The Lancet renforce son processus après le fiasco de l'hydroxychloroquine

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The Lancet renforce son processus après le fiasco de l'hydroxychloroquine

PARIS — La revue médicale de référence The Lancet a annoncé le renforcement de son processus de relecture, après avoir dû retirer au printemps une étude très médiatisée sur l'hydroxychloroquine en raison de doutes sur sa fiabilité.

Ce fiasco «nous a poussé à examiner (nos) processus de relecture pour (...) réduire encore les risques de mauvais comportements en matière de recherche et de publications», a écrit dans un texte mis en ligne jeudi soir la revue britannique. La relecture par un comité d'experts indépendants, le peer-reviewing, est censé être un gage de qualité des publications scientifiques.

Pour les travaux utilisant de grosses bases de données, comme celle sur l'hydroxychloroquine retirée début juin, «au moins un des relecteurs (devra) connaître les détails de ces données» et être en mesure «de comprendre et commenter leur intérêt et leurs limites par rapport au sujet» de l'étude. Pour les bases de données les plus vastes, le Lancet aura recours en plus à un «expert en data science».

Fin mai, le Lancet avait publié une étude concluant à l'inefficacité de l'hydroxychloroquine contre le COVID-19 et même à sa dangerosité, un travail fondé, selon ses auteurs, sur les données de près de 100 000 patients hospitalisés dans le monde. L'OMS avait dans la foulée interrompu les essais du médicament mais des doutes avaient rapidement surgi autour des données recueillies par la société Surgisphere (dont le dirigeant était mentionné comme co-auteur de l'étude) qui avait refusé d'en dévoiler les détails. Trois des quatre auteurs l'avait finalement «rétractée» et le Lancet avait présenté ses «excuses».

Pour toutes les études, le Lancet va aussi demander plus d'engagements écrits aux auteurs et que la totalité des auteurs d'une même étude engagent leur responsabilité. Par exemple, «plus d'un auteur» devra avoir eu «directement» accès aux données brutes de l'étude et les avoir «vérifiées». De plus, au moins l'un de ceux qui ont vérifié l'intégrité des données devra être un chercheur, sans lien avec l'entité commerciale (une entreprise par exemple) qui les aurait fournies le cas échéant. Un document devra préciser quelles données seront publiées, quand et comment elles le seront.

Dans un autre texte rendu public vendredi, le Lancet souligne qu'avec la pandémie, il est devenu «particulièrement compliqué» de trouver des relecteurs et que «dans certains cas, nous avons reçu cinq fois plus de manuscrits qu'en temps normal».

À ce jour, l'efficacité de l'hydroxychloroquine contre la COVID-19 n'a pas été démontrée scientifiquement.

De la vie sur Vénus ? Cinq nuances à savoir...

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De la vie sur Vénus ? Cinq nuances à savoir...

Yvan Dutil
Physicien
DÉTECTEUR DE RUMEURS / On aurait découvert, dans l’atmosphère de la planète Vénus, un indice comme quoi il y aurait de la vie là-bas, ont vibré cette semaine tous les médias et toutes les alertes de réseaux sociaux. Bien que l’annonce soit sérieuse, il subsiste de nombreux bémols, constate le Détecteur de rumeurs.

L’origine de la rumeur

Le 14 septembre, une équipe d’astronomes annonce, dans une étude publiée par la revue Nature Astronomy, avoir détecté dans l’atmosphère vénusienne de faibles quantités de phosphine, un gaz qui, dans notre propre atmosphère, est produit par la vie microbienne.

La recherche

Ce n’est pas une découverte fortuite. Il y a longtemps que des scientifiques cherchent à détecter de la vie sur d’autres mondes par des moyens indirects et l’un de ces moyens est de chercher ce qu’on appelle une biosignature.

Par exemple, pour un extraterrestre qui observerait notre planète de loin, l’oxygène de l’air serait une biosignature. Il s’agit d’un sous-produit de la photosynthèse des plantes : sans celles-ci, l’oxygène serait rapidement recapturé par les minéraux et disparaîtrait pratiquement de l’atmosphère terrestre. C’est pour cette raison que la recherche de traces d’oxygène dans l’atmosphère des exoplanètes est l’un des objectifs principaux du télescope spatial James-Webb. Le méthane est aussi, dans certaines conditions, une biosignature : on trouve d’ailleurs sur la planète Mars des quantités intrigantes de méthane qui attisent la curiosité des astrobiologistes.

Récemment, une autre biosignature a été proposée : la phosphine (PH3). Cette molécule est très toxique pour la plupart des organismes vivants, car elle interfère avec l’hémoglobine et avec des protéines et des enzymes de la respiration cellulaire. Sur Terre, les organismes anaérobiques en produisent en quantité significative.

Suite à cette suggestion, des chercheurs ont décidé de regarder s’il y en avait dans l’atmosphère de Vénus en utilisant les radiotélescopes ALMA au Chili et James Clerk Maxwell à Hawaii. Et ils ont effectivement détecté un signal de cette molécule, à des concentrations de l’ordre de 5 à 20 parties par milliard. Le signal semble provenir d’une altitude de 53 à 61 km, dans la couche de nuages mitoyenne/supérieure, où la température est d’environ 30 °C et la pression atmosphérique, environ la moitié de celle au sol sur Terre.

Dans leur étude, les chercheurs soulignent qu’ils ne peuvent prouver que cette phosphine est d’origine biologique : « la détection de phosphine n’est pas une preuve robuste de vie ». Mais ils affirment avoir modélisé les autres mécanismes possibles : volcans, orages, météorites… Aucun, écrivent-ils, ne peut expliquer cette quantité de phosphine dans l’atmosphère.

Cinq bémols

Sans que ce soit une preuve de vie, il s’agit d’une découverte qui passionne l’astrobiologie. Mais plusieurs experts ont rapidement refroidi les ardeurs.

  1. La chimie d’une planète autre que la nôtre peut cacher bien des phénomènes « photochimiques ou géochimiques » qui nous sont encore inconnus. Un bémol mentionné entre autres par la planétologue Caroline Porco sur Twitter et par son collègue James Kasting dans le New York Times. Pour ce dernier, le « modèle de la composition atmosphérique » que présentent les auteurs est « incomplet ».
  2. Vénus recèle d’ailleurs plus que sa part de mystères, ayant été beaucoup moins visitée par des sondes spatiales que Mars. Et ce manque d’intérêt s’explique en partie par sa température à la surface de 460 degrés Celsius, et par son environnement extrêmement sec et hyperacide, tous des facteurs qui rendent difficile d’imaginer une forme de vie capable d’y survivre. Du moins, sur la surface : c’est la raison pour laquelle cette température de 30 degrés dans la haute atmosphère rend l’endroit presque hospitalier.
  3. Pour le professeur de chimie organique Joseph Moran, de l’Université de Strasbourg, la réaction entre l’oxyde de fer et les phosphates peut elle aussi produire de la phosphine. «Les métaux devraient être considérés ici, pas seulement la photochimie de l’atmosphère», écrit-il.
  4. L’exemple du méthane dans l’atmosphère de Mars est un autre appel à la prudence : bien que ce méthane suscite la curiosité des astrobiologistes depuis plus de 15 ans, ceux-ci ne sont pas encore arrivés à démontrer qu’une origine microbienne soit la seule explication possible à ces hausses de méthane détectées à intervalles irréguliers.
  5. De la phosphine avait aussi été détectée, par la sonde Cassini, dans les nuages de Jupiter et de Saturne, sans qu’une explication biologique n’ait été avancée.

Un contre-argument « optimiste » à tous ces bémols est toutefois que, quelle que soit l’origine de ce gaz, la durée de vie d’une molécule de phosphine à l’altitude observée ne saurait dépasser 1000 ans. Il faut donc nécessairement une source qui en produise de façon continue pour que l’on en observe à ces concentrations.

Les téléphones cellulaires pourraient jouer un rôle dans la mortalité des insectes, selon une étude

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Les téléphones cellulaires pourraient jouer un rôle dans la mortalité des insectes, selon une étude

Agence France-Presse
BERLIN - Le rayonnement des téléphones cellulaires pourrait être une des causes, avec l’usage de pesticides et la déforestation, de la mortalité des insectes en Europe, selon l’analyse de plus d’une centaine d’études menées par une ONG allemande.

L’exposition croissante de l’environnement aux rayonnements électromagnétiques a «probablement une influence sur le monde des insectes», estime cette analyse, publiée jeudi, des données de 190 études menées par l’Association allemande pour la conservation de la nature (NABU) en collaboration avec deux ONG allemande et luxembourgeoise.

Cette analyse intervient au moment où l’Europe prépare l’arrivée prochaine de la technologie 5G, qui doit proposer un débit 100 fois plus rapide que celui des réseaux 4G existants et suscite de nombreuses mises en garde, en particulier des écologistes.

Quelque 60% des études montreraient notamment, selon ces ONG, des effets négatifs sur les abeilles, les guêpes et les mouches.

Ces effets indésirables vont d’une perte de la capacité d’orientation due aux champs magnétiques à la détérioration du matériel génétique et des larves.

Le rayonnement des téléphones portables et des réseaux sans fil tels que le Wifi provoquerait en particulier chez les insectes l’ouverture des canaux calciques des cellules, entraînant une importante introduction d’ions calcium dans l’organisme.

Ce calcium à forte dose déclenche des réactions en chaîne chez les insectes et un «stress cellulaire», selon l’étude.

Parmi ces réactions figureraient «une altération du sens de l’orientation et une diminution de la capacité de reproduction». «Le rythme jour-nuit est perturbé et le système immunitaire est mal activé», soulignent en outre les auteurs du rapport.

«Des études menées en Grèce montrent également que le rayonnement des téléphones portables est nettement plus nocif que le champ magnétique d’une ligne électrique à haute tension», ajoutent-ils.

«Cette analyse de données montre que nous devons garder les yeux ouverts dans toutes les directions lorsque nous analysons les causes du déclin spectaculaire des insectes», explique dans la présentation de l’étude Johannes Enssle, responsable de NABU dans la région du Bade-Wurtemberg.

«Le sujet est inconfortable pour beaucoup d’entre nous, car il interfère avec nos habitudes quotidiennes et il y a de puissants intérêts économiques derrière la technologie des communications mobiles», fait valoir M. Enssle.

La biomasse des arthropodes a diminué en dix ans en Europe de 67% dans les prairies et de 41% dans les forêts, selon une étude allemande publiée en octobre 2019 dans la revue Nature.

Peut-être un signe de vie dans les nuages de Vénus

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Peut-être un signe de vie dans les nuages de Vénus

Pierre Celerier
Agence France-Presse
PARIS — Des chercheurs ont établi la «présence apparente» dans les couches nuageuses de Vénus d’un gaz qui sur Terre est associé à la vie, une découverte qualifiée par le chef de la NASA d’«événement le plus important» dans la recherche de vie extraterrestre.

La découverte, menée par une astronome de l’Université de Cardiff au Royaume-Uni, a été publiée lundi dans la revue Nature Astronomy.

Ce que nous apprennent les essais du vaccin russe contre la COVID-19

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Ce que nous apprennent les essais du vaccin russe contre la COVID-19

Anne Moore
Biochimie et biologie cellulaire, University College Cork
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le président Vladimir Poutine a récemment annoncé qu’une équipe de scientifiques russes avait mis au point un vaccin contre la COVID-19 et que son utilisation avait été approuvée par les autorités réglementaires — du moins, en Russie.

Cette nouvelle a causé la consternation de scientifiques et de cliniciens dans le reste du monde, car les essais chez l’être humain du vaccin — surnommé Spoutnik V — n’avaient commencé que quelques mois plus tôt.

Les résultats des essais de phase 1 et 2 sur l’homme viennent d’être publiés dans The Lancet. Que nous ont-ils appris ?

Voyons d’abord de quel type de vaccin il s’agit. Dans cette étude, on a utilisé une plateforme vaccinale à base de deux vecteurs adénoviraux, Ad5 et Ad26. Ces virus courants du rhume sont rendus inoffensifs et incapables de se multiplier dans l’organisme. Ils ont pour seule fonction d’introduire dans une cellule le code génétique d’une des protéines du nouveau coronavirus, sa protéine de pointe.

Lorsqu’on injecte ces adénovirus modifiés à des humains, leur système immunitaire est stimulé pour répondre à la protéine de pointe au moment de l’immunisation et, espérons-le, pour de nombreuses années à venir, si la personne est ensuite exposée au coronavirus responsable de la COVID-19, le SRAS-CoV-2.

Pas un «moment Spoutnik»

La plateforme de vaccin que les Russes ont utilisée n’est pas nouvelle. D’autres équipes sont en train d’élaborer des vaccins contre la COVID-19 à l’aide d’adénovirus, notamment celle de l’Université d’Oxford et celle de Johnson & Johnson avec son vaccin à Ad26. Après des essais réussis sur les animaux, on procède maintenant à des essais chez l’homme. CanSino Biologicals, une société chinoise, a également démontré que son vaccin Ad5 est sûr et qu’il induit une immunité contre le coronavirus chez l’homme.

Le groupe russe a quant à lui établi que sa préparation lyophilisée du vaccin est aussi efficace que la version congelée. C’est un élément important pour l’expédition et le déploiement du vaccin.

L’article de The Lancet souligne que les données sur l’innocuité sont acceptables, même avec une forte dose. Ces résultats ne sont pas surprenants puisque l’innocuité de différents vaccins à base d’adénovirus a déjà été prouvée dans des recherches antérieures.

