jamais à un tel niveau, environ trois fois supérieur à ce qui avait été «senti» jusqu’à présent.

Reste un mystère que les scientifiques n’ont pas encore résolu: la sonde européenne Trace Gas Orbiter, lancée en 2016 avec des instruments plus fins, n’a toujours rien détecté.

«Combiner les observations réalisées depuis la surface et en orbite pourraient aider les scientifiques à localiser les sources de gaz sur la planète et comprendre combien de temps il dure dans l’atmosphère martienne. Cela pourrait expliquer pourquoi les observations de méthane du Trace Gas Orbiter et de Curiosity diffèrent autant», conclut la Nasa.

Science

À quand, les prescriptions de «temps en nature» ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / L’idée voulant que les loisirs pratiqués dans un cadre naturel soient bons pour notre santé et notre bien-être n’est pas nouvelle.

Cela fait des générations que les parents disent à leurs enfants «Va jouer dehors, c’est bon pour toi». L’étude que des collègues et moi avons publiée dans le journal Scientific Reports suggère qu’une dose de nature d’aussi peu que deux heures par semaine contribue à une meilleure santé aussi bien physique que psychique. Et ce chiffre de deux heures est tout aussi valable pour toutes les couches démographiques auxquelles nous avons pu penser, du moins en Angleterre.

Mais comment se fait-il qu’il faille une étude pour arriver à cette conclusion? Car malgré le gros bon sens de nos parents, le diable se cache toujours dans les détails. Par exemple, on ne sait pas de façon intuitive combien de temps exactement il faut passer entouré de nature pour en ressentir les bienfaits, si «trop, c’est trop», s’il est préférable de répartir cette expérience sur plusieurs épisodes, ou au contraire la faire en une seule sortie, si les parcs, les plages et les montagnes procurent le même résultat, ou encore si cette routine est plus importante pour certains que pour d’autres.

Nous avons voulu répondre à ces questions afin de commencer à développer des directives sur combien de temps on devrait passer dans la nature. Des directives similaires ont déjà été établies disant que 150 minutes d’activité physique par semaine, ou encore cinq portions de fruits et légumes par jour sont bons pour la santé. Les résultats de notre étude ne sont pas encore finalisés, mais nous croyons qu’ils constituent un point de départ important.

Notre étude s’appuie sur les réponses d’un grand échantillonnage représentatif de 20 000 adultes en Angleterre, obtenues à partir d’un sondage consultatif annuel du gouvernement sur la «participation à l’environnement naturel». Ce sondage a lieu aux domiciles des particuliers. On leur demande de passer en revue les sept journées précédentes et de décrire chaque moment passé à l’extérieur dans un environnement naturel, tel qu’un parc urbain, une forêt, ou encore une plage.

Une fois ce «journal de la nature» compilé, on sélectionne de façon aléatoire une activité nature de la semaine précédente, et on creuse plus en détail auprès des participants: quelle est la durée de la sortie, avec qui ils s’y sont rendus, comment ils s’y sont rendus, et ce qu’ils y ont fait. L’aspect aléatoire de cette sélection est très importante d’un point de vue scientifique, car il nous permet d’en apprendre sur l’activité en général et pas seulement sur les faits saillants dont les gens se souviennent le mieux. En analysant ces réponses, nous avons pu bâtir un profil du temps passé dans la nature chaque semaine par chacun des 20 000 participants.

Afin de comprendre le lien avec la santé et le bien-être, nous avons étudié les réponses données par les mêmes personnes à deux questions complémentaires sur leur santé en général et sur leur «satisfaction par rapport à la vie».

Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage «en bonne santé» ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout. Cela suggère que l’on peut ne pas passer assez de temps dans la nature. De plus, après cinq heures environ passées à l’extérieur, il ne semble pas y avoir davantage de bénéfices.

Science

Il y a 50 ans, débarquer sur la Lune ne faisait pas l’unanimité

Avec le recul historique, on a retenu que la première mission Apollo sur la Lune avait généré un énorme enthousiasme et contribué à changer la perception de notre place dans le cosmos. Mais on oublie que pendant les années précédentes, les Américains étaient plutôt mitigés à l’idée d’envoyer des hommes là-haut.

Pendant toutes les années 1960 en effet, aucun sondage n’a révélé un appui d’une majorité d’Américains à une mission lunaire. C’est ce que rappelle l’historien à la retraite Roger Launius dans son nouveau livre, Apollo’s Legacy : Perspectives on the Moon Landing.

Non sans raison : le programme Apollo a coûté 25,4 milliards, l’équivalent de 180 milliards en dollars américains d’aujourd’hui. À la fin des années 1960, c’était, dans le budget fédéral, la deuxième dépense la plus élevée du gouvernement américain, derrière la guerre du Vietnam. Certains sondages rangeaient même le «voyage spatial» près du sommet des programmes à couper, signalait Launius dès 2010.

L’émotion générée par le «petit pas pour l’homme, bond de géant pour l’humanité», allait balayer une partie de ce scepticisme en juillet 1969 — et encore, l’appui ne serait que de 53 %, un élément important à considérer quand on se rappelle qu’Apollo 17 fut la dernière mission lunaire, en 1972, bien que le programme ait prévu à l’origine des Apollo 18, 19 et 20.

Science

Consommer son placenta ? À éviter

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’idée de consommer son placenta pour éviter la dépression post-partum et pour prendre des forces après l’accouchement fait des adeptes sur le web. Mais la pratique n’est pas forcément bénéfique pour la santé. Le Détecteur de rumeurs explique pourquoi.

L’origine de la rumeur

La placentophagie, qui consiste à manger son placenta après l’accouchement pour en retirer de l’énergie, suscite un intérêt croissant chez les femmes en post-partum, en particulier aux États-Unis où des vedettes comme Kim Kardashian et Hilary Duff annoncent avoir consommé le leur sous forme de capsule ou en smoothies.

