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Science

La résistance aux antibiotiques pourrait mettre en péril notre mode de vie

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les défenses de l’humanité contre les infections s’affaiblissent de jour en jour, tandis que les microbes qui en sont responsables deviennent de plus en plus forts.

Une infection sur quatre est désormais résistante aux antibiotiques et à d’autres formes connues de traitement. L’an dernier, 5400 Canadiens sont morts de maladies qui, jusqu’à récemment, étaient curables. C’est ce qu’indique un rapport exhaustif évalué par des pairs et présenté cette semaine par le Conseil des académies canadiennes.

Cela constitue environ le double du nombre conjugué d’homicides et de décès par accidents de la route chaque année au Canada.

Ces maladies incluent tant la pneumonie que des infections sanguines, cutanées ou des voies urinaires. Et leur nombre augmente partout puisque le trafic international permet le transport des microbes pathogènes aux quatre coins du monde.

Le rapport, Quand les antibiotiques échouent, a été préparé pour le gouvernement fédéral par un comité d’experts présidé par Brett Finlay, de l’Université de la Colombie-Britannique, et dont j’étais membre. Il décrit en détail les impacts de la résistance aux antimicrobiens (RAM) sur notre économie, notre qualité de vie et notre santé.

L’an dernier, la RAM a réduit le PIB du Canada de 2 milliards de dollars ; nous nous attendons à ce que ce montant se situe entre 13 et 21 milliards de dollars d’ici 2050.

J’espère que ce rapport permettra de faire prendre conscience aux décideurs et au public de l’existence d’une crise de la résistance aux antimicrobiens.

Les miracles des antibiotiques

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que le Canada est dans une excellente position pour prémunir le monde de la catastrophe. Nous pouvons le faire si nous concentrons immédiatement nos formidables ressources à la résolution de ce problème.

Le Symposium de la fondation Gairdner de 2019, un rassemblement scientifique international autour de cette question, a lieu ces jours-ci à l’Université McMaster.

Science

10 ans plus tard: le climategate a-t-il eu un impact?

Le climategate, ce faux scandale survenu il y a 10 ans cette semaine, n’a certainement pas affaibli la science du climat. Mais il a peut-être suffisamment détourné l’attention à l’époque pour avoir un impact politique.

Le 19 novembre 2009, un peu plus d’un millier de courriels étalés sur 13 ans, provenant d’échanges entre des climatologues de deux importants centres de recherche, un britannique et un américain, étaient dévoilés par un pirate informatique. Les mouvements climatosceptiques ont immédiatement prétendu que ces courriels révélaient l’existence d’un «complot» pour «dissimuler la vérité», une affirmation qu’ils appuyaient sur trois extraits sortis de leur contexte —et dont la véritable signification s’avèrerait rapidement n’avoir rien à voir avec un complot. Dans les deux années qui suivirent, pas moins de neuf enquêtes sur deux continents furent lancées, par les universités des chercheurs concernés, par des organismes subventionnaires et, dans deux cas, par des élus, ceux d’un comité du parlement britannique et ceux d’un comité du Congrès américain. Dans les neuf cas, les enquêtes conclurent à un « faux scandale » et à l’absence de faits pour incriminer qui que ce soit de quelque malversation que ce soit.

Mais sur le coup, ces courriels eurent un impact sur l’opinion publique, sur la couverture des négociations du climat dans certains médias — en particulier les médias campés les plus à droite — et sur les décideurs politiques. On était alors à moins d’un mois de la conférence annuelle des Nations Unies sur le climat qui, tenue à Copenhague, était censé accoucher — ou non — d’une entente pour un traité devant succéder au Protocole de Kyoto. La conférence est, depuis, souvent pointée du doigt comme ayant été un échec, et l’influence qu’a eu ce faux scandale continue d’être débattue 10 ans plus tard: pour les uns, la conférence était de toutes façons vouée à l’échec, les vents (qui semblaient favorables à une entente sur le climat au milieu des années 2000) ayant tourné dans la mauvaise direction.

Pour les autres, le climategate a donné juste assez de carburant aux opposants pour se faire entendre sur la place publique pendant ces quelques semaines cruciales. Selon le Britannique Bob Ward, directeur des politiques à l’Institut Grantham de recherche sur le climat et l’environnement, interrogé cette semaine par The Guardian : «Les politiciens de droite, alliés aux compagnies du secteur des carburants fossiles, ont utilisé leur influence pour répandre de fausses informations sur ces courriels et pour se battre contre des politiques de réduction des fossiles… Je suis sûr qu’ils feraient encore la même chose aujourd’hui.» 

Ce fut par contre, pour plusieurs, une leçon de vulgarisation 101: les climatologues, leur ont reproché des professionnels de la communication dans les mois qui ont suivi, ont été trop nombreux à regarder de haut cette histoire, à nier qu’elle puisse avoir un impact, à rejeter l’idée qu’ils puissent manquer de transparence dans leurs communications auprès du public, et donc à ne pas voir la nécessité de répondre.

Et le fait est que, 10 ans plus tard, ni les neuf enquêtes ni le déboulonnage des citations sorties de leur contexte n’empêchent des climatosceptiques de continuer de proclamer que le Britannique Phil Jones ou l’Américain Michael Mann étaient des fraudeurs. En l’absence de preuve, ils ne peuvent en parler qu’entre eux, tandis que les preuves d’un climat en train de changer continuent de s’accumuler, mais ils contribuent peut-être, à leur façon, à détourner une partie de l’attention.

Science

L’eau à haute teneur en minéraux: dangereuse pour la santé?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Des millions de gens boivent de l’eau à haute teneur en minéraux, aussi appelée «eau dure». Est-ce dangereux pour leur santé? L’Organisation pour la science et la société et le Détecteur de rumeurs se sont penchés sur la question.

Qu’est-ce que l’eau dure?

L'eau dure est une eau dans laquelle est dissoute une forte concentration de minéraux, comme les carbonates, chlorures et sulfates de calcium et de magnésium. La «dureté» de l'eau dépend de sa provenance. Une eau souterraine entrée en contact avec des roches poreuses qui contiennent des dépôts de minéraux, comme du calcaire ou de la dolomite, sera plus « dure », alors qu'une eau provenant d'un glacier ou qui coule à travers un amas de roches dites magmatiques sera beaucoup plus «douce».

Cette dureté est mesurée en milligrammes de carbonate de calcium (CaCO3) par litre d'eau ou, plus simplement, en parties par million (ppm). Les chiffres demeurent les mêmes puisque 1 mg/L = 1 ppm. Règle générale, une eau qui contient moins de 60 ppm est considérée comme douce. Une eau se situant entre 60 et 120 ppm est modérément dure et une eau supérieure à 120 ppm est qualifiée de dure. À titre indicatif, l'eau de Montréal est typiquement aux alentours de 116 ppm, c'est-à-dire modérément dure, alors que l'eau de mer se tient autour de 6630 ppm en raison des multiples sels qui y sont dissous.

On peut parfois reconnaître une eau dure à son odeur ou à sa couleur. Elle semblera trouble si elle contient un excès de sels qui ne peuvent plus s'y dissoudre. De plus, si la concentration de calcium dépasse les 100 ppm, l'eau va probablement « goûter drôle ». Bien que le consommateur préfère souvent une eau claire et sans goût, ces caractéristiques de l'eau dure ne présentent pas de risque pour la santé humaine.

Des impacts sur la santé ?

Des études suggèrent depuis au moins 20 ans qu’une eau riche en minéraux protégerait contre les problèmes cardiovasculaires. Le magnésium et le calcium auraient un effet protecteur contre les cancers de l'estomac, du côlon, du rectum et du pancréas, et le magnésium contribuerait à réduire les risques des cancers de l’œsophage et de l’ovaire. L’eau dure préviendrait l’athérosclérose chez les enfants et les adolescents.

À l’inverse, certaines études ont suggéré qu’une eau dure favoriserait l’eczéma chez les enfants. Toutefois, une étude de l’Université de Nottingham en 2011 menée sur 336 enfants et adolescents de 6 mois à 16 ans souffrant d’eczéma, a remis cette relation en question. Les chercheurs ont installé des unités d'adoucissement de l'eau au domicile de la moitié des participants et ont surveillé l'eczéma des enfants sur une période de trois mois. Le groupe qui a bu de l'eau adoucie a rapporté une amélioration de l'eczéma de 20 %, alors que celui qui buvait de l'eau dure a noté une amélioration de... 22 %. Il est donc peu probable que l'eau dure ait contribué à l'eczéma de ces enfants.

De même, bien que certaines études aient rapporté une corrélation entre la dureté de l'eau et la formation de calculs rénaux, la majorité des études portant sur le sujet ne démontrent aucune association.

Des avantages ?

Un adulte qui boit deux litres d’eau dure par jour ingérera environ 52 mg de magnésium, soit 12 % des 420 mg qu’il devrait consommer quotidiennement selon Santé Canada.

Par ailleurs, les personnes atteintes de diabète de type 2 peuvent bénéficier d’une eau riche en magnésium puisqu’ils souffrent souvent d’un manque de ce minéral qui permet de réguler le taux d’insuline dans l’organisme. La concentration élevée en magnésium de l'eau dure peut aussi être avantageuse contre une constipation chronique, car les sels de magnésium ont un effet laxatif sur le corps.

Il est de toutes façons très difficile à un humain dont les reins sont en santé de souffrir d’un excès de calcium (hypercalcémie), puisque tout excès est rapidement évacué. Des cas d’excès de magnésium sont très rares, et résultent tout au plus en des épisodes courts de diarrhée.

Verdict

«L’eau dure» ne semble avoir aucun impact négatif sur notre corps. Il est même possible qu’elle contribue à l’apport quotidien en calcium et en magnésium dont nous avons besoin.

Science

Non, la pilule contraceptive ne cause pas l’autisme

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’aimerais savoir si des études sérieuses ont déjà été faites concernant la pilule contraceptive et le grand nombre d’enfants autistes que nous observons depuis plusieurs années. La comparaison avec les décennies antérieures est inquiétante. Alors est-ce que le fait d’avoir déréglé le cycle des femmes depuis les 50 dernières années est en partie responsable de ce phénomène ?», demande Bernard Boucher, de La Tuque.

En 2000-01, l’Institut de santé publique du Québec comptait environ 0,7 autiste pour chaque tranche de 1000 enfants de 1 à 17 ans. En 2014-15, le même INSPQ en comptait près de 5 par 1000. Aux États-Unis, les niveaux sont plus élevés parce que la méthodologie diffère, mais la tendance est la même : l’Oncle Sam est passé de 7 autistes par 1000 enfants en 2000 à presque 17 par 1000 en 2014.

Il est absolument indéniable qu’il y a beaucoup plus de diagnostics d’autisme qu’avant, tout le monde s’entend là-dessus. Mais si l’on me permet un euphémisme de calibre olympique, disons que l’idée de mettre la faute de la pilule contraceptive, elle, ne rallie pas autant de gens…

En fait, il semble n’y avoir eu qu’un seul chercheur qui ait lancé cette hypothèse à deux reprises dans la revue Medical Hypotheses, en 2014 et en 2015, constatent les spécialistes de l’autisme Isabelle Soulières, de l’UQAM, et Baudouin Forgeot d’Arc, de l’UdeM. Il s’agit, précise ce dernier, d’une revue «qui accueille volontiers des idées très spéculatives», et l’auteure en question admet elle-même qu’il n’existe pas d’étude sur cette question.

Hormis ces deux articles, «je ne crois pas avoir jamais vu d’étude là-dessus ni entendu qui que ce soit parler de ça dans des congrès», ajoute Mme Soulières.

Et ce silence n’est pas très étonnant, quand on y pense. D’abord, au fondement même de ce lien contraception-autisme, il y a quelque chose qui ne fonctionne tout simplement pas du tout : les dates. Les premières observations que des fortes doses de progestérone empêchaient l’ovulation remontent aux années 30 chez des animaux de laboratoire. Le contexte légal de l’époque, qui interdisait la contraception et la recherche à son sujet, a repoussé le premier essai clinique de pilule contraceptive jusqu’en 1954 — et encore, il fut réalisé à Porto Rico. L’usage de «la pilule» commença a se répandre vers 1960, mais d’abord sous couvert de «régulariser» les menstruations car le contrôle des naissances ne fut vraiment légalisé qu’à la fin des années 60 au Canada et aux États-Unis. La démocratisation de la pilule prit véritablement et définitivement son envol à partir des années 70, d’après un texte paru dans Canadian Family Physician en 2012 — et dont la lecture est absolument fascinante, je dois dire.

