Science

La Nasa détaille Artémis, son programme de retour sur la Lune

WASHINGTON — Huit lancements de fusées et une mini-station en orbite lunaire d’ici 2024: le patron de la Nasa a présenté jeudi le calendrier du programme «Artémis» qui doit ramener des astronautes sur la surface lunaire pour la première fois depuis 1972.

L’administrateur de l’agence spatiale américaine a confirmé qu’Artémis 1 serait une mission non habitée autour de la Lune, planifiée pour 2020. Puis viendra Artémis 2, mission autour de la Lune avec des astronautes à bord, «en 2022 environ».

Enfin, Artémis 3 emmènera des astronautes sur la Lune, dont la première femme à fouler le sol lunaire, en 2024 - ce serait l’équivalent de la mission Apollo 11, qui a emmené Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune en juillet 1969.

Ces trois missions Artémis seront lancées par la plus grande fusée de tous les temps, le Space Launch System (SLS), construite en ce moment, mais dont le développement a pris beaucoup de retard, au point que le premier vol prévu en 2020 devrait être décalé, selon de nombreux experts. À son sommet se trouvera la capsule habitée Orion.

À ces missions «100% Nasa» s’ajouteront cinq livraisons des éléments de la «Gateway», la mini-station en orbite lunaire qui attendra les astronautes et leur servira de point d’étape.

Ces cinq lancements seront réalisés entre 2022 et 2024 par des sociétés spatiales privées, que la Nasa rémunèrera.

La station sera dans un premier temps minuscule: un élément propulsion/énergie, et un petit élément d’habitation. En 2024, les astronautes en provenance de la Terre s’y amarreront.

Puis ils descendront sur la Lune à bord d’un véhicule appelé atterrisseur, qui aura été livré à la station préalablement. Une partie de l’atterrisseur restera sur la Lune, et une autre leur permettra de redécoller afin de rejoindre la station, d’où les astronautes pourront remonter dans le vaisseau Orion et revenir sur Terre.

Jim Bridenstine a annoncé jeudi que la Nasa avait choisi la firme Maxar pour construire le premier module de la station, celui qui fournira de l’énergie, grâce à de grands panneaux solaires.

Dans les prochains mois, la Nasa devra choisir qui construira l’alunisseur. Tous les grands groupes aérospatiaux, comme Boeing ou Lockheed Martin, mais aussi de nouveaux entrants comme Blue Origin, sont sur les rangs.

«Nous ne posséderons pas le matériel, nous achèterons un service», a dit Jim Bridenstine de l’alunisseur. «Le but est d’aller vite».

«Nous ne construisons pas une nouvelle Station spatiale internationale», a-t-il aussi prévenu. «Notre but final est d’aller sur Mars, et non d’être coincé sur la Lune».

Contrairement au programme Apollo, la Nasa veut une présence durable sur la Lune. La station durera 15 ans, et l’agence spatiale veut, en partenariat avec d’autres agences spatiales et des sociétés privées, construire une infrastructure sur le sol lunaire pour extraire de l’eau, de l’oxygène et de l’hydrogène.

Le plan de la Nasa prévoit 18 autres lancements de SLS et de fusées privées jusqu’en 2028. Et Jim Bridenstine insiste sur le fait que la station orbitale sera ouverte à tous.

«Peut-être qu’un milliardaire voudra utiliser la station pour aller sur la Lune avec son propre atterrisseur, car il pense qu’il y a des métaux précieux à certains endroits de la Lune», a-t-il suggéré.

Mais un obstacle de taille reste à franchir: le Congrès n’a pour l’instant montré aucune intention d’accorder à la Nasa les crédits supplémentaires qu’elle a réclamés pour atteindre l’objectif de 2024.