Le vaccin est donc sûr, du moins chez les personnes en bonne santé âgées de 18 à 60 ans, mais il reste à savoir s’il fonctionne, c’est-à-dire s’il protège contre la Covid-19.

L’équipe russe a démontré que son vaccin induisait un niveau élevé d’anticorps qui peuvent se lier à la protéine de pointe. Mais une mesure plus importante est le niveau d’anticorps fonctionnels. Autrement dit, les anticorps empêchent-ils un virus d’infecter une cellule ?

Les niveaux d’anticorps neutralisants se sont avérés assez faibles dans cette étude par rapport à des essais publiés pour d’autres vaccins. Il en va de même pour la réponse des cellules T (l’autre branche de l’immunité adaptative).

Une interprétation possible de ces résultats est que ces vaccins n’induisent pas une bonne protection neutralisante. Il est aussi possible que les méthodes utilisées pour mesurer la réponse immunitaire n’étaient pas parfaites. En l’absence de normes de référence internationales, il nous est impossible de dire si ce vaccin est meilleur ou pire que les autres.

Comme pour les autres essais cliniques de vaccin contre la Covid-19, nous ignorons si la neutralisation est suffisante pour protéger de la maladie et combien de temps les anticorps restent dans le sang. Dans les essais publiés, on ne présente que des résultats jusqu’à un mois après l’immunisation. La question fondamentale « les personnes vaccinées sont-elles protégées contre la Covid-19 ? » n’était pas l’objet de cet article.

Quand des élections se mêlent de vaccination

Science

Quand des élections se mêlent de vaccination

Pascal Lapointe
Agence Science-Presse
C’est le monde à l’envers, diront les critiques du « Big Pharma » : plutôt que de saluer un gouvernement qui leur verse des milliards pour lancer un vaccin contre le coronavirus le plus vite possible, neuf grandes compagnies ont senti le besoin de publier une lettre commune mardi, où elles s’engagent à ne pas mettre de l’avant un vaccin contre la COVID-19 qui n’aurait pas été évalué jusqu’au bout.

La lettre s’inscrit dans un contexte où plusieurs craignent que la Maison-Blanche ne soit en train de mettre beaucoup de pression pour avoir un vaccin prêt à distribuer avant l’élection du 3 novembre. Parallèlement, le vaccin s’est bel et bien invité dans l’élection, le président Trump ne cessant d’assurer — sans avancer de faits solides — qu’il pourrait être prêt dès octobre. Et pendant ce temps, des sondages révèlent une incertitude de la population américaine qui dépasse les lignes des partis : selon un sondage récent, 82 % des démocrates et 72 % des républicains « craignent » que l’approbation d’un tel vaccin ne soit guidée davantage par la politique que par la science.

Les signataires font référence à cette inquiétude, disant espérer que leur entente « aidera à rassurer le public quant à la rigueur du processus scientifique et réglementaire par lequel le vaccin sera évalué et pourrait éventuellement être approuvé ».

Parmi les neuf compagnies, on en trouve quatre dont les vaccins candidats ont commencé ces dernières semaines l’ultime phase III des essais cliniques — c’est-à-dire lorsque le vaccin commence à être testé sur des milliers de personnes. Rien n’assure toutefois que ces essais pourraient être concluants dès octobre et même s’ils l’étaient, rien n’assure que l’agence américaine responsable d’approuver les médicaments (la FDA) pourrait faire passer le vaccin aussi vite à travers son processus d’évaluation. Toutefois, deux incidents ces derniers mois ont laissé craindre que la FDA ne soit perméable à l’ingérence politique : lorsqu’elle a approuvé l’usage de l’hydroxychloroquine en mai (puis a retiré cette autorisation d’urgence), et lorsqu’elle a approuvé l’usage du plasma sanguin le 23 août — dans les deux cas, des produits vigoureusement défendus par le président.

Par ailleurs, un des tests de phase III, celui de la compagnie AstraZeneca, a été temporairement suspendu cette semaine, lorsqu’un des patients a développé des effets secondaires « inattendus ». Un tel événement n’est pas anormal dans tout essai clinique de phase III, mais les scientifiques interrogés dans la foulée soulignent tous que cela accentue davantage les risques d’un processus d’approbation qui court-circuiterait les étapes.

L’âge des chiens équivaut-il à 7 fois l’âge des humains?

Science

L’âge des chiens équivaut-il à 7 fois l’âge des humains?

Marion Spée
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / Pour estimer l’âge d’un chien en «années humaines», il existe un vieil adage qui dit qu’il faut multiplier par sept l’âge réel du chien. Est-ce que ça tient la route, s’est demandé le Détecteur de rumeurs?

«Cette croyance vient probablement de l’époque où les chiens avaient une espérance de vie d’une douzaine d’années. Et puisqu’on estimait celle des humains à plus de 70 ans, un facteur sept permettait de passer de l’un à l’autre avec un chiffre rond», explique Matthias Kohlhauer, vétérinaire et enseignant en pharmacologie à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, en France. «Mais aujourd’hui, avec les traitements qu’on peut appliquer aux animaux, on peut avoir des chiens vivre jusqu’à 20 ans. La règle ne tient plus.»

Dans une étude parue le 1er juillet dernier dans la revue Cell Systems, des chercheurs américains se sont d’ailleurs intéressés au vieillissement du chien. À partir d’un échantillon de 104 labradors, ils ont établi une nouvelle formule pour traduire l’âge canin en âge humain. Ils soulignent que les chiens offrent un bon modèle pour de telles comparaisons, car une grande partie de leur environnement, de leur régime alimentaire et de leur exposition aux produits chimiques est similaire au nôtre.

Pour parvenir à cette formule, les auteurs de l’étude se sont penchés sur l’évolution de groupes méthyles, des marques chimiques qui s’associent à l’ADN au cours du temps de manière prédictible, aussi bien chez le chien que chez l’humain. « Le principe, explique Matthias Kohlhauer, c’est que les mammifères vivent des étapes de développement similaires : naissance, petite enfance, jeunesse, puberté, âge adulte. À chacune de ces étapes, des marques chimiques sont laissées sur l’ADN comme une trace de vécu. » Autrement dit, l’étude de cette méthylation permet de donner un âge biologique aux organismes. C’est un peu comme les rides ou la couleur des cheveux qui donnent un indice sur l’âge d’une personne.

En se basant sur ces marqueurs, les chercheurs ont donc établi cette formule, qui tient compte des tranches d’âge respectives (enfance, adolescence, maturité, vieillesse) de l’humain et du chien. Par exemple, un chiot d’environ huit semaines a approximativement l’âge d’un bébé de neuf mois. À ce moment-là, les deux petits sont au stade du développement de leurs dents.

Mais par la suite, la progression du vieillissement diffère grandement chez l’un et l’autre. Autrement dit, les étapes de développement ne se passent pas au même rythme et il n’y a pas de relation linéaire entre l’âge des chiens et celui des hommes : les chiens vieillissent très rapidement au début de leur vie, un chien d’un an a le même vieillissement qu’un humain d’une trentaine d’années. Puis, ça stagne à partir de l’âge de 7 ans. D’ailleurs, selon Matthias Kohlhauer, il n’est pas étonnant de voir un chien développer un cancer dès 7 ans, puisque selon la formule, ça équivaut à 62 ans chez l’humain.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Quelle architecture pour la pandémie?

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Quelle architecture pour la pandémie?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Y a-t-il des gens qui revoient présentement les normes architecturales afin de les adapter aux pandémies? Et si oui, quels changements sont envisagés? Je le demande parce que je suis récemment allé dans une clinique médicale et, étrangement, tout l’espace me semblait à repenser! Même les portes d’un supermarché auraient mieux convenu parce qu’elles s’ouvrent toutes seules, ce qui ne force pas tout le monde à toucher la même poignée!», demande Jacques Foucher, de Laval.

Oui, il y a des gens, et même pas mal, qui pensent à tout ça. Tenez : dès le mois de mars dernier, le magazine spécialisé Architectural Digest abordait cette question précise, évoquant toutes sortes de changements possibles à venir, notamment pour minimiser les contacts surfaces-mains. Il peut s’agir de portes automatiques, comme M. Foucher le mentionne, mais aussi d’ascenseurs à commande vocale ou de toilettes publiques sans porte (l’intérieur est alors caché par deux pans de mur décalés). Ces solutions existent déjà, mais sont sans doute appelées à se répandre davantage.

Et il n’est pas étonnant, au fond, que des architectes se penchent là-dessus. Comme le dit André Potvin, professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval, «par essence l’architecture, c’est la science du corps en mouvement dans l’espace et dans le temps [...] et la pandémie est venue jouer là-dedans, par exemple avec la règle du 2 mètres».

Il est encore trop tôt pour dire quels changements permanents la pandémie aura apporté à l’architecture, mais on peut déjà raisonnablement penser que le télé-travail est là pour rester, poursuit M. Potvin. Ce qui va immanquablement marquer l’architecture et l’urbanisme — besoin d’une pièce de plus dans les logements pour se faire un bureau, demande réduite pour les tours à bureau, possiblement moins de déplacements quotidiens dans les villes, etc.

Or, d’autres aspects de l’architecture, qui sont moins directement liés à la transmission des maladies, seront eux aussi peut-être transformés. M. Potvin se spécialise en «architecture bioclimatique», qui consiste à concevoir des bâtiments de manière à recourir le plus possible à la lumière, au chauffage et à la ventilation naturelles et passives. Et à son avis, l’actuelle pandémie plaide pour ce type de bâtiment, tout particulièrement du point de vue de la ventilation puisque le virus se propage très facilement dans des espaces clos et mal aérés.

«Depuis 50 ans, on construit des bâtiments à aires profondes parce qu’on a accès à la ventilation mécanique. Ça, c’est peut-être appelé à changé», estime-t-il. Ainsi, une bâtisse faite de plusieurs ailes assez étroites va s’aérer beaucoup plus facilement qu’une autre qui aurait la forme d’un cube parce que, pour un même volume, la première offre plus de contact avec l’extérieur et parce que l’air frais n’a pas besoin de parcourir une aussi grande distance avant d’en atteindre le centre.

Fait intéressant, M. Potvin est membre du groupe de recherche Schola, qui a passé en revue toutes les écoles primaires du Québec afin de faire un «état des lieux» et d’aider à les améliorer. «Et on voit que notre parc d’écoles a de grandes qualités parce qu’il a en bonne partie été conçu à une époque où la ventilation mécanique n’était pas encore répandue. […] Mais dans bien des cas, on a condamné des fenêtres et perdu des systèmes très simples comme les vasistas [NDLR : partie ouvrable dans le haut des fenêtres ou des portes]. On a souvent condamné le haut des fenêtres et abaissé les plafonds pour faire passer la ventilation mécanique, mais nos travaux montrent que la plupart de ces bâtiments-là pourraient être naturellement ventilés.»

La même chose vaut d’ailleurs pour les CHSLD, dont la mauvaise ventilation a empiré l’épidémie. «Beaucoup d’entre eux sont d’anciens bâtiments étroits, construits en long, mais qui dans bien des cas ont perdu leur ventilation naturelle», déplore M. Potvin.

«Mon but n’est pas de condamner la ventilation mécanique, insiste-t-il. […Celle-ci] est utile, et même nécessaire en hiver quand les bâtiments doivent être fermés. [...] Mais il faut d’abord privilégier les stratégies naturelles et passive et le problème, dans ce domaine, c’est qu’on a tendance à penser tout de suite aux solutions technologiques.»

Trois millions de dollars pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental

Science

Trois millions de dollars pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental

Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON - La neurobiologiste française d’Harvard Catherine Dulac a reçu jeudi un prix scientifique américain doté de trois millions de dollars, le Breakthrough Prize, pour avoir découvert où se trouve l’instinct parental dans le cerveau de la souris, une percée qui aidera peut-être un jour à mieux comprendre les rôles adoptés par les mammifères, dont les hommes et les femmes.

Les lauréats 2021 du riche prix créé par des entrepreneurs de la Silicon Valley ont été annoncés jeudi. Six autres scientifiques ont été récompensés en sciences de la vie, physique fondamentale et mathématiques, et recevront trois millions de dollars chacun pour des travaux considérés comme des «percées» (le sens de «breakthrough» en anglais). La somme est le triple de celle du prix Nobel.

Catherine Dulac est professeure et directrice de laboratoire à Harvard et à l’institut médical Howard Hughes, et l’oeuvre récompensée est d’avoir identifié les circuits de neurones du cerveau qui, instinctivement, dictent à une souris femelle de généralement prendre soin des souriceaux, et au mâle de les attaquer, selon les circonstances (le comportement infanticidaire est typique des mâles).

Sa contribution majeure est d’avoir montré que mâles et femelles ont chacun en eux les circuits comportementaux des deux sexes: la différence est que leurs hormones activent l’un ou l’autre des circuits, comme un interrupteur. Parfois, c’est l’autre circuit qui s’active, conduisant par exemple une mère stressée à tuer ses petits ou, encore plus spectaculaire, un mâle à s’occuper de sa progéniture lorsqu’il devient père.

«On pense que ce qu’on a trouvé peut s’étendre à d’autres espèces» dont les humains, dit à l’AFP Catherine Dulac, 57 ans, installée depuis 25 ans aux États-Unis.

«Il y a un instinct, et l’instinct, c’est justement le fonctionnement de ces neurones, qui sont - je parie - dans le cerveau de tous les mammifères et disent à l’animal, quand il y a des signaux sur la présence de nouveaux-nés: "Tu dois t’en occuper"», poursuit la scientifique.

