Santé

Des patients ayant refusé l’attribution d’un médecin doivent patienter longtemps au GAMF

Les patients en attente depuis plusieurs années au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) sont souvent ceux qui ont refusé l’attribution d’un médecin, notamment pour des raisons discriminatoires, apprend-on dans une circulaire que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vient d’envoyer aux établissements.

«Certains GACO [guichets d’accès pour la clientèle orpheline, maintenant réunis au sein du GAMF] qui demeurent en attente depuis plusieurs années sont souvent ceux qui ont refusé l’attribution de médecin. Il est souligné que les GACO n’ont pas les outils nécessaires afin de retirer ou de suspendre les enregistrements de patients au GAMF lorsque ces derniers refusent l’attribution à un médecin de famille», écrit le sous-ministre Michel Fontaine dans cette circulaire datée du 1er novembre, avant de préciser les modalités que les établissements doivent appliquer dans de tels cas.

Une porte-parole du ministère de la Santé, Noémie Vanheuverzwijn, a confirmé au Soleil que les établissements avaient signifié au MSSS «vivre des difficultés dans la gestion des enregistrements de patients au GAMF». 

«Ces difficultés concernent notamment les patients qui refusent l’attribution de médecin de famille pour des raisons discriminatoires, c’est-à-dire sur la base des caractéristiques personnelles suggérées par la Commission des droits de la personne», comme l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, la religion, l’origine ethnique, la condition sociale, une grossesse, les convictions politiques ou un handicap, précise Mme Vanheuverzwijn. 

Pas de statistiques

Il n’a pas été possible de savoir auprès du ministère combien de patients sont en attente au GAMF après avoir refusé l’attribution d’un médecin et quelles sont les raisons du refus les plus souvent évoquées. Impossible, donc, de vérifier si la discrimination est courante ou anecdotique. «Le MSSS ne dispose pas de statistiques, ces cas nous ayant été signalés par les établissements», a indiqué la porte-parole, sans préciser de quels établissements il s’agit. Au 1er juillet dernier, un peu plus de 450 000 patients étaient en attente d’un médecin de famille, selon les plus récentes données de la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Le ministère de la Santé juge nécessaire que soient menées des opérations d’épuration des listes d’attente des établissements «afin de prioriser les clientèles qui ont réellement besoin d’un médecin de famille et d’identifier les types de demandes qui peuvent contaminer les données recueillies : doublons, patients non rejoignables, refus, no show, etc.» explique Noémie Vanheuverzwijn.

Informer les patients

Lorsque le patient refuse l’attribution d’un médecin pour une raison discriminatoire, le MSSS demande aux établissements d’aviser ce patient par écrit que «le GAMF ne peut pas prendre en considération ce type de demande lors de l’attribution à un médecin de famille», et que sa demande sera retirée du guichet s’il maintient son refus. Le patient doit également être informé qu’il peut rechercher lui-même un médecin de famille et qu’il lui est possible de se réinscrire au guichet, mais que son délai d’attente sera remis à zéro.

Lorsque toute autre autre raison est évoquée (le patient veut être suivi dans une clinique en particulier, par exemple), le patient doit être là aussi avisé qu’il est possible, s’il le désire, de rechercher lui-même un médecin de famille et que le GAMF tentera de lui trouver un autre médecin de famille, mais qu’au prochain refus d’attribution, l’enregistrement du patient sera retiré, précise le ministère dans sa circulaire. 

«Dans tous les cas, le GACO a la responsabilité de déployer tous les moyens nécessaires afin de trouver un médecin de famille pour les patients qui vivent des situations de vulnérabilité particulières», souligne le MSSS. 

Santé

Une saison de la grippe hâtive, mais qui s’annonce clémente

EXCLUSIF / La saison de la grippe est arrivée plus tôt que d’habitude au Canada, ayant commencé officiellement la semaine dernière. Mais les premières indications donnent à penser que le virus ne sera pas particulièrement virulent et que le vaccin devrait avoir une bonne efficacité, entrevoit le spécialiste de l’influenza (et d’autres virus) de l’Université Laval Guy Boivin.