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Le vin rouge et l'«art» du titre

BLOGUE / Il y a une petite question que je me pose depuis ce matin et que je vais juste laisser ici, qu'on en discute un peu : si une étude trouve que le resvératrol (molécule présente dans certains vins) réduit la pression sanguine, mais qu'il faut boire 3000 litres de vin par jour (!) pour atteindre la dose testée dans l'étude, est-ce qu'il est encore éthique et informatif de mettre le mot «vin» dans le titre d'un article ou d'un communiqué, ou est-ce qu'on pose un pied dans le «fake news» ?

Cette étude qui vient de paraître dans Circulation est bien intéressante, parce qu'elle a trouvé que c'est en se comportant comme un oxydant (pas un «gentil» antioxydant, mais bien des «méchant» oxydant) que le resvératrol diminue la pression sanguine. Cette molécule aide les plantes à se défendre contre les insectes et se trouve dans la peau de certains fruits, dont le raisin. Cependant, les quantités présentes dans le vin sont infimes et les doses quotidiennes testées dans Circulation, massives : l'équivalent de ce qui se trouve dans 3000 litres de vin.

Cela n'a cependant pas empêché le King's College de Londres de titrer son communiqué de presse : «Le vin rouge peut-il abaisser votre pression artérielle ?» Et les médias qui ont repris la nouvelle ont fait pareil, que ce soit à l'interrogative ou au conditionnel.

Tout ce beau monde, soulignons-le, a clairement précisé dans le texte (parfois dans les derniers paragraphes, mais bon, l'info est là quand même) que les doses de resvératrol consommées par les souris correspondaient à des quantités de pinard parfaitement absurdes, et que ces résultats ne sont pas des bonnes raisons de boire du vin. Mais la question est : est-ce suffisant pour que ce soit un bon travail d'information ?

Personnellement, j'hésite un peu. Je vois bien comment on peut conclure que oui, c'est de la bonne communication scientifique : le titre sert à attirer le lecteur vers le texte, le lien avec le vin rouge aide à le faire — en tout cas c'est nettement plus vendeur que «une molécule diminue la pression» —, et si toute l'information et les nuances sont clairement expliquées dans le texte, alors c'est du beau boulot, non ? On a attiré plus de gens vers une information scientifique qui, en bout de ligne, était juste.

Ça se défend relativement bien, je crois, mais tous ne sont pas d'accord — même au-delà du fait que beaucoup de gens ne lisent que les titres, ce que les journaliste ne contrôlent pas et on ne peut pas tout mettre dans un titre de toute manière. «Cela fait des années que je me bats contre le fait d'associer le resvératrol à de quelconques effets du vin rouge. En réalité, les concentrations de resvératrol sont indétectables dans la plupart des vins rouges», a dit Roger Corder, de l'Université Queen Mary de Londres, dans un commentaire au Science Media Centre britannique.

Du point de vue des doses de resvératrol impliquées, «ploguer» le vin dans le titre n'est peut-être pas une si bonne idée que ça, après tout. S'il faut boire 3000 litres de vin par jour pour obtenir sa dose quotidienne, alors le texte peut être aussi rigoureux et précis que possible, il ne vient pas nuancer le titre, mais plutôt corriger une fausse impression que le titre a donnée. Et commencer sciemment son topo par une fausseté (même partielle) est assez difficile à défendre, il me semble, même si on a l'intention de rectifier le tir par la suite. Mieux vaut s'en tenir à la vérité d'un bout à l'autre, non ?

À votre avis ?

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Des colonies de robots volants en mission pour vaincre des menaces terroristes

MONTRÉAL — Imaginez que des terroristes prennent en otage des civils dans un édifice du centre-ville de Montréal. Les autorités envoient alors des centaines de petits robots intelligents qui volent en essaim, comme des abeilles. Ces robots aident les otages à fuir les lieux et les policiers à arrêter les terroristes. Un atelier qui fera état de situations semblables sera présenté mardi à la plus grande conférence de robotique au monde, qui se tient au Palais des congrès de Montréal cette semaine.