Le placenta assure les échanges nutritifs entre la mère et le fœtus par le biais du cordon ombilical. Par extension, les défenseurs de la placentophagie soutiennent que la pratique est bénéfique pour la mère puisque le placenta conserve les hormones, les vitamines et les nutriments qui ont permis au bébé de grandir.

Le placenta se mange cru, en smoothies avec des fruits, ou cuisiné. Le Détecteur de rumeurs a même vu des livres de recettes pour placenta ! Mais le plus souvent, les femmes le consomment sous forme de gélules fabriquées avec leur placenta déshydraté. Sur Internet, des dizaines d’entreprises proposent de préparer le placenta pour la consommation humaine ou vendent des ensembles d’encapsulation permettant aux nouvelles mamans de faire leurs propres gélules à partir de leur placenta.

Bien que la placentophagie soit encore peu répandue, elle inquiète les autorités de santé publique. Après les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) américains et Santé Canada, c’était au tour de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) de dénoncer la pratique dans l’édition de mai 2019 du Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada.

Les bienfaits présumés

Parmi les bienfaits qui y sont attribués : la prévention de la dépression post-partum, une amélioration du taux de fer, une augmentation du niveau d’énergie et de la production de lait, et un renforcement des liens maternels.

De nombreux blogues rapportent les témoignages de femmes disant s’être senties mieux, avoir vu s'améliorer leur sommeil, leur humeur et leur niveau d’énergie, après avoir consommé leur placenta. Ces bienfaits sont aussi rapportés dans des sondages réalisés aux États-Unis. Leur méthodologie est toutefois critiquée par la SOGC.

Efficacité et sécurité contestées

Le problème, c’est qu’il n’existe pas suffisamment d’études à grande échelle et statistiquement fiables qui démontrent que le placenta agit comme un antidépresseur, aide à la production de lait ou réduit le risque de dépression post-partum. De plus, il n’est pas certain que le placenta conserve des vertus nutritives une fois expulsé du corps de la mère; et les faibles concentrations de nutriments trouvées dans les capsules de placenta déshydraté font douter d’un éventuel effet thérapeutique.

Après avoir fait une revue des données scientifiques disponibles sur la consommation de placenta, la SOGC a conclu en mai que la consommation de placenta humain ne peut être recommandée en raison du manque de données probantes. L’organisme souligne que les rares études sont de trop petites tailles ou comportent des failles méthodologiques. Par contre, les dommages potentiels, notamment le risque d’infection, sont documentés.

Les risques étaient aussi au cœur de l’avis émis par Santé Canada en novembre 2018. Le Ministère recommandait aux mères d’éviter de manger du placenta en raison des risques d’infections pour la femme et son nouveau-né. Un nourrisson a d’ailleurs été hospitalisé en septembre 2016, en Oregon, pour une infection bactérienne causée par les gélules de placenta contaminées au Streptococcus agalactiae que sa mère avait ingérées alors qu’elle l’allaitait. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies ont réagi en juin 2017, en recommandant d’éviter la consommation de capsules de placenta, les méthodes d’encapsulation n’étant souvent pas adéquates pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Le placenta peut aussi être infecté lors sa manipulation et de son entreposage, après l’accouchement.

Au Canada, les méthodes utilisées pour préparer le placenta à la consommation, notamment sa cuisson ou sa déshydratation, ne sont pas réglementées, ce qui augmente le risque de contamination par des champignons, des virus ou des bactéries nuisibles. Jusqu’à maintenant, Santé Canada n’a autorisé aucun produit de santé contenant du placenta humain.

Verdict

Aucune donnée probante ne démontre que la consommation de placenta est bénéfique pour la santé humaine ou qu’elle peut réduire la dépression post-partum, régénérer le fer ou améliorer la lactation. Par contre, les risques potentiels, notamment ceux de contracter une infection, sont réels. Il est recommandé de laisser son placenta à l’hôpital après l’accouchement.

Science

Les œufs de poules «urbaines» sont-ils sains ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Avec le nombre grandissant d’élevages de poules en milieu urbain, on trouve à peu près toujours quelqu’un dans son entourage ou au travail qui vend des œufs. Mais sont-ils aussi salubres que les œufs qui passent le processus «officiel» d’inspection ? Y a-t-il un danger pour la santé à consommer des œufs de poules élevées par Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?», demande Denis Corriveau, de Nicolet.

L’idée souvent énoncée que «le risque zéro n’existe pas» est, je pense, une des rares vérités à peu près universelles en ce bas monde. En principe, il y a toujours un risque à consommer des œufs, quelle que soit leur origine, comme il y en un a à ingérer n’importe quel autre type de nourriture, d’ailleurs. C’est juste que si on arrête complètement de manger, disons que ce qui suit n’est pas un risque, mais une fatalité…

Dans le cas des œufs, ce sont surtout des bactéries de la «famille» des salmonelles qui peuvent causer problème. Car si le jaune d’œuf est nourrissant pour un embryon, il peut l’être aussi pour des colonies bactériennes, qui peuvent atteindre des concentrations dangereuses. En général, une salmonellose s’apparente à une bonne gastroentérite, mais pour les gens plus vulnérables comme les jeunes enfants et les personnes âgées, cela peut entraîner des complications allant (rarement, mais quand même) jusqu’à la mort.