Questions transgenres

Ces travaux de recherche fondamentale, bien que limités à la souris comme Catherine Dulac le souligne avec insistance, intéressent évidemment tous ceux qui travaillent sur les questions transgenres, puisque Mme Dulac dit: en chacun, le câblage masculin et féminin existe (du moins chez les souris!).

Familles ou alliés de personnes transgenres l’interpellent régulièrement pour la remercier. «Je suis une scientifique, je regarde les données, je suis neutre», dit-elle, mais elle admet: «Ca me touche énormément».

«Là on se dit: j’ai été utile».

Quant à l’argent du prix, elle confie qu’elle en donnera une partie à des causes liées à la santé et l’éducation des femmes et populations défavorisées.

Originaire de Montpellier, passée par Normale Sup, elle était partie aux États-Unis après son doctorat avec la ferme intention de revenir ensuite en France.

«Mais mon post-doc a très bien marché, et j’ai eu des opportunités pour avoir mon propre labo aux États-Unis, et je n’ai eu aucune opportunité d’avoir mon propre labo en France. Là je me suis vraiment heurtée à une espèce de comportement paternaliste à la con, si je puis m’exprimer ainsi, où les gens disaient: "Oh vous êtes beaucoup trop jeune pour avoir votre propre budget, vous n’avez pas assez d’expérience pour être indépendante"».

Catherine Dulac a donc choisi Harvard et fait sa vie là-bas, obtenant in fine la double nationalité.

Elle estime que les États-Unis ont des années d’avance sur la France pour promouvoir activement l’égalité hommes-femmes, mais régulièrement, dans les conférences, elle raconte être sous-estimée, ou prise de haut, dans des conversations, par des collègues hommes.

«C’est agaçant, on ne s’attend pas à ce que moi, j’aie quelque chose d’intéressant à dire», relève la professeure Dulac, soupirant face à ce qui ressemble fort à un instinct de ses collègues mâles.

Le moment où l’on mange affecte-t-il notre poids ?

Science

Le moment où l’on mange affecte-t-il notre poids ?

Alex Johnstone
Chaire personnelle en nutrition, Université d'Aberdeen
Leonie Ruddick-Collins
Santé et nutrition, Université d'Aberdeen
LA SCIENCE DANS SES MOTS / La plupart des conseils en matière d’alimentation et de santé reposent largement sur l’hypothèse qu’une calorie, c’est une calorie, peu importe le moment de la journée où on la consomme. Mais certaines études semblent indiquer que le corps utilise les calories plus efficacement lorsqu’on les prend le matin plutôt que le soir. Cela suggère qu’il existe une approche stratégique pour la perte de poids.

Si différentes raisons peuvent expliquer ce phénomène, l’une d’elles est liée au rythme circadien — le processus interne qui régule le cycle veille-sommeil sur une période de 24 heures. En plus de faire en sorte que l’on se sente fatigué le soir et alerte le jour, le rythme circadien régule l’horaire des processus corporels — comme la digestion, le métabolisme et la régulation de l’appétit — en faisant sécréter certaines hormones en fonction de ce que l’on mange et du moment où on le fait, de l’activité physique et de l’heure de la journée.

Cependant, on peut modifier ce processus interne si l’on se nourrit ou que l’on fait de l’exercice à des moments inhabituels. Les changements du rythme circadien peuvent avoir un impact sur la santé physique et mentale, ainsi que sur l’immunité.

Étant donné l’importance du rythme circadien pour le corps et la santé générale, notre équipe a voulu connaître son effet sur notre métabolisme. Nous avons conduit une analyse qui portait sur des études menées chez des personnes dont les rythmes circadiens avaient été volontairement perturbés par des chercheurs ou qui souffraient du trouble de l’alimentation nocturne (lorsqu’on avale plus de 25 % de ses calories quotidiennes le soir ou au milieu de la nuit).

Ces études ont démontré que le corps préfère que l’on mange pendant les heures de clarté — en phase avec le rythme circadien naturel. La plupart ont aussi indiqué qu’une perturbation intentionnelle du rythme circadien et une alimentation nocturne provoquaient des modifications de nombreuses hormones importantes pour la régulation de l’appétit, de la dépense énergétique et du glucose (avec des changements dans les taux d’insuline, de leptine, de cortisol et d’autres hormones de l’appétit).

Les bouleversements de ces hormones pourraient théoriquement accroître l’appétit tout en réduisant le niveau d’énergie, ce qui entraîne une augmentation du nombre de calories consommées et une diminution de celles brûlées au cours de la journée. Ce phénomène pourrait mener à une prise de poids, mais avant de conclure, il faudrait davantage de recherches.

Étant donné que les études analysées ne portaient pas toutes sur le même sujet (avec différents résultats) et qu’elles ne mesuraient pas les changements dans l’apport et la dépense caloriques ainsi que dans le poids, on ne peut pas conclure qu’il existe forcément un lien entre la perturbation du rythme circadien et la prise de poids. Cependant, notre étude montre que les processus de l’organisme fonctionnent mieux lorsqu’on a des habitudes de sommeil régulières et qu’on suit son rythme circadien.

Métabolisme et poids

D’autres études semblent également indiquer que l’heure où l’on mange influence l’équilibre énergétique et le poids. Ainsi, le fait de consommer plus de calories en fin de soirée serait lié à une prise de poids et à l’obésité, peut-être en raison d’une moins bonne régulation de l’appétit en soirée, ou parce que les repas tardifs perturbent le rythme circadien et le niveau d’énergie — ce qui nous rend moins susceptibles de faire de l’exercice le lendemain.

D’un autre côté, en mangeant la plupart de ses calories le matin, on peut obtenir une perte de poids accrue qui semble se produire malgré un apport alimentaire total et un niveau d’activité similaires à ceux des personnes qui ont consommé davantage de calories l’après-midi ou le soir. On ne comprend pas encore exactement ce processus, mais il est possible que ceux qui ne déjeunent pas aient davantage tendance à grignoter le soir ou que la prise de nourriture tardive perturbe le rythme circadien. Il convient toutefois de noter que ce ne sont pas toutes les études qui concluent que le fait de prendre la majorité de son apport énergétique le matin renforce la perte de poids.

Modification du génome d'embryons humains: la science n'est «pas encore prête»

Science

Modification du génome d'embryons humains: la science n'est «pas encore prête»

Amélie Baubeau
Agence France-Presse
PARIS — La naissance en 2018 de «bébés OGM» en Chine avait soulevé un tollé. Deux ans plus tard, une commission internationale livre ses recommandations: il faut être certain que la modification génétique d'embryons humains pour des raisons médicales n'entraîne pas d'effets indésirables, avant de songer à y avoir recours.

Cette commission, composée de 18 experts de différentes disciplines, ne rejette pas le principe de la modification génétique chez l'humain. Mais elle entend fournir un cadre et des lignes rouges à ne pas franchir aux pays qui décideraient de s'engager dans cette voie.

«La modification du génome transmissible à la descendance n'est pas encore prête à être testée de façon sûre et efficace chez l'humain», avertissent les experts dans un communiqué accompagnant leur rapport. Et toute éventuelle autorisation de son utilisation devra se faire «progressivement et prudemment», juge Richard Lifton, président de l'Université Rockefeller (États-Unis) et co-président de cette commission, créée par les académies américaines de médecine et des sciences et la Royal Society britannique.

Elle a été constituée après qu'un chercheur chinois, He Jiankui, avait provoqué un scandale planétaire en novembre 2018 en annonçant la naissance des premiers bébés génétiquement modifiés, des jumelles dont il dit avoir modifié l'ADN pour les rendre résistantes au virus du sida dont était infecté leur père. Un troisième enfant à l'ADN modifié est aussi né par la suite, selon l'agence de presse officielle Chine Nouvelle.

Unanimité contre elle

Ce chercheur, qui dirigeait un laboratoire à Shenzhen (sud), a été démis de ses fonctions et condamné en décembre à trois ans de prison pour «avoir illégalement procédé à la manipulation génétique d'embryons à des fins de reproduction». He Jiankui dit avoir utilisé la technique CRISPR-Cas9, qui a révolutionné la médecine génomique ces dernières années. Ces «ciseaux génétiques» permettent de remplacer des parties du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur.

Beaucoup moins coûteuse et plus simple d'utilisation que les techniques jusqu'ici utilisées, la diffusion de cette technique a relancé le débat sur les implications qu'aurait son application chez l'humain.

Si l'expérience de He Jiankui avait fait l'unanimité contre elle, à cause notamment des potentielles conséquences inattendues que peut avoir l'introduction de mutations génétiques, même ciblées, le principe même de modifier le génome humain pour des raisons médicales divise scientifiques et médecins. En mars 2019, des sommités de la recherche avaient plaidé pour un moratoire sur les techniques de modification du génome, mais cette proposition a été fraîchement accueillie par d'autres scientifiques: ils redoutaient un coup d'arrêt à des recherches qui suscitent d'énormes espoirs dans le traitement des maladies génétiques.

Les recommandations de la commission internationale portent sur les modifications de l'ADN de gamètes (ovules et spermatozoïdes), d'oeufs ou d'embyrons humains destinés à mener à une grossesse à bien — et non à des seules fins de recherche. Ces modifications sont particulièrement sensibles car elles peuvent être transmises aux générations suivantes.

«Prévention de maladies graves»

Si certains pays décident d'autoriser ces modifications transmissibles du génome, cela devra être précédé par «des recherches pré-cliniques rigoureuses» pour s'assurer que les mutations introduites n'entraînent pas de conséquences négatives inattendues. «Un critère qui n'est pour l'instant rempli par aucune technologie d'édition du génome» existante, soulignent les 18 experts.

Autre préalable indispensable: organiser «un large débat sur les questions sociales et éthiques» impliquées par ces techniques. Et dans un premier temps, il faudra limiter leur utilisation à «la prévention de maladies graves causées par la mutation d'un seul gène», telles que la mucoviscidose, la drépanocytose, la thalassémie ou la maladie de Tay-Sachs, une maladie neuro-dégénérative héréditaire qui se traduit notamment par un déficit intellectuel sévère et une cécité.

Lorsqu'il n'existe pas d'alternative, «la modification transmissible du génome humain pourrait représenter une option importante pour permettre à de futurs parents avec un risque connu de transmettre une maladie génétique d'avoir un enfant qui leur est génétiquement apparenté non porteur de cette maladie», indique le rapport. Ces avis doivent alimenter le travail du comité consultatif de l'OMS sur l'édition du génome humain, qui doit émettre ses propres recommandations d'ici fin 2020.

Un match sans spectateurs affecte l’équipe locale ? Vrai

Science

Un match sans spectateurs affecte l’équipe locale ? Vrai

Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / En ces temps de semi-confinement, jouer devant des gradins vides peut-il désavantager l’équipe locale, dès lors qu’elle est privée de l’énergie de ses fans ? La réponse est plus subtile, a constaté le Détecteur de rumeurs : les équipes risquent de jouer à armes plus égales que d’habitude.

C’est un vieux débat chez les amateurs de sport : à quel point les supporteurs donnent-ils un avantage à leur équipe locale ? Alors que la pandémie force les équipes à jouer dans des stades ou des arénas vides, l’occasion est bonne pour tenter de trancher la question.

Avantage local

Dans le passé, les chercheurs ont souvent plongé dans les statistiques, mais ils ont dû tenir compte d’autres variables — la fatigue de l’équipe visiteuse à cause de son voyage, ou la familiarité avec les lieux pour les joueurs locaux.

C’est au soccer que l’avantage de jouer localement serait le plus évident. Une étude menée en Italie en 2014 avait analysé les performances d’équipes de soccer partageant le même stade lorsqu’elles jouaient l’une contre l’autre, éliminant ainsi de l’équation les facteurs de la fatigue ou de la non-familiarité avec les lieux. Les auteurs avaient ainsi noté que l’équipe locale, devant ses fans plus nombreux, « performait » mieux, et comptait plus de buts.

Des recherches suggèrent que « l’avantage du terrain » serait plutôt causé par les arbitres qui se laisseraient influencer par la foule. Des économistes suédois ont analysé les matchs de soccer en Italie qui se sont tenus à huis clos en 2007. Durant les matchs devant public, les équipes locales recevaient normalement des verdicts plus favorables des arbitres, moins de cartons jaunes et rouge, et moins de pénalités et de fautes. Cet avantage disparaissait lorsque les matchs se déroulaient sans public. Les arbitres seraient donc fortement (et, on le présume, inconsciemment) affectés par la pression sociale, ajoutait une étude américaine en 2005, et le désir de « satisfaire la foule ».

Cet avantage local aurait d’ailleurs décliné dans les dernières décennies dans certains sports, notamment au basketball, au baseball et au football. L’autorisation des reprises vidéo pour aider les arbitres dans leurs décisions, a contribué à « égaliser les chances », écrivait en 2019 le chercheur américain en sciences de l’information Konstantinos Pelechrinis.

Jouer en période COVID

Qu’en sera-t-il cette année ? Des chercheurs anglais ont publié une étude en juin, comparant 160 matchs de soccer européen sans public à plusieurs milliers d’autres parties pré-COVID. Leur constat ? L’avantage des joueurs locaux aurait dégringolé : les buts comptés par les équipes locales étaient moins nombreux et, alors que ces dernières gagnaient 46 % de leurs matchs lorsque leurs fans étaient présents (contre 28 % de matchs nuls et 26 % de défaites), cette proportion diminuait à 36 % devant des stades vides. L’échantillon reste toutefois limité, et les auteurs font remarquer que, si l’on tient compte de la qualité des équipes dans ces rares matchs à huis clos, l’effet « sans supporteurs » n’est pas statistiquement significatif.