Vijay Kumar, doyen de l’école d’ingénieur et de sciences appliquées de l’Université de Pennsylvanie, a raconté cette situation fictive à La Presse canadienne, afin d’illustrer comment pourront être utilisés les robots qu’il a conçus avec son équipe de recherche.

Dans son scénario hypothétique, les autorités répondent à une menace terroriste en déployant des centaines de petits «quadrirotors» de la grosseur de la paume d’une main.

Ces robots volants se dispersent en différentes équipes. Un groupe pénètre à l’intérieur de l’édifice pour repérer et surveiller les terroristes, tout en communiquant les images et les différentes données aux autres robots ainsi qu’aux policiers qui sont à l’extérieur.

Un autre groupe de robots identifie et surveille les otages ainsi que les différents accès du bâtiment afin d’aider les policiers à développer une stratégie pour les libérer. Pendant ce temps, d’autres robots transmettent aux policiers, en temps réel, des données concernant la circulation routière autour du bâtiment. Des robots volants pourront ensuite poursuivre les terroristes s’ils prennent la fuite en véhicule.

Selon Vijay Kumar, l’un des principaux invités à la Conférence internationale sur la robotique et l’automatisation (ICRA 2019) de Montréal, cette technologie sera prête à être déployée dans des situations réelles d’ici un an ou deux, et elle intéresse plusieurs villes américaines.

Clément Gosselin, professeur à la Faculté de sciences et génie de l’Université Laval, fait partie de l’équipe qui organise l’ICRA 2019. Selon lui, les robots volants intelligents comme ceux développés par Vijay Kumar pourront aussi permettre aux équipes de premiers répondants d’être beaucoup plus efficaces lors de désastres naturels ou dans les situations de recherche et de sauvetage.

«Lorsqu’on fait une battue en forêt pour retrouver quelqu’un, on tente de maximiser la couverture, de façon à couvrir le plus de place, le plus rapidement possible, a expliqué M. Gosselin. Alors si on envoie une flotte de petits drones intelligents, ça augmente l’efficacité.»

Les robots développés par Vijay Kumar se déplacent de façon autonome grâce à un système d’algorithme et peuvent aller dans des endroits ou le signal GPS est faible ou inexistant. Comme ils sont légers (250 grammes) et petits, ils peuvent accéder à des espaces géographiques restreints, lors de sauvetage dans une grotte par exemple.

À la Conférence internationale sur la robotique et l’automatisation au Palais des congrès, il sera question des petits robots volants de Vijay Kumar, mais aussi de plusieurs autres avancées technologiques.

Des représentants du milieu universitaire et des industries de plus de 71 pays y présentent, jusqu’à vendredi, leurs dernières innovations en matière de robotique.

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Voir le trou noir fut comme reconstituer une chanson jouée sur un piano cassé, dit Katie Bouman

WASHINGTON — Katie Bouman est devenue une célébrité mondiale en avril pour son rôle-clé dans la création de la première image de trou noir jamais réalisée, une prouesse technologique qui lui a valu une invitation au Congrès américain la semaine dernière.

Avec un plaisir évident, la souriante postdoctorante au centre d'astrophysique Harvard Smithsonian a patiemment expliqué le long processus ayant culminé par la publication, le 10 avril, de cette photo, d'apparence floutée, d'un halo orangé autour d'un disque noir, l'image du coeur de la galaxie Messier 87. Comme la galaxie se trouve à 55 millions d'années-lumières, «l'anneau est incroyablement petit dans le ciel», a expliqué Katie Bouman à des parlementaires manifestement captivés. Il était «comparable à la taille d'une orange sur la surface de la Lune, vue depuis la Terre».

Les lois de la physique auraient obligé les humains à créer un télescope de la taille de la Terre pour le voir. D'où l'idée du télescope Event Horizon (EHT), une collaboration internationale qui regroupe une dizaine de radiotélescopes et d'observatoires répartis autour du globe, de l'Europe jusqu'au pôle sud, en passant par le Chili et Hawaï. En les combinant, les astronomes ont disposé, le temps de quelques observations, d'un télescope virtuel de la taille du globe. Mais en raison du nombre limité de lieux, les télescopes n'ont enregistré que certaines fréquences et laissé des trous.

