On compte 155 cas de VNO au Québec dont deux cas probables en Mauricie.

Virus du Nil: la pire année depuis 2012

TROIS-RIVIÈRES — L’été 2018 aura été anormalement chaud à peu près partout dans l’hémisphère nord, incluant au Québec. La situation a été pénible, voire mortelle, pour beaucoup de personnes, tandis que les moustiques, eux, semblent avoir grandement profité de la hausse du mercure.

Le bilan 2018 des cas humains affectés par le virus du Nil occidental (VNO) indique en effet que la maladie a fait un bond important. Le ministère de la Santé et des Services sociaux dévoile que 155 cas de VNO ont été répertoriés au Québec, cet été, dont 24 cas considérés comme probables et 11 décès. C’est le pire bilan depuis 2012, alors que le VNO faisait 134 victimes, dont 5 en sont décédées. C’est beaucoup si l’on considère que le nombre de cas annuels répertoriés depuis 2003 varie habituellement de 1 à 45 et le nombre de décès, de 1 à 5.

Du côté d’Héma-Québec, on a aussi battu tous les records, cette année, du nombre de donneurs porteurs du VNO, soit 18, indique le porte-parole de l’organisme, Laurent Paul Ménard.

Le microbiologiste Jacques Boisvert, professeur retraité de l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste des insectes piqueurs, explique que la chaleur accrue occasionne une charge virale plus grande chez les moustiques vecteurs du VNO.

«En plus, le nombre de degrés-jours nécessaires pour rendre le moustique infectieux était plus court. Plus court veut dire plus de chances d’infecter une cible (humain ou oiseau) lors d’une deuxième piqûre», explique-t-il.

«La dynamique de transmission des zoonoses (maladies transmises par les animaux aux humains) est complexe et peut être influencée par les changements climatiques qui peuvent modifier, par exemple, leur distribution spatio-temporelle et leur prévalence», fait valoir de son côté l’Institut national de santé publique dans son rapport de mars 2018 sur les zoonoses au Québec.

Malgré cette hausse importante de cas, l’INSPQ invite à «rester prudent dans l’interprétation des résultats compte tenu du faible nombre de cas déclarés d’infections par le VNO.»

La Mauricie et le Centre-du-Québec ont été épargnées, par rapport à d’autres régions du Québec. Elles ne comptent en effet aucun cas confirmé et seulement deux cas probables. En comparaison, la Montérégie compte 19 cas probables et 48 cas confirmés. Laval compte un cas probable et 28 cas confirmés, Lanaudière 15 cas confirmés et Montréal, 1 cas probable et 16 confirmés.

Seules les régions plus au nord semblent y échapper, pour l’instant. Rien à signaler, en effet sur la Côte-Nord, au Nord-du-Québec, en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, au Nunavik et sur les Terres-Cries-de-la-Bais-James.

Cet été, au Canada, c’est en Ontario et au Québec que le plus grand nombre de cas de VNO ont été signalés aux autorités sanitaires. En date du 12 octobre, le gouvernement canadien établissait à plus ou moins 113 le nombre de cas cliniques en Ontario. Les autres provinces touchées, mis à par le Québec, sont l’Alberta, avec 43 cas et le Manitoba avec 31 cas.

Dans son rapport publié le 30 août dernier, le ministère de l’Agriculture ne signalait aucun cas de VNO chez les chevaux au Québec alors que 20 avaient été infectés en 2012 et 7 en 2017. L’Agence canadienne d’inspection des aliments indique toutefois, dans son rapport du 8 septembre dernier, que 69 chevaux avaient été infectés au VNO au Canada soit en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario.

Dans le rapport de surveillance de l’an dernier qu’il vient de rendre public concernant le VNO et autres arbovirus transmis par les moustiques, l’INSPQ indique qu’une «étendue géographique des cas d’infection par le VNO avec plus de régions sociosanitaires touchées est notée. Cette croissance pourrait être expliquée par une expansion géographique du virus ou par une meilleure sensibilisation des professionnels de la santé à cette infection après le pic de 2012», indique le rapport.

La plupart des symptômes du VNO sont neurologiques. On parle d’encéphalite, de méningo-encéphalite, de méningite et de symptômes parkinsoniens ou troubles moteurs.

L’an dernier toujours, 7 stations entomologiques ont été déployées en Mauricie et Centre-du-Québec et 2 % des lots de moustiques collectés se sont avérés positifs.

L’INSPQ ajoute que l’année dernière a aussi été marquée par un nombre élevé d’animaux sauvages déclarés positifs pour le VNO.