La ligue de soccer de Bundesliga en Allemagne, la première à avoir repris du service durant la pandémie, a elle aussi constaté que la proportion des victoires à la maison avait glissé de 10 points de pourcentage, pouvait-on lire le 1er juillet dans le New York Times. Les joueurs locaux du Bundesliga ont tiré moins souvent au filet, et ont en général fait moins de jeux (passes, dribble, etc.). Même les gardiens de but ont arrêté moins de tirs à la maison que d’habitude. La firme d’analyse Gracenote avait aussi analysé, en juin, 83 matchs joués par cette même ligue allemande depuis son retour au jeu : l’équipe locale avait été plus souvent pénalisée pour des fautes que lorsque les stades étaient remplis, et plus de cartes jaunes avaient été distribuées. À l’inverse, les données récoltées par Impect, une autre firme d’analyse de données, concluent que la qualité globale du jeu depuis la reprise des parties restait la même.

S’ajouteront à cela les ligues de hockey ou de basketball qui, dans l’espoir de réussir à finir une saison déjà bien écourtée, ont créé des « bulles » ayant pour conséquence qu’aucune des équipes ne joue dans sa propre ville : une réduction radicale de tout ce qui pourrait leur rester d’avantage local. À suivre.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Peut-on «cesser» d’être autiste ?

Science

Peut-on «cesser» d’être autiste ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Serait-il possible que l’on soit autiste léger pendant l’enfance et que l’on réussisse petit à petit, en devenant adulte, à surmonter son autisme pour revenir dans une certaine «norme» comportementale», demande Laurette Wolles, d’Écully (France).

L’autisme, s’il est besoin de le rappeler, est ce trouble du développement marqué par une difficulté d’entrer en contact et de communiquer avec les autres. On s’en rend habituellement compte avant l’âge scolaire parce que les enfants qui en sont atteints ont souvent un retard de langage, semblent peu intéressés à jouer avec leurs pairs et peuvent montrer des comportements et des façons de communiquer qui sont très répétitifs — par exemple, une tendance à empiler ou à aligner leurs jouets, l’usage de phrases toutes faites entendues à la télé ou dans d’autres conversations et qui sont difficiles à comprendre pour qui n’en connaît pas le contexte original, etc.

Maintenant, est-ce qu’un enfant peut «en revenir», comme on dit, et éventuellement vivre une vie que l’on qualifierait de «normale» ? La réponse générale est clairement oui, mais avec pas mal de nuances.

D’abord, explique Baudoin Forgeot d’Arc, chercheur et spécialiste de l’autisme de l’Université de Montréal, «l’autisme est généralement décrit comme un frein ou un retard alors qu’en réalité, c’est souvent juste que le développement de l’enfant prend une trajectoire différente. Par exemple, certains autistes vont être capables d’apprendre à lire et écrire alors qu’ils ne parlent pas encore très bien, ce qui est impensable chez les non-autistes».

Alors si l’enfant continue de se développer, il est clair qu’il peut revenir dans ce qu’on appelle la norme. «Ça ne veut pas dire que l’autisme n’est plus là», nuance M. Forgeot d’Arc, puisque ces gens-là vont souvent conserver certaines particularités de langage, de raisonnement ou de comportement, mais cela n’ira pas au-delà de la particularité — lire : ça ne les empêchera pas de bien fonctionner en société.

Alors la question est : quel est le point de départ de l’enfant ? Si l’autisme est très sévère, ou si l’enfant a aussi un des troubles associés à l’autisme, comme une déficience intellectuelle, alors son pronostic n’est pas bon, même s’il peut faire des progrès. Cependant, le mot autisme recouvre un très large spectre, une sorte de dégradé où tous les tons intermédiaires existent et où «la frontière entre les autistes et les non-autistes est plus ou moins arbitraire. Alors pour ceux qui sont au départ proche de cette frontière, oui, il est très possible de passer d’un côté à l’autre», explique M. Forgeot d’Arc.

À cet égard, d’ailleurs, lui et son collègue Laurent Mottron, qui mène lui aussi des recherches sur l’autisme à l’UdeM, dénoncent le surdiagnostic qui s’est généralisé depuis une vingtaine d’années. «Si vous prenez 100 personnes diagnostiquées autistes aux États-Unis, il y en a les trois quarts chez qui les signes d’autisme sont pratiquement imperceptibles. Il y a vraiment un surdiagnostic et c’est un gros problème. En une quinzaine d’années, la prévalence (ndlr : le pourcentage de la population qui est atteint) a été multiplié par quatre, ce qui n’a aucun sens. Alors il faut au départ différencier entre l’autisme «pur», pour ainsi dire, et les signes très mineurs qui peuvent être dus à autre chose», dit Dr Mottron.

À cet égard, renchérit d’ailleurs M. Forgeot d’Arc, cette «obsession du système scolaire pour le diagnostic d’autisme» peut même être nuisible pour l’enfant. «L’anxiété, par exemple, peut mener à un certain isolement social. Alors ça peut passer pour de l’autisme, surtout si l’enfant a également des traits autistes légers. À ce moment-là, le besoin de l’enfant, c’est de traiter le trouble anxieux, sauf que le système a tendance à mettre beaucoup de ressources sur le diagnostic d’autisme», ce qui empêche d’aider l’écolier comme on le devrait, note le chercheur.

Quoi qu’il en soit, il est évident que ces cas très légers, ou même qui n’auraient jamais dû recevoir de diagnostic, peuvent avoir des vies d’adultes essentiellement comme les autres. Or même si on ne retient que le «noyau dur de l’autisme, dit Dr Mottron, soit ceux qui ne développent quasiment pas de langage oral entre 2 et 5 ans, qui ont des comportements répétitifs importants et qui ne vont presque pas vers leurs pairs, même dans ce groupe-là, vous en avez environ 10 % qui connaîtront ce qu’on appelle le optimal outcome. À l’âge de 12 ans, ils se seront développés de telle manière qu’ils seront pratiquement indistinguables de leurs pairs du même âge».

À l’inverse, poursuit-il, un autre 10 % ne montreront essentiellement aucun progrès entre 2 et 12 ans, et le 80 % restant va inclure toutes les variations possibles entre les deux extrêmes. «L’autisme est probablement le seul trouble qui évolue de manières aussi variées», constate Dr Mottron.

Malheureusement, poursuit-il, il est pour l’instant impossible de prédire quelle direction prendra le développement un enfant autiste. «Il n’existe pas de prédicteur du pronostic à l’heure actuelle. Et ça, c’est très démoralisant pour les parents», dit le psychiatre.

Peut-être pire encore, il n’est même pas sûr que l’on est capable d’influencer le développement de ces enfants. Il y a bien des études qui suggèrent que telle et telle mesures peuvent aider mais, «quand on est très rigoureux (autant qu’on doit l’être pour prouver l’efficacité d’un médicament, par exemple) et qu’on regarde si c’est bien notre traitement qui a amené l’enfant à se développer comme il l’a fait, eh bien on se rend compte que ce n’est clair», indique Dr Mottron.

Découverte d’un trou noir hors normes

Science

Découverte d’un trou noir hors normes

Juliette Collen
Agence France-Presse
PARIS - Il a mis 7 milliards d’années-lumière à nous parvenir: un trou noir de masse inédite, issu de la fusion de deux trous noirs, a été directement observé pour la première fois grâce aux ondes gravitationnelles, une découverte majeure pour la compréhension de l’univers.

«C’est une porte qui s’ouvre sur un nouveau paysage cosmique. Tout un monde nouveau !» s’est félicité lors d’une conférence de presse Stavros Katsanevas, le directeur de Virgo, l’un des deux détecteurs d’ondes gravitationnelles qui a capté les signaux de ce nouveau trou noir.

Il s’agit de la première preuve directe de l’existence de trous noirs de masse intermédiaire (entre 100 et 100.000 fois plus massifs que le Soleil), qui pourrait expliquer l’une des énigmes de la cosmologie: la formation des trous noirs supermassifs, ces monstres cosmiques tapis au coeur de certaines galaxies, dont la Voie lactée.

L’objet mystérieux, décrit dans Physical Review Letters et Astrophysical Journal Letters par une équipe internationale de plus de 1.500 scientifiques, s’appelle «GW190521». Issu très probablement de la fusion de deux trous noirs, il fait 142 fois la masse du soleil et forme le trou noir le plus massif jamais détecté par ondes gravitationnelles (les supermassifs, des milliards de fois plus gros, sont détectés autrement).

Prédites par Albert Einstein en 1915 dans sa théorie de la relativité générale et observées directement un siècle plus tard, les ondes gravitationnelles sont d’infimes déformations de l’espace-temps, semblables à des ondulations de l’eau à la surface d’un étang. Elles naissent sous l’effet de phénomènes cosmiques violents, tels que la collision de deux trous noirs qui émet une quantité d’énergie phénoménale.

L’onde gravitationnelle de GW190521 a mis 7 milliards d’années à nous atteindre: c’est le trou noir le plus distant, et donc le plus ancien, jamais découvert.

Un trou noir primordial ?

Le signal a été enregistré le 21 mai 2019 par les instruments américain Ligo et européen Virgo, qui signent «la plus grosse prise de leur tableau de chasse» depuis leurs premières découvertes en 2015 et 2017, détaille le CNRS, dont plusieurs chercheurs ont contribué aux études.

Ce signal était ultra-court (un dixième de seconde), et de très basse fréquence (plus on remonte dans le passé, plus les fréquences diminuent): «un défi pour l’analyser», a souligné Nelson Christensen, pour la collaboration Ligo.

Jusqu’à ce jour, seules des preuves indirectes, par observations électromagnétiques, laissaient présager l’existence de cette population de trous noirs intermédiaires.

Plus lourds que les trous noirs issus de l’effondrement d’étoiles, mais bien plus légers que les monstres supermassifs, ils pourraient être «la clé d’une des énigmes de l’astrophysique et de la cosmologie: l’origine des trous noirs supermassifs», selon le CNRS. L’une des hypothèses expliquant la naissance de ces derniers serait, justement, la fusion à répétition de trous noirs de masse intermédiaire.

Autre phénomène intriguant: d’où viennent les deux trous noirs qui ont fusionné? D’après les théories actuelles, l’effondrement d’une étoile ne peut pas donner naissance à des trous noirs de 60 à 120 fois la masse du Soleil, soit précisément la taille des deux objets qui ont fusionné. Y aurait-il un trou noir primordial formé lors du Big Bang, il y a 13,8 milliards d’années? Ou sont-ils eux-mêmes le résultat d’une fusion ?

La détection de GW190521 pose de nouvelles questions. Confirmant «qu’il existe un vaste pan de l’univers qui est resté invisible pour nous», a commenté l’astrophysicien Karan Jani, pour Ligo.

Contagion

Science

Contagion

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
BLOGUE / Les uns diront que c'était inévitable. Les autres répondront qu'au contraire, si les dirigeants des bras médicaux et scientifiques du gouvernement américain s'étaient tenus debout, ça ne serait pas arrivé. Mais quoi qu'il en soit, here we are, comme ils disent au sud de la frontière : c'est arrivé. Cette habitude qu'a l'administration Trump de faire pression sur des parties du gouvernement qui devraient rester indépendantes a fini par entacher la crédibilité du futur vaccin contre la COVID-19 (entre autres choses).

Deux développements récents le montrent assez clairement, je pense. D'abord, ce sondage commandé par le magazine médical STAT, qui indique qu'une vaste majorité (78 %) d'Américains s'inquiètent désormais de ce que l'approbation du futur vaccin contre la COVID-19 sera surtout déterminée par la politique plutôt que par la science. Sans surprise, les électeurs démocrates sont plus nombreux (82 %) à le penser, mais l'idée rallie également une bonne majorité de républicains (72 %).

Malgré cela, plus des deux tiers (68 %) estiment que la Food and Drug Administration (FDA), à qui reviendra la décision finale, n'autorisera pas la mise en marché d'un vaccin qui ne serait pas sécuritaire. Mais ils sont quand même 83 % à s'inquiéter de l'innocuité du vaccin s'il est mis en marché trop rapidement.

STAT suggère un lien (juste, il me semble) entre cette méfiance et le fait que la FDA a semblé céder à des pressions du président Donald Trump à deux reprises ces derniers mois. En mars dernier, quand elle a donné une «autorisation d'urgence» au médicament anti-paludique qu'est l'hydroxychloroquine, malgré des preuves très minces d'efficacité contre la COVID-19 — la FDA est éventuellement revenue sur sa décision après la publication de plusieurs études négatives. Puis, la semaine dernière, quand la FDA a donné le même genre d'approbation d'urgence à l'utilisation de plasma de patients guéris de la COVID-19 (qui contiennent donc des anticorps contre le coronavirus).

La FDA a alors parlé d'une «percée médicale» et M. Trump a évoqué «des milliers et des milliers de vies sauvées», mais dans les faits, l'efficacité de ce plasma, si elle est manifestement plus réelle que celle de l'hydroxychloroquine, n'est pas encore bien mesurée. Ajoutons que la columnist de STAT qui résume la situation n'est pas le premier à faire un lien entre ces pressions du président et la perte de crédibilité de la FDA.