Si vraiment la contraception orale était une cause un tant soit peu importante d’autisme, alors la hausse des cas devrait remonter au minimum aux années 70, ou au plus tard aux années 80. Or comme on l’a vu plus haut, l’explosion des diagnostics a plutôt débuté autour de l’an 2000. Et l’incohérence est d’autant plus forte, ajoute Mme Soulières, que les doses d’hormones étaient beaucoup plus élevées dans le passé qu’elles ne le sont de nos jours. La première pilule contraceptive mise sur le marché, la poétiquement nommée Enovid 10, contenait 9,85 milligrammes (mg) de progestérone synthétique et 150 microgrammes (µg) d’œstrogène, mais il est rapidement apparu que de telles doses produisaient trop d’effets secondaires. Par comparaison, les doses d’aujourd’hui tournent plus autour 0,1 à 3 mg de progestérone et entre 20 et 50 µg d’œstrogène. Alors si la pilule était une cause d’autisme, la tendance à la hausse aurait dû être compensée au moins en bonne partie, sinon carrément inversée, par la réduction du dosage.

Et c’est sans compter le fait que pratiquement toutes les études sur les causes de l’autisme indiquent qu’il s’agit d’un phénomène très principalement génétique. Une revue des études de jumeaux, qui visent à mesurer la part que jouent les gènes et l’environnement, a constaté en 2016 qu’entre 64% et 91% de l’autisme était «hérité» des parents. D’autres études récentes sur la même question ont elles aussi conclu que l’autisme est génétique à environ 80 %. Alors il est impossible que des facteurs environnementaux n’expliquant que 20 % du phénomène multiplient par 7 la fréquence de l’autisme, comme on l’a vu au Québec depuis 2000 — et c’est encore plus invraisemblable si l’on parle d’un seul de ces facteurs environnementaux, en présumant (faussement) qu’il y ait un lien avec la pilule contraceptive.

Alors, si ce n’est pas l’environnement et que les gènes de grandes populations dans plusieurs pays ne peuvent pas changer tous en même temps en seulement quelques années, comment expliquer la hausse fulgurante de l’autisme depuis 20 ans ? La recherche n’a pas trouvé toutes les réponses encore, mais les preuves s’accumulent autour de l’idée qu’il s’agit de simples changements dans les diagnostics et le dépistage. Au fil du temps, la définition de ce qu’est l’autisme a été élargie et inclut désormais beaucoup plus de gens que dans les années 80 et 90. En outre, ajoute Mme Soulières, «il y a 20 ans, les milieux de l’éducation ne savaient pas c’était quoi, l’autisme, et n’alertaient pas la famille, alors que maintenant, les éducatrices, les profs, les psychoéducatrices et même le personnel des CLSC sont beaucoup plus à l’affût. Ces gens-là pensent plus facilement à l’autisme qu’avant quand le parent arrive et dit : mon enfant ne parle pas encore, mon enfant fait des crises, etc.»

D’ailleurs, pas plus tard qu’en août dernier, une équipe internationale dont Mme Soulières faisait partie a publié un article dans le Journal of the American Medical Association – Psychiatry qui a recensé les études sur l’autisme parues entre 1966 et 2019, afin d’examiner plus particulièrement les différences (capacité à reconnaître les émotions, taille du cerveau, etc.) entre ceux que les chercheurs considéraient autistes et ceux qui étaient rangés du côté des «normaux» ou «neurotypiques». Et les résultats ont montré que plus le temps avançait, plus la différence entre «autistes» et «non-autistes» s’amenuisait — ce qui suggère fortement que les diagnostics d’autisme incluent désormais beaucoup plus de gens qu’avant.

Science

La santé des stocks de poissons au Canada continue à se détériorer

SAINT-JEAN, T.-N.-L. - Une vérification annuelle de l’état des pêches canadiennes révèle une diminution du nombre de stocks de poissons en bonne santé depuis deux ans et prévient que si le gouvernement ne fait rien de plus, la situation ne cessera d’empirer.

Le groupe écologiste Oceana Canada publie son troisième rapport annuel sur l’état des lieux, basé sur les données du ministère fédéral des Pêches et des Océans. Le rapport presse Ottawa d’adopter enfin les réglementations fixant des échéanciers et des objectifs pour la reconstitution des stocks en situation «critique». Sur les 33 stocks considérés comme en «zone critique», seuls six bénéficient de plans de reconstitution du gouvernement.

Dans son «Audit des pêches 2019», Oceana Canada conclut que 17 pour cent des stocks de poisson au pays sont dans la «zone critique», contre 13,4 pour cent en 2017.

D’autre part, plus de crustacés se retrouvent dans la zone critique en 2019, «une tendance particulièrement inquiétante, car la valeur de l’industrie canadienne des produits de la mer dépend fortement des crustacés», précise l’organisme. Selon Pêches et Océans Canada, le crabe des neiges, le homard et la crevette représentent à eux seuls 73 pour cent de tous les débarquements, et valent approximativement 3,8 milliards $, souligne le rapport.

Par ailleurs, Oceana Canada signale que l’état sanitaire de 38 pour cent des stocks n’a pas pu être évalué faute de données suffisantes.

Robert Rangeley, directeur scientifique d’Oceana Canada, estime que la série de vérifications a révélé des tendances inquiétantes, notamment un manque d’action décevant du gouvernement face à cette «crise» persistante. «Je pensais que lors de notre troisième audit, nous constaterions davantage de progrès», a-t-il déclaré par téléphone depuis Ottawa. «Il y a beaucoup de gens bons et intelligents chargés de la science et de la gestion de nos océans, mais les progrès sont trop lents. (...) L’urgence ne fait que grandir.»

Morue et crevette nordique

Le rapport fait état de quelques progrès, notamment une augmentation du nombre de publications scientifiques évaluant la santé des stocks de poisson et une plus grande transparence du suivi de la pêche. On souligne également que la Loi sur les pêches, modifiée en juin, constitue une occasion de progresser. Mais les réglementations fédérales, en cours d’élaboration, devraient prévoir par exemple des échéanciers pour les plans de reconstitution des stocks, et des systèmes de surveillance normalisés afin que la nouvelle loi puisse porter ses fruits.

Vingt-quatre des stocks de poisson gravement épuisés du pays se trouvent dans l’est du Canada, y compris la morue et la crevette nordique.

Plusieurs invertébrés sont passés d’un statut en bonne santé à une désignation «prudente», y compris la crevette nordique et la crevette à flanc rayé. Trois autres stocks de crevette du Pacifique et de crabe des neiges du plateau néo-écossais ont été classés dans la «zone critique» cette année, ce qui porte à sept le nombre total de stocks de crustacés dans cette catégorie, contre un seul en 2017.

M. Rangeley estime qu’un engagement réel d’Ottawa est nécessaire pour reconstruire les pêcheries et éviter un nouvel effondrement comme celui de la morue du Nord. Ce stock n’a pas de plan de reconstitution depuis son effondrement en 1992, qui avait jeté au chômage des milliers de travailleurs et dévasté plusieurs communautés sur l’île de Terre-Neuve.

Oceana Canada critique d’ailleurs la décision d’Ottawa d’augmenter le quota de captures de morue du Nord de 30 pour cent ce printemps, ce qui irait à l’encontre de la nouvelle Loi sur les pêches et de la politique du gouvernement visant à maintenir la pêche des stocks épuisés à des niveaux aussi bas que possible, soutient-on.

Science

Le «Pharmachien» Olivier Bernard reçoit un prix décerné par «Nature»

MONTRÉAL - Olivier Bernard, alias «Le Pharmachien», a remporté un prestigieux prix international pour sa défense de la science.

Le blogueur et vulgarisateur québécois a plus précisément reçu le prix John-Maddox à Londres pour son travail visant à déboulonner les mythes entourant l’utilisation de la vitamine C pour traiter le cancer.

En 2018, M. Bernard a appris qu’une pétition demandait au gouvernement du Québec d’approuver l’injection de doses massives de la vitamine C pour aider les patients atteints de cancer.

La pétition demandait au gouvernement de mettre sur pied un «Registre québécois de la vitamine C par perfusion», pour autoriser les médecins à la prescrire ainsi que pour documenter l’innocuité et l’efficacité de la vitamine C à haute dose dans les cas de traitements médicaux complémentaires de cancer.

Le «Pharmachien» a alors vérifié la science derrière ces affirmations; il voyait dans cette pétition une «stratégie de lobbying politique qui contourne le processus scientifique» et qui comporte des risques pour la médecine et la santé publique.

Or, quand il a publié ses découvertes sur son blogue et les a diffusées dans son émission de télévision, lui et sa femme ont été la cible de vives réactions dans les médias sociaux - voire de menaces. Il était venu à la populaire émission «Tout le monde en parle» pour expliquer sa position et annoncé qu’il ne commenterait plus ce dossier controversé. Il avait au passage déploré le silence, ou le manque de solidarité, de la communauté scientifique.

La pétition n’a finalement pas été saisie par la commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale. Le gouvernement du Québec a par ailleurs commencé à chercher des moyens d’aider les scientifiques qui font face à ce genre de réactions virulentes.

Le prix John-Maddox est décerné par la revue «Nature» et l’organisme «Standing Up for Science» (À la défense de la science).

Rejoint à Londres, où il devait recevoir le prix en soirée, Olivier Bernard a expliqué au téléphone que «la communication scientifique en ce moment est importante, parce que les gens n’ont jamais été aussi confus».

«On est bombardés d’informations sur la science, sur la santé, et c’est extrêmement difficile de s’y retrouver, a-t-il soutenu. Le gros défi qui vient avec ça, c’est d’être capables de différencier la bonne et la mauvaise information en ligne, dans les médias. etc.»

«Le travail des communicateurs, des vulgarisateurs scientifiques, c’est ça»: une sensibilisation à l’esprit critique, a-t-il ajouté.

Science

Mercure passe devant le Soleil

Les amateurs d’astronomie du Québec ont pu assister lundi à un phénomène rare, le passage de la planète Mercure devant le Soleil. La prochaine observation au Québec aura lieu en 2049.

Espace pour la vie avait convié les intéressés au Planétarium Rio Tinto Alcan, à Montréal, de 7h36 à 13h04, alors que Mercure est passée exactement entre le Soleil et la Terre. Le phénomène a pu être observé en webdiffusion avec les animateurs du Planétarium. 

La planète Mercure est la première dans l’ordre de distance à partir du Soleil. Elle circule sur une orbite plus petite que celle de la Terre. Alors que la Terre boucle une révolution autour du Soleil en un an, Mercure ne met que 88 jours à compléter la sienne. Au cours d’une période d’un siècle, on compte seulement 13 ou 14 passages de Mercure entre le Soleil et la Terre.  

Science

Comment remplir ses épaulières

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Depuis plusieurs années, on entend parler de jeunes hockeyeurs professionnels de 18, 19 ou 20 ans qui augmentent leurs poids en l’espace d’un été, en prenant uniquement des produits légaux. J’ai toujours été surpris de les entendre affirmer qu’ils doivent prendre du poids pour ainsi être prêt au camp d’entrainement de septembre, puis annoncer fièrement qu’ils ont augmenté leur masse musculaire d’une dizaine de livres pendant l’été. L’entrainement physique et les suppléments alimentaires légaux suffisent-ils vraiment pour obtenir de tels résultats?», demande Bernard Plourde, de Québec.

De manière générale, non, prendre 5 à 8 kilogrammes (10-15 livres) en l’espèce de deux ou trois mois n’est pas possible, répondent Jonathan Tremblay, spécialiste de l’encadrement des athlètes de haut niveau de l’Université de Montréal, et Anthony Karelis, qui mène des recherches sur l’exercice physique et le métabolisme à l’UQAM. Tous deux s’entendent pour dire qu’un athlète sérieux, qui s’entraîne plusieurs fois par semaine et se nourrit adéquatement (lire : bien et beaucoup), peut prendre autour de 0,5 à 1 kilo par mois (1 à 2 livres), sans plus.

«Si on parle de 10 ou 15 livres en deux mois, alors là je soupçonnerais qu’il peut y avoir eu des substances interdites qui ont été prises», dit M. Tremblay. Mais attention avant de sauter aux conclusions, avertit-il, car la période sur laquelle la prise de poids d’un athlète professionnel s’étale n’est pas toujours bien connue du public, ce qui peut faire partir le «moulin à rumeurs» inutilement. Le cas du joueur de centre des Canadiens de Montréal Jesperi Kotkaniemi a été évoqué récemment parce que le jeune homme, âgé de 19 ans, s’est présenté cet automne au camp d’entraînement avec une dizaine de livres de plus que l’année précédente. De là, plusieurs internautes et commentateurs ont conclu qu’il avait dû se muscler la charpente au cours de l’été, alors que c’est plutôt sur un an qu’il a pris ce poids — et M. Tremblay en sait quelque chose puisqu’il travaille avec l’équipe.