Santé Canada considère la «saison de la grippe» commencée à partir du moment où plus de 5 % des tests d’influenza commandés par son réseau de surveillance sont positifs — un seuil franchi pendant la semaine du 21 au 27 octobre, avec 5,2 %. «À notre labo du CHUL aussi on a vu l’augmentation. On a fait 62 tests lundi [sur des patients s’étant présentés à l’urgence avec des symptômes d’allure grippale, NDLR] et 5 sont revenus positifs pour l’influenza. C’est un taux de 8 %», indique Dr Boivin, qui est revenu récemment d’un mandat d’un an auprès de l’Organisation mondiale de la santé, en Suisse, comme conseiller sur l’influenza.

Pour tenter de prévoir quelles souches d’influenza circuleront chez nous (et lesquelles mettre dans le vaccin), les autorités sanitaires regardent généralement ce qui se passe dans l’hémisphère sud au cours de l’été (c’est leur saison de la grippe, là-bas), et plus particulièrement en Australie, qui publie les meilleures données à ce sujet. «Si on se fie à ce qui s’est passé là-bas, c’est une saison où [...] la majorité des virus d’influenza A était de type H1N1, et non pas H3N2. Et on sait que les saisons où c’est H1N1 qui domine ont tendance à être plus légères. Pas en termes de nombres de cas, mais en termes de complications, d’hospitalisations et de mortalité, c’est généralement moins pire que les saisons de H3N2», dit DBoivin.

À cause de la «crise» de la grippe porcine qui est survenue en 2010, le nom de «H1N1» est souvent vu comme plus virulent que le H3N2 dans la tête des gens, mais c’est faux. La pandémie de 2010 a été causée par une souche bien particulière de H1N1, et les autres souches de ce H1N1 sont en moyenne plus clémentes que les virus H3N2.

Vaccin «efficace»

De ce qu’on peut en dire pour l’instant, indique par ailleurs Dr Boivin, le vaccin de cette année semble bien fonctionner. En Australie, du moins, ceux qui se sont fait vacciner ont consulté leur médecin 68 % moins souvent et ont été 66 % moins hospitalisés pour la grippe que ceux qui n’ont pas été vaccinés, dit-il. «Donc ce sont de bons chiffres, comparés à l’an dernier, où on avait des chiffres de l’ordre de 17 % pour le H3N2.»

Attention, avertis Dr Boivin, prédire les souches grippales qui vont proliférer plusieurs mois à l’avance est une science encore bien imparfaite. Ce qui circule dans l’hémisphère sud ne fait pas toujours le saut chez nous, et «il est toujours un peu périlleux de faire des prévisions en début de saison», dit-il. Mais à partir des premières données disponibles, il semble que cette année nous sommes partis pour hériter des virus de l’autre hémisphère.

«Sur les cinq cas d’influenza qu’on a eue lundi au CHUL, on a séquencé l’ADN des trois premiers et ce sont tous des types H1N1 fortement apparentés à la souche Michigan, qui a été ajoutée au vaccin cette année. Alors ce sera important de se faire vacciner, et de se faire vacciner tôt. Ça ne veut pas dire que ça va rester comme ça toute la saison, mais ça reste encourageant pour l’instant», s’encourage Dr Boivin.

Fait intéressant, ajoute-t-il par ailleurs, «il y a un nouvel antiviral qui a été approuvé aux États-Unis il y a une semaine environ, le baloxavir. Je pense que ça va supplanter le tamiflu parce que dans leurs études, le baloxavir est aussi efficace, mais il empêchait mieux la transmission. En plus, c’est un seul comprimé que le patient doit prendre une seule fois et c’est tout, alors qu’un traitement au tamiflu s’étire sur cinq jours. D’habitude, on suit les États-Unis de quelques semaines pour l’approbation médicale, alors on verra.»

Politique

La détresse au travail des infirmières «doit cesser»

MONTRÉAL — La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, a eu droit à des applaudissements nourris de la part des infirmières, mardi, lorsqu’elle a réitéré ses promesses d’abolir les heures supplémentaires obligatoires et de créer davantage de postes à temps complet. Et elle compte s’atteler à la tâche rapidement.

La ministre de la Santé et des Services sociaux s’est ainsi adressée aux quelque 2700 membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec réunis en congrès à Montréal. Son allocution d’une durée d’environ sept minutes a été interrompue 11 fois par des applaudissements.