Il n’est pas facile, notons-le, pour un microbe de passer à travers la coquille d’un œuf. Pas facile du tout, même. La coquille est d’abord recouverte d’une membrane qui empêche la contamination. La coquille elle-même est une barrière supplémentaire, bien qu’elle soit toujours un peu poreuse. L’intérieur de ladite coquille est également tapissée d’une seconde membrane protectrice. Le blanc d’œuf, ensuite, est un milieu alcalin qui n’est pas propice à la croissance bactérienne, en plus d’avoir une consistance qui freine la progression d’éventuelles bactéries, même mobiles. Et le jaune d’œuf (le meilleur endroit pour les bactéries) est entouré d’une troisième membrane protectrice. (Voir ici pour plus de détails : http://bit.ly/2KY18Dw)

Bref, les œufs sont équipés pour se défendre contre les microbes. Autrement, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de poules, car l’omniprésence des bactéries est une autre de ces rares vérités universelles en ce bas-monde.

Mais il arrive quand même que des pathogènes parviennent à se frayer un chemin jusqu’à ce «jack-pot» qu’est le jaune. Par exemple, la pondeuse peut elle-même être infectée et la bactérie peut alors arriver dans l’œuf pendant sa formation, avant que toutes les barrières ne soient formées. Même après qu’il soit pondu, l’œuf (comme n’importe quel autre corps) va changer de volume avec la température, et s’il se contracte, cela va créer une aspiration qui peut permettre à des microbes de passer à travers les pores de la coquille et d’éventuels défauts dans les membranes. Ça arrive, et il semble qu’un sous-type de salmonelle — la Salmonella enteritis — soit meilleur que les autres pathogènes pour se rendre jusqu’au jaune [http://bit.ly/2Fp3Jma].

Maintenant, est-ce que cela survient plus souvent avec des «cocos de cour arrière» qu’avec des œufs industriels, qui sont passés à travers une foule de mesure pour les aseptiser ? Ce n’est pas très clair. On a, d’une part, certaines données qui suggèrent que le risque pourrait être plus grand dans les poulaillers tenus par des «éleveurs du dimanche». Par exemple, une étude de l’université Penn State présentée en 2016 dans un congrès de médecine vétérinaire a trouvé que les œufs vendus à la ferme dans les «petits» poulaillers (moins de 3000 pondeuses, pas soumis aux mêmes normes antimicrobiennes que les autres aux États-Unis) étaient plus souvent porteurs de salmonelle que ceux des gros producteurs. Mais ça ne représentait que 2 % des points de vente [http://bit.ly/2J0MjgC] et la comparaison était loin d’être idéale pour les cours arrières où vivent seulement quelques pondeuses, et pas 3000.

De même, la Santé publique américaine (CDC) a observé une augmentation des éclosions de salmonellose liées à des poulaillers urbains depuis 2000 [http://bit.ly/31PgAaQ]. Cependant, les œufs ne sont qu’une des manières de contracter la maladie, et le fait est qu’une grande partie des conseils du CDC ne concerne pas les œufs eux-mêmes, mais la cohabitation avec la volaille — ne pas garder les oiseaux dans la maison, ne pas les serrer contre soi ou jouer avec, ne pas les bécoter, etc.

En fait, l’étude que j’ai trouvée qui répond le plus directement à la question de M. Corriveau, publiée cette année dans Zoonoses and Public Health, n’a rien trouvé d’alarmant. Elle a porté sur une cinquantaine de poulaillers «amateurs» de Boston et n’a décelé la présence de salmonelle que dans un seul d’entre eux, donc 2 % du total, ce que les auteurs décrivent comme une «prévalence faible». Et encore, il ne s’agissait pas d’une souche de salmonelle particulièrement dangereuse. Mais il faut aussi dire que cette étude-là ne portait pas sur la présence de bactéries dans les œufs, mais bien dans les poulaillers en général (excréments de poule et poussières).

Bref, il n’est pas clair que le risque d’infection à la salmonelle est plus élevé pour qui mange des «œufs urbains». Il n’est pas déraisonnable de le penser, remarquez, puisque des études ont montré que les propriétaires de poules en ville ne sont pas tous au courant des bonnes habitudes à prendre pour minimiser les risques de contamination [http://bit.ly/2XyphaA]. Mais dans tous les cas, et c’est sans doute le plus important, ici, ces risques semblent faibles.

Reste tout de même que chaque propriétaire de poulailler doit prendre une série de mesures d’hygiène (nettoyage quotidien, ramassage des œufs chaque jour, dépistage des maladies, etc.) pour s’assurer que ses œufs et ses animaux sont sains. On peut trouver une liste de ces responsabilités sur le site du ministre de l’Agriculture [http://bit.ly/2Fr3ebg], notamment.

Et pour ceux qui achètent de ces «œufs urbains», ajoutons qu’il n’y a certainement rien de criminel à poser quelques questions sur l’entretien du poulailler, sur l’expérience des «éleveurs», etc.

Science

Le cerveau des femmes fonctionne mieux au chaud? Pas si vite!

Une récente étude a beaucoup fait jaser en rapportant que le cerveau des femmes fonctionne mieux au chaud que celui des hommes. Des experts consultés par La Presse canadienne estiment toutefois qu’elle est tellement pleine de trous qu’il est impossible d’en tirer quelque conclusion que ce soit.

«Selon moi, les conclusions que (les chercheurs) en tirent ne permettent pas du tout d’apporter un certain niveau d’évidence en faveur ou contre leur hypothèse, a tranché Miguel Chagnon, le directeur du service de consultation statistique de l’Université de Montréal. Pour moi, la question reste ouverte, peu importe les chiffres.»

Des chercheurs allemands et américains écrivaient dans le journal scientifique PLOS ONE que les femmes s’en tiraient mieux lors de tests mathématiques et verbaux dans une pièce plus chaude, tandis que la performance des hommes lors de ces mêmes tests était meilleure dans une pièce plus fraîche.

Un peu plus de 540 sujets avaient participé à des tests mathématiques, verbaux et de logique dans une pièce dont la température oscillait entre 16,2 et 32,6 degrés Celsius.