Le second développement récent est cette lettre ouverte publiée hier dans le New York Times, intitulée «On en est là : ignorez le CDC (la santé publique américaine)». Le texte fait référence aux nouvelles lignes directrices du CDC au sujet du dépistage de la COVID-19, lignes qui semblent écarter les asymptomatiques — alors qu'à peu près tout ce qui se fait d'épidémiologistes dans le monde insiste depuis des mois pour qu'on les teste davantage, puisque on les soupçonne d'être des acteurs-clef dans la transmission de la maladie. D'autres, avant cette lettre ouverte, avaient dénoncé cette décision, mais ses auteurs sont des gens dont l'avis risque de porter : Harold Varmus, ancien directeur des National Institutes of Health (NIH, principal bailleur de fonds de la recherche biomédicale aux États-Unis) et Rajiv Shah, président de la Rockfeller Foundation, organisme qui subventionne lui aussi la recherche en sciences de la vie.

Bref, il semble effectivement qu'on soit rendu là : à un point où non seulement ceux qui se méfiaient déjà des instances scientifiques et sanitaires le font toujours autant, mais où même les milieux médicaux et scientifiques ne leur reconnaissent plus la même crédibilité qu'avant. À une époque où les réseaux sociaux amplifient toutes sortes de rumeurs, offrant aux anti-vaccin un champ de bataille qui les avantage : On. N'avait. Pas. Besoin. De. Ça. Jeez...

Tout n'est pas perdu, remarquez. Aux dernières nouvelles, Dr Anthony Fauci, l'actuel directeur du NIH, jouissait encore d'une certaine aura pour avoir «osé» corriger des remarques fausses de M. Trump au sujet du coronavirus. Près des deux tiers des Américains lui faisaient toujours confiance en juillet.

Mais dans l'ensemble, rien de tout cela ne laisse présager grand-chose de bon. Pour bien gérer les questions de santé publique, les autorités sanitaires ont souvent besoin de convaincre la population, du moins autant de gens que possible. Pour ce faire, elles doivent inspirer confiance, on doit pouvoir raisonnablement penser que ses conseils sont motivés par des résultats scientifiques. Pas par des impératifs politiciens.

Espérons maintenant que cette «contagion» ne nous affectera pas trop de ce côté-ci de la frontière...

Le mystère de la «mouche-zombie»… [VIDÉO]

Science

Le mystère de la «mouche-zombie»… [VIDÉO]

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
24 PAR SECONDE / En principe, quand une mouche de laboratoire passe trop de temps dans l’alcool, elle meurt. Toujours en théorie, quand une mouche se fait congeler, elle ne survit pas longtemps non plus. Alors logiquement, quand une mouche passe 4 ans et demi congelée dans de l’alcool, on est en droit de s’attendre à ce qu’elle comprenne ce qu’elle supposée faire…

Et c’est bien ce que la technicienne de recherche Rowan Connell, de l’Université de Liverpool, avait toujours observé chez les drosophiles de son labo, qui mouraient toutes bien sagement au congélateur. Du moins, jusqu’en mars dernier, lorsqu’elle filma la «scène» ci-dessus, montrant une mouche qui semble se «réveiller» après 4 ans et demi (!) passés à -20 °C dans l’éthanol.

«Elle était là-dedans avec des centaines d’autres mouches qui ne s’en sont pas remises. Elles ont toutes été récupérées en même temps et de la même manière, alors je ne sais pas pourquoi celle-ci a survécu. Ces mouches peuvent survivre à un hiver, soit, mais pendant plusieurs années et dans l’éthanol ?», s’est demandé Mme Connell sur son compte Twitter.

Il pourrait s’agir d’une simple aberration statistique (fluke est le terme anglais qu’elle utilise) : on peut imaginer que les chances de survie de ces mouches en pareilles conditions sont infinitésimales, mais pas complètement nulles, si bien qu’à force de congeler et de dégeler des drosophiles, on peut finir par en voir une qui s’en sort. Et encore, «survivre» est un bien grand mot puisque l’insecte en question était manifestement mal en point (on lui pardonne…), tombant sur le dos à plusieurs reprises et décédant au bout de quelques heures.

Plusieurs biologistes ont réagi sur Twitter en disant que les mouvements que l’on voit dans la vidéo peuvent n’être que de simples réflexes ou d’un effet de la décongélation. Mais Mme Connell en doute puisque «l’insecte a été capable de marcher par lui-même de manière apparemment coordonnée plusieurs fois. Malheureusement, je n’ai pas pu filmer ces moments-là, et je ne sais pas s’il peut s’agir de contractions musculaires automatiques. Et, encore plus malheureux, la mouche est morte avant que je puisse prendre d’autres images», m’a-t-elle dit lors d’un échange de courriels.

Quoi qu’il en soit, Mme Connell se promet bien — sitôt que les restrictions liées à la COVID-19 permettront à son labo de fonctionner à plein — d’essayer de reproduire cet apparent coup de chance, question d’en avoir le cœur net. Histoire à suivre, donc...

Réinfection au coronavirus: pourquoi vous ne devriez pas paniquer

Science

Réinfection au coronavirus: pourquoi vous ne devriez pas paniquer

Zania Stamataki
Immunologie virale, Université de Birmingham
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Des scientifiques de Hongkong ont rapporté lundi dernier le premier cas confirmé de réinfection au coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19. Celle-ci a été attestée par les séquences génétiques provenant d’échantillons prélevés lors des deux épisodes d’infection (survenus en mars et en août 2020) subit par l’homme de 33 ans concerné.

Deux autres cas de recontamination viennent aussi d’être identifiés en Europe, l’un aux Pays-Bas et l’autre en Belgique.

Naturellement, les gens s’inquiètent de ce que ces nouvelles pourraient signifier quant à nos chances de venir à bout de la pandémie.

Voici pourquoi ils ne devraient pas s’en faire.

Près de neuf mois après la première infection par le nouveau coronavirus, nous n’avons connaissance que très peu de cas de réinfection. Les virologistes savent cependant qu’une recontamination par les virus de la famille des coronavirus est courante. Les immunologistes s’efforcent de déterminer la durée de l’immunité protectrice chez les patients guéris.

Quoi qu’il en soit, les rares cas de réinfection signalés jusqu’à présent étaient tout à fait prévisibles et il n’y a pas lieu de s’alarmer.

Hôtes inhospitaliers

Lorsque nous nous remettons d’une infection, notre corps ne devient pas imperméable aux virus qui l’ont causée. Cependant, dans de nombreux cas, il devient pour eux un hôte inhospitalier. Après la guérison, notre corps contient en effet souvent les mêmes types de cellules qu’avant la maladie et les virus demeurent capables de s’y accrocher (c’est le cas par exemple des cellules des voies respiratoires). En effet, ces cellules cibles ne sont pas modifiées de manière substantielle, et elles ne peuvent éviter les futures infections, dans les mois qui suivent l’élimination du virus par la réponse immunitaire.

Cependant si, après une infection récente, des anticorps et des cellules mémoires (lymphocytes B et T) demeurent dans l’organisme, la nouvelle expansion du virus s’avère généralement plutôt de courte durée. L’infection est maîtrisée avant que l’hôte ne souffre trop — ou même ne s’en rende compte.

Cela semble être le cas du patient de Hongkong, qui n’a présenté que peu de symptômes de sa première infection, et aucun de la seconde infection. Celle-ci a été découverte à la suite de tests de routine à l’aéroport. Aurait-il jamais su qu’il avait été réinfecté s’il n’avait pas voyagé ? Probablement pas. Une question plus intéressante est de savoir s’il était contagieux pendant sa seconde infection asymptomatique.

Il s’avère de plus en plus évident que les personnes asymptomatiques et présymptomatiques sont contagieuses. C’est la raison pour laquelle les recommandations officielles — et raisonnables — sont de porter un masque, afin d’éviter d’infecter d’autres personnes, et de garder nos distances, afin d’éviter d’être infecté. Les autres coronavirus avec lesquels certains d’entre nous ont été en contact lors de précédents rhumes les ont doté de cellules T mémoires qui pourraient également se mobiliser contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, ce qui expliquerait pourquoi certaines personnes ne développent pas de symptômes graves.

Nouvelle théorie sur l'origine de l'eau sur Terre

Science

Nouvelle théorie sur l'origine de l'eau sur Terre

Issam Ahmed
Agence France-Presse
WASHINGTON — L'eau recouvre 70% de la surface de la Terre et est cruciale à la vie, mais comment elle y est arrivée fait l'objet d'un vieux débat scientifique.

Une équipe de chercheurs français a apporté sa pierre à l'édifice jeudi en affirmant que notre planète aurait été, dès son origine, riche en eau, vraisemblablement contenue en abondance dans les roches qui l'ont constituée. La cosmochimiste Laurette Piani, qui a dirigé cette étude du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CNRS/Université de Lorraine) publiée dans la revue Science, a expliqué à l'AFP que cette découverte battait en brèche la thèse dominante selon laquelle l'eau aurait été apportée plus tardivement par des astéroïdes et comètes ayant bombardé une Terre initialement sèche.

Cette hypothèse était favorisée par les températures trop élevées du Système solaire qui auraient empêché que l'eau condense et s'agglomère aux autres solides sous forme de glace. Les chercheurs français se sont penchés sur des météorites appelées chondrites à enstatite qui ont la particularité d'avoir une composition chimique proche de celle de la Terre. Ce qui indique qu'elles sont similaires aux roches qui en faisaient partie dès sa formation.

En mesurant le contenu en hydrogène de 13 de ces météorites relativement rares, l'équipe a constaté que les roches primitives de la planète bleue en décelaient suffisamment pour lui fournir au moins trois fois la masse d'eau de ses océans, voire plus encore.

«Nous avons découvert que la composition isotopique de l'hydrogène des chondrites à enstatite était similaire à celle de l'eau stockée dans le manteau terrestre», a dit Laurette Piani.

La composition isotopique des océans est pour sa part compatible avec un mélange contenant 95% d'eau de ces chondrites, un élément supplémentaire étayant la thèse selon laquelle elles sont à l'origine de l'eau terrestre. Les auteurs ont également trouvé que les isotopes de l'azote de ces météorites sont similaires à ceux de l'azote de la Terre.

Selon Laurette Piani, cette étude n'exclut pas un apport ultérieur en eau par d'autres sources, comme des comètes, mais elle insiste sur le fait que les chondrites à enstatite ont contribué de manière significative dès la formation de la planète. Ce travail «apporte une pièce cruciale et élégante à ce puzzle», a écrit Anne Peslier, chercheuse à la NASA, dans un éditorial qui accompagne l'étude.

Quelle est l’efficacité du confinement? 7 choses à savoir

Science

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Catherine Couturier
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
DÉTECTEUR DE RUMEURS / Le confinement n’a-t-il « servi à rien », comme plusieurs protestataires le proclament haut et fort ? S’il a certainement aidé à aplatir la courbe de propagation de la COVID-19, il reste délicat de mesurer l’effet exact de chaque mesure. Le Détecteur de rumeurs examine les questions qui restent en suspens.

1) Comment définir le confinement ?

La première difficulté pour les chercheurs est que « confinement » ou, en anglais, lockdown, n’a pas eu la même signification partout. La plupart des pays ont fermé les écoles et certains lieux de travail non essentiels, mais d’autres ont aussi limité le nombre de sorties quotidiennes des citoyens et leurs déplacements. Tout au plus les chercheurs peuvent-ils utiliser une date comme point de départ, celle à partir de laquelle une grande partie des citoyens d’un pays donné a vu sa mobilité réduite et, avec elle, le nombre de contacts quotidiens.

2) Les mesures ont-elles été efficaces ? Oui

En juin, des scientifiques de l’Imperial College de Londres ont publié une analyse des principales mesures prises dans 11 pays d’Europe. Dans le jargon de la santé publique, il s’agit des « mesures non pharmaceutiques », que l’on veut donc distinguer de toutes les formes de traitements médicaux employés pendant la pandémie.

Leur conclusion : l’ensemble de ces mesures aurait évité 3,1 millions de morts entre le mois de février et le 4 mai (moment où les politiques de confinement ont commencé à être levées), et le confinement à grande échelle aurait eu l’effet le plus important. Toutefois, les auteurs n’ont pas pu évaluer séparément l’impact des différentes mesures, plusieurs ayant été implantées simultanément : par exemple, ils ne peuvent pas affirmer si la fermeture des écoles et des commerces a permis de sauver plus de vies que la distanciation sociale, ou vice-versa.

3) La mesure : le taux de contagion

La clef de la réussite de toute mesure repose sur un chiffre moins souvent cité que le nombre de morts, le taux de contagion, qu’on appelle aussi le taux de reproduction du virus : un taux de 3, par exemple, signifie que chaque malade en contamine en moyenne 3 autres. Selon les chercheurs du Collège impérial de Londres, les différentes mesures combinées ont permis, pendant ces quelques semaines, de faire baisser le taux de reproduction, qui était à 2 ou 3 selon les pays européens, à moins de 1. Autrement dit, estiment-ils, sans ces mesures, le virus aurait continué de se multiplier de manière exponentielle, d’où leur « pronostic » de 3,1 millions de morts de plus.

Beaucoup d’autres équipes se sont penchées spécifiquement sur ce taux de reproduction. Par exemple, une étude néo-zélandaise qui avait comparé les chiffres de 25 pays ou provinces (dont le Québec) avait conclu dès avril qu’entre le début de la pandémie sur chaque territoire donné et la mi-avril, les différentes mesures avaient permis des réductions du taux de reproduction variant de 40 % (en Ontario) à 80 % (au Québec et dans l’État de New York). Mais là non plus, l’intention des chercheurs n’était pas d’évaluer l’impact séparé de chaque mesure.