La règle générale en cette matière, dit pour sa part M. Karelis, c’est que «c’est très difficile d’ajouter de la masse musculaire. Si on parle de quelqu’un qui s’entraîne quatre ou cinq fois par semaine, alors oui, ça devient réaliste de penser gagner une ou deux livres par mois peut être réaliste».

Et encore, ajoute son collègue de l’UdeM, «il faut que la nutrition soit adéquate, sinon l’athlète ne prend pas de poids. (…) C’est important que l’alimentation soit riche en protéines, que les repas soient pris aux bons moment, généralement autour des entraînements avec une portion avant le sommeil (souvent double), etc.» Bref, pour atteindre le rythme de 1 kg par mois, non seulement il faut s’entraîner dur, mais l’alimentation devient pratiquement un travail à elle seule. «Il faut le planifier, il faut manger tout ça, ça prend du temps», dit M. Tremblay.

Pour M. et Mme Tout-le-Monde qui n’ont pas le temps de manger ni de s’entraîner autant que des athlètes professionnels, les gains en masse musculaire tournent souvent plus autour de 1 kg par six mois, dit M. Karelis — mais il peut y avoir de grands écarts individuels, dûs notamment aux gènes et au profil hormonal de chacun.

Alors pourquoi est-ce à ce point difficile de gagner de la «masse maigre», comme disent les nutritionnistes (parce qu’on s’entend que pour la «masse grasse», c’est pas mal moins compliqué) ? On n’a pas encore de réponse complète et définitive, dit M. Karelis. Mais une hypothèse probable est que certains mécanismes d’«économie d’énergie» hérités de lointains ancêtres pourraient être à l’œuvre. «Si on regarde la chose à l’inverse, il ne semble pas y avoir de saturation pour les gras, explique-t-il. Le corps en veut, il «aime» consommer de la nourriture et les tissus adipeux peuvent stocker des graisses presque sans limite. Le muscle, lui, fait le contraire : il n’emmagasine pas d’énergie, il en dépense. Même quand on est au repos, les muscles dépensent de l’énergie, alors plus ta masse musculaire est grosse, et plus ton métabolisme de base (ndlr : la quantité d’énergie que le corps dépense lorsqu’il est au repos complet, juste pour respirer, faire battre le cœurs, faire fonctionner les organes, envoyer des signaux nerveux, etc.) va augmenter. Alors s’il est à ce point difficile de gagner de la masse musculaire, c’est peut-être une question de survie : le corps veut consommer et stocker, pas dépenser.»

Enfin, M. Tremblay indique que ce n’est habituellement pas uniquement du muscle que les athlètes prennent dans un premier temps. «Habituellement, ça va leur prendre une diète riche en calories et ça, ça fait gagner d’un peu de tout : du muscle, bien sûr, mais aussi de l’eau et des graisses. (…) Souvent, on va d’abord chercher à juste leur faire gagner du poids en premier, et ensuite on va travailler à convertir ça en muscles», dit-il.

Science

Pourquoi les étudiants internationaux viennent-ils étudier au Québec

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La nouvelle réglementation relative à l’accès des étudiants internationaux au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Des étudiants concernés et des représentants du milieu universitaire s’affrontent avec des responsables politiques (...). Nous voulons apporter quelques éclaircissements sur les motifs qui amènent les étudiants internationaux à venir étudier au Québec et de leurs projets d’avenir, une fois les études terminées, en faisant appel à une recherche effectuée en 2017 auprès d’une trentaine d’étudiants internationaux de maîtrise et doctorat de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Les motifs des étudiants de plusieurs pays pour partir et étudier au Québec découlent de stratégies personnelles mises en place afin de réaliser des projets professionnels souvent grâce à des situations favorables liées à l’environnement familial. Ces motifs sont soutenus par l’existence de «structures d’opportunité» qui peuvent être positives, comme les bourses d’études offertes dans le pays d’accueil, ou négatives quand il s’agit d’absence de perspective professionnelle dans le pays d’origine. Trois séries de motifs se trouvent à la source du départ vers les universités québécoises, soit : a) les motifs stratégiques, b) les motifs «expérientiels» et c) les motifs liés à un projet d’émigration au Canada.

Les motifs stratégiques

La grande majorité, soit deux tiers de nos répondants, invoque des motifs stratégiques, d’ordre instrumental pour justifier le départ pour faire des études au Québec. Ces motifs ont trait au projet de formation et à la carrière, et sont souvent en rapport avec un plan de perfectionnement et de réussite professionnelle. L’absence d’opportunités dans le pays d’origine des étudiants ou la logistique inadéquate pour faire de la recherche de même que le désir d’«apprendre différemment», se retrouvent également parmi ces motifs stratégiques.

Pour d’autres, apprendre et perfectionner l’anglais constitue une motivation stratégique importante, présente principalement parmi les étudiants d’origine française, mais également parmi certains Latino-Américains. Les expériences linguistiques font partie des motivations pour étudier à l’étranger mais elles sont toujours en connexion avec d’autres motifs liés à une expérience générale de vie à l’étranger. Sur ce plan, la langue d’enseignement joue un rôle important dans le choix des étudiants. Pour les francophones qui s’orientent vers des programmes où ils peuvent apprendre l’anglais, le Québec est une destination de choix; pour les autres, c’est la possibilité d’apprendre autant l’anglais que le français.

Découvrir une autre façon de faire de la science, approfondir son champ de spécialisation, ou vivre un autre type de relation pédagogique avec les professeurs sont d’autres motifs invoqués par les étudiants internationaux. Pour ces étudiants, le Québec, apparaît comme un lieu «entre-les-deux» où un type de « science à l’américaine » et les méthodes européennes d’apprentissage et de recherche se combinent de manière à enrichir leurs cursus pédagogiques. Le type de relation avec le directeur, moins hiérarchisé et plus direct est fortement apprécié. Le manque d’opportunités et les limites du système d’éducation dans le pays d’origine se retrouvent également parmi les motifs invoqués.

Les motifs «expérientiels»

Les motifs stratégiques présentés sont imbriqués à des motifs d’ordre «expérientiel» liés à l’idée de «vivre des expériences» significatives comme découvrir d’autres pays, appréhender la diversité culturelle à l’étranger ou se découvrir eux-mêmes en vue d’être plus autonomes dans leur vie. Derrière ces motifs, l’enjeu des études ou de la carrière, sans être mis de l’avant, est toutefois présent. Le séjour pour les études à l’étranger apparaît aussi comme un moyen d’élargir l’horizon des expériences qui, sur le plan de leur employabilité future, donnera un signal positif d’initiative et de mobilité. Ces motifs peuvent aussi se combiner  à une forme de distinction et de réussite sociale.

Enfin, certains étudiants ont mis en place leur projet d’études à l’étranger pour entamer un processus d’immigration au Canada. Ce processus a été élaboré en tenant compte d’un projet de vie plus large qui inclut les exigences de la sphère professionnelle et des contraintes sociales diverses. Les études apparaissent ainsi comme le premier pas vers l’obtention rapide de la résidence permanente canadienne principalement à travers le Programme de l’expérience québécoise. Cette série de motifs est favorisée d’une part par le système canadien de sélection des immigrants qui priorise les personnes les plus qualifiées et, d’autre part, par la demande d’étudiants des universités québécoises, qui recrutent de plus en plus à l’international.

Science

Le déclin des insectes dans la plus grande discrétion

Les rumeurs d’un déclin de la population d’insectes courent depuis une vingtaine d’années. Dans la recherche la plus fouillée à avoir été menée sur le terrain, des chercheurs allemands viennent d’évaluer que, sur la base d’un suivi de 150 sites différents dans leur pays, la perte de biomasse moyenne serait d’environ 50 % sur 10 ans. Le nombre d’espèces aurait décliné du tiers.

Ce n’est pas un hasard si la recherche vient d’Allemagne: ce sont des études à plus petite échelle qui avaient tiré la sonnette d’alarme dans ce pays depuis les années 2000. Et qui avaient poussé à la publication d’autres compilations régionales dans d’autres pays. Le printemps dernier, une méta-analyse, c’est-à-dire une synthèse de la littérature scientifique sur le sujet, avait conclu que le recul des populations d’insectes était répandu chez un très grand nombre d’espèces éloignées les unes des autres.

La nouvelle recherche, parue le 30 octobre dans Nature, précise que sur les 2700 espèces d’arthropodes (ce qui inclut notamment les araignées ou les mille-pattes) étudiées, le recul est généralisé, peu importe le degré d’utilisation du territoire (urbanisation, routes ou agriculture). Mais il semble plus élevé là où l’étendue de terres agricoles est la plus élevée. Dans les forêts, la perte de biomasse n’est «que» de 40 %. Les auteurs de l’étude soulignent à ce sujet qu’en attendant d’avoir une certitude sur les pourcentages, la gestion des terres agricoles devrait faire l’objet d’un virage majeur, ne serait-ce que pour que les agriculteurs et les autorités locales se coordonnent avec les initiatives de conservation de la nature qui sont entreprises dans leur propre voisinage.

Il faut rappeler que si la disparition d’insectes touche moins de cordes sensibles chez le public que la disparition d’oiseaux ou d’animaux «charismatiques», elle n’en est pas moins une source de préoccupation majeure: la disparition d’insectes affecte les sources d’alimentation de quantité d’animaux, ils jouent un rôle fondamental dans la reproduction des végétaux en transportant leur pollen, et dans la régulation des écosystèmes en général. Rien qu’en terme de biomasse, c’est-à-dire le «poids» total de la vie sur Terre, les insectes dominent les autres espèces. S’il devait s’avérer que le déclin est vraiment aussi élevé que ce que cette étude révèle en Allemagne, ce serait l’équivalent d’une extinction de masse, en cours dans la plus grande discrétion.

Science

Des fossiles donnent de précieux indices sur notre évolution vers la marche

PARIS — La découverte de fossiles d'un singe inconnu, vieux de plus de 11 millions d'années, permet de mieux comprendre le passage de nos ancêtres sur leurs deux jambes, selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature.

Si un consensus existe sur le fait que nos ancêtres ont dû opter pour la position debout il y a environ sept à cinq millions d'années, le comment fait toujours débat au sein de la communauté scientifique. Certains considèrent que le changement s'est opéré alors que nos ancêtres vivaient toujours dans les arbres mais s'y dressaient déjà sur deux jambes, quand d'autres avancent qu'ils passaient déjà le plus clair de leur temps sur la terre ferme où ils se déplaçaient à quatre pattes.

Mais la découverte en Bavière, en Allemagne, de fossiles d'un nouveau singe, vieux de 11,62 millions d'années, dont les os des membres inférieurs et postérieurs s'avèrent bien conservés, vient faire pencher la balance en faveur du premier scénario. «Les fossiles comprennent des restes d'au moins quatre individus, avec un squelette partiel suffisamment complet pour décrire, en détail, la morphologie des membres et de la colonne vertébrale et les proportions du corps», expliquent dans l'étude Madelaine Bôhme, de l'Université de Tübingen, ses collègues.

Nommé Danuvius guggenmosi, l'animal possède des bras faits pour sauter de branches en branches et des membres postérieurs morphologiquement adaptés à la marche. Ce singe avait également un gros orteil qui lui permettait de marcher sur la plante des pieds, précise l'étude. Une caractéristique qui «suggère que D. Guggenmosi aurait pu marcher le pied posé à plat sur les branches», explique dans un commentaire publié avec l'étude Tracy Kivell, de l'université du Kent au Royaume-Uni.

«Les membres de cette espèce se déplaçaient d'une façon jusqu'à aujourd'hui inconnue», ajoute Tracy Kivell, qui y voit «un bon modèle de possible locomotion pour les derniers ancêtres communs» aux grands singes et à l'homme.

Science

Le ciel de novembre 2019: un festival de planètes

Le mois de novembre offre, cette année, un véritable festival de planètes qui occupera les astronomes amateurs et amatrices pour plusieurs longues nuits.