Selon les chercheurs de l’université Southern California et du Centre des sciences sociales WZB de Berlin, les participantes ont fourni davantage de réponses correctes - et davantage de réponses, point - quand la température atteignait la portion supérieure de la fourchette. La même situation aurait été observée chez les participants quand la température se trouvait dans la portion inférieure de la fourchette; quand la pièce était plus chaude, ils remettaient apparemment moins de réponses et moins de réponses correctes.

«Il n’y a absolument rien de neurologique dans cette étude-là. Ce ne sont que des statistiques et il n’y a aucune explication neurologique ou rationnelle (...), à part certaines études qui montreraient que les femmes, de façon suggestive, préfèrent les températures plus hautes, a pour sa part commenté le professeur Cyril Schneider, qui enseigne à la faculté de médecine de l’Université Laval.

«(Les graphiques) montrent qu’il n’y a aucune relation entre la température et ces tâches-là, le sexe confondu.»

De multiples failles

Les experts interrogés par La Presse canadienne énumèrent tellement de failles qu’il est impossible de toutes les nommer.

«Plusieurs limites font que je ne vois pas comment les résultats de cette étude puissent être valides et utiles, a écrit dans un courriel la professeure Jessica Lévesque, de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke. Je pense que c’est à la portée de tous de comprendre que ce n’est pas l’augmentation de quelques degrés de la température qui va réellement changer la performance des employés, à moins que tout soit parfait par ailleurs.»

MM. Schneider et Chagnon soulignent que chacun des 543 sujets n’a été testé qu’une seule fois, et non pas pour chaque épreuve à chaque température, et qu’on ne dispose d’aucune information concernant l’homogénéité des groupes.

Conséquemment, dit M. Schneider, «la personne qui réussit bien à 20 degrés n’est pas la même que celle qui réussit moins bien à 30 degrés (...). La personne qui a été randomisée pour tester les mathématiques à 30 degrés est peut-être moins bonne que celle qui a été testée à 20 degrés. Ça s’appelle un biais de recrutement».

Le professeur Chagon abonde dans le même sens en faisant remarquer que les participants ont été recrutés à l’université: il suffirait que les participantes soient majoritairement des étudiantes en sciences humaines et les participants des étudiants en génie, par exemple, pour bousiller les observations des chercheurs.

«Si de base un groupe est plus fort en mathématiques qu’un autre groupe, on va observer qu’il va y avoir une moyenne plus élevée, peu importe la température au niveau de la pièce, a-t-il dit. On n’a aucune mesure qui pourrait nous établir que les groupes sont équivalents au niveau des différentes températures, que ce soit les mathématiques, le verbal ou la résolution de problèmes.

«Il y a tellement de possibilités! C’est ce que nous appelons des facteurs de confusion, c’est-à-dire que ce qu’on observe peut être attribué à d’autres choses que simplement la condition expérimentale.»

On sait aussi qu’on comptait 59 pour cent d’hommes et 41 pour cent de femmes parmi les participants, ce qui est source de déséquilibre.

Moins de 5 %

En passant les chiffres au peigne fin, M. Chagnon fait une découverte étonnante: moins de 1 pour cent de la variabilité observée lors des épreuves verbales serait attribuable à la température, tandis que la température expliquerait environ 5 pour cent de la variabilité.

«Ce n’est pas très fort, a-t-il dit. Ce ne sont pas des tailles d’effet très fortes.»

Et ce n’est pas tout: il semblerait que le cerveau des hommes est plus efficient en mathématiques et en logique que celui des femmes, indépendamment de la température.

«Oui, je comprends que la performance «semble» augmenter en fonction de la température pour les femmes et décliner pour les hommes, mais (...) même avec une température de 30 (Celsius) j’ai l’impression que les moyennes pour les hommes sont plus élevées que celles pour les femmes», a dit M. Chagnon.

Puisqu’on sait que, règle générale, les femmes sont meilleures que les hommes lors de tâches verbales, M. Schneider estime que la tâche la plus importante à étudier est celle de la logique et de la résolution de problèmes.

«Et on voit qu’il n’y a aucune différence au niveau de la température», a-t-il lancé.

La Presse canadienne a demandé en terminant à M. Chagnon quel sort il réserverait à un étudiant qui lui remettrait un travail d’une qualité comparable à celle de cette étude.

«Oh, il n’a peut-être pas la note de passage», a-t-il rapidement laissé tomber.

Science

Pourquoi manger des insectes est bon pour nous… et pour la planète

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les océans sont surexploités et les changements climatiques auront de profondes répercussions sur la production alimentaire. Pendant ce temps, près d'un milliard de personnes souffrent de malnutrition chronique dans le monde. Parmi les solutions possibles, l'une fait tranquillement son chemin : manger des insectes.

L'Organisation des Nations Unies (ONU) prévoit qu'en 2050, si la tendance se maintient, la population mondiale atteindra les 9,8 milliards d'habitants. En conséquence, la demande mondiale de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux devrait augmenter de 70 %, ce qui exercera une pression supplémentaire sur des ressources agricoles déjà surexploitées.

La demande mondiale de viande en particulier continuera d'augmenter au fur et à mesure que les habitudes alimentaires dans les pays en développement changeront, en raison de l'urbanisation rapide et de la croissance économique.

Des alternatives aux protéines animales

Pour relever les défis alimentaires actuels et futurs, il faut repenser le secteur agro-alimentaire. Nous devons trouver de nouvelles façons de cultiver les aliments, s'attaquer aux inefficacités et élaborer de nouvelles approches en matière de méthodes de production.

Outre la croissance démographique, l'urbanisation et la montée de la classe moyenne dans les pays en développement font augmenter la demande mondiale d'aliments, en particulier de protéines animales. Il faut réduire l'apport des ingrédients traditionnels pour l'alimentation animale comme les céréales, les farines de poisson et les graines oléagineuses et leur trouver des substituts afin d'utiliser plus efficacement les ressources.