La Capitale

Légionellose: les tours de refroidissement, une menace à la grandeur du Québec

EXCLUSIF / Au Québec, autour de 1500 fois par année, des tours de refroidissement à l’eau, servant notamment à climatiser les bâtiments, sont envahies par la bactérie causant la légionellose à un seuil exigeant des «mesures correctives», a constaté Le Soleil. Une centaine d’installations doivent même être fermées d’urgence pour subir un «traitement-choc», tellement la menace à la santé humaine est grande. Au Québec, il y a 2568 tours de refroidissement à l’eau.

«C’est sûr que d’avoir une centaine de tours qui dépassent [le seuil de risque sanitaire], ce n’est pas une situation qui est encourageante», commente le président de l’Association des microbiologistes du Québec, Patrick D. Paquette. «C’est préoccupant.»

Justement, c’est pour que ça ne se produise pas qu’une réglementation forçant l’entretien continu des appareils a été implantée en 2013 et 2014. Pour éviter la répétition du drame survenu à Québec en 2012 quand une éclosion de légionellose particulièrement dévastatrice a fait 183 victimes. Quatorze avaient succombé à la maladie.

Étonnant donc que la bactérie Legionella prolifère toujours dans des centaines de tours de refroidissement à l’eau (TRE), selon un citoyen ayant alerté Le Soleil. Olivier Pahud bosse dans l’aéronautique, ce qui n’a rien à voir avec le sujet du jour. Mais dans le cadre d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) qu’il a entreprise, il évalue le plan d’affaires d’une compagnie de Sherbrooke ayant développé une technologie de détection de la légionelle. C’est dans ce contexte qu’il a mis la main sur les statistiques de contamination auprès de la Régie du bâtiment du Québec. Des données que la RBQ a confirmées au Soleil.

«On ne s’attendait vraiment pas à ce que ce soit si élevé», déclare M. Pahud pour expliquer son désir de les diffuser. «Ce qui m’a surpris aussi, c’est que ce n’est pas une tendance en baisse.»

Alors, que révèlent les compilations de la RBQ? En 2017, 1557 fois les propriétaires des TRE ont dû «appliquer des mesures correctives» pour contrer la légionelle. On avait décelé des concentrations variant entre 10 000 UFC/l et 1000 000 UFC/l, l’unité de mesure servant à quantifier la bactérie Legionella. À ce niveau, c’est suffisant pour représenter un risque pour la santé.

Cette année, le scénario s’est reproduit : de janvier à septembre, près de 1300 fois, il a fallu traiter des tours ainsi souillées.

Certaines TRE sont cependant beaucoup plus viciées : 105 fois en 2016, 78 fois en 2017 et 116 depuis janvier, les échantillons prélevés dans les tours de refroidissement ont révélé une concentration de bactérie au-delà de 1000 000 UFC/L. Le risque est alors tel que la réglementation exige l’arrêt de l’appareil puis l’application immédiate de la «procédure de décontamination». La Santé publique doit également être avertie immédiatement.

«Risque pour la santé publique»

«Si on dépasse 1 million, on va représenter un risque pour la santé publique», observe le microbiologiste Patrick D. Paquette. Les individus circulant à proximité de l’appareil infecté ne seront pas nécessairement malades. «Mais, vraiment, la tour est dangereuse et il faut l’arrêter au plus vite et la décontaminer de fond en comble.»

«Si on arrive à ces résultats-là, c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas correctement», convient le conseiller en communication de la RBQ, Sylvain Lamothe. «Soit les dosages [de produits désinfectants] ne sont pas adéquats, soit le traitement n’a pas été appliqué correctement.»

La bactérie causant la légionellose ne peut cependant être éliminée à 100 %, poursuit-il. Elle est présente dans notre environnement, dans la nature. «Ce qu’il faut, c’est maintenir le niveau de bactéries à un seuil suffisamment bas pour éviter des contaminations et des proliférations qui entraîneraient le risque potentiel. […] Ça prend un entretien rigoureux.»

Pour vulgariser, M. Lamothe fait un parallèle avec une piscine. Parfois, l’eau se brouille. Le piscinier fait alors un test pour ajuster les doses de produits chimiques afin de retrouver la clarté. Et si l’eau est vraiment impure, il faudra «un traitement-choc».

Au Québec, il faut trouver un million d’«unités formant colonie par litre» (UFC/l), pour que ce traitement-choc soit imposé. En France, la norme est beaucoup plus sévère. Dès 1000 UFC/l, des actions doivent être prises. À 100 000 UFC/l, l’arrêt d’urgence de la TRE et la décontamination complète sont obligatoires.

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