Commençons par la planète la plus proche du Soleil qui sera sans aucun doute « la star » du mois de novembre : Mercure. La journée du 11 novembre sera tout simplement exceptionnelle. Mercure effectuera un rare passage devant le Soleil. Depuis la Terre, c’est comme si nous assistions à une éclipse annulaire de Soleil par Mercure. Mais contrairement aux éclipses de Soleil par la Lune, le diamètre apparent de Mercure est bien trop petit pour pouvoir cacher le Soleil de manière significative. En fait, la planète est tellement petite qu’il vous faudra observer son passage devant le Soleil à l’aide d’un télescope et obligatoirement avec un filtre solaire conçu pour éviter tout dommage irréversible à vos yeux.

Plusieurs groupes d’astronomes amateurs vous offriront la possibilité d’observer ce phénomène rarissime. Le site de la Fédération des astronomes amateurs du Québec (faaq.org) dresse la liste des événements publics qui auront lieu un peu partout en province le 11 novembre. Que vous possédiez ou non un télescope, ne manquez pas cette occasion, car le prochain passage de Mercure devant le Soleil, visible du Québec, ne se produira que dans une trentaine d’années, le 7 mai 2049 !

Pour toute information supplémentaire sur ce passage, consultez notre page web spéciale : https://espacepourlavie.ca/passage-de-mercure-11-novembre-2019

Poursuivons notre festival de planètes en partant à la découverte de Vénus. Dès la mi-novembre, Vénus brillera dans le ciel pendant presque une heure après le coucher du Soleil. En fait, Vénus est présente dès que le Soleil disparaît et même un peu avant — elle est si brillante qu’on peut l’apercevoir même en plein jour ! Pour la trouver, choisissez un horizon sud-ouest bien dégagé, profitez du spectacle du coucher du Soleil, et dès que celui-ci s’enfonce sous l’horizon, vous apercevrez la planète très brillante légèrement à gauche de la dernière position du Soleil, à quelques degrés de hauteur. Un diamant éclatant dans l’obscurité tombante.

Suivant de près, à gauche de Vénus, vous trouverez Jupiter, visible tout le mois de novembre, légèrement moins lumineuse mais tout aussi spectaculaire d’éclat. Prenez le temps d’utiliser des jumelles ou même un petit télescope pour profiter de la ronde de ses quatre principales lunes. Un spectacle que Galilée avait déjà remarqué il y a plus de 400 ans ! À observer dès le coucher du Soleil.

Puis, vient la magnifique Saturne, encore plus haute et à gauche de Jupiter. Avec un petit télescope, elle saura vous révéler ses mystérieux anneaux.

La Lune comme guide céleste

Pour repérer facilement ces planètes, vous pouvez aussi utiliser la Lune comme un gros phare dans la nuit. Ainsi, le premier novembre vers 20 heures, la Lune s’approche de Saturne par la droite. 

Le festival du mois de novembre connaitra son apothéose le 28 : juste après le coucher du Soleil, vers 17 heures, vous aurez la chance de voir Jupiter bas sur  l’horizon, Vénus tout près à sa gauche, un fin croissant de Lune juste au-dessus de Vénus, et Saturne, encore plus à gauche de la Lune. Une rencontre de trois planètes et de notre satellite naturel ! 

Enfin, le 29 à la même heure, les trois belles planètes seront toujours présentes sensiblement au même endroit, mais ce sera au tour de Saturne de recevoir la visite d’un croissant de Lune un peu plus développé.

Rappelons en terminant que la nuit du 2 au 3 novembre verra le changement d’heure de l’heure avancée à l’heure normale. N’oubliez donc pas de reculer vos cadrans d’une heure cette nuit-là.

Bonnes observation! 

Olivier Hernandez est astronome et directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan.

Au Planétarium de Montréal :
Un seul billet pour voir tous les films présentés le jour de votre visite au Planétarium Rio Tinto Alcan. Consultez l’horaire sur notre portail Web à espacepourlavie.ca.

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Le mince croissant lunaire rencontre les brillantes planètes Vénus et Jupiter le 28 novembre, bas à l’horizon sud-ouest au crépuscule. (Illustration Planétarium Rio Tinto Alcan, image de base Stellarium.org)

Science

Le boisement en région boréale: peu de bénéfices climatiques ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Plusieurs textes récents dans les médias ont rapporté les enjeux de gouvernance de certaines entreprises qui génèrent des crédits de carbone à partir de la plantation d’arbres. Au-delà de ces problèmes se dresse cependant un écueil plus fondamental, amené celui-là par le développement des connaissances scientifiques sur un facteur appelé albédo.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (le GIEC), un organe des Nations Unies, a publié en août dernier une synthèse scientifique sur l’interaction entre les terres et les changements climatiques (https://www.ipcc.ch/report/srccl/). Dans ce rapport, à la section 2.6, on peut lire (traduction libre): «sous les hautes latitudes des régions boréales, des études d’observation et de modélisation montrent que le boisement et le reboisement entraînent des effets locaux et globaux de réchauffement, en particulier dans les régions couvertes de neige en hiver, car l’albédo est plus bas pour les forêts que pour la neige nue.»

Dans cet extrait du texte originalement en anglais, les termes boisement et reboisement réfèrent spécifiquement à des plantations sur des sites potentiellement forestiers qui, à cause de feux récurrents ou autres raisons, sont libres d’arbres ou presque depuis plusieurs décennies. Le terme albédo, quant à lui, réfère à la réflectivité des surfaces. Sommairement, une surface avec un albédo très faible, par exemple une route fraîchement pavée, absorbe presque toute l’énergie du rayonnement solaire et la transforme en chaleur. A contrario, une surface avec un albédo très fort, par exemple une neige fraîche, est éblouissante parce qu’elle réfléchit presque toute l’énergie du rayonnement solaire et n’en transforme donc presque pas en chaleur.

Peu importe où l’on se trouve sur la planète et cela en toutes saisons, les forêts sont plus foncées avec un albédo plus faible, et donc une absorption de l’énergie solaire plus forte, que les milieux ouverts. La présence de neige au sol dans les régions froides comme au Québec augmente la différence d’énergie solaire absorbée entre les forêts où la neige est masquée, et les milieux ouverts où la neige est exposée.

Le boisement augmente donc l’énergie solaire absorbée en transformant les milieux ouverts en forêts, et cette augmentation est plus forte là où la neige persiste tard au printemps quand le soleil se fait plus fort. C’est cet effet «réchauffant» du boisement qui serait assez important pour annuler les bénéfices climatiques anticipés de la séquestration de carbone par les arbres en croissance.

La conséquence de ce phénomène bien réel en forêt boréale, au Québec par exemple, c’est que le facteur albédo doit dorénavant être considéré dans les décisions de boisement des milieux ouverts. C’est aussi ce que le GIEC a démontré dans son dernier rapport. Pourquoi n’a-t-on pas compris ça avant, surtout que le phénomène de l’albédo est connu depuis très longtemps? Bien simplement, quand on a élaboré le Protocole de Kyoto et développé les premiers crédits de carbone, la technologie ne permettait pas encore de mesurer l’albédo des forêts. Depuis ce temps, grâce à de nouveaux satellites, les scientifiques peuvent calculer et comparer l’effet climatique du changement d’albédo à celui de la séquestration de carbone suite à la plantation d’arbres.

Doit-on baisser les bras ? Pas tout à fait. Les études sur lesquelles le GIEC s’est basé pour son analyse la plus récente sont presque toutes faites sur de grands ensembles forestiers avec une représentation très grossière de leur composition en essences d’arbres. Il est donc possible que la plantation d’essences dont les feuilles tombent l’hiver (mélèze, bouleaux, peupliers, etc.), et dont les cimes dégarnies ne masquent pas autant la neige, permette de dégager un bénéfice climatique.

Il y aurait aussi sans doute lieu d’élargir les frontières de l’analyse et de voir aussi dans les plantations une source de fibres dont les produits serviront de manière renouvelable à la lutte aux changements climatiques. Les calculs des bénéfices attendus sont plus complexes mais pourraient dégager sans doute un bilan plus fort en faveur de la lutte aux changements climatiques.

Finalement, on peut tout de suite penser qu’on devrait faire ces plantations préférentiellement dans les régions où la neige fond plus rapidement, où la croissance des arbres est plus forte, et où les risques de feux sont faibles. Comme on parle d’investissements de fonds publics ou privés qui ne sont pas illimités, il est logique de faire des choix qui maximisent les bénéfices climatiques de chaque projet de boisement.

Les connaissances actuelles dictent que l’on tienne dorénavant compte de l’effet albédo dans les décisions entourant la plantation d’arbres et les crédits de carbone dans les projets de boisement. Ceci devient même une question de crédibilité.

Science

Une nouvelle espèce de crustacé découverte dans... la gueule d'un requin-baleine

TOKYO — La gueule d'un requin-baleine n'a rien d'un environnement hospitalier pour élire domicile, a priori, mais c'est pourtant là que des chercheurs japonais viennent de dénicher une nouvelle espèce de gammaridés, une sous-catégorie de crustacés.

Les gammaridés présentent une alimentation très variée et sont capables de vivre dans des environnements extrêmes — aussi bien dans des lacs de haute montagne qu'au fond des océans. «Ces créatures, qui mesurent généralement de trois à cinq centimètres, sont incroyables parce qu'elles peuvent vivre dans des environnements tellement différents», a déclaré à l'AFP Ko Tomikawa, un chercheur de l'université de Hiroshima (ouest du Japon), lequel ne s'attendait toutefois pas à en trouver squattant la gueule d'un requin-baleine.

La nouvelle espèce, qui a été baptisée podocerus jinbe — du nom japonais du requin-baleine (jinbe zame) —, est de couleur brune et fait à peine 5 millimètres de long environ, avec des pattes poilues pour mieux attraper des micro-organismes, a expliqué le chercheur. «La bouche d'un requin-baleine est probablement un bon habitat» pour ce petit crustacé, a-t-il estimé, car «de l'eau de mer fraîche, nécessaire pour lui permettre de respirer, y pénètre régulièrement, tout comme de la nourriture. Cela lui fournit aussi un lieu sûr, sans prédateur».

Environ un millier de ces petits crustacés ont été trouvés dans les fentes branchiales de la gueule de ce géant des mers, qui outre leur fonction respiratoire servent à filtrer l'eau pour en séparer la nourriture.

Science

Découverte du «berceau de l’humanité» ? Pas si vite

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’Homo sapiens serait apparu au Botswana, une région du sud de l’Afrique, selon une recherche publiée cette semaine. L’annonce a cependant été rapidement contestée par des scientifiques. Le Détecteur de rumeurs s’est demandé pourquoi.

L'origine de la rumeur

L’Homo sapiens est une «branche» plus récente de l’évolution humaine dont l’émergence est souvent estimée à 200 000 ans, dans une région indéterminée de l’Afrique.
 
Ces dernières années, beaucoup de chercheurs ont allégué que plutôt que de continuer à imaginer l’Homo sapiens comme ayant émergé en un seul endroit d’Afrique, il faudrait plutôt le voir comme le résultat de la convergence de plus d’un groupe vivant en plus d’un endroit du continent. C’est cette dernière idée que conteste la recherche parue lundi dans Nature, en pointant du doigt une région précise, le Botswana.

La généticienne Vanessa Hayes et ses collègues australiens, sud-africains et sud-coréens, s’appuient sur une récolte de 1217 échantillons d’ADN provenant de différentes populations actuelles de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Tous ces échantillons proviennent de l’ADN mitochondrial qui, parce qu’il est transmis par la mère, permet de retracer une généalogie plus fidèlement. C’est à partir de cette récolte qu’ils concluent que les «humains anatomiquement modernes» sont apparus dans la région du Botswana il y a 200 000 ans, et qu’ils y sont restés pendant 70 000 ans avant de se disperser dans le reste du continent.

Il y a 200 000 ans, cette région abritait un lac aujourd’hui disparu et des terres humides entourées de déserts. Les relevés climatiques montrent que le pourtour désertique se serait progressivement humidifié, ouvrant notamment vers le nord-est un corridor «vert» qui aurait permis à ces humains de s’aventurer vers le reste du continent il y a 130 000 ans.

Première objection

Le premier groupe à avoir émis des objections dès lundi s’appuie sur la génétique. Si l’ADN mitochondrial est réputé être un bon indicateur pour des lignées relativement récentes, en tirer des conclusions vieilles de 200 000 ans est jugé plus hasardeux. À tout le moins, notent les chercheurs interrogés par le magazine The Atlantic, il faudrait élargir l’analyse à des populations d’autres régions du monde, pour avoir des bases de comparaison.