Les milliards d'animaux élevés chaque année pour l'alimentation exercent une pression croissante sur les ressources en terre et en eau et contribuent aux changements climatiques et à d'autres impacts négatifs sur l'environnement.

L'élevage du bétail pour la production de viande exerce une pression considérable sur l'utilisation mondiale des terres et de l'eau. À l'heure actuelle, une grande partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et nuisibles à l'environnement.

Les milliards d'animaux élevés chaque année pour l'alimentation exercent une pression croissante sur les ressources en terre et en eau et contribuent aux changements climatiques et à d'autres impacts négatifs sur l'environnement.

L'élevage du bétail pour la production de viande exerce une pression considérable sur l'utilisation mondiale des terres et de l'eau. À l'heure actuelle, une grande partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et nuisibles à l'environnement.

Manger des insectes

Pour relever le défi considérable d'assurer la sécurité alimentaire pour l'avenir, il est impératif de trouver des sources alternatives et durables de protéines, tant pour la consommation humaine directe que pour l'alimentation animale. Les protéines dérivées d'insectes représentent une solution possible. Les insectes, en particulier les larves de mouches, possèdent de nombreuses qualités qui les rendent bien adaptés à l'alimentation animale.

Par exemple, les insectes sont déjà une source naturelle de nourriture pour les porcs et la volaille ainsi que pour de nombreuses espèces de poissons. De plus, les larves d'insectes ont généralement une teneur élevée en protéines et sont riches en d'autres nutriments bénéfiques comme les graisses, les minéraux et les vitamines.

Pour relever le défi considérable d'assurer la sécurité alimentaire pour l'avenir, il est impératif de trouver des sources alternatives et durables de protéines, tant pour la consommation humaine directe que pour l'alimentation animale. Les protéines dérivées d'insectes représentent une solution possible. Les insectes, en particulier les larves de mouches, possèdent de nombreuses qualités qui les rendent bien adaptés à l'alimentation animale.

Par exemple, les insectes sont déjà une source naturelle de nourriture pour les porcs et la volaille ainsi que pour de nombreuses espèces de poissons. De plus, les larves d'insectes ont généralement une teneur élevée en protéines et sont riches en d'autres nutriments bénéfiques comme les graisses, les minéraux et les vitamines.

Science

Grands Lacs: l’eau est anormalement élevée

Le niveau d’eau du lac Ontario a atteint 75,92 mètres le 6 juin. Il surpasse le record enregistré en 2017 et le seuil d’alerte, qui est de 75,5 mètres. Tous les autres Grands Lacs sont en ce moment anormalement élevés.

Le barrage Moses-Saunders, à Cornwall, réduit de 30 % l’afflux du lac Ontario dans le fleuve Saint-Laurent. Mais son effet sur le niveau du lac est minime, selon Rob Caldwell, le secrétaire canadien du Bureau de la régularisation des Grands Lacs et du Saint-Laurent, cité par Radio-Canada.

L’expert a expliqué que les arrivées d’eau dans le lac Ontario provoquent sa hauteur record. Cette étendue d’eau, la plus à l’est des cinq Grands Lacs, est aussi celle qui se situe à l’altitude la plus basse. Le liquide qui y arrive, en grande partie par les chutes du Niagara, peut venir du lac Supérieur, après un voyage de plus de 600 kilomètres.

M. Caldwell a incriminé également le vent de l’est qui réduit l’écoulement des eaux du lac Ontario. «Nous sommes à la merci de Mère Nature», a-t-il déclaré.

L’eau est très haute dans les autres Grands Lacs également :

  • Au début du mois de juin, le niveau du lac Supérieur a dépassé de huit centimètre son record pour cette période de l’année, qui remontait à 1986.
  • Le niveau mensuel du lac Érié a surpassé en mai tous les autres, le précédent record datant également de 1986.
  • Le niveau des lacs Michigan et Huron dépasse de 75 centimètres sa moyenne.

L’eau des Grands Lacs devrait commencer à baisser en automne. Elle monte à chaque printemps. Ce phénomène est toutefois extrême cette année. Les importantes chutes de neige de l’hiver dernier et les pluies abondantes qui ont suivi en sont les causes principales.

Certains chercheurs croient que l’enregistrement de niveaux extrêmement haut et bas dans les Grands Lacs devient la nouvelle norme à cause des changements climatiques.

Science

Une méduse pour aider votre cerveau?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Quel lien y a-t-il entre une protéine de méduse et la santé de votre cerveau ? Un supplément alimentaire qui est censé, selon ses promoteurs, stimuler votre mémoire, votre concentration et votre capacité de raisonnement, en plus de retarder les effets du vieillissement. Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société ont un doute.

L’origine de la rumeur

Prevagen est un supplément alimentaire dont l’ingrédient « actif » est censé être une protéine appelée «apoæquorine», prélevée sur des méduses. Les explications du fabricant sur ce qui permet de l’associer à notre mémoire sont plutôt floues, mais tournent autour du calcium : en gros, chez la méduse, cette protéine s’attache au calcium, et c’est ce qui procure à l’animal sa fameuse fluorescence. Or, les protéines qui se lient au calcium jouent un rôle crucial dans le bon fonctionnement de notre cerveau. Prevagen fait donc valoir qu’un supplément à base d’apoaequorine serait bénéfique.

Extrapolation douteuse

Nos neurones ont effectivement besoin de calcium pour bien fonctionner. Ce calcium ne doit être ni trop abondant ni trop rare. Nos protéines qui se lient au calcium nous protègent contre ces excès. Mais elles se raréfient avec l’âge, ce qui mène à un surplus de calcium dit «non-lié» qui peut endommager nos neurones et donc, nuire à notre mémoire et à notre cognition.