«En guise d'analogie, imaginez que les données prises par l'EHT sont les notes d'une chanson: chaque donnée correspond à une note de la chanson. Observer le trou noir avec le télescope Event Horizon revient à écouter une chanson jouée sur un piano où la moitié des touches sont cassées», a expliqué la trentenaire.

Il a donc fallu combler les trous pour reconstituer l'image du trou noir. «De la même façon que votre cerveau est capable de reconnaître une chanson jouée sur un piano cassé s'il y a un nombre suffisant de touches intactes, nous sommes capables de créer des algorithmes pour reconstituer les informations manquantes de l'EHT afin de révéler l'image du trou noir», a-t-elle dit.

Le résultat final a été vérifié par quatre équipes indépendantes dans le monde. Les quatre images produites variaient légèrement mais avaient la même structure fondamentale.

«Voir ces images pour la première fois fut extraordinaire, l'un des souvenirs les plus heureux de ma vie», a témoigné Katie Bouman. Elle a profité de l'audition pour rendre hommage aux nombreuses petites mains du projet: étudiants, doctorants et post-doctorants.

«Comme les trous noirs, les contributions de nombreux scientifiques en début de carrière passent souvent inaperçues», a dit l'ancienne doctorante au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Science

Traitements de testostérone: une affaire de marketing

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’idée que les hommes passeraient par un équivalent de la ménopause, appelé l’andropause, n’est pas acceptée par la communauté médicale. Et pourtant, l’idée qu’ils aient besoin en vieillissant de traitements d’hormones, gagne en popularité. Une tendance inspirée plus par le marketing que par la médecine, constatent l’Organisation pour la science et la société et le Détecteur de rumeurs.

Origine de la rumeur

Les taux de testostérone diminuent avec le temps : c’est une conséquence normale du vieillissement. Mais au cours des 20 dernières années, l’idée qu’on doive inverser ce processus chez l’homme a fait son chemin dans la culture populaire.

Jusqu’au début des années 2000, les prescriptions de testostérone pour les hommes de plus de 40 ans étaient relativement rares. Mais elles ont augmenté en flèche depuis. Or, cette augmentation est due aux usages non approuvés médicalement. Une lettre publiée par le journal JAMA Internal Medicine en décembre dernier, rapportait que la fréquence des usages médicalement approuvés de la testostérone était, elle, restée constante de 2007 à 2016. Par contre, son utilisation pour d’autres usages avait presque quadruplé : elle était passée, aux États-Unis, de dépenses de 108 millions en 2007, à 402 millions en 2017.

Et selon une étude parue en 2017 dans le Journal de l'Association médicale américaine, cette augmentation serait le fruit d’un marketing s'adressant directement aux consommateurs.

Ce type de publicité est illégal au Canada et non sans raison : la recherche suggère par exemple que ce marketing encourage la prescription de médicaments de marque (par opposition à leurs équivalents génériques) et potentiellement la surprescription de médicaments coûteux (un problème qui n’est évidemment pas unique à ces traitements). Ces inquiétudes ont d’ailleurs mené en 2015 l'Association médicale américaine à réclamer l'interdiction de publicités des compagnies pharmaceutiques à ce sujet.

Il est toutefois difficile d’empêcher les Canadiens de regarder les médias américains et il est impossible de contrôler l'Internet. Deux chercheurs en santé publique ont de plus identifié six failles dans la loi canadienne en 2014, ce qui fait qu'en bout de ligne la plupart des Canadiens sont exposés régulièrement à de la publicité sur ces médicaments.