4) Classer par degré de sévérité ?

Pour arriver à distinguer l’impact de chaque mesure, certains proposent de les classer par leur degré de sévérité : par exemple, entre le lockdown complet imposé à Wuhan et les mesures « recommandées », mais pas « imposées », dans plusieurs États américains. Serait-il alors possible de développer une formule mathématique permettant d’observer comment l’addition ou la soustraction d’une mesure affecterait le taux de contagion du coronavirus ?

Des chercheurs de l’Université d’Oxford ont créé une telle formule, utilisant neuf variables : fermeture des écoles, restriction du travail, interdiction de rassemblements et contrôles aux frontières, etc. Les données semblent bien pointer vers une relation entre la sévérité de ces mesures et la diminution des décès : autrement dit, plus l’indice de sévérité d’un pays est élevé, moins nombreux sont les décès.

Mais là encore, départager l’effet de chaque mesure reste une tâche extrêmement complexe — à supposer qu’elle soit réalisable. Pour Hong Kong, comme pour Wuhan ou l’Italie, les chercheurs n’ont pas réussi à démêler les effets des différentes mesures adoptées — sans parler de l’impact des changements de comportements volontaires.

Une étude parue le 16 juin dans The Lancet a proposé une modélisation des effets de différents scénarios, dont le traçage, la distanciation physique, l’isolation, le dépistage : sa conclusion est que la combinaison de l’isolation et du traçage systématique serait plus efficace pour réduire la transmission que le dépistage de masse et l’auto-isolation. Cette efficacité serait améliorée lorsque combinée à des mesures de distanciation physique (réduction des contacts au travail, limitation des contacts à l’intérieur de la maison, du travail ou de l’école).

5) Agir tôt

Plusieurs chercheurs se sont également penchés sur l’importance du facteur temps dans l’équation. Ainsi, certains pays, comme la France, ont appliqué des mesures strictes de confinement très rapidement, alors que d’autres, comme la Grande-Bretagne, ont mis du temps à appliquer des mesures plus sévères.

Une étude publiée en mai par trois chercheurs indiens et comparant l’impact du confinement dans une quinzaine de pays d’Europe et d’Asie conclut à une réduction des taux d’infection de 61 % à 43 % dans la semaine suivant l’entrée en vigueur du confinement. Elle ajoute aussi que les pays qui ont implanté ces mesures plus tôt sont ceux qui s’en sont mieux sortis.

Une autre étude, parue dans Nature le 1er juillet, a tenté pour sa part de modéliser l’impact des mesures adoptées de manières inégales dans les différents États des États-Unis. Les auteurs ont ainsi conclu que la distanciation physique et le confinement seraient plus efficaces lorsque implantés plus tôt, mais que la mise en quarantaine des personnes infectées serait la mesure ayant le plus grand impact.

6) Tous les confinés ne sont pas égaux

À l’aide de données rendues publiques par la Santé publique de Toronto, des journalistes du Star ont par ailleurs fait ressortir une tendance : le confinement à Toronto a protégé les quartiers les plus riches et blancs de la métropole, mais n’a pas eu le même effet dans les quartiers racialisés et pauvres. Dans les 20 quartiers les plus blancs et riches, la courbe s’est aplatie presque instantanément. Les journalistes remarquent que les habitants des quartiers plus aisés ont plus de possibilités de pouvoir travailler de la maison.

La même logique vaut à l’international : le confinement à grande échelle est plus difficile à imposer dans les pays en développement, comme ça s’est avéré le cas en Inde.

7) La seule solution ? Non

Si le confinement strict a bel et bien été efficace, est-ce que d’autres approches auraient pu être adoptées ?

C’est que le confinement reste une solution de dernier recours en santé publique. La préparation et la réaction rapide auraient peut-être pu éviter le confinement à grande échelle. L’anthropologue Carlo Caduff avance que le confinement n’est pas nécessairement une réponse au virus, mais une décision politique, qui résulterait notamment du manque de financement chronique des infrastructures publiques et de santé.

On voit d’ailleurs que certains pays ont rapidement endigué les cas grâce à une réponse rapide. La Corée du Sud par exemple, a contrôlé son épidémie sans imposer de confinement, mais a eu recours à un isolement très strict des personnes infectées, doublé d’une politique de traçage massif des contacts et d’une vaste campagne de tests de dépistage.

Au Japon, les instances politiques n’ayant pas l’autorité pour imposer un confinement strict, l’approche a plutôt été basée sur le changement de comportements (se laver les mains, adopter une étiquette respiratoire), en plus du dépistage des cas et de la restriction volontaire des contacts sociaux. Mais comme ces mesures incitatives ont été mises en place très tôt, avant même le premier cas déclaré, elles ont eu un effet protecteur marqué.

D’autres pays asiatiques (Singapour, Taïwan, Hong Kong), qui n’avaient pas oublié l’épidémie de H1N1 en 2009, ont aussi instauré très tôt des mesures de distanciation sociale personnalisées, de dépistage et de traçage, avec les mêmes résultats positifs.

Verdict

Sévère ou non, combiné à d’autres mesures ou pas, le confinement a dans tous les cas des impacts négatifs partout dans le monde, sur la santé physique et psychologique des populations. C’est la raison pour laquelle établir quelles mesures plus ciblées fonctionnent le mieux devient important, spécialement dans la perspective d’une deuxième vague… ou de la prochaine pandémie.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
Pourquoi la COVID-19 frappe-t-elle les noirs plus durement?

Science

Pourquoi la COVID-19 frappe-t-elle les noirs plus durement?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Considérant le fait que les noirs aux États-Unis représentent environ 13 % de la population américaine, serait-il possible de connaître leur proportion parmi les quelque 180 000 morts de la COVID-19 recensés à ce jour? Je pose cette question car on rapporte que la population noire est plus pauvre et moins instruite en plus de souffrir de surpoids, à cause d’un mauvais régime alimentaire. Est-ce que cela témoigne de "racisme systémique"?», demande Pierre Sénécal, de Saint-Lambert.

Les Afro-Américains sont bel et bien surreprésentés parmi les cas, les hospitalisations et les décès liés à la COVID-19. L’écart peut certainement s’expliquer en bonne partie par le racisme, puisque les populations défavorisées succombent plus au coronavirus et que les noirs sont clairement plus pauvres que la moyenne aux États-Unis. Mais il n’y a pas que cela non plus.

D’après des statistiques de la santé publique américaine (CDC) datant du 19 août, les «noirs non-latino» comptent pour près de 13 % de la population américaine, mais pour 22 % des décès liés à la COVID-19. C’est donc dire qu’en proportion, les Afro-Américains meurent 1,7 fois plus du coronavirus que la moyenne. C’est l’inverse chez les blancs : 60 % de la population, mais seulement 52 % des décès. Cela vaut aussi pour d’autres minorités visibles, disons-le, mais la question qui m’est adressée concerne les Afro-Américains, alors je m’en tiendrai à eux.

La disparité est encore pire quand on tient compte de la pyramide d’âge, puisque les Américains blancs sont de manière générale plus vieux que les «non-blancs». Leur âge médian (la moitié de la population est plus jeune que la médiane, et l’autre moitié est plus vieille) est de 44 ans, contre 31 ans pour les minorités ethniques et raciales — Afro-Américains, latinos, asiatiques, etc. Comme la COVID-19 fauche davantage chez les personnes âgées, cela implique que ce sont les blancs qui auraient en principe dû être sur-représentés dans les statistiques de mortalité. Et quand le CDC ajuste ses données pour en tenir compte, les noirs ne meurent plus 1,7 fois plus, mais bien 2,2 fois plus que la moyenne américaine.

(D’ailleurs, tout indique que cela vaut pour ce côté-ci de la frontière aussi, d’après des données de la Santé publique obtenues la semaine dernière par ma collègue de La Presse Isabelle Hachey. Dans les quartiers de Montréal où les noirs représentent 3,6 % ou moins des résidants, les cas de COVID-19 sont de 555 par 100 000 personnes, alors que c’est trois fois plus, soit 1509 par 100 000, dans les quartiers où ils sont 14 % et plus de la population.)

Comment l’expliquer? Une partie de la différence tient simplement au fait que les Afro-Américains s’adonnent vivre disproportionnellement dans plusieurs des régions des États-Unis qui ont été les plus durement touchées par la pandémie. New York, par exemple, est de loin l’endroit où la COVID-19 a fauché le plus de vies aux États-Unis, avec 281 décès par 100 000 habitants — soit de 100 décès par 100 000 de plus que n’importe où ailleurs. Or les Afro-Américains représentent le quart (24,3%) des habitants de la Grosse Pomme, soit presque le double de leur proportion dans l’ensemble des États-Unis (13 %). De même, la Louisiane vient au quatrième rang des États où le taux de mortalité est le plus élevé (102 par 100 000 hab.), et les noirs y comptent pour environ le tiers de la population. Et l’on pourrait allonger longtemps la liste des exemples par État, par ville ou par quartier.

Quand le CDC intègre la répartition géographique à ses calculs, les Afro-Américains ne meurent plus du coronavirus 2,2 fois plus que la moyenne, mais bien 1,8. C’est donc moindre, mais un écart substantiel persiste.

Il est possible, comme M. Sénécal l’indique, que l’obésité plus fréquente chez les noirs américains soit en cause. En ajustant pour les différences d’âge entre les groupes «raciaux» (puisque vieillir augmente le risque de surpoids), près de 50 % des Afro-Américains sont obèses, contre seulement 42 % chez les caucasiens. Or l’obésité accroît justement le risque de faire une forme sévère de la COVID-19. Il est donc tentant de faire le lien.

Cependant, un rapport de l’Agence pour la recherche et la qualité des soins de santé (rattachée au CDC) paru cet été s’est penchée sur la question et a conclu que «les disparités de santé pré-COVID-19 [entre blancs et noirs […] semblent trop petites pour expliquer des taux de mortalité par deux fois supérieurs ou plus».

Les auteurs de ce rapport proposent plutôt de regarder du côté de la composition des ménages et des secteurs d’emplois où sont concentrés les noirs. Ceux-ci sont sur-représentés parmi les travailleurs de la santé (16 % y travaillent contre 10% des blancs). D’autres travaux ont par ailleurs montré qu’ils sont aussi sur-représentés parmi les employés d’épicerie et de pharmacie, les transports en commun, la conciergerie et les employés de livraison et d’entrepôt. Bref, les Afro-Américains étaient plus susceptibles que la moyenne d’occuper des emplois qui se sont retrouvés «sur la ligne de front» pendant le pire de la pandémie. Et si l’on ajoute à cela qu’ils vivent dans des ménages en moyenne plus populeux que les blancs (3,1 personnes par logement pour les premiers, 2,8 pour les seconds), alors il s’ensuit forcément que les Afro-Américains les plus à risque de faire une forme sévère de la COVID-19 vivaient plus souvent sous le même toit qu’un travailleur qui ne pouvait pas travailler de la maison : 57 % chez les noirs à risque, contre 47 % chez les blancs à risque, selon le rapport paru cet été. Ça aussi, ça peut être une bonne partie de l’explication.

Maintenant, est-ce un signe de racisme systémique? Encore une fois, certains aspects de tout cela relèvent très manifestement du racisme : revenus moindres qui poussent à vivre plus nombreux sous un même toit, concentration dans des emplois peu qualifiés, mal payés et déconsidérés (caissières, concierge, etc.), etc. Mais c’est un peu moins clair pour d’autres aspects (concentration dans les services de santé et les transports en commun), du moins du strict point de vue de l’exposition accrue à la COVID-19.

Des scientifiques ont intentionnellement déversé du pétrole dans un lac canadien

SCIENCE

Des scientifiques ont intentionnellement déversé du pétrole dans un lac canadien

Jeffrey Cederwall
Étudiant au doctorat en biologie, Université Queen’s
Sawyer Stoyanovich
Candidat au doctorat en biologie, Université d’Ottawa
LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le Canada possède la troisième plus grande réserve de pétrole au monde. La majeure partie se trouve dans les sables bitumineux de l’Alberta, où l’on extrait du bitume, un pétrole brut ayant la consistance du beurre d’arachide.

Pour que le bitume puisse couler dans les oléoducs, les ingénieurs pétroliers lui ajoutent des composants plus légers — généralement des sous-produits de la production de gaz naturel — pour le diluer et le liquéfier. Ce mélange est appelé « bitume dilué ».

L’Alberta est une province enclavée. Pour atteindre les raffineries et le marché international, le pétrole est transporté par un réseau d’oléoducs et de chemins de fer sur de vastes étendues de terre, parsemées de lacs, de rivières et de zones humides.

Cependant, les oléoducs peuvent rompre ou avoir des fuites, et répandre alors leur contenu dans l’environnement. En juillet 2010, à Marshall, au Michigan, un oléoduc de la compagnie Enbridge a répandu au moins trois millions de litres de bitume dilué dans la rivière Kalamazoo, dont 680 000 litres auraient coulé au fond.

Les problèmes de déversement dans les eaux intérieures ne sont pas nouveaux. Ils sont plus fréquents que ceux qui se produisent en mer, mais ils passent souvent sous le radar. En général, nous connaissons beaucoup moins les effets des déversements dans des écosystèmes d’eau douce que dans les océans et, lorsqu’il s’agit de bitume dilué, nous en savons encore moins.

À des fins de recherche, notre équipe a versé du bitume dilué dans des mini-lacs afin de découvrir ce qu’il advient dans la réalité du pétrole et quel est son impact sur la vie aquatique.