Les biologistes savent que la protéine de méduse en question contient une séquence d'acides aminés très semblable à celle des protéines qui se lient au calcium dans notre corps. De plus, en laboratoire, lorsque des cellules sont mises en contact avec cette protéine, elles acquièrent une meilleure résistance aux dommages. Ces résultats ont mené à l'idée que l'apoaequorine pourrait protéger nos neurones des conséquences du vieillissement.

Le raisonnement a du sens lorsqu'on parle de lames de microscopes en laboratoire. Mais lorsqu'il s’agit d’ingérer cette protéine dans une pilule, on doit s'assurer que la protéine survive à notre système digestif, qu'elle soit absorbée dans notre sang et qu'elle traverse la barrière hémato-encéphalique qui protège notre cerveau des agents infectieux et autres molécules indésirables. Puisque nous savons que les protéines sont décomposées lors de la digestion, les chances que celles-ci demeurent intactes et se rendent au cerveau sont donc négligeables.

Prevagen a-t-elle fait ces tests ? La compagnie Quincy Bioscience, qui distribue Prevagen, proclame que oui. Elle nous présente, avec tambour et trompette, un essai clinique interne contrôlé via placebo, qui démontre une amélioration de la mémoire après 90 jours. Alors qu’en fait, en bout de ligne, le groupe ayant reçu le placebo a performé tout aussi bien que le groupe expérimental.

De plus, au-delà de ce test effectué par la compagnie elle-même, il ne semble pas y avoir de publications révisées par les pairs qui puissent attester de l’efficacité et de l’absence de risques de Prevagen. Ce qui n’empêche pas Quincy Bioscience de proclamer qu’il a été cliniquement démontré que son produit améliore la mémoire et les capacités cognitives. Quoiqu'une clause en petits caractères accompagnant les publicités précise que : «Ces déclarations n'ont pas été évaluées par la Food and Drug Administration. Ce produit n'est pas prévu pour le diagnostic, le traitement, la guérison ou la prévention de toute maladie.»

Ce n’est pas tout. Les données présentées par la compagnie concernant la sûreté du produit semblent elles-mêmes démontrer que le produit ne peut pas fonctionner. Leur essai clinique conclut en effet : «La présente étude s'est penchée sur le potentiel allergène de la protéine purifiée. (Les résultats) révèlent que la protéine n'est pas un allergène connu et ne risque pas de provoquer une réaction croisée avec des allergènes connus. L'apoaequorine est facilement digérée par la pepsine. (...) Ces données ne laissent pas la porte ouverte à des préoccupations supplémentaires en matière de sûreté qui seraient dues à une stabilité inhabituelle de la protéine suivant son ingestion.»

Autrement dit, la compagnie admet, dans cet extrait, que la protéine est décomposée lors de la digestion et n'entre pas dans le cerveau.

Pire encore, dans un avertissement envoyé à la compagnie en 2012, la Food and Drug Administration des États-Unis écrivait que «notre inspection a trouvé des traces de plus de 1 000 événements indésirables et de plaintes rapportées à votre firme entre mai 2008 et décembre 2011». Des «événements indésirables» aussi divers que des convulsions, des AVC, une aggravation des symptômes de la sclérose en plaques, des douleurs à la poitrine, des tremblements, des évanouissements et, étrangement, un dérangement de la mémoire et de la confusion.

Un poursuite contre la compagnie a d’ailleurs été lancée en 2017 aux États-Unis par la Commission fédérale du commerce (FTC) pour fausse représentation et études «non concluantes». Un juge a d’abord rejeté cette poursuite, mais une cour d’appel a tranché en faveur de la FTC en février 2019. Dans la foulée de ce dernier jugement, des consommateurs ont déposé un recours collectif faisant valoir que «Prevagen est un produit à but unique : son seul prétendu avantage est d'améliorer la fonction cérébrale et la mémoire — ce qu'il ne fait pas.»

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Ce texte est une adaptation du billet rédigé en anglais par Joe Schwarcz, publié sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.

Science

Avez-vous vu mes moineaux?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Ma femme et moi habitons la Pointe-de-Sainte-Foy depuis 35 ans. Chaque printemps, nous nous faisons réveiller le matin par des douzaines de corneilles qui nichent dans les grands pins. Mais cette année, silence total le matin. On voit une corneille par ci, par là, mais c’est tout. Nous avons aussi vu beaucoup moins de petits oiseaux migrateurs comme les juncos. Où sont passés tous ces oiseaux ?», demande Pierre Fréchette.

En ce qui concerne les corneilles, c’est difficile à dire. Ce peut être simplement un hasard si elles sont allées croasser ailleurs cette année, car cette espèce n’est pas en déclin, dit l’ornithologue d’Environnement Canada Michel Robert. Celui-ci est bien placé pour le savoir car il a dirigé le dernier Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, paru ce printemps, qui repose sur plus de 100 000 heures d’observation sur le terrain réalisées par quelque 1800 bénévoles entre 2010 et 2014. Comme le même genre d’exercice avait été fait à la fin des années 80 et que les chercheurs sont retournés exactement aux mêmes endroits, on peut faire des comparaisons et dégager des tendances sur 25 ans.

Or, m’a écrit M. Robert lors d’un échange de courriels, «je n’ai pas noté qu’il semblait y avoir moins de corneilles ce printemps ; de plus, les données de l’Atlas n’indiquent rien qui va dans le sens d’un déclin des populations nicheuses de cette espèce pour la période 1990-2014». Il ne semble donc rien s’être passé de particulier avec les corneilles, à part le fait qu’elles s’adonnent cette année à avoir choisi d’autres branches que celles du voisinage de M. Fréchette. Ça arrive.