Dans l’espoir d’augmenter les ventes de leurs produits, les fabricants américains de testostérone ont mis l’accent sur un marketing articulé autour d’une campagne appelée « low T », ciblant le faible taux de testostérone et ses symptômes comme le manque d'énergie, une baisse de libido et la mauvaise humeur. Et ils suggéraient aux consommateurs d'en parler à leurs médecins. Ces derniers, de leur côté, recevaient le même matériel promotionnel. Cette publicité, au Canada, était jugée acceptable, parce que les sites faisant la promotion de cette campagne ne mentionnaient jamais le nom du produit (Androgel).

Or, les symptômes en question sont courants et, à part la mauvaise humeur, ils sont des conséquences d'un vieillissement normal. Mais le marketing a eu pour résultat que plusieurs patients ont reçu des prescriptions de testostérone dont ils n'avaient pas besoin.

Des données en provenance de l'Ontario indiquent qu'entre 1997 et 2012, les prescriptions de testostérone ont augmenté au point où un homme sur 90, âgé de 65 ans et plus, s'en faisait prescrire, alors que de ce lot, seule une faible minorité (moins d’un sur 15) avait un diagnostic qui justifiait la prescription (hypogonadisme, ou perte de fonction des testicules). Une analyse en particulier a souligné qu'un quart des patients qui entamaient une thérapie à la testostérone n'avaient même pas été testés au préalable pour une déficience en testostérone.

Cette ferveur pour la testostérone thérapeutique s'est calmée quelque peu lorsque deux études en 2010 et 2013, ont démontré une association entre cette thérapie et les maladies cardiovasculaires. Ces données ne sont cependant pas définitives : en effet, l'équipe derrière l'étude TEAAM n'a pas vu ce lien en 2015. L'essai clinique TRAVERSE réglera peut-être la question, mais ses résultats ne pourront être publiés que dans trois ans. La Food and Drug Administration aux États-Unis a quand même été interpellée par ces résultats et a émis un avertissement en 2014.

La réalité : seulement 2 % des hommes présenteront des symptômes d'une baisse de testostérone plus tard dans leur vie. Des déficiences en testostérone sévères ne sont vues que chez moins de 1 %.

Verdict

Il est tentant de croire que la testostérone thérapeutique vous redonnera la vitalité de votre jeunesse. Mais avant d'entamer le traitement, assurez-vous qu'il y a bel et bien quelque chose à traiter.

Science

Un café 2 laits 2 velcros svp!

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi tout ce qui est sucré est collant? Le miel l’est, le sirop l’est, alors pourquoi?» demande Michel Lévesque.

Il y a deux grandes manières de faire coller deux choses ensemble. On peut procéder par réaction chimique, comme avec les colles. Par exemple, les «super-colles» (dont la célèbre Krazy Glue) sont des molécules nommées cyanoacrylate, qui sont des liquides à température de la pièce. Cependant, en présence ne serait-ce que d’un tout petit peu d’eau — même l’humidité de l’air suffit —, elles réagissent entre elles pour former de longues chaînes. Et une fois sous la forme d’un paquet de chaînes enchevêtrées, pour ainsi dire «prises en pain», les cyanoacrylates deviennent des solides : c’est ce qui fait durcir la colle.

L’autre façon de coller deux choses ensemble passe par des interactions moléculaires, qui sont pas des liens aussi solides et permanents que les réactions chimiques, mais qui peuvent quand même être relativement forts. Et c’est un type d’interaction en particulier, que les chimistes appellent ponts hydrogène, qui rend collantes les substances sucrées.

Quand on dit que deux atomes «réagissent» ensemble, cela signifie qu’ils «partagent» des électrons. Chacun y met un électron, et la paire qu’ils ont désormais en commun les tient ensemble. Or il y a des atomes qui attirent les électrons plus fortement que d’autres. Dans une molécule d’eau (H2O), par exemple, l’atome d’oxygène attire les électrons beaucoup plus fortement que les deux hydrogènes. Et comme les électrons ont une charge électrique négative, l’oxygène prend lui-même une (légère) charge négative; les hydrogènes sont au départ neutres, mais le fait de se faire plus ou moins «voler» un électron chacun les rend légèrement positifs. Cela nous fait donc une molécule qui est, dans l’ensemble, neutre, mais qui a des «bouts» qui sont magnétiques.