«C’est intéressant et important à savoir», y commente l’anthropologue et généticienne suisse Chiara Barbieri, mais déduire d’où une lignée mitochondriale est originaire, uniquement en se basant sur des gens qui la partagent aujourd’hui, est «délicat». C’est comme, ajoute l’archéologue Eleanor Scerri, «de tenter de reconstruire un langage à partir d’une poignée de mots.»

Deuxième objection

Le second groupe de chercheurs à avoir émis des objections s’appuie sur les découvertes récentes de fossiles qui suggèrent que l’Homo sapiens soit le résultat de la convergence de plus d’un groupe ayant évolué séparément dans plus d’un endroit de l’Afrique. Les promoteurs de cette théorie dite «pan-africaine» citent des fossiles vieux de 315 000 ans au Maroc, qui présentent beaucoup de traits communs avec nous, tout comme des fossiles estimés à 260 000 ans en Afrique du Sud. Il faut savoir que de s’entendre sur une définition détaillée de ce qui constitue un «humain moderne», à partir des fossiles, reste un gros débat en paléontologie. Par exemple, les crânes du Maroc sont plus allongés que les nôtres, mais pas autant que ceux de nos cousins Néandertaliens; leurs joues sont semblables aux nôtres, mais ils ont des fronts plus petits; dans l’ensemble, ils ressemblent plus à nous qu’à toute autre espèce «pré-Homo sapiens».

Troisième objection

Les résultats de la récente étude contredisent des travaux précédents. Les peuples locaux Khoï (ou Khoe) et San, qui ont fourni une partie des 1217 échantillons d’ADN, ont déjà fait l’objet de recherches génétiques sur leurs ancêtres: l’une d’elles concluait qu’ils s’étaient séparés des autres populations africaines il y a 260 000 à 350 000 ans. La nouvelle recherche n’explique pas le pourquoi de cette contradiction.


Verdict : la recherche ouvre des fenêtres inédites sur le passé et pose des questions importantes aux yeux des experts du domaine. Mais de titrer qu’on a identifié «le berceau de l’humanité» était prématuré.

Science

Dix milliards de générations avant nous

SCIENCE AU QUOTIDIEN / Dans le livre de David Suzuki L'Équilibre sacré, il est mentionné : «toutes les formes de vie présentes aujourd’hui sur la planète descendent d’une même cellule, née dans les océans voilà peut-être 3,8 milliards d’années». Je trouve cette information vraiment extraordinaire. J’aimerais savoir si elle est acceptée par tous les scientifiques du domaine. Pourriez-m’en dire un peu plus ?», demande Daniel Mercier.

Si l’on remonte dans le temps, on finira par arriver à l’époque où les premiers Homo sapiens modernes sont apparus, il y a environ 150 000 ans. Tous les humains actuels, absolument tous, descendent de cette petite population qui vivait en Afrique — c’est ce que l’on nomme notre «dernier ancêtre commun», ou DAC pour faire court. Si l’on remonte encore plus loin, on tombe éventuellement sur un ancêtre commun non seulement à toute l’humanité mais aussi au chimpanzé, soit un primate qui vivait il y a 6 à 7 millions d’années. Encore un peu plus loin, à environ 8 millions d’années (Ma) avant nos jours, et on arrive à un ancêtre commun à l’humanité, au chimpanzé et au gorille [https://go.nature.com/34hhmxR].

Et ainsi de suite : plus on remonte dans le passé, plus la «famille» s’agrandit. À 100 millions d’années avant aujourd’hui, par exemple, vivait un petit animal semblable aux rongeurs actuels duquel descendent tous les mammifères [https://go.nature.com/2WsAkyO]. Plus loin encore dans le passé, on finit par obtenir un «arbre généalogique» qui inclut tous les animaux, poissons et invertébrés inclus. Et pour tout dire, nous avons aussi un DAC (il y a 1,5 à 2 milliards d’années) avec toutes les plantes et les champignons puisque nos cellules partagent plusieurs caractéristiques avec les leurs — noyau cellulaire où est conservé l’ADN, un cytosquelette qui sert de «charpente» à la cellule, ainsi que différentes structures spécialisées qui remplissent des tâches semblables tant chez les plantes que chez les animaux. Ensemble, ces êtres forment une immense famille appelée eukaryotes, du grec «vrai noyau».

On connaît seulement deux autres «grandes familles» de la sorte sur Terre : les bactéries et les archées (des unicellulaires qu’on a longtemps rangés avec les bactéries mais qui sont en réalité très, très différents). Toutes les formes de vie connues appartiennent à l’un ou l’autre de ces trois ensembles. Et oui, les scientifiques pensent que malgré leurs énormes différences, toutes ces formes de vie partagent bel et bien un ancêtre commun.

Une des preuves les plus fortes que nous descendons tous de la même cellule (ou de la même colonie de cellules) est le «code génétique». Les gènes, comme on l’a déjà vu dans cette rubrique, sont essentiellement des «recettes de protéine». Et une protéine, c’est une chaîne de molécules nommées acides aminés, dont il existe une vingtaine de sortes différentes. Pour que la protéine remplisse son rôle, la chaîne d’acides aminés (qui peut avoir plusieurs centaines de «maillons» de long !) doit être assemblée dans un ordre exact, faute de quoi elle n’aura pas les bonnes caractéristiques physico-chimiques.

C’est cette information (l’ordre d’assemblage des acides aminés) que les gènes conservent. Et c’est pour cette raison que l’ADN est lui aussi une molécule faite comme une chaîne.

Or que vous soyez un primate, un insecte, un arbre ou une bactérie, cette information est stockée de la même manière. La chaîne de l’ADN est toujours composée des quatre mêmes sortes de maillon, que les généticiens désignent par les premières lettres du nom chimique — soit A, C, G et T pour adénine, cytosine, guanine et thymine. D’un bout à l’autre de la vie terrestre, la cellule «lit» la chaîne de la même façon, soit trois maillons à la fois (on appelle ça des codons). De la plus humble bactérie jusqu’aux cellules humaines, les mêmes combinaisons de trois «maillons» correspondent aux mêmes acides aminés, et les mêmes combinaisons indiquent l’endroit du génome où la «recette de protéine» commence et celui où elle se termine.

Il peut y avoir plus d’une combinaison qui désigne la même chose puisque ce système permet 64 trios différents alors qu’il y a seulement 20 acides aminés (plus les codons «début» et «stop»), mais le code est essentiellement le même pour tous les êtres vivants. Par exemple, les combinaisons AAG et AAA correspondent à un acide aminé nommé lysine pour toutes les cellules — les nôtres, celles des plantes, les bactéries et archées, toutes. De même, les codons TAG, TAA et TGA signalent toujours la fin de la «recette» chez toutes les formes de vie connues.

En outre, les mécanismes par lesquels cette information est utilisée sont les mêmes dans toutes les cellules. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) en sont d’ailleurs de belles illustrations. Par exemple, les fameuses semences de maïs «RoundUp Ready» sont conçues pour résister à un puissant herbicide, le glyphosate, qui détruit pratiquement toutes les plantes. Mais on a introduit dans le maïs OGM un gène de bactérie qui code pour une protéine qui contrecarre l’action du glyphosate — le gène en question a été découvert dans les années 1980, chez des bactéries qui vivaient dans un fossé situé à côté d’une usine de glyphosate et qui prospéraient malgré la pollution. Or même si les bactéries et les plantes sont des organismes extrêmement différents, la machinerie cellulaire du maïs est capable de lire le gène bactérien et d’en tirer une protéine.

Notons aussi qu’on a découvert une trentaine de gènes qui sont communs (dans des variantes différentes, mais quand même) à tous les organismes vivants [http://bit.ly/2q774BH], ce qui suggère aussi fortement une origine commune.

Les scientifiques ne s’entendent pas tous sur la forme que pouvait avoir ce fameux DAC universel. Était-ce vraiment une seule cellule ou une petite colonie ? Vivait-il dans des conditions extrêmes, comme proche d’une source thermale au fond des océans, ou dans des milieux plus cléments ? Ce sont des questions encore ouvertes. Mais l’existence de ce DAC universel, elle, n’est pas remise en question.

Science

La «patrie ancestrale» de l’homme moderne localisée au Botswana

PARIS - Une nouvelle pièce au puzzle de l’évolution humaine: la première «patrie» de l’homme moderne vient d’être localisée une région d’Afrique australe, dans le nord de l’actuel Botswana, où notre ancêtre commun a vécu il y a 200 000 ans avant de migrer 70 000 ans plus tard, selon une étude publiée lundi dans Nature.

Remontant aux racines de notre arbre génétique, l’étude affirme avoir localisé pour la première fois la «patrie ancestrale» de l’homme moderne, Homo sapiens sapiens. «Nous savons depuis longtemps que l’homme moderne était apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans. Mais nous ignorions jusqu’ici où se situait précisément cette patrie», a déclaré Vanessa Hayes, auteure principale, lors d’une conférence de presse.

L’équipe de chercheurs a fondé ses travaux sur la généalogie génétique, qui permet de tracer des modèles de migrations. Elle a analysé 200 génomes mitochondriaux, marqueurs génétiques de la généalogie maternelle, prélevés sur des populations vivant actuellement en Namibie et en Afrique du Sud, une région d’Afrique depuis longtemps considérée comme étant l’un des berceaux de l’homme moderne.

Les tests ADN ont révélé la présence rare du plus ancien lignage génétique maternel, appelé «L0», encore porté par ces populations. «En observant ce lignage, nous nous sommes demandés d’où venaient ces personnes, où vivaient-elles? Nous avons donc étudié la dispersion géographique de ce lignage», explique à l’AFP Vanessa Hayes.

«Nous avons fait des analyses spatiales pour remonter le temps, car à chaque fois qu’une migration intervient, c’est enregistré dans notre ADN, qui change. Il est comme une horloge de notre histoire», poursuit la généticienne.

«Nous étions tous des Khoïsans»

En comparant les génomes, les chercheurs ont réussi à isoler un ancêtre commun qui était un ancien Khoïsan, peuple de chasseurs-cueilleurs vivant toujours aujourd’hui. Selon l’étude, tous les hommes vivant actuellement en Afrique et hors d’Afrique, partagent ce même ancêtre. «Je crois que nous étions tous des Khoïsans à un moment donné», affirme Vanessa Hayes.

Ces Khoïsans, première communauté humaine moderne, auraient vécu dans la même région pendant 70 000 ans, sans en bouger. Comme le sait-on ? Parce que le génome est resté identique, sans diverger, de - 200 000 ans à - 130 000 ans environ.

La communauté aurait prospéré dans cette région (grande comme la Nouvelle-Zélande), située au sud du fleuve Zambèze, qui part de l’actuelle Namibie, traverse le nord du Botswana et va jusqu’au Zimbabwe.

Aujourd’hui désertique - appelée le Kalahari - elle était à l’époque humide, verdoyante et luxuriante. Des analyses géologiques combinées à des modèles climatiques ont montré qu’elle abritait un immense lac, deux fois grand comme le lac Victoria, appelé Makgadikgadi, disparu depuis.

Un immense lac

Le climat a ensuite commencé à changer, à la faveur d’une «modification de l’orbite terrestre», détaille Axel Timmermann, océanographe, coauteur de l’étude. Le lac s’est disloqué, la région s’est peu à peu asséchée, et les populations ont commencé à migrer via des «corridors verts», en direction du nord-est, puis du sud-ouest. Ces premiers départs ont ouvert la voie à la future migration des hommes modernes hors d’Afrique.

Mais certains sont restés, s’adaptant à la sécheresse. Leurs descendants y vivent toujours, et sont restés chasseurs-cueilleurs. Du fait de ce mode de vie ancestral, Vanessa Hayes se doutait que ces Khoïsans portaient en eux cet ancien lignage.

Autre signe: ils parlent un langage «à clic», qui fait claquer certaines consonnes avec la langue. «Or nous avons que le langage à clic est le plus ancien», souligne la chercheuse.

«Les Khoïsans qui vivent ici n’ont jamais quitté la patrie ancestrale. Eux savent qu’ils ont toujours été ici, ils se le racontent de génération en génération. Moi, je devais le prouver scientifiquement au reste du monde», se réjouit Vanessa Hayes, qui a mis dix ans à mettre au jour cette généalogie génétique.

«C’est comme si on regardait un grand arbre, dont les Européens et les Asiatiques seraient des toutes petites branches au sommet», conclut-elle.

Science

Le cyberpionnier Louis Pouzin, en croisade pour «un autre internet»

WUZHEN — Il est l'un des inventeurs d'internet. À 88 ans, Louis Pouzin parcourt le monde pour défendre sa vision d'un «autre internet», qui a désormais l'appui de l'UE, de centres de recherches et d'entreprises technologiques.