En ce qui concerne les oiseaux migrateurs, cependant, il y a clairement «quelque chose là», comme on dit. Parmi les facteurs qui poussent les oiseaux à migrer, on trouve la température et la disponibilité des ressources. Or avec le printemps de (comment le dire poliment ?) schnoutte que nous avons connu, beaucoup d’espèces d’oiseaux qui nichent ou qui passent par ici ont retardé leur arrivée/passage. Certaines ne tolèrent pas le froid et n’auraient pas pu survivre, d’autres sont capables d’endurer un peu de froid quand elles ont de la nourriture, mais ledit froid a justement empêché les insectes et les fleurs de sortir aussi tôt que d’habitude, etc.

Bref, ces espèces n’avaient alors aucune raison de venir dans le sud du Québec, et la plupart sont «arrivées/passées à Québec plus tard qu’à l’accoutumée, écrit M. Robert. Encore ce matin [le 4 juin, ndlr] au Domaine Maizerets, il y avait de nombreuses espèces de parulines en migration alors qu'à ce temps-ci de l’année, normalement, la plupart des oiseaux migrateurs sont déjà [passés]».

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«Depuis plusieurs années, on ne voit plus d’hirondelles dans notre paysage, alors où sont-elles allées ? Même les moineaux, qui jadis étaient nombreux dans nos villes et campagnes, semblent les avoir désertés. Est-ce une une réalité ou une fausse impression ?», demande Yvon D’Argy, de Québec.

C’est malheureusement une réalité indéniable, tant pour les hirondelles que pour les moineaux. D’après le Relevé des oiseaux nicheurs du Québec, les populations d’hirondelles rustiques et d’hirondelles de rivage se sont complètement écrasées, ayant fondu de pas moins de 98 % et 92 % respectivement depuis 1970 — au point où le fédéral les a placées sur sa liste d’espèces protégées en novembre 2017. Dans le cas du moineau domestique, on parle d’une baisse d’environ 70 % depuis 1990.

Alors, qu’est-il arrivé ? Grosso modo, ces espèces sont des victimes collatérales et involontaires des changements qui ont «intensifié» notre agriculture au cours des dernières décennies. Par exemple, les marges autrefois laissées en friche autour des champs, et qui constituaient des habitats pour certains oiseaux et insectes, sont maintenant cultivées par les fermiers. On compte environ 80 % moins de pâturages (autre habitat favorable) aujourd’hui qu’au milieu du siècle dernier, lit-on dans un rapport du Regroupement Québec Oiseaux publié en 2014 au sujet de la disparition des oiseaux champêtres. Il y a moins d’élevage qu’avant et le bétail est désormais gardé à l’intérieur presque tout le temps, ce qui prive plusieurs espèces de sources de nourriture — que ce soit les grains qui tombaient des mangeoires ou les insectes que les animaux attiraient.

Beaucoup de terres ont été converties à la production de maïs et de soya, qui n’offrent pas de bons habitats et qui laissent le sol à découvert au printemps, quand les migrateurs arrivent. L’usage grandissant des pesticides est également en cause, tant parce qu’ils éliminent une partie du garde-manger des insectivores et que ceux-ci se trouvent à manger des proies contaminées. Bref, les campagnes ne sont plus aussi hospitalières qu’avant pour ces espèces.

«D’ailleurs, note l’Atlas des oiseaux nicheurs au sujet du moineau domestique, le moineau ne semble pas avoir subi de pertes notables [...] en Abitibi-Témiscamingue, région où les pratiques agricoles ont peu changé.» En milieu urbain, poursuit l’ouvrage, le moineau domestique doit composer avec des prédateurs plus nombreux qu’avant et avec la compétition accrue du roselin familier, une espèce originaire du sud-ouest américain mais qui a beaucoup étendu son aire de répartition récemment.

Dans le cas de l’hirondelle rustique, il faut ajouter qu’elle est aussi «victime» des matériaux modernes avec lesquels on construit les résidences et les granges de nos jours : elle fait son nid avec de la boue qui, si elle adhère solidement au bois, ne prend pas bien du tout sur du PVC ou du métal.

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Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure ? Qu’elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d’y répondre. À nos yeux, il n’existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante ! Alors écrivez-nous à : jfcliche@lesoleil.com.

Science

Les «ports artificiels», clef du succès du Jour J

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Lorsque les troupes alliées ont pris d'assaut les plages de Normandie, en France, le 6 juin 1944 — une audacieuse invasion d'un territoire occupé par les nazis et qui a fait pencher la balance de la Deuxième Guerre mondiale — elles ont utilisé une technologie à la fois remarquable et totalement non éprouvée : les ports artificiels.

Pour organiser ce qui était alors le plus grand assaut maritime de l'histoire, les armées américaine, britannique et canadienne ont dû prévoir le débarquement d'au moins 150 000 soldats, militaires, et tout leur équipement dès le premier jour de l'invasion.

La reconquête du littoral français était seulement le premier défi. Par la suite, les troupes alliées prévoyaient traverser les territoires occupés afin d'aller libérer Paris et, finalement, se rendre à Berlin, où elles allaient converger avec l'armée soviétique pour vaincre Hitler.

Lorsque le général Dwight Eisenhower et ses conseillers ont fait pression pour réaliser cette ambitieuse invasion de la France occupée par les nazis, le premier ministre britannique Winston Churchill a émis de sérieux doutes.

Opération impossible ?

Une telle opération nécessitait plus d'un million de soldats - tous équipés d'armes, de munitions, de nourriture et de vêtements - en plus de centaines de milliers de véhicules, de tentes et du personnel médical.

Le transport d'un si grand nombre de personnes et de matériaux dans des navires, qui devraient lutter contre les vagues, les marées et les courants, représentait un énorme défi logistique.

Churchill, rappelant l'échec de la campagne maritime pour capturer Gallipoli pendant la Première Guerre mondiale, craignait que les troupes alliées ne soient piégées sur les plages et ne deviennent des cibles faciles pour les soldats allemands qui attendaient sur les falaises de Normandie.