Alors que va-t-il se passer quand deux molécules d’eau vont se rencontrer ? Eh bien en magnétisme, les contraire s’attirent, alors les bouts positifs de l’une vont avoir tendance à s’aligner sur le bout négatif de  l’autre. Encore une fois, ça n’a pas la force d’un lien chimique en bonne et due forme, si bien que nos deux molécules d’eau ne resteront pas «attachées» longtemps et passeront rapidement leur chemin. Mais ces «ponts hydrogène», de leur petit nom, ont quand même des effets tangibles — par exemple, l’eau s’évaporerait à bien moins que 100°C si ce n’était de ces attractions.

Maintenant, explique le chercheur en chimie de l’Université Laval Normand Voyer, ces ponts hydrogène agissent un peu à la manière du velcro : «S’il y a seulement un ou deux crochets qui se prennent, ça ne tiendra pas bien. Mais s’il y en a beaucoup plus, alors là, ce sera plus solide.»

Or c’est en plein ce qui se passe avec les molécules de sucre. Si l’eau est une bien petite molécule (H2O), le sucre est dans une autre catégorie : 6 molécules de carbone, 12 d’hydrogène et 6 d’oxygène (C6H12O6). Alors cela fait beaucoup plus de «bouts» chargés positivement (les hydrogènes) et négativement (les oxygènes) que dans une molécule d’eau, donc beaucoup plus de ces «crochets de velcro», souligne M. Voyer. Et c’est pour cette raison que le sirop et le miel sont collants.

Maintenant, pourquoi le sucre blanc en granules ne colle-t-il pas ? «C’est parce que quand le sucre est sec, il est très dense. Alors c’est comme si le velcro était tout pris ensemble», explique M. Voyer. Quand on y ajoute un peu d’eau, cela dissout le sucre (au moins une partie), ce qui vient défaire la «boule» dont il parle. «Et ça, ça va libérer des centaines de milliards de petits crochets de velcro qui vont aller s’accrocher à n’importe quelle surface.»

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«Nous avons eu un questionnement en famille récemment : quel sel utiliser pour faire cuire les homards ? Le sel de table, le gros sel, le sel de mer ? Mon beau-frère dit que cela ne change rien puisque ça reste du chlorure de sodium, mais qu’en est-il ?», demande Chantale Boivin, de Cap-Rouge.

Il est vrai que tous ces sels sont constitués très, très principalement de chlorure de sodium (NaCl). La part varie selon le type de sel, le fabricant et le site web consulté, mais pour le sel de table, elle tourne autour de 95 à 99 %, le reste étant constitué de traces d’autres minéraux et d’additifs comme l’iode (ajouté pour prévenir des carences qui causeraient des problèmes de développement) et des agents qui empêchent les grains de sel de s’agglomérer. [http://bit.ly/2w88ICE]

Et le sel de mer? Sur le site de Marisol [http://bit.ly/2Vz6ve2], un fabricant portugais de fleur de sel (soit les cristaux qui finissent par flotter sur de l’eau de mer que l’on fait évaporer), on apprend que la fleur de sel contient environ 97% de NaCl, le reste étant composés de minéraux divers, comme le magnésium. J’ai aussi trouvé d’autres analyses de sels de mer [http://bit.ly/2WPZWoO] dans lesquelles la part de chlorure de sodium varie entre 87 et 93 %, ce qui laisse plus de place pour les autres minéraux, mais elles comprennent une quantité (non-divulguée) d’eau, si bien que la part du NaCl y est sous-estimée.

Cela n’empêche pas qu’il y ait des différences avec le sel de table, remarquez. Les sels de mer peuvent receler des restants d’algues ou des traces d’argiles, par exemple, qui vont les colorer et leur donner une saveur particulière. Donc oui, c’est presque juste du NaCl (c’est pour cette raison, d’ailleurs, que les autorités médicales disent toutes qu’aucun type de sel n’est vraiment moins pire que les autres), mais il reste des différences.