Reconstituer un déversement en eau douce

Nous avons créé des mini-lacs en remplissant des réservoirs de 1 400 litres de sédiments lacustres, d’eau et de plancton microscopique récupéré dans un lac du bouclier boréal canadien. Nous avons ensuite déversé un faible volume de bitume dilué — moins de deux litres — dans ce faux lac.

Nous avons laissé les réservoirs exposés à la lumière du soleil, aux changements de température et aux intempéries tout en observant la viscosité et la densité de la nappe de pétrole à la surface de l’eau. Ces paramètres sont importants pour comprendre à quel moment le pétrole risque de couler et comment le nettoyer. Nous avons également analysé le pétrole sous la surface, sa composition chimique et son impact sur le plancton qui y vit.

Le pétrole brut flotte parce qu’il est moins dense que l’eau, ce qui permet de l’écumer à la surface de l’eau. Mais cela ne fonctionne pas toujours pour le pétrole brut lourd.

Le bitume dilué peut couler dans certaines conditions, comme lorsqu’il est dans une rivière turbulente avec beaucoup de sédiments et d’autres particules en suspension. Ces particules peuvent se lier au pétrole et le rendre plus dense, comme cela s’est produit dans la rivière Kalamazoo en 2010.

Des recherches antérieures effectuées avec des réservoirs à vagues ont conclu que le bitume dilué ne coulerait pas dans un lac. D’autres études en éprouvettes ont montré qu’il pouvait couler, mais seulement s’il était vigoureusement mélangé à beaucoup plus de sédiments en suspension que ce que l’on trouve habituellement dans la nature.

Notre étude a démontré qu’en un jour, le bitume dilué pouvait devenir trop visqueux pour que les méthodes de nettoyage conventionnelles soient efficaces. Lorsqu’il a plu, huit jours après notre déversement expérimental, les nappes se sont séparées et environ la moitié des hydrocarbures a coulé dans les sédiments des mini-lacs.

Détecteur de rumeurs: Mars apparaîtra aussi grande que la Lune ? Faux

Science

Détecteur de rumeurs: Mars apparaîtra aussi grande que la Lune ? Faux

Ariane Chevrier
Agence Science-Presse
Tous les ans, au mois d’août, depuis maintenant 17 ans, réapparaît l’affirmation voulant qu’à la fin du mois, la planète Mars apparaîtra dans le ciel «comme une deuxième lune». Le Détecteur de rumeurs en explique l’origine.

«Le 27 août, vous pourrez observer deux lunes dans le ciel, mais une seule sera la Lune. L’autre sera Mars. Cela n’arrivera plus avant 2287. » Ces phrases sont une des variantes de la fausse croyance qui circule sur Internet tous les ans.

Lorsqu’elle a commencé à circuler sous la forme d’une chaîne de courriels, en 2003, l’information était pourtant en partie inspirée d’un phénomène réel.

La Terre et Mars orbitent toutes les deux autour du Soleil dans une trajectoire en ovale. Cette trajectoire fait en sorte que la distance entre les deux planètes varie considérablement. Mais tous les 26 mois, elles sont à leur point le plus rapproché. Ce phénomène est appelé « l’opposition de Mars », parce qu’à ce moment, de notre point de vue, le Soleil et Mars sont en opposition, chacun de son côté du ciel.

Le 27 août 2003, la planète rouge était donc à son point le plus rapproché de la Terre, soit à 55,8 millions de kilomètres. Qui plus est, comme cette distance varie elle-même légèrement d’un « rapprochement» à l’autre, l’opposition de Mars de 2003 constituait un record, qui ne sera battu qu’en 2287 : assez pour impressionner les astronomes, mais pas assez pour faire un changement perceptible à l’œil nu.

En effet, même à cette «faible » distance, il fallait utiliser un télescope grossissant Mars 75 fois pour l’observer semblable à une pleine Lune.

Trop loin

Mars ne peut jamais apparaître aussi grosse que la Lune dans le ciel. La distance moyenne est de 225 millions de kilomètres, et lorsque les deux planètes sont à leurs points les plus éloignés, elle est de 400 millions de kilomètres. La Lune, quant à elle, est située en moyenne à 384 000 kilomètres. Certes, Mars est deux fois plus grosse que la Lune, mais tellement loin qu’elle ne fait jamais plus que la grosseur d’une étoile dans le ciel.

Les astronomes utilisent la seconde d’arc pour mesurer la grosseur d’un astre dans le ciel. Le ciel est divisé en 360 degrés et la seconde d’arc équivaut à un degré divisé par 60 (minutes d’arc) puis encore par 60. À titre de comparaison, une seconde d’arc représente la taille apparente qu’aurait un ballon de basketball situé à 50 kilomètres de son observateur.

Au mois d’août 2003, la taille apparente de Mars était de 25,11 secondes d’arc. La Lune, elle, a en moyenne un diamètre apparent de 1800 secondes d’arc. Mars apparaissait donc presque 70 fois plus petite que la Lune au moment où elle était pourtant à son point le plus rapproché de la Terre.

Pour les amateurs d’astronomie par contre, l’automne 2020 sera une période propice à l’observation de Mars. La prochaine opposition aura lieu le 6 octobre.

Lien vers l’article original de l'Agence Science Presse 

Comme le mammouth, le rhinocéros laineux sans doute victime du réchauffement

Science

Comme le mammouth, le rhinocéros laineux sans doute victime du réchauffement

Agence France-Presse
WASHINGTON — Un rhinocéros à fourrure brune pesant deux tonnes vivait dans le nord-est de la Sibérie avant de disparaître il y a environ 14 000 ans. Son extinction est-elle due à la chasse par les humains, ou bien à la hausse de la température à cette époque?

Une équipe de chercheurs suédois et russes a trouvé un élément de réponse dans des fragments d’ADN de 14 de ces animaux préhistoriques (Coelodonta antiquitatis), leurs codes génétiques révélant que les populations de rhinocéros étaient restées stables pendant des millénaires en cohabitation avec les humains, leur déclin brusque coïncidant avec un réchauffement à la fin de la dernière période glaciaire, à la fin du Pléistocène.

«Cela rend plus probable l’hypothèse que les changements climatiques d’il y a 14 000 ans furent la cause principale de l’extinction, plutôt que les humains», dit à l’AFP Love Dalén, généticien à l’université de Stockholm qui a mené l’étude, publiée jeudi dans la revue Current Biology.

Comment des brins d’ADN prélevés sur quelques bêtes retrouvées dans des sols gelés peuvent-ils nous éclairer sur le nombre d’animaux vivant à une époque donnée?

Génome

La taille d’une population d’une espèce est proportionnelle à son niveau de diversité génétique et au degré de consanguinité, explique Love Dalén. L’analyse du génome complet d’un rhinocéros datant d’il y a 18 500 ans, et notamment la comparaison entre les chromosomes hérités de la mère et ceux hérités du père, a montré que cette diversité génétique était élevée, et que la consanguinité était faible.

«Le génome d’un individu est une mosaïque de tous ses ancêtres», dit Love Dalén. «On arrive à conclure qu’il y a 18 000 ans, ce rhinocéros appartenait à une grande population, et ses ancêtres appartenaient également à de grandes populations, des milliers et des dizaines de milliers d’années auparavant».

Les humains étant arrivés il y a 30 000 ans dans cette partie de la Sibérie, les chercheurs en concluent que pendant environ 12 000 ans, malgré la chasse, les rhinocéros ont survécu sans décliner. Jusqu’au réchauffement, dit de Bølling-Allerød.

La même équipe avait auparavant publié le génome du mammouth laineux, et pense que pour cet autre mégaherbivore, le réchauffement climatique et non la chasse était aussi à l’origine de l’extinction (la communauté scientifique continue cependant d’en débattre).

La différence est que les mammouths se sont éteints en deux fois: ceux du continent ont disparu en même temps que les rhinocéros, mais quelques centaines ont survécu sur l’île Wrangel, au large de la Sibérie, six millénaires de plus, avant leur extinction définitive.

D’une extinction à l’autre: le plus proche cousin actuel du rhinocéros laineux est le rhinocéros de Sumatra. Il est en danger de disparition, avec 80 animaux survivant à ce jour. La cause est ici bien identifiée: c’est l’homme (braconnage, réduction de l’habitat).

Un mini-robot «scarabée» qui avance sans batterie

Science

Un mini-robot «scarabée» qui avance sans batterie

Agence France-Presse
WASHINGTON — Une équipe de l’université de Californie du Sud a mis au point un robot de 88 milligrammes qui avance, grimpe et porte des charges grâce à des muscles artificiels, après avoir résolu un problème qui a longtemps tenu les ingénieurs en échec: la source d’énergie sur de si petits robots.

Ils ont baptisé leur robot «RoBeetle», ou robot scarabée. Il ne mesure que 15 millimètres de longueur, ce qui fait du scarabée robotique «l’un des robots autonomes les plus légers et petits jamais créés», dit à l’AFP son inventeur, Xiufeng Yang.

«Nous voulions créer un robot dont le poids et la taille seraient comparables à ceux de vrais insectes», ajoute le chercheur, premier auteur de l’article décrivant l’invention mercredi dans la revue Science Robotics.

La plupart des robots ont besoin de moteurs électriques pour avancer, et donc de batteries. Mais les batteries les plus petites existantes pèsent entre 10 et 20 fois plus que le scarabée de 50 milligrammes que l’équipe a pris comme animal de référence.

L’équipe de Xiufeng Yang a donc mis au point un système musculaire artificiel fondé sur un carburant liquide, en l’occurrence du méthanol, capable de fournir dix fois plus d’énergie qu’une batterie de masse identique.

Les muscles sont composés d’un alliage de fils en nickel et titane (Nitinol) qui se contractent en longueur lorsqu’ils sont chauffés (contrairement à la plupart des métaux, qui s’allongent). La chaleur était causée par le contact entre la vapeur de méthanol émanant du réservoir et un catalyseur gainant les fils (une poudre de platine).

La vapeur chauffait les fils, les «muscles» se contractaient, puis des microvalves stoppaient automatiquement la combustion, et les muscles s’étendaient de nouveau, déclenchant la réouverture des valves et un nouveau cycle de contraction-extension des muscles, jusqu’à épuisement du réservoir.

2,6 fois son poids

Le système parvenait ainsi à faire avancer les pattes avant du scarabée sur des surfaces planes, comme du verre, ou rugueuses, comme le dessus d’un matelas, jusqu’à deux heures de suite — avec jusqu’à 2,6 fois son poids sur le dos.

Par comparaison, «le plus petit robot à quatre pattes à batterie pèse un gramme et opère environ 12 minutes», dit Xiufeng Yang.

A quoi peuvent servir ces mini-robots? Des inspections d’infrastructures, des missions de sauvetage après une catastrophe naturelle, voire des pollinisations artificielles ou des programmes de surveillance environnementale.

Mais dans l’immédiat, l’absence d’électronique embarquée, et le fait qu’il ne sache qu’avancer en continu, limitent son utilité, pointent les roboticiens Ryan Truby et Shuguang Li, du MIT et d’Harvard respectivement, dans un commentaire publié par la même revue.

Des momies animales déballées par l’imagerie 3D

SCIENCE

Des momies animales déballées par l’imagerie 3D

Agence France-Presse
PARIS — Un chat le cou brisé, un serpent à la gueule ouverte et un oiseau de proie: l’imagerie 3D a révélé quelques morceaux de vie de trois animaux devenus momies dans l’Egypte ancienne, selon une étude publiée cette semaine dans Scientific Reports.

Les anciens Égyptiens croyaient à la résurrection et à la vie éternelle. Pour y accéder, les corps devaient être momifiés, avant d’être placés dans des tombeaux avec tout ce dont ils auraient besoin par la suite : objets familiers, animaux...

Animal chéri ou offrande faite à un dieu, presque tous les animaux vivant en Égypte à l’époque ont pu être momifiés, du chat au faucon en passant par le crocodile.

De nombreux spécimens sont aujourd’hui conservés dans les musées du monde entier, mais il a longtemps été impossible de savoir ce qui se cachait sous les bandelettes sans endommager les momies.

En utilisant l’imagerie radiographique en 3D, une équipe de scientifiques basés en Grande-Bretagne a pu éplucher trois momies animales du Centre d’Égypte de l’université de Swansea (Pays de Galle).

Selon l’étude, la morphologie du premier des animaux «suggère que les restes appartiennent probablement à un chat domestique égyptien». Agé de moins de 5 mois, le félin a eu intentionnellement les vertèbres brisées au moment de son décès ou de sa momification, pour que sa tête reste droite pour l’éternité.

La deuxième momie s’est avérée «ressembler fortement» à un faucon crécerelle, la dernière, aux allures d’oeuf, renfermait en réalité un jeune cobra enroulé «qui a peut-être été tué par une fracture de la colonne vertébrale».

Plus surprenant, de la résine a été utilisé pour maintenir la bouche du serpent ouverte, laissant supposer que le rituel de l’ouverture de la bouche a été pratiqué sur l’animal pour le préparer à la vie après la mort.

«L’ouverture de la bouche permettaient aux statuettes de divinités et aux défunts de retrouver leurs sens», explique à l’AFP Carolyn Graves-Brown du Centre d’Égypte, co-auteur de l’étude.

Un «bébé» Voie lactée identifié à 12 milliards d’années-lumière

SCIENCE

Un «bébé» Voie lactée identifié à 12 milliards d’années-lumière

Agence France-Presse
PARIS — Un bel anneau de lumière sur fond noir: des astronomes annoncent mercredi avoir débusqué un «bébé» galaxie extrêmement lointain, à 12 milliards d’années-lumière, qui ressemble étrangement à notre Voie lactée.