Il a donc exigé qu'une équipe d'ingénieurs, de scientifiques et d'officiers militaires conçoive une aire de rassemblement maritime qui pourrait réellement appuyer une telle opération.

La solution de l'équipe était ingénieuse : deux ports artificiels faciles à assembler où les navires alliés pouvaient jeter l'ancre en toute sécurité pour organiser cette opération de grande envergure.

Comme je l'écris dans mon livre publié en 2016 sur ce qui est connu sous le nom de « Mulberry Harbours », chacun de ces ports artificiels était constitué de brise-lames - des barrières contre les vagues constituées de navires coulés et d'énormes chambres en béton.

Derrière les brise-lames circulaires se trouvait un système sophistiqué de piliers flottants ancrés au fond marin.

Toutes ces pièces ont été remorquées à 30 milles de l'autre côté de la Manche le Jour J, à partir du sud de l'Angleterre, puis coulées sur place, à environ un mille de la côte nord-ouest de la France, le même jour.

Les avions allemands de reconnaissance aérienne ont repéré les chambres en béton, qui avaient été remplies d'air pour les faire flotter avant qu'elles ne soient coulées. Mais d'après mes recherches archivistiques, les Allemands n'avaient aucune idée de ce qu'ils voyaient ou de l'utilisation qui serait faite de ces contenants géants.

Une solution flottante

Une fois terminé, chaque Port Mulberry — un nom de code qui n'a aucune autre signification — donnait aux troupes alliées l'accès à une surface d'environ 1 mille carré d'une mer calme et sans vagues à partir duquel elles ont pu organiser l'invasion.

Près de 200 navires militaires et de péniches de débarquement ont mouillé dans les ports de Mulberry la première semaine, envoyant 12 divisions militaires, soit environ 180 000 hommes, directement en territoire ennemi.

Science

Les scientifiques doivent sauter dans le ring de la désinformation

Sur les réseaux sociaux et tout autour de nous, science et pseudoscience se côtoient. «Quand je lis des choses comme l’eau miraculeuse des sportifs, cela ne me donne pas toujours envie de sauter dans l’arène, même si cela reste nécessaire de le faire», résume la professeure au département des sciences biologiques de l’Université Bishop’s et co-organisatrice du colloque de l’ACFAS sur la communication de la recherche, Estelle Chamoux.

«Le climat socioculturel actuel contribue à la promotion du paranormal. C’est une bataille perdue d’avance, l’adepte des pseudosciences affirme sans prouver et c’est moi qui dois démontrer qu’il se trompe», résume pour sa part le professeur titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, Serge Larivée.

La faute va en partie à ce fameux biais de confirmation qui nous permet de prendre des raccourcis utiles, mais qui nous trompe si souvent. « Le cerveau est une machine à générer des croyances. Il veut faire du sens rapidement, ce qui va renforcer ce qu’il pense être vrai, mais qui n’est qu’un biais trompeur », ajoute le chercheur. Le biais de confirmation, analysait longuement le Pr Larivée dans un article, contribue à créer des automatismes mentaux : utile pour gagner du temps et pour réduire les émotions négatives liées à la remise en question d’idées qui nous sont chères…

Redonner confiance

Mais la faute en revient aussi à une barrière qui semble s’être dressée entre le public et la science. Les scientifiques ont souvent du mal à communiquer de manière simple et accessible, tandis que les personnes perçoivent les experts comme une voix parmi tant d’autres.

Ce qui peut contribuer à la méfiance, croit la Pre Chamoux : «La société québécoise possède en moyenne un niveau de littératie scientifique peu élevé, correspondant à primaire 4-5. C’est pour cela qu’il y a une forte méfiance et un désintérêt élevé, et que beaucoup de gens adhèrent aux théories du complot.»

Le manque de littératie scientifique deviendrait même un problème de santé publique, par exemple lorsqu’il détourne les parents de la vaccination. «Les inquiétudes peuvent être légitimes mais sur les réseaux sociaux, n’importe quel gourou va monopoliser le débat en faisant primer l’émotionnel sur le rationnel. Alors que le scientifique va répondre par des données probantes, les anti-vaccins vont culpabiliser les mères avec des arguments infondés», relève encore la Pre Chamoux.

Alors que Serge Larivée avait documenté dans une étude, en 2013, la place grandissante des pseudosciences au sein des librairies, rayons des enfants compris, il apparaît que même les écoles et les universités ne sont plus à l’abri. «Quand un salon de l’ésotérisme se donne dans une école secondaire ou qu’un médium donne une conférence dans une université, cela apporte de la crédibilité à ce genre de choses. L’école a aussi son autocritique à faire», relève l’étudiante en biologie de l’Université Bishop’s — et ancienne naturopathe — Sonya Anvar.

L’un des moyens d’amener la science auprès des gens serait de bâtir un lien direct entre leurs préoccupations et les connaissances scientifiques — comme apprennent à le faire les vulgarisateurs professionnels et les journalistes scientifiques. Pour cela, les scientifiques doivent sauter dans l’arène. «Il faut les outiller pour qu’ils s’y sentent à l’aise, peut-être en commençant par un blogue ou une page YouTube. Ils doivent être présents sur les réseaux sociaux», ajoute encore Estelle Chamoux.

Un autre moyen de redonner confiance en la science, c’est de multiplier les initiatives citoyennes. Avec la plateforme sur les tiques et la maladie de Lyme que Sonya Anvar a mise sur pied, les habitants du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick peuvent participer en mettant une photo et la localisation de la tique recueillie sur leur animal ou sur eux.

Cette démarche scientifique participative permet du coup à la personne d’en apprendre plus sur ce qu’est la science, à l’image de ceux qui participent aux recherches cliniques. Parce que, explique Sonya Anvar, se familiariser avec la manière dont la science se construit permet à cette personne de mieux comprendre ce qu’est vraiment la science.