Maintenant, lequel choisir pour le homard ? C’est une question de goût qui sort du cadre de cette chronique, mais quelque chose me dit que le homard est toujours bon de toute manière…

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Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure ? Qu’elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d’y répondre. À nos yeux, il n’existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante ! Alors écrivez-nous à : jfcliche@lesoleil.com.

Science

«Que sur des souris»

C’était une bonne idée : un compte Twitter uniquement destiné à rappeler que telle ou telle étude montée en épingle dans les médias ou les réseaux sociaux n’a en réalité été menée «que sur des souris». Sauf que le compte ne devrait pas oublier de rappeler que le péché est souvent commis par les scientifiques eux-mêmes.

En moins de six semaines, le compte @justsaysinmice (littéralement : ça dit juste «sur les souris») a gagné plus de 56 000 abonnés. Et ce, rien qu'en ajoutant le commentaire «IN MICE» comme réponse à des messages relatifs à des études — sur des régimes alimentaires, le développement du cerveau ou les cellules de la peau qui pourraient engendrer des cellules souches.

Son créateur, James Heathers, est chercheur à l’Université Northeastern de Boston, et expliquait le mois dernier avoir créé ce compte par frustration : «Il y a tellement d’histoires sur la-dernière-chose-que-vous-devez-savoir-sur-ce-qui-va-vous-tuer-mardi-prochain qui pourraient avoir leur facteur de précision amélioré significativement avec le seul ajout de POUR LES SOURIS».

Les journalistes sont nombreux à avoir fait le même reproche à leurs collègues au fil des années — les journalistes spécialisés en science, du moins. Mais cette démarche sous-estime le rôle d’un autre acteur, le chercheur lui-même, réplique dans un autre billet de blogue Nicole Nelson, de l’École de médecine et de santé publique de l’Université du Wisconsin : «En tant qu'ethnographe qui a passé des années dans des laboratoires de génétique du comportement de la souris, j'ai observé des scientifiques éprouvant eux-mêmes des difficultés à parler du lien entre souris et humains dans leurs propres expériences.»

Parfois, c’est le vocabulaire qui fait défaut. Les biologistes qui étudient l’anxiété chez des rongeurs savent bien qu’on ne peut jamais être sûr qu’un comportement traduit bel et bien que l'animal est anxieux. Ils emploient des détours tels que «tests de comportements similaires à l’anxiété», mais seront les premiers à abréger la phrase dans leurs propres communications entre collègues… souvent parce que, écrit Nicole Nelson, les collègues d’autres disciplines sont eux-mêmes confondus par cette expression. Il y aurait tout un nouveau vocabulaire à développer, et pas que pour les tests d’anxiété : pour toutes ces manières incorrectes d’exprimer les différents niveaux d’incertitude en science.

«Il est facile de blâmer le mauvais reportage pour avoir fait paraître des découvertes scientifiques comme étant plus sûres qu’elles ne le sont vraiment, mais c’est ignorer l’imprécision avec laquelle les scientifiques eux-mêmes parlent… Même lorsqu’une manchette dit clairement que l’étude a été faite sur des souris, l’interprétation qu’aura une personne du temps qui reste avant une application clinique sera probablement très différente de l’interprétation d’une autre personne.»

Science

Un curieux vortex dans le fjord du Saguenay

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous avons réalisé en mars dernier une expérience exploratoire dans le fjord du Saguenay afin d’étudier, à l’aide d’appareils photo installés à flanc de montagne et de drones, la dérive de la glace de mer. Lors de cette expérience nous avons été témoin de la présence de l’intriguant vortex que l’on peut voir sur la photo ci-haut.

Ce vortex, de près d’un kilomètre de diamètre, fait une rotation complète sur lui-même en 45 min environ tout en agglomérant en son centre les morceaux de glace environnants. La vidéo suivante montre une courte séquence du vortex (accéléré 75 x).