La galaxie, répertoriée sous le matricule SPT0418-47, est si distante que sa lumière a mis plus de 12 milliards d’années à nous parvenir : nous l’apercevons telle qu’elle était lorsque l’Univers n’était âgé que de 1,4 milliard d’années, soit à peine 10% de son âge actuel, précise un communiqué de l’Observatoire européen austral (ESO), qui a participé à cette découverte. A cette époque, les galaxies étaient encore en formation.

Or ce «bébé» galaxie, débusqué par le puissant réseau de radio-télescopes ALMA construit dans le nord du Chili, ressemble étrangement à notre Voie lactée : même forte densité d’étoiles autour du centre galactique (appelé bulbe) et même disque en rotation.

Une surprise pour les astronomes qui ne pensaient pas que ce type de structure pouvait déjà s’être formé, il y a 12 milliards d’années-lumière.

«C’est la toute première fois que la présence d’un bulbe est détectée dans un Univers si jeune, ce qui confère à SPT0418-47 le statut de sosie le plus distant de la Voie lactée», s’enthousiasme l’ESO.

Autre surprise de taille: pas de trace de turbulence ou d’instabilité au sein de la galaxie qui semble même étonnamment calme, «laissant penser que l’Univers jeune était peut-être moins chaotique que l’on ne le pensait même peu de temps peu après le Big Bang».

«Ce que nous avons découvert est assez déroutant: bien qu’elle forme des étoiles à un rythme élevé et qu’elle soit le siège de processus hautement énergétiques, SPT0418-47 est le disque galactique le mieux ordonné observé à ce jour dans l’Univers jeune», précise Simona Vegetti, de l’Institut allemand Max Planck, co-auteure de l’étude parue mercredi dans Nature.

Or «ce résultat va à l’encontre de l’ensemble des prévisions des simulations numériques et des données d’observation antérieures, moins détaillées», commente Filippo Fraternali de l’Université de Groningen aux Pays-Bas, qui a également participé à l’étude.

Un record pour les émissions de méthane

Science

Un record pour les émissions de méthane

Agence Science-Presse
La concentration de méthane dans l’atmosphère serait en augmentation. Bien qu’il soit encore difficile de séparer la part humaine de la part «naturelle» de ce gaz dans l’atmosphère, les observateurs constatent que le méthane avait atteint, en 2019, un niveau record de 1875 parties par milliard, plus de deux fois et demi ses niveaux d’avant l’ère industrielle.

Un groupe de chercheurs du Global Carbon Project, d’habitude plus occupé à mesurer l’évolution du carbone, vient de publier les résultats d’une analyse de quatre années de données sur les sources de méthane dans le sol, les océans, l’agriculture et les carburants fossiles. Les résultats sont parus dans les revues Earth System Science Data et Environmental Research Letters.

Dans un résumé qu’ils en font pour le magazine de vulgarisation Scientific American, les auteurs s’inquiètent que cette tendance puisse contribuer au réchauffement climatique. Déjà, plus de la moitié des émissions mondiales de méthane proviennent des activités humaines. Et leur estimation pour 2017 est que ce total était supérieur de 9% à ce qu’il était au début des années 2000, ou 50 millions de tonnes de plus. C’est « l’équivalent  de 350 millions de voitures de plus sur les routes à travers le monde », écrivent-ils.

Ils ont notamment remarqué une augmentation du méthane provenant des ruminants et des sites d’enfouissements de déchets.

Le méthane est le deuxième plus important gaz à effet de serre. Moins abondant que le CO2, il absorbe toutefois mieux les radiations. À quantité égale, il contribue ainsi davantage au réchauffement climatique. Les scientifiques rappellent donc certaines stratégies pouvant contribuer à réduire les émissions de méthane: diminuer la consommation de viande rouge, modifier certaines pratiques agricoles et privilégier les énergies renouvelables.

Lien vers l’article original de l'Agence Science-Presse


Détecteur de rumeurs: Les séquelles de la COVID-19 ne sont «pas pires qu'une grippe»? Faux

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Détecteur de rumeurs: Les séquelles de la COVID-19 ne sont «pas pires qu'une grippe»? Faux

Maxime Bilodeau
Agence Science-Presse
On sait déjà que le pourcentage de décès de la COVID-19 est supérieur à celui de la grippe. Mais pour ceux qui trouveraient malgré tout que ce taux de mortalité est peu digne d’intérêt, qu’en est-il des impacts directs et à long terme de la maladie, qui la distinguent de la grippe saisonnière ? Le Détecteur de rumeurs fait le point.

Un effet direct: la détresse respiratoire

Dans la majorité des cas, le virus SRAS-CoV-2, à l’origine de la COVID-19, ne cause qu’une forme légère de la maladie. Les plus chanceux sont débarrassés du virus après deux à trois semaines. Mais environ une personne sur cinq développe des symptômes graves qui peuvent la mener jusqu’aux soins intensifs. On pense notamment à la détresse respiratoire aigüe, liée à une réaction excessive du système immunitaire. Cette complication survenait parfois lors d’une infection au virus de l’influenza (la grippe), mais elle est beaucoup plus fréquente avec le coronavirus.

Au final, le taux de décès fluctue par région et par catégorie d’âge: plusieurs études pointent maintenant vers une fourchette oscillant entre 0,5 et 1%, ce qui demeure beaucoup plus élevé que pour la grippe. 

Des effets à  long terme plus nombreux

Mais même après l’hôpital, il y a des séquelles. Chez 5 à 10 % des patients guéris de la COVID-19, la pente est difficile à remonter : ils traînent des symptômes parfois assez lourds pendant des semaines, voire des mois. Ces symptômes ne sont pas que respiratoires, comme les spécialistes le pensaient au début. Aujourd’hui, on sait que la maladie peut causer de la tachycardie, des douleurs musculaires et articulaires et de l’épuisement, plus de 60 jours après le début de la maladie.

Sont également évoqués des dommages neurologiques allant de simples difficultés cognitives, de la fatigue ou de la perte de goût ou d’odorat, jusqu’à des cas de céphalées, d’accident vasculaire cérébral et d’épilepsie. La BBC rapportait qu’à la fin-juin, on comptait déjà plus de 300 études sur ces anomalies neurologiques observées chez les patients atteints de COVID-19. 

Les personnes aux prises avec des symptômes résiduels parlent désormais de leur réalité comme du « syndrome post COVID-19 ». Elles se retrouvent d’ailleurs par milliers dans des groupes de soutien en ligne. Comme on ne connaît ce virus que depuis sept mois, on ignore combien de temps durent ces contrecoups. Des études de suivi effectuées auprès de victimes de l’épidémie de SRAS, en 2002-2003, faisaient aussi état de séquelles durables, comme de l’épuisement, de la dépression et une perte de fonctions respiratoires.

En comparaison, les virus de l’influenza causent bien moins de dommages. Si diverses complications sont possibles, comme la pneumonie, celles-ci sont généralement de courte durée —moins de 2 semaines.

Même dans le cas de deux souches de grippes qui ont frappé l’imagination, le H1N1 en 2009 et le H7N9 en 2013, les séquelles à long terme semblent surtout respiratoires. Une étude portant sur 22 survivants d’une pneumonie grave consécutive à la grippe A (H1N1), concluait qu’un an après avoir quitté les soins intensifs, bien que tous aient retrouvé le gros de leurs fonctions pulmonaires, on notait des différences entre les patients intubés à un respirateur artificiel et ceux qui ne l’avaient pas été. Une étude similaire portant sur 37 survivants français notait une diminution mesurable de la capacité pulmonaire un an après être sortis des soins intensifs. 

Constat similaire avec la grippe (A) H7N9, qui a frappé en Asie en 2013: une étude publiée en mars dernier évoque des dommages permanents à leurs poumons, une année après leur hospitalisation. ll faut toutefois se rappeler que l’échelle n’est pas la même: pour le H7N9, l’OMS recense officiellement 1500 cas confirmés en laboratoire entre 2013 et 2018, et quelque 650 décès. En comparaison, à la mi-août, la COVID-19 atteignait les 20 millions de cas officiellement rapportés aux quatre coins de la planète, et ce en seulement sept mois.

Lien vers l’article original de L'Agence Science-Presse


Les grenouilles aussi peuvent avoir un harem de reproduction

SCIENCE

Les grenouilles aussi peuvent avoir un harem de reproduction

Agence France-Presse
WASHINGTON — Pour la première fois, des scientifiques ont décrit le harem d’une grenouille des forêts tropicales brésiliennes, montrant que la polygynie, ou la reproduction exclusive d’un mâle avec plusieurs femelles, est un comportement également pratiqué par des amphibiens.

Ce mode de reproduction est le plus répandu dans le monde animal, que ce soit chez les poissons, les reptiles, les mammifères, les oiseaux et certains invertébrés, explique à l’AFP le zoologiste Fabio de Sa, de l’Universidade Estadual de Campinas.

Mais il n’avait, jusqu’à la publication de cette étude dans la revue Science Advances mercredi, jamais été décrit chez un amphibien.

L’heureux élu est Thoropa taophora, une grenouille brune ou rousse. L’équipe de scientifiques en a filmé plusieurs dans des zones relativement pauvres en eau douce, le site de reproduction de l’espèce, pour voir si la rareté de la ressource influait sur la polygynie des amphibiens.

Les images ont confirmé l’existence de rapports exclusifs entre un mâle et, toujours, deux femelles. L’une des deux femelles était toujours dominante.

Les femelles dominantes approchaient les mâles et se positionnaient sous eux, pour la reproduction. La femelle secondaire assistait passivement à la scène.

Parfois, une femelle dévorait les oeufs protégés par le mâle, qui souvent chassait la perturbatrice, mais parfois se reproduisait avec elle, conduisant à la ponte de nouveaux oeufs portant les gènes de cette femelle-là. Les chercheurs ont analysé l’ADN des têtards pour le confirmer.

La présence de têtards issus des mêmes parents mais bien plus âgés a confirmé que les relations entre grenouilles étaient longues.

L’avantage de la polygynie, pour le mâle, est d’assurer sa descendance tout en diversifiant le réservoir génétique.

Quant à la femelle, l’avantage est «qu’il vaut mieux un mâle de qualité et un site de reproduction de qualité, quitte à le partager avec une autre femelle, plutôt que d’être exposée, de ne pas trouver d’autre grenouille ou de trouver une grenouille de moindre qualité», dit Fabio de Sa.

Autre phénomène rare observé: une concurrence entre femelles, la dominante répondant au coassement du mâle et semblant expulser l’autre femelle.

Les koalas, des alliés contre la chlamydia?

SCIENCE

Les koalas, des alliés contre la chlamydia?

Agence Science-Presse
Bien que les humains et les koalas aient peu en commun, ils partagent un même ennemi : la chlamydia. Les progrès réalisés dans la lutte contre cette maladie chez le petit marsupial pourraient contribuer au développement d’un vaccin chez l’humain, selon le New York Times.

La chlamydia est en effet un problème préoccupant pour les koalas, en Australie. Dans la région du Queensland, la population a diminué de 80 % entre 1996 et 2014 et la chlamydia serait en partie responsable. Selon le gouvernement de cette province, la maladie aurait rendu plus de la moitié des femelles infertiles et environ 20 % des animaux touchés auraient dû être euthanasiés en raison de la sévérité des symptômes.

Des antibiotiques existent pour traiter les koalas, mais les effets secondaires sont importants. Ces médicaments détruisent la flore intestinale des animaux qui en ont pourtant absolument besoin pour digérer efficacement leur principal aliment, l’eucalyptus. Ils développent alors de graves complications gastro-intestinales. De plus, même si le koala guérit, une étude démontrait l’an dernier que la protection contre la maladie était de courte durée, c’est-à-dire moins de 6 mois.

Un chercheur australien, Peter Timms, mise donc sur le développement d’un vaccin pour stopper la propagation de la maladie. Plusieurs essais ont d’ailleurs produit des résultats prometteurs. Le scientifique en est maintenant à l’étape de tester le traitement sur des koalas vivant dans la nature et espère convaincre les gouvernements de mettre en place une campagne de vaccination massive.

Un vaccin chez l’humain?

Quant à l’humain, les experts estiment que la chlamydia est l’infection transmissible sexuellement la plus courante, avec 131 millions de nouveaux cas chaque année à travers le monde. Au Québec, l’Institut national de santé publique a recensé plus de 26 000 cas en 2017. Les jeunes seraient particulièrement touchés: 67 % des cas chez les femmes et 44 % chez les hommes ont été diagnostiqués parmi les 15 à 24 ans.

Cette forte proportion des infections chez les jeunes adultes entraîne des conséquences importantes. Par exemple, certaines jeunes femmes peuvent souffrir une infection chronique, les rendant éventuellement infertiles. 

Un groupe international de scientifiques travaille d’ailleurs au développement d’un vaccin grâce à une subvention de 10,7 millions $ octroyée par les Instituts américains de la santé (NIH). Par ailleurs, en 2019, des chercheurs danois et britanniques rapportaient dans The Lancet avoir obtenu des résultats encourageants lors des premiers essais cliniques chez l’humain d’un vaccin contre la chlamydia.

Selon Peter Timms, les recherches effectuées sur le koala en feraient un modèle pour la suite des études cliniques chez l’humain, parce que la progression de la maladie chez le marsupial et chez l’humain serait très similaire. 

Lien vers l'article du New York Times