Cinquante ans tout juste après les premiers balbutiements de deux ordinateurs en réseau, l'inventeur français du datagramme, l'un des concepts à l'origine d'internet, ne se résout pas à voir le monde de l'informatique dominé par la Chine et les États-Unis. «Si on a perdu la main sur internet, c'est parce qu'on n'a pas formé les gens correctement», fulmine-t-il.

Aux côtés du Britannique Tim Berners-Lee et des Américains Vint Cerf et Robert Kahn, Louis Pouzin est considéré comme l'un des pères fondateurs de ce qui allait devenir internet. Il a été décoré à ce titre par la reine Elizabeth. Modeste, il assure n'avoir en aucun cas eu la préscience de ce qu'internet allait devenir au XXIe siècle, lorsqu'il travaillait sur les premiers ordinateurs dès la fin des années 1950.

«Moi, je construisais des systèmes, et quand on fait ça, on est essentiellement préoccupé par faire marcher ce qu'on a en cours», résume-t-il. Méconnu dans son pays natal, ce petit homme au regard vif assiste à la sixième Conférence mondiale de l'internet organisée la semaine dernière à Wuzhen, dans l'est de la Chine, où l'AFP l'a rencontré. Le géant asiatique s'intéresse à sa démarche en faveur de l'initiative Rina, qui ambitionne de créer une autre architecture d'internet.

À l'abri des pirates

Rina, pour «Recursive InterNetwork Architecture», se présente comme l'alternative aux protocoles fondamentaux d'internet, TCP et IP, qui n'ont pas été mis à jour depuis leur naissance dans les années 1970. Ce sont ces mêmes réseaux qui doivent désormais gérer plus de 4 milliards d'utilisateurs et une pléthore de services qui n'existaient pas à l'orgine.

«Ça a abouti à une masse extraordinairement volumineuse et pas rentable de logiciels qui se dupliquent les uns les autres avec forcément des contradictions, explique l'ingénieur. On est dans un ensemble instable et non prévisible.» Proposée en 2008 par l'Américain John Day, aujourd'hui à l'Université de Boston, l'architecture RINA repose, comme IP et TCP, sur les fameux datagrammes de Louis Pouzin, à savoir des paquets de données qui se transmettent avec une adresse de destination. Mais pas de la même façon.

«Ce que fait RINA, c'est d'avoir des fonctions qui sont commandées d'une manière très simple: six ou sept commandes possibles, pas plus (ouvrir, fermer, tester...), résume M. Pouzin. [Ces commandes] ne font que transmettre des ordres d'un système à un autre.»

Avantage de cet internet alternatif: les échanges de données ne se font plus sur un réseau ouvert avec des adresses IP publiques, ce qui les met à l'abri des pirates. «Ça n'a pas intéressé beaucoup les Américains, relève le chercheur, qui arbore sa rosette de la légion d'honneur. Ils avaient la tête dans le sac, ils n'ont pas vu du tout qu'en dehors de l'internet ils pouvaient faire autre chose.»

Des millions et des chercheurs

Alors que selon un rapport publié la semaine dernière, Chine et États-Unis comptent les quatre cinquièmes des «licornes» (entreprises de pointe valorisées plus d'un milliard de dollars) de la planète, l'Union européenne, sollicitée par Louis Pouzin, a commencé à partir de 2015 à investir massivement dans le projet Rina. Avec des centaines de millions d'euros de subventions, près de 400 chercheurs y travaillent en Europe, notamment en Espagne, en Irlande ou en Norvège. L'Arménie est devenue l'an dernier le premier pays à décider de passer à cette nouvelle architecture.

Plusieurs entreprises européennes travaillent désormais sur des projets pilotes, notamment Ericsson, Vodafone et Telefonica. Une revanche pour Louis Pouzin, dont les travaux avaient été abandonnés par la France dans les années 1970 au profit de la filière qui allait produire... l'éphémère Minitel, alors que dans la Silicon Valley, Vint Cerf ressuscitait les recherches du Français.

S'il n'a pas prévu l'explosion d'internet, Louis Pouzin ne croit pas plus à l'avènement d'un monde entièrement robotisé. «Une voiture autonome qui se promène dans le paysage actuel, avec les piétons, les chiens, c'est pas gérable. C'est un rêve, c'est un fantasme", s'amuse-t-il d'un filet de voix. Il y a énormément de gens qui prévoient des choses qui n'arrivent jamais.»

Science

Les baleines aussi ont de la culture !

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous pensons souvent que la culture est le propre des humains. Nous pensons à la musique, à la mode, à la gastronomie, aux langages. Pourtant, la culture a des implications qui va bien au-delà d’Homo sapiens.

Alors qu’émerge la preuve qu'il existe une forme de culture chez plusieurs autres groupes animaliers (insectes, rats, poissons, primates et dauphins), nous sommes obligés de repenser ce que ça signifie que d'avoir de la culture. Nous devons accepter que ce que nous avons longtemps considéré comme notre unique apanage est dans les faits partagé par d'autres espèces. Et que cette culture peut avoir d’importantes implications pour la conservation. Comprendre la culture des animaux pourrait être la seule manière de les protéger.

Ma thèse doctorale porte sur la culture chez une espèce animale, le cachalot. J’ai été témoin des implications de cette culture. Et plus je passais du temps avec ces cachalots, plus j’en ai appris sur eux, et plus je suis convaincue que de reconnaitre cette culture qui leur est propre est essentielle afin de les comprendre et de les protéger.

Qu’est-ce que la culture?

La majorité des gens ont une idée générale de ce qu'est la culture. Bien la définir peut toutefois s'avérer difficile. La culture est partout, omniprésente et, elle peut s’exprimer dans de très subtiles actions, quasi imperceptibles. Pour cet article, je vais emprunter une définition largement acceptée de la biologie : la culture peut être définie comme une information ou un comportement acquis socialement par les pairs.

L’importance de la culture chez l’espèce humaine a longtemps été reconnue : c’est la raison pour laquelle nous pouvons survivre dans tous les biomes de notre planète, appelés aussi macroécosystèmes, soit un ensemble d'écosystèmes caractéristique d'une aire biogéographique. Notre culture dicte nos interactions sociales, nos modes et nos musiques, les lois qui nous gouvernent, la racine de nos guerres. Et la raison pourquoi, en ce moment, vous lisez cet article au lieu de chasser dans la forêt.

Science

Brûler les étapes pour un module lunaire

Soucieuse de satisfaire la demande du président Trump d’envoyer sur la Lune un astronaute en 2024 au plus tard, la NASA court-circuite les étapes pour un module lunaire et risque en même temps de court-circuiter la construction de la base qui, depuis l’orbite lunaire, devait servir de point de transfert entre la Terre et la Lune.

Lunar Gateway est en effet, depuis une décennie, partie intégrante des plans pour un retour vers la Lune. Les premières missions envoyées là-haut au moyen des nouvelles fusées de la NASA (les Space Launch System, encore sur les planches à dessin) s’arrêteraient d’abord en orbite lunaire et y assembleraient cette mini-station qui, ensuite servirait de marchepied en vue de la construction d’installations permanentes sur la Lune.

Or, révèle le magazine en ligne Spaceflight, dans son appel d’offres dont la date d’échéance est le 1er novembre, la NASA demande aux compagnies de lui soumettre des propositions pour un module lunaire qui puisse être fonctionnel en 2024, mais abandonne l’exigence comme quoi ce module devait être réutilisable. En termes clairs, cela veut dire qu’il ne s’agirait plus d’un module qui ferait des allers et retours entre la station Lunar Gateway et le sol lunaire. La NASA risque donc de se retrouver avec un module qui, si jamais il était fonctionnel en 2024, devrait être remplacé aussitôt après, lorsque Lunar Gateway serait complétée. Et bien que les premiers composants de Lunar Gateway soient en théorie toujours à l’horizon 2022-2023, si jamais le projet était lui-même abandonné, il faudrait reprendre à zéro les plans à long terme pour des habitats permanents sur la Lune.

Jusqu’en mars dernier, le programme de la NASA prévoyait un premier astronaute sur la Lune en 2028. Ce sont des pressions de la Maison-Blanche qui ont conduit la direction de l’agence spatiale américaine à changer radicalement son calendrier.

Science

Les animaux mâles sur-représentés dans les musées d'histoire naturelle

PARIS — Les stéréotypes sexistes infiltrés jusque dans les muséums d'histoire naturelle : les mâles oiseaux et mammifères sont sur-représentés dans leurs collections, ce qui est susceptible de biaiser les recherches menées à partir des ces spécimens, revèle une étude parue la semaine dernière.

Une équipe de chercheurs a analysé près de 2,5 millions de spécimens d'oiseaux et mammifères collectés par cinq grands muséums (Londres, Paris, New York, Washington et Chicago) depuis le XVIIIe siècle, pour la plupart via la chasse et le piégeage.

Pourquoi cette démarche inédite ? «Nous nous intéressions aux préjugés de genre dans le milieu scientifique, où il y a par exemple une sur-représentation de chercheurs hommes blancs aux postes haut gradés. Aussi trouvions-nous intéressant de voir si ce biais masculin se retrouvait dans les collections des musées», explique à l'AFP Natalie Cooper, chercheuse au museum d'histoire naturelle de Londres et auteure principale de l'étude publiée dans Proceedings of Royal Society B.

Une cartographie à grande échelle, avec des statistiques sexuées, s'imposait d'autant plus que «le nombre d'études utilisant ces spécimens (prêtés par les musées pour la recherche, NDLR) continue d'augmenter», selon les auteurs. Sur le vaste échantillon analysé, quand le sexe est identifié, 40 % des oiseaux et 48 % des mammifères, en moyenne, sont des femelles. Ce pourcentage varie en fonction des classifications, et s'avère particulièrement faible dans de nombreux nombreux cas, comme certains passereaux (9,7 % de femelles), gobemouches noirs (11,5 %), chauve-souris (9,9 %), ovins (24 %), belettes (24 %)...

Autre exemple: moins de 40% des artiodactyles (famille des ongulés) sont des femelles, alors que dans les populations sauvages, elles sont majoritaires.

Chasse orientée vers les mâles

Ces disproportions seraient issues d'une sélection délibérée au moment de la chasse, parce qu'orientée vers les espèces où les mâles sont une cible plus visible: plus impressionnants en taille (ongulés), avec des ornements plus colorés (l'oiseau de paradis), des traits plus saillants (bois des cerfs)... Mais la sélection peut être aussi «accidentelle» si les animaux sont collectés par piégeage, dépendant du comportement des mâles, ou s'il est difficile de distinguer les deux sexes, ou tout simplement quand la population mâle est plus importante, poursuit l'étude.

Chez les oiseaux, les mâles sont davantage attrapés dans des filets parce qu'ils sortent, «attirés par les cris émis par les autres mâles, pour les attaquer et marquer leur territoire; alors que les femelles ne répondent pas à ces appels, avance Natalie Cooper. Pendant longtemps, on pensait que les femelles ne criaient pas. Mais aujourd'hui il y a de plus en plus de preuves qu'elles aussi poussent des cris, et peut-être aussi dans une logique territoriale. Ce qui pourrait aider à en attraper davantage».

L'inégalité dans les collections est susceptible d'affecter plusieurs disciplines comme la taxonomie (classification des espèces), où le sexe sous-représenté est plus dur à distinguer, la génomique, où les gènes varient en fonction du sexe, la parasitologie, où les mâles résistent globalement moins aux infections, etc... «En ignorant les femelles, nous n'avons pas un tableau complet du vivant; or cela est essentiel pour prédire, entre autres, comment la taille des corps pourrait répondre au changement climatique, souligne Natalie Cooper. Regardez comment les femelles animaux sont considérées comme chastes, soumises aux mâles, sans contrôle de leur accouplement. Cela reflète des stéréotypes de genre chez les humains au XIXe siècle, pas la réalité dans la nature.»

Au XIXe siècle, les personnes chargées des collections dans les musées étaient «pour l'essentiel des hommes». Et si la sociologie a changé depuis, «cela ne s'est pas reflété dans les collections», déplore-t-elle. Pour les auteurs de l'étude, les professionnels des muséums doivent «prendre conscience» de ces stéréotypes, et avoir à l'avenir une approche plus équilibrée, tant pour améliorer la fiabilité des recherches que la connaissance de la biodiversité.