Science

Quand la science s’invite au bar

Le festival Pinte de science est de retour à Québec pour une quatrième année du 20 au 22 mai au pub Blaxton Cartier, à la Ninkasi et au Café Fou Aeliés de l’Université Laval. L’initiative née à Londres en 2012 vise à démocratiser la science en proposant des conférences données directement dans les bars pendant que les spectateurs sirotent une bière.

«Chaque soirée commence avec un scientifique qui présente un exposé de 20 à 30 minutes suivi d’une période de question, puis des activités et des quiz ludiques suivis d’une autre conférence», explique Martine Voisine, étudiante au baccalauréat en sciences biomédicales et responsable de Pinte de science pour la ville de Québec.

L’activité se déroule de 19h à 21h et est gratuite, mais les participants doivent réserver leurs billets. «La popularité de Pinte de science grandit d’année en année, de sorte que présentement, on a déjà écoulé 400 de nos 500 billets disponibles», poursuit-elle. Parmi les sujets d’actualité qui seront abordés par 19 experts de l’Université Laval, on compte entre autres le vapotage, la résistance aux antibiotiques, un condom invisible présentement développé au Centre hospitalier universitaire, le stress, la dépression et, bien sûr, la science des bières!

«Nos experts font aussi certaines démonstrations sur place. Par exemple, l’an dernier, l’un de nos conférenciers avait fait changer la couleur de l’eau en utilisant les nanoparticules», poursuit Mme Voisine.

L’événement Pinte de science se déroule cette année dans 24 pays du monde, dont 25 villes canadiennes et 50 villes de France. Les personnes intéressées à s’inscrire peuvent se rendre sur le site pintofscience.ca

Santé

Est-ce que votre enfant a une otite? Une application pourrait bientôt répondre

WASHINGTON — Des ingénieurs de l’université de Washington aux États-Unis ont inventé une application mobile pour détecter si un enfant a une otite, et répondre ainsi à l’une des questions les plus fréquentes des parents.

L’application mise au point par les chercheurs, qui la présentent dans la revue Science Translational Medicine mercredi, émet un son continu, comme un pépiement d’oiseau, dans le canal auditif de l’enfant, via un simple entonnoir de papier fabriqué par les parents. Il faut le tenir dans l’oreille 1,2 seconde.

L’application écoute ensuite, par le micro du smartphone, le signal acoustique renvoyé par l’oreille: si des fluides ou du pus se trouvent derrière le tympan, dans l’oreille moyenne, le son renvoyé sera plus grave et indiquera une infection.

«C’est un peu comme un verre de vin», dit Shyam Gollakota, le chef du laboratoire qui a inventé l’application. «Si vous faites sonner le verre avec le doigt, le son sera différent selon le niveau de liquide dans le verre», dit le professeur de sciences informatiques et d’ingénierie à l’AFP.

L’application a été testée sur une centaine d’oreilles et a détecté 85% des otites. Selon Shyam Gollakota, elle est bien plus précise que l’évaluation visuelle par les médecins.

En cas de signe d’otite, les parents devront de toute façon aller chez le docteur pour confirmer et obtenir une ordonnance.

Shyam Gollakota compare cela au thermomètre, qui évite aux gens de se rendre chez le médecin quand ils ont un doute sur une éventuelle fièvre.

Le laboratoire de Shyam Gollakota fourmille d’idées ingénieuses au carrefour des technologies mobiles et de la santé. Le but n’est ni plus ni moins de «résoudre certains des plus grands problèmes de santé actuels», à bas coût.

L’équipe a par exemple créé une application détectant l’apnée du sommeil, et une autre qui avertit les proches d’une personne qui semble avoir une overdose par opiacés.

Pour l’otite, le professeur Gollakota compte sur une autorisation des autorités sanitaires américaines d’ici la fin de l’année, et une mise en ligne de l’application au premier trimestre 2020.