Les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau roulent avec le « minimum », soit deux médecins le jour, deux le soir et un la nuit.

Urgences en Outaouais: plus de 22 000 départs avant consultation

EXCLUSIF / Près de 14 % des visites à l’urgence en Outaouais se sont soldées par un départ avant l’obtention d’une consultation médicale au cours de l’année 2018-2019.

Des données obtenues par Le Droit grâce à une demande d’accès à l’information révèlent que pas moins de 22 099 « départs avant prise en charge » ont été enregistrés en 2018-2019 dans les urgences du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), un phénomène qui survient donc en moyenne 60 fois par jour.

Cela représente une hausse de 332 cas (1,5 %) de départs sans consultation médicale par rapport à 2017-2018.

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Cette augmentation survient alors que les urgences du CISSSO ont connu une faible baisse du nombre total de visites et qu’elles ont réussi à réorienter davantage de patients vers d’autres ressources.

Le directeur des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, souligne que la pénurie de médecins est un facteur expliquant la hausse du nombre de départs avant prise en charge.

« Entre 2017-2018 et 2018-2019, on a perdu plusieurs joueurs dans les deux urgences urbaines [Hull et Gatineau], a-t-il rappelé. Forcément, on a moins de capacité d’évaluation médicale, donc les personnes urgentes vont être prises en charge parce que c’est le rôle principal de l’urgence, mais ça fait que les patients les moins sévères […] sont ceux qui vont attendre le plus longtemps. Il y a moins de médecins pour les voir, alors forcément, les gens vont se tanner d’attendre et vont trouver d’autres solutions. »

Le « minimum »

Les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau roulent donc avec le « minimum », soit deux médecins le jour, deux le soir et un la nuit. « Idéalement », ce serait quatre le jour, trois le soir et un la nuit, a indiqué le Dr Gillot, qui note que plusieurs urgentologues travaillent actuellement davantage que ce que recommande le ministère de la Santé.

Pour y arriver, il faudrait environ l’équivalent de dix urgentologues à temps complet, a-t-il fait savoir. Quelques nouveaux urgentologues se joindront aux équipes en place cet été, « mais ils vont juste permettre de diminuer la charge de travail, ils ne vont pas permettre de [voir] plus de cas », a-t-il ajouté.

Les urgences de Hull et de Gatineau sont les pires de la région quant au taux de départs avant prise en charge

Pour l’ensemble de l’Outaouais, ce taux se situait à 13,6 % l’an dernier. À l’Hôpital de Gatineau, cette proportion grimpe à 20,4 %. Cela signifie qu’il est arrivé à près de 8000 reprises qu’un patient décide de partir avant d’avoir vu un médecin.

Les données sont à peine plus reluisantes à l’Hôpital de Hull, où près de 7400 départs avant prise en charge ont été enregistrés en 2018-2019, ce qui représente 18,7 % des visites.

Les urgences des hôpitaux de Papineau et de Maniwaki ont de leur côté vu 12,7 % de leurs visites se conclure par un départ avant que le patient ait pu voir un médecin.

Ce taux tombe sous la barre des 10 % aux hôpitaux de Wakefield (8,7 %) et de Pontiac (6,5 %).

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LONGS SÉJOURS EN SANTÉ MENTALE

Les patients des hôpitaux de l’Outaouais qui obtiennent une civière à l’urgence en raison d’un problème de santé mentale ont environ une chance sur dix d’y passer plus de 48 heures avant d’obtenir leur congé ou un lit sur une unité de soins.

Le Droit a obtenu, par le biais d’une demande d’accès à l’information, des données montrant que le taux de séjours sur civière de 48 heures ou plus pour les cas de santé mentale a atteint 9,5 % en 2018-2019 dans les urgences de l’Outaouais, une hausse de 0,6 point de pourcentage par rapport à l’année précédente.

Pour tous les cas confondus – santé mentale et santé physique – le taux de séjours de 48 heures ou plus se situait à 6 %, l’an dernier, dans les urgences du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

Le nombre de visites pour des problèmes de santé mentale est demeuré stable dans les urgences de la région, à un peu plus de 9800 par année. La durée moyenne de séjour sur civière pour ces cas a atteint 21,1 heures en 2018-2019, soit une dizaine de minutes de moins que l’année précédente.

Le taux de séjours sur civière pour des problèmes de santé mentale qui durent 48 heures ou plus est particulièrement élevé à l’Hôpital de Gatineau, où il a atteint 12 % l’an dernier. Cet établissement enregistre à lui seul la moitié des visites à l’urgence faites par des patients de l’Outaouais aux prises avec un problème de santé mentale.

Le directeur des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, a indiqué que l’organisation doit notamment composer avec un manque de psychiatres, ce qui peut en partie expliquer le taux élevé de séjours de 48 heures et plus à l’urgence.