Science

Le matheux qui sommeille en chacun de nous

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «La plupart des gens ont de la misère à effectuer des calculs mentaux rapidement. Mais c’est un peu bizarre quand on y pense parce que dans bien des situations, comme quand on effectue un dépassement en auto au milieu du trafic, le cerveau est capable de résoudre des calculs complexes sans grande difficulté. Comment est-ce possible ?», demande André-Nicholas Desroses, de Gatineau.

Il y a en effet une foule de tâches que l’on présume simples parce que nous les effectuons rapidement et machinalement, sans trop y penser, mais qui impliquent en réalité des mathématiques beaucoup plus élaborées qu’on le croit. Quand un joueur de hockey tente une passe vers un coéquipier en mouvement, par exemple, il doit estimer le point x où «son» joueur se trouvera au temps t, et à partir de là à quelle vitesse et avec quel angle il doit envoyer la rondelle pour qu’elle arrive au point x exactement au bon moment. Pendant un match, tout ceci se passe en une fraction de seconde mais, d’un point de vue mathématique, il faut faire ce que l’on appelle du «calcul différentiel» pour y parvenir. Cela ne demande pas un génie exceptionnel, loin de là, mais ce ne sont pas des maths simples non plus. Au Québec, les étudiants ne l’apprennent qu’au cégep (pour ceux qui ont des cours de maths rendus là), certains y échouent, et dans tous les cas ce n’est pas le genre de calcul que l’on fait «dans sa tête» : il faut s’y atteler avec papier, crayon et calculette.

Le même principe vaut aussi pour un joueur de baseball qui court pour attraper une balle au vol, pour certains dépassements en voiture, et ainsi de suite. Dans l’instant, nous effectuons ces manœuvres assez aisément, un peu comme s’il y avait un mathématicien qui se cachait en chacun de nous... Enfin, oui certes, il peut nous sembler parfois que ce matheux-là est tapi très, très profondément au fond de notre inconscient, c’est vrai, mais bon, il est là quand même. Alors comment se fait-il que ce qui est (relativement) facile avec une rondelle ou une balle soit si ardu sur papier ?

C’est simplement parce que ce ne sont pas les mêmes «zones» du cerveau ou «réseaux de neurones» qui sont sollicitées, explique Shirley Fecteau, chercheuse au centre CERVO de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroplasticité cognitive. «Dans un cas, c’est une tâche qui demande de jongler avec des concepts très abstraits alors que dans l’autre, c’est une tâche motrice», dit-elle.

Or ce sont surtout les lobes frontaux, à l’avant de la tête, qui sont chargés de l’abstraction. C’est principalement là, ainsi que dans la «jonction temporo-pariétale» (sur le côté de la tête, un peu vers l’arrière), que se font les calculs mentaux. La motricité, elle, est surtout prise en charge par le cervelet (complètement à l’arrière, vers le bas) et par le cortex moteur, situé sur le dessus de la tête, explique Mme Fecteau.

Attention, insiste-t-elle, ce serait une sur-simplification que de penser que chaque type de tâche est effectué uniquement «en silo» dans une ou deux zones très spécialisées. «On a longtemps parlé de l’hémisphère gauche qui s’occupe de ceci et de l’hémisphère droit qui fait cela, et de régions cérébrales spécialisées dans ceci ou dans cela, mais on sait maintenant que ce n’est pas aussi tranché que ça. De nos jours, on parle plus de réseaux parce que si, par exemple, vous voulez faire un arrêt au hockey ou un calcul mental, il y a toujours le frontal et le moteur qui vont communiquer ensemble, et qui vont communiquer aussi avec le cervelet. Alors c’est toute une cascade d’événements qui se passe. Vous avez des gens qui font un AVC et qui ont des dommages au cerveau, avec perte de certaines fonctions, mais par la suite il y a toujours des régions autour de la lésion et dans l’autre hémisphère qui vont essayer de prendre la relève, alors ça fonctionne vraiment plus en réseaux que comme une série de zones spécialisées qui ne se parlent pas», explique Mme Fecteau.

Mais il demeure quand même que le calcul mental implique davantage les lobes frontaux que le reste du cerveau, et que la motricité se passe plus dans le cortex moteur et le cervelet. Et comme chaque personne a des forces et des faiblesses, il est entièrement possible et naturel d’exceller dans l’un et d’être assez médiocre dans l’autre.

Cela dit, la moyenne des ours a généralement plus de difficulté avec le calcul mental qu’avec le moteur, et il peut y avoir des raisons pour cela. D’abord, dit Mme Fecteau, «les régions frontales sont parmi les dernières parties du cerveau qui se développent, en moyenne vers l’âge de 21 ans. Alors les habiletés qui viennent avec s’apprennent sur le tard, comparé aux habiletés motrices que l’on peut pratiquer dès l’enfance».

Autre différence majeure : quand on fait une passe ou qu’on attrape une balle, on ne fait pas le calcul différentiel à proprement parler. C’est plutôt qu’à force de pratique, le cerveau finit par trouver la bonne solution par essais et erreurs, et il peut ensuite reproduire la solution (en l’ajustant) pendant les matches. «C’est un peu comme quand on doit ouvrir un cadenas dont on n’a pas fait la combine depuis longtemps, ou quand il faut se rappeler d’un vieux numéro de téléphone, illustre Mme Fecteau. On serait incapable de dire les chiffres à voix haute, mais finalement les doigts vont se faire aller et c’est comme ça qu’on va s’en rappeler. C’est un peu la même chose qui se passe quand on fait des passes ou des arrêts : même si ce sont des tâches difficiles, il y en a une partie qui va s’automatiser avec le temps, alors que quand il s’agit de calcul mental, il faut le faire pour vrai parce que ce n’est pas une chose qui va s’automatiser pour M. et Mme Tout-le-Monde.»

Science

Des chercheurs montréalais réalisent une découverte sur l’infertilité

MONTRÉAL - Des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) publient dans Nature Communications une étude qui lève le voile sur un mécanisme qui contribue probablement au faible taux de succès de grossesses dans certaines cliniques de fertilité.

Cette nouvelle information pourrait augmenter les chances des femmes d’avoir un bébé.

Les cellules saines contiennent normalement un noyau dans lequel l’ADN contenant notre information génétique est conservé. Les embryons qui sont créés in vitro dans les cliniques de fertilité contiennent souvent des cellules avec deux noyaux. Encore aujourd’hui, de nombreuses cliniques de fertilité continuent de transférer ces embryons, appelés «embryons binucléés», dans l’utérus de la patiente.

La première auteure de l’étude, la doctorante Lia Paim, a expliqué dans un communiqué que la recherche menée «sur des embryons de souris (montre) que la binucléation a des conséquences majeures».

Fondamentalement, précise-t-elle, la présence de deux noyaux est un mauvais signe pour l’embryon, puisque cela augmente le risque que l’embryon développe un trouble appelé «aneuploïdie» qui altère sa santé et pourrait contribuer à l’échec des grossesses.

Elle a dit espérer que ses travaux aideront les cliniques de fertilité à sélectionner les meilleurs embryons à réimplanter chez les patientes et ainsi augmenter les chances de certains couples d’avoir des enfants.

Le nombre de personnes concernées par les problèmes d’infertilité a doublé depuis les années 1980. L’infertilité touche un couple canadien sur six.

Science

Les boissons «diète» aident à faire perdre du poids? Incertain

DÉTECTEUR DE RUMEURS / D’un côté, il y a ceux qui croient que de boire à l’occasion un coke diète ne mettra pas en péril leur perte de poids. Et de l’autre, ceux qui estiment que cette boisson, même prise en remplacement, peut influer sur leur santé. Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société se sont demandé si la science pouvait désormais trancher.

Ce n’est plus un secret que les boissons gazeuses sont chargées de sucre et qu’à l’instar de la malbouffe, elles augmentent le risque de gagner du poids et de développer le diabète. Tous les experts en nutrition s’accordent évidemment pour dire que c’est l’eau qui est à privilégier. Mais lorsque le désir de boire quelque chose qui a plus de saveur prend le dessus, plusieurs cherchent un compromis, et optent alors pour des boissons contenant un édulcorant artificiel, communément appelé un faux sucre.

La vraie question, par contre, demeure : remplacer une boisson gazeuse régulière (qui contient du sucre) par une boisson diète (qui contient un édulcorant artificiel) aide-t-il à perdre du poids et à prévenir le diabète? Les données sont équivoques et contradictoires. Certaines analyses rapportent un bénéfice à la consommation d'édulcorants artificiels, alors que d'autres n'en ont pas trouvé.

Pourquoi ces résultats contradictoires ? En partie parce que toutes ces études n’évaluent pas nécessairement la même chose. Si, par exemple, des gens boivent régulièrement, tantôt des boissons régulières et tantôt des boissons diète, il sera difficile de distinguer l'impact de chacune sur leur santé. En partie aussi à cause de nos comportements: il est possible que pour certaines personnes, la consommation de boissons diète soit perçue comme une excuse qui donne le droit d'abuser de malbouffe.

Enfin, les édulcorants artificiels goûtent le sucre mais sans contribuer à une élévation du sucre dans le sang, ce qui pourrait amener le cerveau à aller chercher sa dose ailleurs.

Une méta-analyse récente publiée dans le British Medical Journal a bien essayé de résumer l'état de nos connaissances. Ses auteurs se sont penchés sur 56 études et leur conclusion est… que la qualité des données n'était pas très élevée. Les études étaient, en moyenne, petites, avec un très court suivi, ce qui limite la possibilité d'en tirer des conclusions valables.

Mais le message qui ressort néanmoins de cette méta-analyse est qu'il n'y a pas de bénéfice majeur attribué aux édulcorants artificiels en terme de perte de poids. Globalement, cette perte de poids, si elle existe, est petite et possiblement due à un bruit de fond statistique. Cependant, en comparant les individus qui présentaient un excès de poids à ceux qui avaient un poids santé, il est possible de voir un bénéfice plus net (une perte de poids de 4 kilos). Les chercheurs ne s’avancent toutefois pas à expliquer cette différence.

Verdict

Entre boissons régulières et diètes, on ne peut pas affirmer pour l’instant si l’impact sur la santé est différent. Mais pour un choix véritablement santé, rien ne bat l’eau.

Science

Couper plus d'arbres pour lutter contre les changements climatiques? Oui, mais…

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les récentes déclarations de Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, ont suscité beaucoup d’incompréhension et un certain émoi auprès du public, des écologues et des environnementalistes.

Le ministre a en effet affiché son intention d’intensifier le rythme des coupes forestières, arguant que cela contribuerait en fait positivement à la lutte contre les changements climatiques. Couper des arbres pour séquestrer plus de gaz à effet de serre (GES) ? Une telle notion semble irrémédiablement contradictoire avec celle de planter des arbres, souvent mise de l'avant dans un but similaire, comme l’a fait, par exemple, le gouvernement fédéral .

Elle a pourtant un certain mérite, bien que les déclarations du ministre Dufour doivent être nuancées, et que des doutes puissent également être émis quant au bien-fondé d’une partie des méthodes envisagées.

Commençons par rappeler que le carbone est l’élément constitutif de base des organismes vivants. Il est présent en quantités particulièrement importantes dans les végétaux dits ligneux (rigides) tels que les arbres. La moitié de leur masse sèche est, en moyenne, constituée de carbone. Lorsque les végétaux croissent, ils ponctionnent le carbone dont ils ont besoin depuis l’atmosphère (où il se trouve principalement sous forme de CO2, un GES) pour former leur masse par photosynthèse.

Lorsque ces arbres meurent, ce carbone qui les compose est plus ou moins rapidement incorporé dans les sols, puis relâché à nouveau dans l’atmosphère lors du processus de décomposition. Dans la forêt boréale, les conditions froides et acides des sols font en sorte que la décomposition est lente, ce qui mène à l’accumulation d’un autre stock de carbone dans les sols forestiers, souvent encore plus important que celui des arbres.

Coupe forestière n'égale pas déforestation !

On comprend donc comment planter des arbres pour créer des nouvelles forêts permet naturellement de constituer un nouveau stock de carbone, dans la végétation et dans les sols, en en enlevant une quantité équivalente de l’atmosphère. Tant qu’on a la place pour le faire, planter de nouvelles forêts est donc souvent une bonne chose. Le processus inverse est la déforestation, laquelle est encore responsable d’environ 10 pour cent des émissions mondiales de GES, selon le dernier rapport du GIEC.

Il ne faut toutefois pas confondre déforestation et coupe forestière! On parle de déforestation lorsque la forêt est remplacée par un autre usage — bien souvent agricole — et ne reviendra donc pas une forêt dans un futur prévisible. Au niveau mondial, c’est un phénomène qui concerne principalement les forêts tropicales et équatoriales. Au Québec, la coupe ne détruit pas définitivement les forêts : naturellement ou avec un peu d’aide par de la plantation, la forêt va repousser, et donc reconstituer son stock de carbone en prélevant à nouveau du CO2 de l’atmosphère.

Science

Fumer du cannabis devant ses enfants: dommageable ou non?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les organismes de santé publique mettent les parents en garde contre la consommation de cannabis en présence de leurs enfants. Or les parents qui en consomment disent que le cannabis les rend plus empathiques, plus patients et plus attentionnés envers leurs enfants. Qu'en est-il vraiment ?

Un an après la légalisation du cannabis au Canada, plusieurs questions demeurent sans réponse quant aux risques et bénéfices de l’utilisation de cannabis chez des sous-groupes particuliers de la population. Les enfants représentent l’un de ces groupes.

En effet, alors que les impacts de la consommation de cannabis ont été étudiés au cours de la grossesse et de l’adolescence, les enfants de 0 à 12 ans ont été largement négligés par la recherche scientifique.

Il est probable que cela s’explique par la position unanimement partagée que les enfants ne devraient, en aucun cas, consommer du cannabis. Or, même en n’étant pas directement exposés à la substance, le cannabis pourrait affecter leur développement.

En effet, comme la dernière enquête canadienne sur le cannabis  suggère que 19% des adultes âgés de 25 ans et plus consommeraient du cannabis, nous pouvons présumer que plusieurs consommateurs sont parents d’un jeune enfant. Que savons-nous aujourd’hui des effets de l’utilisation de cannabis sur l’aptitude des mères et des pères à répondre de manière sensible et adéquate aux besoins de leurs enfants ?

Science

Nouveau record de vitesse... chez les fourmis

PARIS — Les fourmis argentées du Sahara viennent de décrocher le titre de fourmis les plus rapides du monde avec des pointes à 0,855 m/s (ou 30 km/h !) selon une étude publiée la semaine dernière. Leur secret : un jeu de pattes étonnant.

«En calculant les vitesses maximales des insectes», Harald Wolf et Sarah Pfeffer, chercheurs de l'université d'Ulm en Allemagne, ont été «impressionnés de constater que les animaux atteignaient un incroyable 0,855 m/s, soit 108 fois leur propre longueur corporelle par seconde», selon un communiqué de la Company of Biologists, une association scientifique qui a commenté ces résultats.

Ces fourmis, les Cataglyphis bombycinas, étaient déjà célèbres pour leur capacité à arpenter les dunes à la recherche de leur futur repas même quand le sable atteignait les 60°C. Pour en savoir un peu plus, les deux chercheurs sont allés les filmer en pleine action dans le désert tunisien en 2015.

Outre définir ces vitesses record, les chercheurs ont découvert que les sprinteuses étaient plus rapides quand les températures étaient très chaudes. Au frais, à 10°C en laboratoire, leurs performances déclinent (0,057 m/s). De plus, la taille de leur pattes n'y est pour rien: elles sont 20% plus courtes que celles de leur cousines des marais salants tunisiens, les Cataglyphis fortis, selon l'étude publiée par le Journal of Experimental Biology.

Tout est dans la technique: car ces petites pattes (4,3/6,8 mm), elles sont capables de les agiter à des vitesses incroyables, pouvant effectuer jusqu'à 47 pas par seconde. Et si besoin, ces fourmis passent au «galop», propulsant simultanément leurs six pattes dans les airs, ne les reposant que 7 millisecondes. Le tout dans un mouvement parfaitement synchronisé. Cette technique pourrait leur «permettre de ne pas s'enfoncer trop profondément dans le sable mou», avance Harald Wolf.

Science

Une «file indienne» vieille de 480 millions d'années

BERLIN — Quand vous attendrez en file dans quelques semaines pour payer vos achats de Noël, souvenez-vous des trilobites. Des chercheurs affirment que des fossiles trouvés au Maroc portent à croire que la pratique de faire la file a fait surface il y a 480 millions d'années et qu'elle comportait possiblement un avantage évolutif.

L'étude publiée jeudi dans le journal Scientific Reports décrit des groupes de trilobites aveugles — aussi connus sous le nom d'Ampyx — qui sont tous tournés dans la même direction. Ils restaient apparemment en contact par l'entremise de leurs longues colonnes vertébrales. Les chercheurs originaires de France, de Suisse et du Maroc ont analysé les fossiles et conclu que les minuscules trilobites, qui ressemblent aux crabes de Moluques modernes, semblent avoir intentionnellement formé une file en se déplaçant sur le fond marin préhistorique.

Compte tenu de ce qu'ils ont observé, ajoutent les chercheurs, il est «improbable» que cette file soit attribuable à un comportement passif ou à l'effet du courant. Un des chercheurs français, le coauteur de l'étude Jean Vannier de l'Université de Lyon, a indiqué que les trilobites se rassemblaient possiblement en réponse à un stress environnemental ou à des fins de reproduction. Un comportement similaire est observé chez les membres modernes de la grande famille d'arthropodes à laquelle appartenaient les trilobites, comme les chenilles, les fourmis et les homards, qui se regroupent pour se protéger ou pour trouver des partenaires.

M. Vannier a expliqué que «vivre et se déplacer en groupe semble avoir rapidement présenté un avantage évolutif pour les animaux anciens».
Lucy McCobb, une paléontologue du Musée national de Galles qui n'a pas participé à l'étude, a dit que de telles «files» ont déjà été observées chez des Ampyx fossilisés, mais que les auteurs de cette étude «défendent solidement l'idée d'un alignement intentionnel des trilobites en réponse à un stimulus».

Selon M. Vannier, cette observation appuie l'idée selon laquelle des comportements collectifs, comme faire la file, ont fait surface environ au moment où les animaux ont acquis des systèmes nerveux et des organes sensoriels sophistiqués. Ses collègues et lui affirment que l'examen de fossiles chinois vieux de 520 millions d'années pourrait révéler qu'un comportement du genre a commencé encore plus tôt.

Science

Qantas teste un vol New York-Sydney de 19 heures sans escale

SYDNEY — La compagnie australienne Qantas a testé ce week-end les limites humaines en faisant pour la première fois voler, à des fins expérimentales, un ultra-long-courrier entre New York et Sydney, soit un trajet de 19 heures sans escale.

Le vol expérimental QF7879 a voyagé pendant exactement 19 heures et 16 minutes. Il s'agit du premier d'une série de trois vols au cours desquels des chercheurs vont évaluer l'impact physique et émotionnel sur les passagers d'un tel marathon aérien, alors que les ultra-long-courriers sont de nouveau plébiscités par les compagnies grâce à une meilleure efficacité des avions en termes de carburant.

En comptant l'équipage, seule une quarantaine de personnes, essentiellement des employés de Qantas, étaient à bord du Boeing 787-9 lors de son décollage de New York vendredi. Après avoir survolé l'Amérique et le Pacifique, l'avion a atterri dimanche matin en Australie.

Le nombre de passagers a été limité pour minimiser le poids et permettre à l'appareil de voler environ 16 000 km sans être ravitaillé. Aucune autre compagnie aérienne n'a réalisé cette prouesse, selon le directeur général de Qantas, Alan Joyce, qui la présente comme «la dernière frontière de l'aviation».

Selon le site spécialisé flightradar24.com, l'appareil pesait ainsi 233 tonnes au décollage, dont 101 tonnes de kérosène.

Quatre pilotes se sont relayés aux commandes durant le vol.

Le plus long trajet aérien commercial au monde est une liaison entre New York et Singapour lancée en 2018 par Singapour Airlines, qui dure 18h30 selon le site de la compagnie.

Décalage horaire

Des chercheurs de deux universités australiennes étaient à bord du vol de Qantas pour observer la façon dont les passagers dorment et s'alimentent, et surveiller leur niveau de mélatonine, «l'hormone du sommeil». Les pilotes portaient également un capteur qui mesure l'activité de leur cerveau et leur état d'alerte. L'impact du décalage horaire était également observé de près, car il y a 15 heures de différence entre New York et Sydney.

«Les connaissances scientifiques fondamentales du rythme circadien montrent que, plus la différence horaire est grande entre les lieux de départ et d'arrivée, plus les gens ressentent les effets du décalage horaire, qui est aussi plus fort s'ils volent vers l'est plutôt que vers l'ouest, explique à l'AFP Stephen Simpson, professeur à l'Université de Sydney. Mais nous savons aussi que les gens réagissent très différemment au décalage horaire, et il faut davantage de recherches sur les facteurs de décalage horaire et de fatigue associée au voyage, et ce, afin de réduire l'impact des vols long-courrier.»

Qantas avait lancé l'an dernier la première liaison commerciale directe entre l'Australie et la Grande-Bretagne, avec un vol entre Perth et Londres, qui dure 17h45 selon le site de la compagnie. Cela raccourcissait considérablement la fameuse «Route Kangourou», qui à son lancement en 1947, mettait quatre jours et neuf escales entre Sydney et Londres.

Préoccupations des syndicats

La compagnie australienne doit d'ailleurs prochainement tester un Londres-Sydney. Elle devra décider ensuite si ces ultra-longs-courriers sont économiquement viables. Mais elle pourrait faire face à des objections de syndicats préoccupés de la conformité entre la longueur de ces trajets et les normes de sécurité. L'Australian and International Pilots Association (AIPA), qui représente les pilotes de Qantas, a estimé que ces vols expérimentaux ne «donnaient qu'une quantité de données limitées qui ne reflèteront pas les conditions d'un vol réel».

Shane Loney, un responsable de l'AIPA, a exigé une étude à long terme sur les impacts de ces vols sur l'équipage. «Les pilotes s'inquiètent de savoir s'ils auront sur ces ultra-longs-courriers le repos d'une qualité suffisante qui doit leur permettre d'assurer une performance optimale et ils mettent en garde quant au déroulement des opérations initiales pour s'assurer qu'il n'y ait pas de conséquence imprévue.»

Un porte-parole de Qantas a affirmé dans un courriel que ces vols expérimentaux n'étaient qu'un des aspects des recherches en cours sur la viabilité de ces vols. M. Joyce a indiqué que Qantas n'avait pas encore décidé s'il choisirait Airbus ou Boeing pour fournir les appareils qui seraient utilisés pour ces vols, s'ils sont officiellement lancés.

Science

Viande rouge : ce dont on n'a pas parlé

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Il semble de plus en plus difficile de trouver des conseils alimentaires précis et cohérents. Par exemple, une étude largement publicisée récemment affirmait que les gens n'ont pas besoin de réduire leur consommation de viande rouge et de viande transformée pour demeurer en bonne santé.

Les avis scientifiques se sont divisés, certains experts qualifiant l'étude d'évaluation « rigoureuse », d'autres la remettant en question. L'étude ne serait pas si indépendante.

Les sceptiques de la science de la nutrition pourraient citer de nombreux exemples similaires d'opinions contradictoires, par exemple sur les bienfaits ou les dangers des gras saturés ou des suppléments nutritionnels. De telles contradictions ne font que renforcer la méfiance du public à l'égard de la recherche en nutrition.

Les conseils fiables en matière d'alimentation sont importants. Le hic: ils s'appuient habituellement sur des recherches scientifiques menées auprès de grands groupes de populations. Mais leurs résultats peuvent masquer d'énormes variations du risque entre les individus au sein de ces populations.

La fin du «one size fits all»

Une étude qui ne différencie pas les personnes à risque élevé dans une population générale à faible risque peut produire une estimation faussée du risque global. Elle rassure également, à tort, les personnes à risque élevé que le leur est le même que celui de tous. Mais une politique nutritionnelle universelle n'a pas plus de sens que de calculer la pointure moyenne d'une population et de recommander que tout le monde porte cette pointure. Même les statisticiens conviennent que «la moyenne est une abstraction. La réalité est une variation».

Une simple campagne de santé publique est justifiée si la force de l'association entre cause et effet est élevée pour l'ensemble de la population, comme c'est le cas pour le tabagisme et le cancer du poumon. Mais la plupart des nutriments et des aliments n'ont qu'une faible association avec le risque lorsqu'ils sont évalués sur l'ensemble d'une population. Ce sont ceux qui font partie de sous-groupes à haut risque qui sont les plus concernés.

Par exemple, les personnes en surpoids ou obèses ont tendance à réagir différemment aux autres. Une alimentation riche en glucides augmente le risque de maladies coronariennes, mais elle est beaucoup moins préoccupante pour les personnes minces.